XVIII. — C'est à tort que Garnéades qualilie la justice
* Kluber fait observer qu'il y a des publicistes qui donnent le nom (l'usage ou de coutume à des conventions présumées (De Martens, Précis du Dr. des Gens mod. de VEur., g 46, 66, édit. Guillaumin, 2« édit., 1. 1, p. \hï et 191). Il est à présumer, disent-ils, qu'aucune nation qui prétend être civilisée, ne refusera son consentement à certains usages. Kllber cite à ce sujet le g 17 de (îrotius: C'est, ajoutc-t-il, de ce conàentement présumé de tous les peuples civilisés, que quelques-uns déduisent ce qu'ils appellent droit des gens naturel modifié. Voir Ompteda, Iiv. I, chap. I, 9. L'auteur de l'ouvrage anonyme intitulé ; De jure generis kumani vel divisi in gentes; etc., p. 39, Stuttgard, 18 11, 8, n'appuie le droit des gens que sur le consentement présumé des nations. Kll'ber, Dr. des Gens tliod. de l'Eur., 1861^ éûii. Guillaumm, v- ^» auleF. P.V. V.
22 l'ROLÉUOilÈXES SUR LES TROIS LITRES
(le folie. Car, de lueme que de son propre aveu, il n'est pas fou le citrïyeu qui, dans son pays, se conforme aux lois civiles, alors même que pour obsen^er le respect de ces lois, il devrait laisser de côté certaines choses qui lui seraient avantageuses {*) ; de niAme il n'est pas fou le peuple qui ne prise pas son intérêt particulier au point de négliger les droits communs à toutes les nations. La raison est, en etfet, la même dans les deux cas. De même (|ue le citoyen qui enfreint le Droit civil en vue (le son utilité présente, détruit le germe qui contient son intérêt à venir et celui de toute sa postérité; de même le peuple violateur du droit de la nature et des gens renverse à jamais les remparts qui protégaient sa propre tranquillité. Mais (|uand même on ne se promettrait aucune utilité de l'observation du droit, ce serait œuvre de sagesse, et non de folie, de se laisser porter où nous sentons que notre nature même nous conduit.
XIX. — Aussi n'est-il pas généralement vrai de dire « qu'il est nécessaire d'avouer que les lois ont été imaginées par la crainte de l'injustice * : » pensée qui, dans Platon ^ se trouve expliquée ainsi, que les lois ont été inventées par la crainte de recevoir une injure, et que
(*) Marc-Antoxix se sert avec à propos de cette même comparaison (liv IX) : « Toute action de ta part qui ne se rapportera pas de près ou de loin au but de la communauté, jette la discorde dans la vie et empêche qu'elle ne soit uniforme. Elle n'est pas moins séditieuse que ne l'est celui qui cmise des divisions dans le peupU, » Au livre- XI, il dit que « l'homme qui s'est séparé d'un seul homme, ne petU pas êtr0 considéré comme n* étant pas retranché de tout le genre humain^ » En eiTetj comme le même Antonin le dit, ce qui est utile à l'essaim est aussi utile à Tabeille. Grotius.
Barbeyrac fait observer que Grotius ayant probablement cité de mémoire, a mal rapporté le second de ces passages, et s'arrête à redresser ce que la citation a de défectueux. P« P. F.
' Horace, liv. I, sat. 3, v. 111.
^PLATon, liv. Il de la Répub.
DIT BEOIT p LÀ GUEERE ET DE LA PATX. 23
les hommes sont contraints par une sorte do force ii cultiver la justice. Cette proposition ne concerne seulement que les institutions et que les lois qui ont été établies pour faciliter la mise en pratique du droit. C'est ainsi que beaucoup d'hommes, faibles par eux-mêmes, et ne voulant pas se laisser opprimer par de plus foi'ts qu'eux, se sont entendus pour établir et maintenir à forces communes des tribunaux, afin que tous ensemble prédominassent sur ceux auxquels cl^acun d'eux n'était pas capable de résister seul. C'est précisément dans ce sens qu'on peut admettre cette parole que le droit est la volonté du plus fort; ce qui veut dire que le droit manque de son effet extérieur, s'il n'a point la force pour l'assister : ainsi Solon a accompli de très-grandes choses, comme lui-même il le déclarait, a en accouplant sous le même joug la force et le droit (*]. »
XX. — Cependant, bien que dépourMi de l'assistance (le la force, le droit n'est pas dénué de tout effet; car la justice apporte la sécurité à la conscience, l'injustice produit des tortures et des déchirements semblables h ceux que Platon nous décrit dans la poitrine des tyrans ^ Le concert des gens de bien approuve la justice et condamne l'iniquité. Mais ce qu'il y a de plus impor- ^nl, c'est que celle-ci trouve un ennemi, celle-là un protecteur en Dieu, qui réserve ses jugements pour api'ès cette vie, de façon à ce que souvent, dès celle-ci, y il en fasse sentir les effets, ainsi que l'histoire nous l'apprend par de nombreux exemples.
