Dit Aegypiologiv, Luipzig, 1891, p
Sz L' Ant'jrilé Paternelle.
toute cette seconde existence d'après le modèle de la vie terrestre. Aussi meublait-on la tombe de tout ce que contenait autrefois l'iiabitation terrestre, même la cuisine, ainsi que de toute ce que le défunt pouvait considérer comme sa propriété mobilière."
Aussi peu claires, aussi nuageuses que les conceptions des Grecs, des liomains et des Egyptiens sont celles des Chinois, (pii témoignent aux défunts le même intérêt familial (jue durant leur vie et les servent en conséquence.^
Ces conceptions religieuses des Chinois ne sont en général pas très aj)profondies, et leurs services des dieux dans les temples ont leur source bien moins dans leur foi en la puissance particulière de ce dieu, (jue dans l'espoir assez peu poétique d'un homme qui placerait son argent (le moins }»ossible, chez le ^îhinoi'^) sur les numéros d'une loterie. Ils croyent que les esprits invir-ibles des défunts planent autour de leur ancienne demeure et peuvent être favorables à ceux qui s'adressent à eux avec des présents ; mais qu'ils pourront aussi s^ Aenger de ceux qui les méprisent et les délaissent. La
i—Liki, Legge, Vul. II, p. 311.
V Autorité Paternelles 83
piété filiale est sans doute le pi'incipe dirigeant, mais étroitement joiiite à une certaine crainte et à la force de Thabitude.
Ce culte des morts des Chinois a été envisagé et condamné comme idolâtrie par la dernière conference des missionnaires protestants à Shanghai (1890.)
Voyons d'abord comment il se manifeste.
Chaque maison chinoise possède un autel, une armoire des ancêtres (|^^ i'mo, ^ Ifip] kia-se, ^ ^ hia f-anc/). On y ex])ose des tablettes en bois indiquant le nom, le rang, les jours de naissance et de décès des aïeux ( |l|l \% chen~pai, %^ ^ cïien^ tchov, ipl^ 7|c chen-moii ), que l'on considère aussi comme dieux domestiques, pénates (^fil^ f^iachen). Chaque jour, on brûle devant ces tablettes des bâtonnets d'encens^JI^ ^ ^ che-f'chenhs/'ang, |^ ^ tching (keng) hsiang, des bâtons d'idoles), et cela avec force révérences ( ff- pai). Outre c-ette armoire, beaucoup de familles, en tout cas chaque clan, possè lent un temple des ancêtres ( ^ j||j twung-miao), où sont ex})Osées des tablettes de ce genre, soit en bois (jpl|l7tC clieii-mou)^ soit en pierre ( ijil|l Ci chen-tehou).^
1- — Un dessin de leur disposition se trouve dans la Chimi nrrieir. Vol. IV (187-5) p. 20G.
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C'est dans ces temples que l'on célèbre au printemps ou en automne les fêtes de famille ou de clan, avec des offrandes de chairs, et d'autres solennités sur les tombeaux des ancêtres.
Le culte ou service des morts s'appelle ^- fîji "^ jjai-ehen-tchou,^ rendre ses devoirs aux tablettes des parents défunts, ou fl^ jjiJl ^ paits(m-tsoun(^, faire une visite à ses aïeux ; ^ pai signifie rendre ses devoirs, s'incliner, soit faire une visite, (p. ex. ^ ^ pai-k"o, visiter des étrangers.) Le missionnaire anglais appelle le culte dt'S morts, ancestral worshij), ou : adoration des ancêtres. Se basant sur cette concej)tion, Giles a également traduit dans son dictionnaire pai par to tcorslnp. adorer. Ici aussi, connue il arrive souvent, un mol mal choisi a donné une fausse signification à la chose elle-même.
