‹ Le Droit de Glanage: Patrimoine des PauvresChapitre 111 sur 248 · IOANNIS CALVINI OPERA — SERMON CXLI XV · texte numérisé non relu

IOANNIS CALVINI OPERA — SERMON CXLI XV

chains comme nous devons, qu’il nous faut redarguer par ce mot : EL quoy? Tu possedes ce que tu as de la main de Dieu. À quelle condition est-ce ? Car voila comme les hommes s’acquittent à la legere : Et quoy? Ceci n'est-il pas mien ? Mais tu devois user d'humanité envers ceux qui en ont faute. Car es-tu riche ? Ce n’est point pour tes beaux yeux. Voila Dieu qui t'a donné plus qu’à beaucoup d’autres : mais cependant ne s'est-il rien réservé? L’a-il mis tout à abandon, et comme en proye? Combien que chacun possede de son champ et sa vigne, combien que chacun mange son bled el boive son vin, ceux qui en ont : faut-il que la charité deffaille pourtant? faut-il qu'elle diminue? n’est-elle point par dessus toutes les polices du monde? n’est-ce point le lien de perfection ? Ainsi donc ceux qui de nature sont eschards, et qui se tiennent là serrez, et quand il est question de faire aumosnes, qu'ils soupirent, et y viennent à regret : qu'ils bataillent contre’ce vice-la, ainsi que nostre Seigneur le monstre en ce lieu : Et quoy? Ce que tu as n’est pas tien, sinon d'autant qu’il L'est donné de ton Dieu. Il faut maintenant regarder quelle paction il a faite avec toy. Ce n’est pas que tu sois un gouffre, pour tout dévorer et engloutir : mais afin que tes freres soyent soulagez par toy. Et il te fait cest honneur que tu sois comme dispensateur de ses biens. Si Dieu me donnoit ce qu’il me faut, voire et que ie n’eusse point une miette de pain outre ma nourriture, desia ce seroit beaucoup : et pourroye-ie m’acquitter de mon devoir magnifier une telle bonté et largesse? Mais quand il donne à un homme plus qu'il ne luy faut, il le constitue là comme en sa personne, pour dire : Mon propre est de bien faire, car tous biens procedent de moy, ie fay fructilier la terre, c'est moy qui luy donne vigueur de produire ses fruicts : or cependant il me donne son office, il me constitue comme son lieutenant : et quel honneur est cela? Tous les riches donc, quand il ont dequoy bien faire, il est certain qu'ils sont là comme officiers de Dieu, et qu'ils exercent ce qui luy est

Page 1