n Cesl ce que dit Ovide {Métam., lib. VIÎI, vers. 59.)
« In causa que valet ^ causam gve iucntibus artnis. »
1' >1)0Q droit, et son droit est défendu par les armes. Grotius.
^oir le GoRGiAS; t. 1, et le liv. IX de la République. Voir aussi Ta- ■j^TE, .\Qnal. VI, cap. vi ; Cicéron 3, 2>e pffic, 2, 1 ; QuinliUen, \%
?i PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES
XXI. — Si l)eaucoup (riiommes exigent la pratique de la justice (le la part des citoyens, mais en font peu de cas dans un peuple ou le chef d'une nation, la cause de cette erreur provient d'abord de ce qu'ils ne considèrent rieu autre chose dans le droit que l'utilité qui en découle; utilité évidente en ce ([ui concenie les citoyens; puisque, isolés, ils sont impuissants à se défendre eux-mêmes. Les grands États, au contraire, qui semblent renfermer en eux-mêmes tout ce qui est nécessaire pour vivre en sûreté, ne paraissent pas avoir besoin de cette vertu qui regarde le dehors, et qui porte le nom de justice '.
XXII. — Mais pour ne pas répéter ce que j'ai dit, que le droit n'a point été établi en vue de la seule utilité, il n'est pas de nation si forte qui, parfois, ne puisse avoir besoin du secours des autres, soit pour le commerce, soit même pour repousser les efforts de plusieurs nations étrangères unies contre elle. Aussi voyons-nous que les peuples et les rois les plus puissants recherchent des alliances, qui n'ont aucune efficacité selon l'opinion de ceux qui renferment la justice dans les limites de chaque Etat. Tant il est vrai que toutes choses sont incertaines dès qu'on se retire du droit.
XXIII. — S'il n'existe aucune société qui puisse se maintenir sans le droit — ce que prouvait Aristote par
* Gronovius remarque que Grotius emploie ici une expression d*A' PULKE {De Philosoph. moral. y iib. Il), où ce philosophe platonicien expliquant les vertus selon les idées de son école, dit que la justice con* sidérée comme avantageuse à celui-là même.qui possède cette vertu, s'appelle bienveillance ; mais qu'en tant qu'elle se termine au dehors et qu'elle a en vue l'intérêt d'autrui, elle est nommée proprement justice, Barbeyrac qui reproduit cette note en l'étendant, ajoute la citation suivante d'Aristote : « L'homme juste agit en faveur d'autrui ; et c'est pour cela qu'on dit que la justice est un bien étranger (ou un bien qui appartient à ceux envers qui s'exerce cette vertu, plutôt qu'^ celui qui la possède.). » {Ethic, JVicom., Iib. V, cap. x.). P. P. F.