1- — Le mot Chen fllf, les esprits, les dieux, divin, jjuinatiirel, mystérieux (Giles), ne devrait dans ce cas januiis être employé pour Dieu. J'ai essayé de prouver dans un mémoire (China Review, Vol. VI 1877, p. 273) <jue Jl'rîî chang-ii est le seul terme exact pour le mot Dieu (en mandchou abkai-han, le maître du ciel, dont la traduition catholique est 5ci Hen-tchou). Je l'ai fait
, on traduisant les articles chang-ti et chcn du ^rand dictionnaire mandchou. Ce livre, aiupiel a collaboré l'Empereur Kien-loung, doit être iine autorité indisi-u-
' table dans ces questions de linguistique. Mon article
V Autorité Paternelle. 8^
Toutes les affaires de iaiiiille doivent être coinimniiqnécs aux esprits (-^ koa)^'^ et il est nécessaire de leur demander de les bénir (jji)î, ^ f-chou-tsoung). Les offrandes, (^ ^5 tchi-se) doivent être faites d'un coeur sincère, même aux ancêtres les plus éloignés (jH^SII^^IB ^ Ti]" ^ gfj{ tsoii tfiOUïKj sueî ijuen tcld se pou k'o j)OU VcheiKj.
' Au printemps, à la fête du Tchiiuj-minc/' (in ^ ^ on balaye proprement les tombeaux des ancêtres et on leur rend des visites solennelles''; on leur offre ensuite les chairs du sacrifiée, ainsi que dil })apier doré et argenté (:^iR|£ tcliin-yintcJie) sous la forme usuelle de barres ou lingots de métaux ( % ^ yuen-pao) ; de même, divers
n'a, du reste, pas encore été pris en considération, vu la term question toujours en suspens.
i- — Comp. Li'ki, Leprje, YoUI, p. 78.
-■ — Une des -24 subdivisions de Tannée; la fête tombe sur le Kinie jour de la 2de lune, environ en Mars.
3' — Chez les Grecs et les Romains, le souvenir des morts était célébré par des sacrifices et des anniversaires périodiques, v. A. Boeckb, I.e., p. 422. Les Juifs rendent aussi aux tombeaux une visite annuelle, (lu'ils appellent Jahrzeit. Cet anniversaire (haskârat ueschâiiiùt), forme une partie de leur liturgie synagoguale. Le jour de la Toussaint de l'Eglise chrétienne est aussi un reste païen de l'aurien culte des morts ; culte que les premiers apôtres trouvèrent trop profondément enraciné ]K)ur oser l'interdire, et qu'ils conservèrent sous une forme religieuse.
86 L' Autorité Paternelle.
objets en papier, des vêtements, des malles, dos meubles, des chevaux, etc., que l'on brûle devant les tombeaux à l'usage des âmes des défunts, (J:^ "iî %t IS/'?" tchienchao tche.y Voici une prière qui est récitée à cette occasion : "Nous sommes venus pour labourer ton tombeau, et témoigner notre reconnaissance pour ta bienveillante protection; nous te supplions d'acce])ter notre offrande et de rendre notre postérité heureuse el prospère." 2
La cérémonie se termine par un festin mortuaire, où l'on consomme la viande des sacrifices.^
1- — La coutume païeiiue de brûler des vêtements et autres objets lors des funérailles était permise chez les Juifs. La Bible en fait mention, (v. Sanhédrin, p, 256). On l'appelle .se?Y7)/i'â'/?, (v. Hamhnrger, SuppllI. p. 8.3). C'était évidemment un usage égyptien, (comp. H. Brugsch, I.e., p. 180.) — Un des plus anciens usages de toutes les tribus germanicjues était de placer dans les tombes des morts quelque chose qui leur était cher de leiu- vivant, et dont ils s'étaient servi, v. II. Paul, Grundriss, Vol. I, p. 999. Dans ce siècle même, en Suède, on place dans le cercueil une pipe, un couteau de poche, et même une bouteille d'ean-de-vie, (\Yeiahold, tilt-nnrdisches Leben, p. 493) ; v. II. Paul, Grundris.i, Vol. I, p. 1000.
2- — AV. A. G. Martin: Hanlin Papers, Second Series, 1894, p. 346.
3 — V. A. Paul, Gnmdriss, Vol. I, p. 998. Nous trouvons partout cette idée que les morts participent au repas mortuaire; de nos jours encore, en Irlande, dans la garde des morts (icake.s).
