‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 2)Chapitre 31 sur 87 · LVI ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LVI ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

treprendre des guerres de conquête ^ Dans sa dissertation intitulée : De jure belli^ le dominicain espagnol refusait hautement de reconnaître comme de justes motifii de guerre, la différence de religion chez le peuple ennemi, le besoin ou l'ambition d'étendre les frontières, le désir de la gloire, la recherche de tout autre avantage personnel ^. « Puissent les rois, disait-il, dépositaires de ce droit terrible, ne jamais chercher des occasions, encore moins des prétextes pour rompre cette paix que Ybt pôtre des nations nous ordonne de conserver, s'il est possible, avec tous les hommes, nous rappelant que nous sommes frères ici-bas, et que nous avons au ciel le même Dieu, qui sera un jour notre juge commun. » ce II ne suffit pas, ajoutaitril, que la guerre soit entreprise pour de justes causes; il faut la faire de telle sorte qu'au lieu de poursuivre l'extermination de l'ennemi, on n'ait en vue que la défense du pays, le triomphe du bon droit et rétablissement d'une paix durable... La guerre achevée, le vainqueur chrétien se posera comme un juge d'équité entre les deux peuples, et sans négliger la satisfaction due à son pays pour l'injustice dont il a souffert, il mé« nagera autant que possible l'État coupable, car il se rappellera que, le plus souvent, c'est par la faute des rois que s'allument les guerres, et que les peuples ne font que suivre de bonne foi le drapeau de leur prince et de leur patrie '. »

Si Victoria avait revendiqué pour les Indiens le droit de se gouverner eux-mêmes, Dominique Soto, son élève,

* Ibid., i ultim.

a De jure heUi, § 10 à 14.

8 Ibid., i 60.

* Né en 1494, mort en 1560. Son ouvrage est intitulé : Fratrit dowdniei Soto,Segovtensis theologi, libri deeem de justiiid etjwr$^ 1560.

L'édition lapins connue est celle de 158^ (LogduntV

SUR OROTItS ET SON TEMPS. LTII

n'avait pas craint de se prononcer pour la liberté, dans ce grand procès où Las Casas plaidait en faveur des indigènes, et Sepulveda pour le maintien de leur servitude. Appréciant le droit que pouvaient avoir les Portugais d'acheter, sur la côte de Guinée, les esclaves noirs qu'ils importaient dans les colonies de rAmérique : «Que Ton sache bien, s'était-il écrié, que ni les vendeurs, ni les acquéreurs, ni les maîtres de ces esclaves, ne peuvent avoir la conscience en sûreté jusqu'à, ce qu'ils aient rendu ces hommes à la liberté, quand même il n'y aurait aucun espoir de recouvrer le prix déboursé pour leur achat ^ d Malgré sa tendance à justifier les rigueurs de la guerre, Baltbazar Àyala ^ n'avait point omis de recommander aux rois les voies de la douceur, et de les inviter à se faire aimer plutôt que craindre de leurs sujets. C'était beaucoup pour un grand prévôt de l'armée espagnole dans les Pays-Bas, sous Philippe II. Alberico Gentili ', enfin^ le précurseur de Grotius, avait proclamé qu'il n'y a de guerres justes, que celles où l'emploi de la force est devenu l'unique moyen de faire prévaloir le droit, ou de réparer l'injustice.

Mais ces divers traités étaient dépourvus des quaUtés

* De Just. et Jur., lib. IV, quœst, ii, art. 2.

3 Né en 1548, mort en 1584. Son traité De Jure et offidis helli était dédié au duc de Parme.

' Né en 1551, mort en 1611. Auteur d'un des premiers traités complets sur le droit de la guerre. De Jure belli, publié en .1589, et dédié au comte d'Essex, qui l'avait aidé à obtenir la place de professeur à Oxford, c 11 fut le premier, dit Lampredi, à expliquer les lois de la paix et de la guerre, et par là suggéra probablement à Grotius l'idée de son ouvrage aor ce sujet... » Gentili publia aussi en 1583 un traité sur les ambassades, De Legationtbus, qu'il dédia à son ami et protecteur l'illustre sir Philippe Sydney. Voir V^Theaton, Hist. des Progr. du Dr, des gens, 3* édit., 1853, t J, p, 49 et sair.j et Eug. Cauchy, Le Dr. marit. inter-

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qui constituent une œuvre. La forme du raisonnement y tenait trop de la méthode scolastique; Tordre y manquait le plus souvent. Le traité du Droit de la guerre^ de Victoria, pouvait tout au plus servir de progranmie d'une science à naître; l'ouvrage de Gentili sur le même sujet, avec une distribution meilleure des matières, accordait trop à la partialité, et, s'écartant des voies majestueuses de la science, se perdait dans la discussion passionnée des faits contemporains. Il fallait, pour parler à l'avenir, s'isoler de la politique et des passions qu'elle soulève; n'envisager que la pure théorie du droit; inte^ roger avec calme les sages de tous les siècles sur les droits de l'humanité; soumettre froidement cette enquête grandiose au critérium de la conscience; apporter l'ordre dans le chaos, la lumière dans les ténèbres; réaliser pour le droit général la révolution que Galilée avait introduite dans les sciences cosmologiques, que Descartes devait effectuer dans la philosophie. La question n'était pas d'écrire un livre, mais d'élever un monument; il ne suffisait pas d'avoir une âme honnête et des aspirations généreuses : il fallait avoir du génie. La gloire d'être le fondateur de la science du droit de la nature et des gens, était réservée à Grotius.

Grotius, dit Adam Smith, fut « le premier qui essaya de donner au monde quelque chose comme un système de ces principes qui doivent faire la base et le fond des lois de tous les peuples; et son traité du Droit de la guerre et de li paix^ est peut-être encore aujourd'hui, malgré toutes ses imperfections, le livre le plus compkit qui ait été écrit sur cette matière. 9

Ce livre eut un retentissement immense en Europe. Jl fut reçu avec vénération et enlYio\]isi9i&v£A, Ou Vi

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