DC DEOJT DE LA crERRE ET DE LX PAIX. 25
l'exemple mémorable des brigands (*)*, — il est cer-
nCH&TsosTâME, sur le chap. iv, aux Éphésiens : « Mais, dira quelqu'DO, comment peut-il se faire que les brigands vivent en paix? Quaod cela at-il lieu? Dites-le, je vous en prie? — C'est lorsqu'ils n'agissent pas en brigands ; car si, dans les partages qu'ils font entre eux, ils n'observent pas les lois de la justice, et s'ils ne font pas une diitribotion égale, vous les verrez en venir aux mains entre eux. » PuiTAïQOE, après avoir rapporte ce que disait Pyrrhus, qu'il laisserait son royaome à celui de ses enfants qui aurait l'épée la plus pointue, rapproche ce mot du vers placé par Euripide dans les Phéniciennes : « Qu'ils diTJsentle patrimoine avec un fer sanglant. » Puis il ajoute cette excelleote exclamation : « Tant le désir de s'agrandir est insociabic et fafMicbel » ÇicÉRO) dit qu'on ne peu^ compter sur rien, lorsqu'on s'est éloigné du droit {Epist. ad. famil. IG). Polybe (iv, 20) remarque que u qoi contribue le plus à rompre les sociétés des malfaiteurs et desbri- ?3Dds, c'est lorsqu'ils n'observent pas entre eux les règles de la justice, nu mot, lorsqu'ils ne se gardent pas la foi les uns aux autres. Grotius.
' 6AtBEni4C remarque que l'exemple auquel Grotius fait allusion est lire de Platon et de Cigéron. Voici le passage de Platon : « GroyczvoDs qu'une ville, qu'une armée, que les voleurs même et les brigands, et looie autre soQJété de gens qui s'unissent pour quelque chose d'injuste, fuissent se maintenir et parvenir h leur but, s'ils se font du tort les uns anxaulres ? — Nullement... » {De Ilepub., lib. I.) a Les effets de la jus- 'iw, dit CioÉROX, sont si grande et si étendus, que ceux-là même qui ne Tïvfni que de rapines et de crimes, ne sauraient subsister sans observer
cnire eux quelque sorte de justice On dit même que les brigands ont
établi entre eux des lois auxquelles ils se soumettent, et qu'ils observent ttactemenl. » [De offic, lib.. H, 11.)
Cet exemple allégué par Giiotius a été souvent cité. 11 est certain que l3 justice serait nécessaire nlômc à une communauté dliommcs réunis l'Oiir faire le mal ; ce qui veut dire qu'il faut même à une communauté de brigands» une loi commune qui les relie les uns aux autres, une règle commune suffisamment juste pour régulariser leurs rapports et maintenir, tttre eux accord, union» harmonie (Voir Houzel, Constitution sociale, !>• 90). Cette proposition sera d'ailleurs la justification du droit de guerre, terne la justice est pour les nations, aussi bien que pour les particu- 'i<Ts, le plus impérieux des besoins; comme il n'y aurait plus de* société, si le droit pouvait être impunément méconnu et foulé aux pieds, ilfj'jtbien qu'un moyen d'obtenir justice sorte, pour les peuples, de leur iadt'iiendance même (Voir infrày liv. Il, ch. i, g 2). Le droit de guerre ta aussi indispensable pour la police extérieure des nations, que le droit
26 PROLÉGOMÈxXES SLH LES TROIS LIVRES
tain (jue rassociation qui relie le genre humain, ou plusieurs peuples entre eux, a besoin du droit : c'est ce qu'a reconnu celui qui a dit qu'il ne faut rien commettre de honteux, pas môme dans l'intérêt de sa patrie*. Aristote blâme avec sévérité ces hommes qui ne souffrent point qu'on leur commande à moins d'en avoir le droit, et qui, à l'égard des étrangers, ne se soucient pas de ce qui est juste et de ce qui ne l'est pas * (*).
XXIV. — ->Ge même Pompée que^nous avons cité tout à l'heure dans un sens opposé, corrigea ce mot d'un certain roi de Sparte^ que a la république la plus heureuse serait celle dont les frontières seraient marquées par la pique et le glaive, » en disant que « l'État vraiment heureux serait celui qui aurait la justice pour bornes. » Il a pu, à ce sujet, invoquer l'autorité d'un ancien roi de Sparte, qui donna la préférence à la justice sur le courage militaire (**), par cette raison que la valeur doit être dirigée par une certaine justice, et que si tous les hommes étaient justes, ils n'auraient pa? besoin du
(le rendre la justice est indispensable pour la police intérieure de chaque État. Voir Caucuy, le Droit maritime internationaly t. I, p. 18.
* CiGi^RON, De offic., lib. I, c. 45.