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Tel est le euUe des morts oliinois, ou service (les anectres, on aneestval irorsJuj). La première (liseussioii qui éclata à son sujet, eut lieu déjà au 17me siècle. Les Jésuites, primitiv^ement les seuls missionnaires en Chine, ne trouvaient rien de j)aïen dans ce culte ; et, voyant comme il était ancré dans leur coeur, permettaient à leurs convertis de le continuer. À cette époque, le Christianisme était à la veille de conquérir toute la Chine. Mais survinrent d'autres ordres rivaux qui accusèrent les Jésuites de pratiques ])aïennes, à cause de leur trop grande douceur. On en appela au Pape et à l'Empereur. Le Pape se prononça contre le culte des morts; l'Empereur prit mal ce jugement, et le résultat en fut la ruine de la cause du (Christianisme en ( 'hine. Les catholiques, depuis, ont interdit le culte des morts à leurs«*dhérents.
Les missionnaires protestants furent longtemps indécis à ce sujet. Plusieurs voix s'étaient déjà élevées contre ce culte, lorsque, à la dernière conférence, en 1<SU0, on jiassa au A'ote sur cette question. Il fut alors ])roclamé: "Cette Conférence confirme la croA'ance que l'idolâtrie est une partie essentielle du culte des morts.'' {^Tliis ooufcrevcc- afirm the }>ellpf
88 r Autorité Paternelle.
that idohitry is an essential constituent of Ancestral Worship.) On y condamna on nicmc temps tons les nsa<i;es qui, outre lo vrai Dieu, reconnaissent un être quelcon(|ue connne (ligne d'adoration.
Le Dr. Yates^ attrilme au culte des morts les trois maux suivants :
1 " Les fiançailles des enfants dans leur âge tendre ; ce qui fait des millions de misérables pour toute leur vie".
Constatons d'aljord (pie les moeurs et les usages influent considérablement sur la marche des idées de l'homme. Ce qui nous paraît dur et tyrannique ne l'est pas toujours pour le Chinois. Pour lui, le ntariage est sintplement une affaire ; rélément sensuel n'y participe jias, et, si possible, est considéré connne nuisible. Le mariage était autrefois envisagé de même chez nous," et les fiançailles d'enfants étaient absolument générales. L'amour romantique dans le mariage appai-tient aux temps modernes. Encore maintenant, ne le eonsidère-t-on ])as généralement connue nécessaire. On admet fort justement que l'estime mutuelle et des intérêts
1— Confuronce, ]). 612.
2— V. H. Paul, Grnmlriss Vol. JI. 2 j). -217.
VAuh>yitc Paternelle. Sq
i(leiiti(|iu's f:\ciHteiit uno vie (Mi conumin et ];i rciidiiiit plus aiséineiit lieureu.se que ramouv seul.
Noui* ne jiouvons ])as rendre le culte des morts responsable des fiançailles hâtives.
2 "La Polygamie, la source abondante do tant d'angoisses et de suicides."
La Polygamie est certes un mal : mais (die 'est encore en usage dans la majoriré du genre humain. Précisément en Chine, à mou avis, les angoisses et les suicides arrivent assez rarement ; car le mal est ancient, et les femmes ne le ressentent pas comme tcd. Tout en convenant que les causes })rincipales en soient généralement la stérilité de la femme et le désir de posséder des fils pour continuer le culte des ancêtres, ce n'est pas toujours le cas.
Les facteurs dirigeajits dans la polygamie peuvent, à parts égales, être recherchés dans l'amoin- du luxe, dans le désir de posséder une nondjreiise famille et d'ac(paérir ainsi une plus grande considération, dans la sensualité de riiomnie, et enfin dans le culte des ancêtres.
Avant de condamner d'antres peujdos, nous ferions \)\on de voir clie/, nous jusqu'à (juel ])oint nous sonunes oui'ris de c-c mal.
90 L"* Autorité Viitenielle.
En lisant la brochure de B. Bjornson sur la monogamie et la polygamie,* nous trouvons que l'idéal du mariage de Tliomnie avec lu femme n'a pas encore été atteint, et que, (citons un écrivain angl;iis), si nous avons passé la Pointe du Harem, nous n'avons })as encore doublé le Cap du Ttn-c.
