ENQUÊTE AGRICOLE DE 1866 LXXVII
si c’est le conseil municipal tout entier qui prononce il n'y aura pas de réclamation.
M. de BÉHaGuE. Je ne vois pas de mal à ce que la liste soit affichée 15 jours ou un mois avant la moisson. Outre que, si le maire avait commis un abus, on aurait un recours contre son arrêté, il y aurait cet avantage, plus considérable encore que beaucoup de gens n'oseraient pas se faire mettre sur une liste qui serait affichée, et, comme l'amour-propre est très grand dans les campagnes, qu'on ne voudrait pas figurer parmi les indigents.
Son Exc. M. le Ministre. L'affichage serait une excellente chose ; il donnerait l'occasion au sentiment public de s'exprimer.
M. CHASSAIGNE-Goyon. Je proposerai un sous-amendement soit à la proposition qui consisterait à laisser le soin de dresser la hste au conseil municipal tout seul, soit à celle qui donnerait celte attribution au maire sous sa propre responsabilité. Je reconnais, avec M. le Ministre, que pour avoir de bons fonctionnaires, il faut leur laisser une certaine initiative et faire peser sur eux une certaine responsabilité. Mais je reconnais aussi que le maire est dans une situation délicate quand il est appelé à choisir parmi les habitants de sa commune ceux qui doivent ou non être admis à glaner. S'il ne s'agissait que de dresser une liste des nécessiteux, infirmes, dont l'indigence est notoire, la mission du maire ne serait pas difficile; mais à côté de l'indigence absolue, il y a celle qui se cache et qui souvent n'est pas la moins digne d'intérêt Il y a la pauvreté qui importune et celle qui n'ose pas demander. Le maire saura-t-il résister à l'une et rechercher l’autre ; aura t-il la force nécessaire pour résister aux sollicitations et engager sa responsabilité : voici ce qui me préoccupe.
Sans doute le préfet pourra intervenir; la liste devra même être approuvée par lui; mais, permettez-moi de le dire, c'est là une mission purement illusoire et nominale que vous donnez au préfet, car il lui est impossible de connaître les habitants des communes, et presque toujours son approbation sera acquise aux listes des maires. Il ne pourrait statuer utilement, à mon avis, que s'il était appelé à connaître des réclama-