2 Aristote, Politic, lih, VII, c. 2.
(*) Plutarque [Vie d'Agésilas) dit que les Lacédémoniens faisant consister la principale partie de Tlionnétcté dans Tintérét de leur patrie, ne connaissent et n'apprennent d'autre droit que ce qui leur parait propre à l'agrandissement de Sparte. Voici ce que les Athéniens disent du génie des mêmes Lacédémoniens dans Thucydide (lib. V) : «Ils observent fort exactement les règles de la vertu entre eux, et par rapport aux lois de leur pays. Mais que sont-ils envers les étrangers ? On pourrait citer beaucoup de choses sur ce point ; celui-là aura résumé la chose en peu (|e mots, qui aura dit (qu'ils ne considèrent comme honnêtes qae les choses qui leur sont agréables, et justes, que celles qui leur sont utiles. Grotius.
('*) Agésilas entendant appeler Grand le roi des Perses : « Comment, dit-il, est-il plus grand que moi, à moins qu'il ne soit plus juste. » G» mot se trouve dans Plutarque. Grotius.
oourage militaire. Les stoïciens définissaient ta valeur « une vertu combattant pour l'équité'. » Thémistius, dans son discours à Valence, dit éloquemmentque les, rois, tels que les exige la réglée la sagesse, ne tiennent pas compte de la seule nation qlii leur est confiée, mais (le tout le genre humain ; et qu'ils ne sont pas seulenient, suivant ses propres termes, amis des Macédom'eiis, ou des Romains, mais amis de l'humanité (*). I^nomdeMinos n'a pas été rendu odieux à la postérité pour d'autre cause, que parce qu'il assignait pour lH)rnes à son équité les limites de son empire ( ).
XXV. — On doit d'autant moins admettre, ce que certains individus s'imaginent, que dans la guerre tous les droits sont suspendus, que la guerre elle-même ne doit être entreprise qu'en vue d'obtenir justice, et que, lorsqu'elle est engagée, elle ne doit être conduite que te les termes du droit et de la bonne foi. Démosttiènes dit avec raison que la guerre est dirigée contre ^ux qui ne peuvent être contraints par les voies judiflaires. Les formes de la justice sont efficaces contre ft*uxqui se sentent impuissants à résister; quanta ceux 'jui peuvent lutter ou qui pensent le pouvoir, on emploie les armes contre eux. Mais pour que la guerre ^^it juste, il ne faut pas l'exercer avec moins de religion '[u'on a coutume d'en apporter dans la distribution de 'a justice.
' Voir CicÉRON, De o//M;.,]ib. I, c. xix.
(*) Marc- AxTOMX disait excellemment qu'il avait pour cite et pourpa- ^'e, comme Ântonin Rome, comme homme le monde. Porpuyre (De ^httinent,^ lib. II) disait que celui qui se laisse conduire par la raison, s'abstient de faire du mal à ses concitoyens, et plus encore aux étrangers et â tous les hommes en général ; et que plus il se montre soumis à la nisoD, plus il se rapproche de la divinité. Grotius.
(••) Il y a sur ce point un vers d'un ancien poëte : « Toute l'île génissait opprimée sous le joug de Jlinos. » Voir Cvuille, contre hlien, liv. VI. GuoTirs.
XXVI. — Qu'elles se taisent donc, les lois, au milieu (les armes ^ mais seulement les lois civiles, celles qui conceiTient les tribunaux, celles qui ne sont propres que pour la paix, et non pas 1^ autres qui sont perpétuelles et conviennent h tous les temps. Il a été, en effet, trèsbien dit par Dion de Prusc, qu'entre ennemis les lois écrites, c/est-à-dirc les lois civiles n'ont aucun pouvoir; mais qu'il existe entre eux des lois non écrites (*), savoir, celles que la nature prescrit, ou que le consentement des nations a établies. C'est ce que nous enseigne cette ancienne formule des Romains : « Je pense qu'oii doit recouvrer ces choses par une guerre sans tache et juste. » Ces mômes anciens Romains, ainsi que Vèrroii le remarquait, n'entreprenaient la gueiTC que tardivement, et n'y apportaient aucune licence, parce qu'ils pensaient qu'aucune guerre ne devait ^tre faîte si elle n'était légitime. Camille disait qu'on doit faire la guerre avec non moins de justice que d'intrépidité. Suivant Scipion l'Africain, le peuple romain entreprenait avec justice ses guerres et les terminait de même. Chez tel auteur vous lisez que la guerre a ses lois aussi bien que la paix. Tel autre admire Fabricius comme un grand homme qui apportait, ce qui est très^ifficile, de l'honnêteté dans la guerre et croyait qu'il y â
* Les armes, dit un vieil adage, imposent silence aux lois, mais — comme l'explique si bien Grotius,— aux lois ordinaires de la procédure et du forum, à ces lois positives qui sont faites par les homme& ix)ur let temps de calme, et non pas à ces lois immuables qui sont faites pour tou les temps par Dieu même (Caucht, le Droit maritime intertuitianàl, 1. 1, p. 20). P. P. F.