3 "La lourde cbarge d'inq)ots qu'entraine l'adoration des ancêtres."
En comptant ce que dépensent chaque jour 400 millions de Chinois uniquement pour les bâtonnets d'encens, ^ nous trouverons certainement une somme très honnête, (|ui, à notre ])oint de vue est une prodigalité, tout connue, aux yeux des Chinois, beaucouj) de nos dépenses. Mais que ces déjjcnses pour le culte des ancêtres pèsent sur les ('hinois connue un lourd fardeau, cette idée n'a pu germer (pui dans la fantaisie de certains enthousiastes ecclésiastiques.
L'histoire nous apprend (pu» des conférences religieuses et des conciles ont fait fausse route lorsqu'ils croyaient avoir trouvé la vérité
1 — Kdit. ulleuiiniiU', HuHin, 1889.
-■ — ('oiniiu' l'îi tait W. AVilliaiiKs, ^l'ukll". Kingdom, Vol I[, ]). 1^7!): il coiiiuio un dollar |)ar tôte et par an, soit un (<ital de 400 Millions de dollars.
L\4titofii<; Paternelle. 91
absolue, et je crains (|ue cefte C'ontereiUH^ n'ait i}»a.s tait exception à la iè.;le. Il e>-t ] il us cpu? douteux cjue l'idolâtrie soit un élément essentiel du culte des morts. L'idolâtrie est cependant bien l'adoratioi\ d'idoles ou irimat>es, en général de tout ce (jui est oeuvre de l'honnne. et ijui n'est pas Dieu. Si donc les Chinois adorent les morts connne des idoles, ils adorent aussi leurs parents vivants, puisque la cérémonie mortuaire n'est que la continuation de l'amour filial c|ue l'on doit témoigner aux vivants. Le Llki^ dilîérencie connne suit le culte de Dieu et le culte des ancêtres : " Dans les offrandes à I Dieu, nous a\ons la plus haute expression de la dévotion,, dans celles du temple des aïeux, rex[)ression la plus élevée de l'humanité." Ce culte ne renferme^ aucune adoi'ation dans le sens que nous attachoji;; à ce mot. C'est une religion purement extérieure, et dans rensemhle de son caractère ce n'est qu'une cérémonie connnémorative. Mais cet usage est si profondément enraciné dans le coeur du Chinois, qu'il ne pourra en être extir[)é ([ue peu à peu. Un vrai converti au Christanisme abandonnera rapidement les superstitions qui se rattachent à !■ — Legge, A"ul. I, p. 41;3.
92 V Autorité Paternelle.
ce culte ; la forme extérieure de cette eoiituiue i^eule lui restera clicre ])en(lant quel([iie tennis. Les Mahometans (liiiiois nous en offrent un excellent exemple ; le culte des ancêtres ne leur a jamais été interdit, et ils ne le pratiquent plus aujourd'hui.
L'ancienne Eglise était sous ce ra])])ort beaucoup })lus sage ([ue les missionnaires de nos jours. Les anciens usages (pii ])araissaient dangereux ])our la foi lutuvelle, nuiis dont rinterdiction eut été imprudente, ont. été changés en ictes religieuses. L'Angleterre et l'Allemagne nous en offr(>ut de nombreux exem[iles. (Y. aussi Beda, Uhl. Kcd. 1, 30, (>d. Holder.)
Dans le JRecord of fhe Conference ([). 010-31), le Dr. Martin exhorte à la tolérance ; le point de vue religieux est défendu pai- le Dj". H. Blodget (p. 031-54). Le Dr. E. Faber a serré à fond et résumé la question, p. 054-55.
L'Lide anci(Mine possédait un culte des ancêtres analogue à celui des Chinois ; je no possède aucun documeiit au sujet de son état actuel. ^
1- — W. Caland, AU-wdischcr Ahnencultns. Le Çradda, expose d'après les dilloreutes «'colcs. Leiden, 189.'}.
L' Autorité Paternelle. q^