IOANNIS CALVINI OPERA — SERMON CXLI XIIT
tousiours cela devant nos yeux, comme c'est là que l’Escriture saincte nous rameine : Que nous soyons asseurez du tout et resolus, que nostre Seigneur ne nous mettra iamais en oubli. Quand nous aurons cela persuadé, il est certain que nous priserons plus la seule benediction de Dieu, que tout ce que nous pourrions avoir recueilli et amassé : quand nous aurions toute la munition du monde, elle ne nous suffira point tant que fait ce seul contentement, de dire : l'ay mon Dieu qui m'a promis de ne point oublier, et de tousiours continuer sa largesse envers moy : ie l’ay tousiours senti liberal iusques auiourd’'huy, il en fera encores plus, quand ie me remettray à luy et à sa providence. Voila donc quant à ceste promesse. Or venons à ce que Dieu adiouste : c'est que Les lufs estoyent serfs en Egypte, et qw'il les en a retirez (comme nous vismes hier). Or il reitcre encores ce propos, et non sans cause. Car comme il fut hier touché, si les hommes ont bien dequoy, on leur fera la cour à cause de leurs richesses, il se separent quasi du genre humain, et leur semble qu’ils sont en degré superieur, que les povres ne leur attouchent plus de rien : bref si Dieu les vouloit croire, il leur faudroit comme un monde à part, et les povres ne sont pas dignes d’estre meslez parmi eux ce leur semble. Et cela est, pource qu’ils n’apprehendent point les afflictions d’autruy, pour dire : Helas! voici ma chair quoy qu'il en soit, ainsi que le Prophete Isaie nous amene là, quand il veut que nous soyons enclins à misericorde : qu'il faut que nos entrailles soyent esmeues, comme l'Escriture en parle. Mais nul n’y pense. Ainsi donc Dieu voyant que le richesses aveuglent ainsi les hommes, et que leurs yeux en sont comme crevez : car voila la similitude dont David use au Pseaume 73. Pour ceste cause il dit: Souvienne-toy que lu as esté serf en la terre d'Egypte. Et ainsi, quand les Tuifs sont ainsi exhortez, c'est afin qu'ils ne s’enorgueillissent point en leur abondance: s’ils sont gras et bien repeus, qu'ils ne facent point des chevaux retifs, comme il en est parlé au Cantique :