(*) On demandait au roi Alphonse à quoi il avait le plus d*ol)ligatioii, aux livres ou aux armes. Il répondit qu'il avait appris dans les Htks le métier de la guerre et le droit de la guerre. I'lutarqùe dit qu'entré les gens de bien il y a des lois de la guerre, et qu'il ne faut pas porter le désir de vaincre au point de ne pas éviter un avantage provenant d*aoe action mauvaise et impie. Grotius.
(les clioses illicites, même à l'égard cUmi ennemi ^ XXVII. — Les historiens nous montrent partout combien a d'influence dans la guerre la conscience que l'on a de son bon droit (*) ; ils attribuent souvent la victoire
* Si la guerre doit être juste dans son principe, elle doit l'être dans ses conséquences, c'est-à-dire qu'elle doit être faite d'une manière conforme au droit et aux lois éternelles de riiuroanité et de la justice, et Iu'eIlene*doit pas être un moyen d'obtenir plus que ce qui est dû, ni aiutre chose que ce qui est dû, soit comme cause de la guerre, soit à titre de réparation. C'est dans ce sens qu'il faut entendre la proposition de (jROTius. (Voir Massé , Le. Droit comm, dans ses rapports avec le Droit its gens, 1. 1, p. 104 ; Wheaton, Histoire des progrès du Droit des gens, 3* édit., 1. 1, p. 55.). P. P. F.
(*) Appien fait dire avec raison à Pompée : « Nous devons placer notre confiance dans les dieux, et dans la cause de la guerre que nous avons [lonnétement et justement entreprise pour défendre les institutions de notre patrie. » Gassius, dans le même auteur, dit qu'à la guerre la neilleore espérance est celle qui repose sur le bon droit. Josèphe liv. XV de son Histoire ancienne) déclare que Dieu se sépare de ceux \u\ n'ont pas le bon droit pour eux. On rencontre là-dessus bien des lensées approchantes dans Progope ; le discours, par exemple, de Béliiaire partant pour l'Afrique, où l'on trouve entre autres choses ces mots: » Le courage ne nous donnera pas la victoire, s'il n'a pour compagnon l'armes la justice; » et un autre discours du même général, avant un 'ombat non loin de Carthage ; et ce discours des Lombards aux Hérules, I ù Ton trouve les paroles suivantes, mais que nous avons modifiées : ■■■ Nous prenons à témoin ce Dieu, dont la plus minime partie de puissance ::i;ir€lie de pair avec toute la force humaine. H y a lieu de croire qu'ayant l'-jard aux causes de la guerre, il donnera à la bataille un résultat proportionné à ce que les uns et les autres méritent. » Cette parole fut LienttH justifiée par un événement merveilleux. Le même écrivain fait Varier ainsi Totila aux Goths : « Il ne peut arriver, il n'est pas possible, <liïy-je, qu'il arrive que ceux qui se servent de la violence et de l'injustice a< plièrent de la gloire en combattant, mais la fortune de la guerre se Conforme à la manière dont on a vécu. » Après la prise de Rome, Totile fait un autre discours tendant au même sujet. Agathias (liv. Il) dit que « l'injustice et l'oubli de Dieu doivent toujours être évités, et que ce sont des choses nuisibles alors surtout qu'on en vient aux mains avec l'enlUfini. • Il prouve cela ailleurs par des exemples remarquables tirés de Hnsioire de Darius, de Xcrcôs (;t des Athénien^ en Sic'le. Voyez aussi
principalement à cette» cause. D'où ces proverbes : que les forces du soldat sont abattues ou relevées par le sujet de la guerre ; ([ue celui qui a pris des armes injustes revient rarement sain et sauf; (juc Tespérarice est la com- ])a{;ne d'une bonne cause ; et autres sentences conçues dans le même sens. Les succès heureux des entreprises injustes ne doivent ébranler personne ; il suffit que la justice de la cause ait une certaine et même une grande influence sur les actions, quoique refifet de cette influence, ainsi qu'il arrive dans les choses humaines, soit souvent entravée par l'interposition d'autres causes. L'opinion que la guerre n'a été entreprise ni avec témérité, ni avec injustice, et qu'elle est conduite d'une manière légitime, a même une grande efficacité pour se coiicilier des amitiés dont les peuples, comme les particuliers, ont besoin pour bien des choses. Personne, en effet, ne s'allie facilement à ceux qui sont réputés faire peu de cas du droit, de la justice et de la bonne foi.
