ENQUÊTE AGRICOLE DE 1866 LXI
M. DE BÉHAGUE. Il faudrait d’abord s'entendre sur l'abus énorme qu'on fait du glanage.
Son Exc. M. LE MinisrRE. Permettez: cet abus peut mener à deux résolutions, à la suppression du glanage, ou à la modification de la législation existante.
La résolution la plus absolue, celle qui fait disparaître la totalité des abus, c’est la suppression. Le rapport conclut à la nonsuppression. Si l'opinion de M. de Béhague est de supprimer complètement le glanage, il a la parole pour développer cette proposition.
M. DE BÉHAGUE. Je voudrais, non pas qu'on supprimât le glanage dans les pays où on le tolère, mais qu'il ne fût plus considéré comme un droit.
Son Exc. M. LE MiisTRE. C’est la même chose : le glanage est un droit dans certaines localités et une habitude dans d'autres; il existe de temps immémorial, et il a été réglé par d'anciennes coutumes. Laisser ce droit à la libre disposition des propriétaires, c’est supprimer la disposition législative qui règle la matière.
M. ne BÉHAGUE. Dans certains cas, ce droit est un obstacle à la bonne culture du sol.
Ainsi voilà ce qui se passe dans les pays avancés : nous coupons le blé quand il est encore vert ; nous trouvons dans cette manière de procéder un immense avantage, parce que le blé müûrit beaucoup mieux en moyettes, y acquiert de la qualité, et parce que cela nous permet en même temps de déchaumer nos champs tout de suite.
Il y a même un intérêt réel à faire promptement cette dernière opération, afin d'introduire le plus promptement possible la charrue dans les champs ; au contraire le maintien du droit de glanage dans les conditions actuelles oblige le cultivateur à attendre jusqu’à huit et dix jours.
M. le baron pe Benoisr. Le droit de glanage ne peut imposer qu'un retard de deux jours.
M. ne BéHaGuE. Je vous demande pardon: il faut attendre huit à dix jours que le blé sèche; pendant ce temps le chaume sèche aussi de son côté, ce qui rend le déchaumage plus difficile.
LXIT ANNEXES
C'est un grave inconvénient de ne pouvoir enlever immédiatement le chaume deblé pour mettre descolzas, des navets, etc.
Il m'est arrivé à moi-même d'avoir laissé glaner entre mes moyettes, et d’avoir mis tout de suite ma charrue dans mes champs, en sorte que mes colzas étaient déjà très avancés et mes navets très gros pendant que mes moyettes étaient encore sur le sol.
Si on laisse subsister le droit de glanage tel qu'il est, c'est un embarras pour les propriétaires et un obstacle à la parfaite culture des terres.
Voici encore une autre considération.
Aujourd'hui, dans beaucoup de cas, on ne rentre plus les récoltes pour le battage. Depuis que nous avons des machines à battre transportables, nous préférons battre dans les champs: aussi les moyettes restent dix, quinze, vingt jours et quelquefois trois semaines dans les champs, en attendant que la batterie ait fait son tour ; on empile la paille et on batle blé sur place; on évite ainsi l’égrenage, et l’avantage qu'on trouve dans ce mode de procéder se traduit quelquefois par 2, 3 et même 4 p. 100 de bénéfice.
J'ai voulu seulement par ce peu de mots faire sentir le grave inconvénient qu'il y aurait pour les cultures améliorées à conserver le glanage comme un droit.
Son Exc. M. LE MinisTRE. M. de Béhague me paraît mêler deux questions: l’une qui estrelative à la suppression complète du glanage; l’autre, qui consiste à se demander s'il faut maintenir contre le propriétaire et au profit du glanage la défense pour le premier de retourner sa terre avant une époque déterminée. On pourrait parfaitement faire disparaitre le glanage comme droit absolu, et cependant le laisser subsister à l'égard des propriétaires qui n'useraient pas du droit qui leur serait rendu d'introduire de suite la charrue dans leur champs. Il y a là deux questions tout à fait distinctes et qui appellent chacune leur solution séparée. La 1° question résolue en faveur du glanage permettrait encore de résoudre la seconde en faveur des propriétaires.
M. le baron be BEnotsr. C'est dans ce sens que le rapport a été fail.