IOANNIS CALVINI OPERA — SERMON CXLI XXI
corrigibles : quand nous voyons qu'il y à une telle difficulté de nous assuiettir à Dieu, que ceci nous serve pour nous aiguillonner : Comment? Et qui est-ce qui parle? C’est celuy qui nous a rachetez. Et puis que nous sommes siens, faut-il maintenant qu'il ait peine de nous gagner à soy, et que nous luy resistions, e£ qu'il y ait un combat toutes fois et quantes qu'il nous veut conduire selon sa volonté? Et ne faut-il pas que nous soyons comme des monstres, et que nous soyons tenus pour detestables? Et mesmes si nous regardons bien, il n’y a point une seule obligation envers Dieu : il nous peut reprocher qu'il nous a formez. Si nous sommes ses creatures, desia ne faut-il pas qu’il chevisse de nous paisiblement? Mais encores quelles creatures? Il sera servi des boeufs et des asnes, il sera servi de la terre qui n’a nul sentiment, et du bled, et du vin, et de toutes choses qui sont insensibles, nous voyons que Dieu les employe comme bon luy semble : or il nous a creez à son image et semblance. Estoit-il tenu de nous faire creatures raisonnables, et nous donner une telle excellence et dignité ? Sachons donc que nous devons estre esmeus à nous ranger du tout en son obeissance, quand nous voyorts qu’il nous à preferez aux asnes, et aux chevaux, aux chiens, et aux autres bestes, aux pierres mesmes, et a tout le reste des creatures qui sont mortes. Or il y a plus, comme Fay dit, c’est assavoir ceste redemption que Dieu a faite de nous, qui merite bien que nous souffrions d’estre gouvernez par luy : et que quand il parle, c'est en presupposant qu'il a toute authorité par dessus nous, et qu'il ne l’emprunte point d’ailleurs, mais qu'elle luy est deuë comme à nostre roy souverain. Mais au reste notons aussi, que Dieu ne veut point arracher de nous une suiettion servile et forcee, mais qu'il veut que de nostre bon gré nous acquiescions à son dire. Pourquoy est-ce qu'il exprime ce mot : Tu estois serf, el maintenant ie l'ay constitué en liberté ? I n'y a nulle doute qu'il ne nous vueille gagner par ceste douceur. Comme s’il disoit : Or ça, il est