XXVIII. — Quant à moi, convaincu par les considérations que je viens d'exposer, de l'existence d'un droit commun à tous les peuples, et senant soit pour la guerre, soit dans la guerre, j'ai eu de nombreuses et graves raisons pour me déterminer à écrire sur ce sujet. Je voyais dans l'univers chrétien une débauche de guerre qui eut fait honte même aux nations barbares ; pour des causes légères ou sans motifs on courait aux armes, et lorsqu'on les avait une fois prises, on n'observait plus aucun respect ni du droit divin, ni du droit humain,
dans Hérodie?? (vni), le discours de Crispinus aux habitants d'Aquilée. On voit dans Thucydide (iiv. VII) que les Lacédémoniens s'attribuent lei échecs subis par eux à Pylos et autre part, parce qu'ils avaient repoiMé un arbitrage auquel ils avaient été provoques. Mais comme dans la saitft les Athéniens, après beaucoup d'entreprises injustes, avaient reftasé li même satisfaction, l'espérance de résultats plus heureux revint an Lacétlém M:ii r.s. GaOTir:;.
comme si en vertu d'une loi générale la fureur avait été déchaînée sur la voie de tous les crimes K
XXIX. — En présence de cette férocité, beaucoup do personnes nullement cruelles en vinrent au point d'interdire toute espèce de guerre au chrétien (*), dont la règle consiste principalement dans le devoir d'aimer tous les hommes. A cette opinion paraissent quel(|U(*fois se ranger Jean Férus et notre Érasme ^, gi'ands amateurs de la paix ecclésiastique et de la paix civile ; mais ils ne le font, comme je pense, qu'à dessein de pousser d'un côté, ainsi que nous avons coutume de le faire, les clioses qui se sont déjetées de l'autre, pourqu'ollosreviemiont dans leur juste mesure. Mais cette exagération dans les eflbrts en sens contraire est souvent tellement peu profitable qu'elle est même nuisible, parce ([ue l'excès ([ui s'y trouve se laissant facilement surprendre, enlève leur autorité aux autres choses qui peuvent être dites dans les limites du vrai. Il a donc fallu remédier à l'une et l'autre de ces extrémités, afin qu'on ne crût pas ou que tout est défendu, ou que tout est permis.
XXX. — J'ai voulu aussi, en même temps, — la seule chose qui maintenant me restait à moi, chassé indignement d'une patrie ornée de tant de mes travaux 3, — nie rendre utile par l'étude à laquelle je me suis appliqué
* 3 La vue d'un si triste état de choses avait fait dire à qucltiucs auteun et à Érasme en particulier, que les chrétiens, dont le devoir est d'aimer tous les hommes, n'ont pas le droit de (aire la {.'uurrc. (îRonrs e.>t moins radical, et fait preuve d'un sens heaucuup plus pratique. Il ne propose pas de supprimer la guerre, car la guerre est Tune des lois fntules de rhumdDÎté, mais il fait appel à ces k)is éternelles qui conviennent à tons les temps, et qui sont applicables à une guerre sainte et pure. En cela Groiius a devancé l'esprit des temps modernes. P. P. F.
(') Tertulliex a dit (De la Résurrection dé la chair, chap. \vi) : t Glndius henà de bello cmentus, et melior homicida, Grotics.
