QU'EST-CE QU'UN OBLAT
sans esprit de retour et en faisant ou non abandon total ou partiel de leurs biens, mais le plus souvent avec cette modalité (13). Toutefois, s’ils font donation de leur patrimoine, ils n’ont pas en revanche à « abdiquer leur corps ». Certains de ces hôtes s'appellent dans les documents de l’époque, hospites et dans divers lieux, mansionnaires. Quand ils donnent leur personne, ils prennent le nom de donati ou d’oblati. Il s’agit bien entendu ici d’une offrande spontanée et libre. Parmi ceux-ci, les uns habitent le monastère, les autres continuent à vivre selon leur condition. C’est encore un trait qui mérite de retenir l’attention (14).
Les praebendarü de leur côté qui, dans les statuts de Corbie étaient des ouvriers, se virent adjoindre une autre catégorie de laïcs : ceux-ci, en récompense de leurs longs et loyaux services, étaient placés dans les monastères par les rois ou par les princes, afin d’y trouver une sorte de retraite pour leurs vieux jours. Les noms dont on les gratifie sont assez variés : tantôt on les appelle «moines lais >» ( par opposition à ceux qui ont recu la cléricature) (15), tantôt « oblats », puisqu’en effet on
(13) I y avait une catégorie intermédiaire d'hôtes qui étaient envoyés par mesure disciplinaire dans un monastère considéré comme lieu de relégation, d'emprisonnement ou simplement de garde par mesure de sécurité.
(14) C. E. de Moreau. L’Abbaye de Villers-en-Brabant (Bruxelles, 1909, p. 149)... « Aux dots de moines et de convers (comme ressources de l’abbaye), il faut ajouter les aumônes faites par les personnes admises au rang d'oblats. Les bulles des Papes, celle de 4177, par exemple, stipulent : « Liceat etiam vobis clericos vel laicos e seculo fugientes liberos et absolutos ad conversionem recipere et in vestro monasterio sine contradictione qualibet retinere » (C. V. p. 32). Plusieurs autres actes font allusion à des familiares. En 1208, « Domus nostri familiares, plurimum nobis delecti in Domino, Arnulfus de Wesemale et sua uxor Clementia » font une donation à l'Abbaye (G. V. Ms F. fol. 6 v°). Une charte intéressante de 4270 nous parle de « nos segnur Gilet de Sainte Marie, nostre bon Ami et dame Ozinne sa femme », qui se sont établis dans l’infirmerie des séculiers
. de Villers (C. V. Ms, M. fol. 259 r°) ».
(45) « Il est à propos de remarquer à ce sujet que les termes de laïque et de séculier, bien qu’on les prenne souvent l’un pour l’autre, ne sont nullement synonymes. L'état laïque est opposé à l’état clérical, et l’état séculier à l’état religieux. Le laïque est celui qui n’est pas clerc, alors même qu'il serait religieux par les vœux de religion émis dans un institut approuvé par l'Eglise. Le séculier est celui qui n’est pas religieux, alors même qu'il serait clerc, c’est-à-dire qu’il aurait reçu la tonsure, la cléricature n’entrainant pas l’engagement dans l'état religieux. On peut donc être à la fois clerc et séculier, religieux et laïque ; mais on ne saurait être en même temps clerc et laïque, religieux et séculier, parce que ces états s’excluent l’un l’autre. Celui qui est entré dans la cléricature par la réception de la tonsure s’il demeure dans le monde, est, à la fois
. clerc et séculier. On dit tous les jours : « un prêtre séculier ». De même celui qui
a quitté le monde pour embrasser la vie religieuse, n’est plus séculier ; mais s’il n’a pas reçu au moins la tonsure, c’est-à-dire s’il n’a pas été fait clerc, malgré sa profession religieuse, il demeure laïque. C’est pourquoi on appelle ces sortes de religieux « laïque profs », d’où le terme de « frère lai », frater laïcus, frère laïque «.. R. P. Othon, 0. C. R. De l'institution et des us des convers dans l'Ordre de Citeaux (XII et XIII siècles), in St Bernard et son temps, t. IT,
peut soutenir qu’ils ont été donnés, offerts aux monastères (en réalité ils sont imposés) mais l’appellation de prébendiers ou de mansionnaires leur conviendrait évidemment mieux, car ceux qui portaient dans cette circonstance le nom d’oblats, n'avaient que des rapports assez lointains avec les oblats primitifs que nous avons rappelés plus haut.
Il convient de distinguer d’autre part oblats et convers. À l’origine, rien ne les différencie et les deux noms sont appliqués ad libitum aux uns et aux autres. Mais voici qu’à la faveur de la réforme monastique du XI° siècle, Guillaume, abbé d’Hirschau donne un statut précis aux laïcs qui, aux siécles précédents, se Sroupaient dans les monastères sous le titre Sénérique de famuli et si ce statut ne semble établir aucune discrimination nette entre oblats et convers, il fait reconnaitre que, par la suite, le nom de convérs est réservé, à Cluny et à Hirschau, exclusivement aux oblats qui ont embrassé la vie religieuse et prononcé des vœux (16) tandis que celui d’oblats désigna ceux qui, en l’absence de vœux, vivaient dans la clôture ou dans le monde, Les nouveaux ordres religieux qui se fondent alors, Camaldules, Chartreux, comportent des convers et des oblats : et Saint Bernard, de son côté, tout en faisant une grande place aux convers, laisse à des oblats, même non résidants, la faculté de s’agréger à son Institut. C’est sous l’influence de ces fondations, que les, plus fervents des oblats furent incités à mener une vraie vie religieuse, à devenir de véritables moines prononçant des vœux et faisant profession. IT semble bien qu’on Puisse résumer avec M. l’Abbé Deroux, les différences qui se précisent à la fin du XIT siécle et surtout aux siècles suivants, entre convers et oblats de la manière suivante : °
Les convers s’engagent définitivement dans la vie religieuse, Prononcent des vœux, ne possèdent rien en particulier, renon- : cent à leur liberté et à leur volonté Propre, tandis que les oblats font don de tout ou Partie de leurs biens au monastère mais ils font aussi don de leur Personne : ils s’engagent à l’obéissance envers l’abhé, appartiennent à la famille monastique. Ils sont « assimilés » aux moines mais leur liberté n’est
P. 144-5, note 3 (Dijon, 1929). Mais il s'établit une confusion à Propos des moines illettrés qui n'étaient pas appelés convers, appellation réservée aux frères servants : om les nommait « moines laïques » (monachi laïci), très improprement d’ailleurs, vu leur cléricature, ainsi que le reconnait un Cistercien du XIT siècle ; « C’est improprement, dit-il, que nous appelons laïques, des moines Couronnés, si ce n’est que nous prenions le mot laïque dans le sens d’illettré ». Dialogus inter Cluniac. et Cisterc. ; ap. Martène, Thes, nov. anecd. t. v. col. 1648. Cité par Dom Othon dans St Bernard et son temps, t. IT, p. 148-9.
(16) C'est-à-dire à ceux que nous nommons ainsi maintenant. cf. Dom U. Berlière, La familia, p. 18.