XXXVI ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE
donc Grotius ambassadeur de la couronne de Suède Vk^ près de la cour de France, en 1635, malgré les cabaki que les ennemis de ce grand homme firent pour empêcher son élévation à ce poste < . Ce choix déplut au cardônl de Richelieu, qui voyait avec peine revenir Grotiios da^i un royaume où on lui avait marchandé son pain, april l'avoir accueilli avec la plus grande faveur. Oxenstiefll persista dans le choix qu'il avait fait, et Grotius fit M entrée à Paris, au commencement de mars 1635. Anrt d'accepter les offres du ministre suédois, Tambassadeor de la reine Christine avait écrit aux États des Premnee^' Unies pour abdiqpier son titre de citoyen : légitkM vengeance, (pie l'innocence opprimée et le génie outragé avaient le droit de tirer d'une patrie ingrate.
Des difficultés nombreuses attendaient Grotius sur h seuil de ses fonctions nouvelles. Des inimitiés perso»nelles l'avaient suivi dans les phases si diverses de fli carrière. De fâcheuses préventions s'agitaient autour A lui. Pendant son séjour à Paris, Grotius avait joui dfll hommages de tous les savants. Mais tandis que les et tholiques se défiaient du a protestant célèbre, » ki réformés accusaient Grotius d'incliner vers le catholicisme.
' L'Église protestante était, d'ailleurs, fondée à craindra les défections.
De tous côtés la victoire favorisait l'Église romaine. Les défaites de Félecteur palatin et du roi de DanemardCi la soumission de La Rochelle, témoignaient en saiavtnn d'une supériorité évidente dans ce dernier argumeui auquel les protestants s'étaient vus contraints de recou rir, et qui fait taire tous les autres. Un système rigi
Le \hSSOtt, Histoire de Louis Xlll, liv. XXXVII, lit. VIII, p 358
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exclusion de la faveur des cours, de découragement ns Tordre civil, ou môme de bannissement et de sup- 'ession du culte religieux, amenait en môme temps les »prits irréligieux et flexibles à se soumettre avec une onne volonté apparente à un despotisme auquel ils ne cuvaient ni résister, ni se soustraire, a En France, dit tallam, et en Allemagne, cette môme noblesse (pii, lans le siècle précédent, avait été la première à embrasser une foi nouvelle, fut aussi la première à l'abanlonner. La conversion d'un grand nombre de protestants, distingués par leur savoir et leurs talents, fournit encore une preuve des dangers de cette cause. Il ne serait pas juste, cependant, d'en conclure qu'ils agirent uniquement sous l'empire de la crainte. Deux autres causes durent influer puissamment sur leur détermination : l'autorité donnée aux traditions de l'Église, consignées dans les écrits des Pères, et avec lequelles il était très-difficile de concilier toute la croyance protestante ; l'intolérance des églises réformées, luthériennes et calvinistes, qui accordaient aussi peu de latitude que l'Église dont elles s'étaient détachées K » Les défections furent donc nombreuses dans le xvn* siècle.
Grotius a-tril suivi ce mouvement de défection? Ses lettres, publiées en 1687, fournissent, quant à sa retraite de la cause protestante, des témoignages qu'il serait difficile de récuser. On y voit que Grotius commença par exalter l'autorité de l'Église catholique ou universelle, et son droit exclusif à établir des symboles de foi. « Il cessa, dit Hallam, quelque temps après, de suivre le culte protestant, et se tint longtemps dans un juste milieu, se contentant de s'élever contre les Jésuites et
* BàLLkMf libr. citât., t. III, p. 38 et suiv.
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contre les excès du siège de Rome. Mais son respeei pour les écrivains des iy** et v^ siècles, se fortifia de plu en plus; il apprit à protester contre le privilège, réclamé par les réformateurs, d'interpréter l'Écriture autrement que ne l'autorisait le consentement des anciens; devait ses yeux flottaient des visions d'union, d'abord entre kr Églises luthérienne et anglicane, puis avec Rome elbmême; il cherchait la paix avec celle-^i, comme d'il* très la cherchent, dans l'opposition au gouvernenMÉt civil, par le redressement des griefs et le rètablisseuuit -! subséquent de l'obéissance ^ » a Tout le travail de |0I esprit, ajoute le même critique, avait pour objet d'opéiff une union extérieure entre les chrétiens; et pour oehi il n'hésita pas à recommander des sens équivoques, Ai explications commodes, et un silence respectueux. S s'éprit d'abord de l'antiquité, parce qu'il trouva Tanfr quité défavorable à la doctrine de Calvin. Son antijUr 3 thie pour ce réformateur et ses .disciples le conduisit è ^ l'admiration de la succession épiscopale, de la hièrarcUl } organisée, du cérémonial et des institutions liturgiqoflh des hautes idées des rites sacramentaux, qu'il troaV . . dans l'ancienne Église, et que Luther et Zwingle avaifiR^ .< rejetés. Il se pénétra de l'idée de l'unité, comme ess^n* - ' tielle à l'Église catholique; mais on ne voit pas qu'il # : jamais été jusqu'à faire abnégation de son propre jugn* ^ ment, ni à reconnaître aux décrets des hommes un C|^ ij ractère d'infaillibilité positive. L'esprit de ce graad homme paraît avoir été sous l'influence de deux idéfl dominantes : l'une était son extrême respect pour l'an* tiquité et pour le consentement de l'Église catholique; l'autre, ses principes érastiens en ce qui touche l'auto
* Libr, citât., t. III, p. 47 et suiv.
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é du magistrat civil en matière de religion. Ces deux ées réunies concouraient à lui iiispirer de l'horreur our le droit réclamé en faveur de chacun de professer ubliquement des doctrines incompatibles avec la foi établie. Dans une conversation amicale, dans une correspondance familière, peut-être môme avec une réserve convenable dans des ouvrages écrits en latin, on pouvait passer beaucoup de choses aux savants;... mais à ses yeux, aucun prétexte au monde ne pouvait justifier une séparation '.D
Les vicissitudes elles-mêmes de la vie de Grotius, n'ameai pas peu contribué à l'éloigner du protestantisme. Dès 1614, il avait commencé à louer l'Église anglicane dn respect qu'elle montrait pour les autorités primitives, bien différente en cela des autres Églises réformées. Mais les mauvais traitements qu'il eut à subir de la part de ceux qui se vantaient de leur indépendance de la tyrannie papale ; les caresses du clergé gallican après qu'il se fût fixé à Paris ; les dissensions et la virulence toujours croissantes des protestants ; l'alternative, qui semblait itre la seule qui restât dans leur communion, entre une anarchie fanatique s'efforçant de détruire tout ce qui pouvait ressembler à une Église, et une domination d'ecclésiastiques grossiers et bigots, afTaiblirent peu à peu ses répugnances par la majestueuse et large unité de la hiérarchie catholique, et le disposèrent de plus en plus à concéder quelque point de doctrine incertaine, ou quelque forme d'expression ambiguë. Ses annotations sur la consultation de Gassander, écrites en 1641, sesanimadversions contre Rivet, qui avait critiqué cet ouvrage coiame ayant une tendance au papisme, le Yotum pro
^LOfr.ciUMi., t. III, p. 49,50.