-' (jitoTii s 'rriv.iil pcl.i :'i liiii.:':: \Vry>. (ilAUBKvr.Ac.)
dans la vie privée, à cette jurisprudence qu'auparavant j'ai pratitjuée dans les emplois publics avec le plus d'intégrité que j'ai pu ^ Plusieurs se sont proposés jusqu'à présent de lui donner la forme d'un art; personne n'y a réussi ; et cela ne peut avoir lieu, à moins, — ce dont on ne s'est i)as encore assez préoccupé, — qu'on ne sépare convenablement les choses qui viennent du droit positif de celles (jui découlent de la nature. Les préceptes du droit naturel étant toujours les mêmes, peuvent facilement être réunis en règles d'art; mais les dispositions qui proviennent du drpit positif changeant souvent et variant avec les lieux, sont en dehors de tout système méthodi(iue, comme les autres notions des choses particulières.
XXXI. — Que si ceux qui se sont consacrés au culte de la vraie justice entreprenaient de traiter séparément des parties de cette naturelle et perpétuelle jurisprudence, après avoir écarté ce (jui tire son origine de la volonté arbitraire des hommes; si l'un, par exemple, traitait des lois, l'autre des tributs, l'autre de l'office des juges, l'autre de l'interprétation des volontés, l'autre dé la preuve des faits, on pourrait faire ensuite de toutes ces parties réunies un corps complet.
XXXII . — Pour nous, nous avons démontré par des effets plutôt que par des paroles, dans cet ouvrage qui contient la partie de beaucoup la plus noble de la jurisprudence, (luelle est la voie qui nous paraît devoir être abordée.
XXXIII. — Dans le livre premier, en effet, après avoir parlé de l'origine du droit, nous avons examiné la question générale de savoir s'il y a quelque guerre qui soit juste ; puis, pour connaître les différences qui existent
* GuoTirs avait été avocat fiscal et pensionnaire de Rotterdam.
(Darbeyrac.)
entre nne guerre ptibli(|tle et une guerre privée, nous avons dft expliquer quelle est la nature même de la souveraineté, quels sont les peuples qui en jouissonf, quels rois la possèdent dans son intégrité, (|uels son! ceux qui ne Texeroent qu'en partie, qui en usent avec le droit d'aliénation, ou ([ui la détiennent autrement, Nous avons dû parler ensuite du devoir des sujets vnvers leurs eliefs.
XXXIV. I^ livre second ayant eu pour objet d'exposer toutes les causes d'où la guerre ^^eut naître, on y explique avec développement quelles choses sont communes, qu'elles sont susceptibles d'appropi'iation, quel droit appartient aux personnes sur les personnes, (|uelle obligation découle de la propriété, quelle est la règle des successions au trône, ([uel lien provient du pacte ou du contrat, quelle est la force des alliances, du serment tant privé que public, et comment il faut les interpréter, quelle doit être la répjiration d'un dommage causé, quelle est l'inviolabilité des ambassadeurs, quel (h'oit préside à la sépulture des morts, quelle est la nature lies peines.
XXXV. — Le troisième livre, dont le principal sujet est de rechercher ce qui est permis dans la guerre, après avoir distingué ce qui se fait avec impunité, ou même ce qui est soutenu comme légitime chez les peu- ]»!es étrangers, de ce qui ne renferme rien de vicieux en soi, descend aux diverses espèces de paix, et à toutes les conventions usitées dans les guerres.
XXXVI. — L'importance de cette œuvre a paru d'autant plus grande que personne, ainsi que je l'ai (Ht, n'a traité toute cette matière, et que ceux qui en ont traité tles parties, l'ont fait de manière à laisser beaucoup au îravail d'autrui. Des anciens philosophes il ne reste rien «lans ce genre, ni parmi les Gn'cs, au nombre desquels Aristote a écrit un livre intitulé : les Droits de la
34 PROLÉGOMÉiNES SUR LES TROIS LITRES
(jueire * ; ni , — ce qui pourtant était beaucoup à souhaiter, — I)armi ceux qui se sont enrôlés dans le christianisme naissant. Les livres même des anciens Romains sur le droit fécial ne nous ont rien transmis d'eux que leur titre. Ceux qui ont écrit des sommes de cas appelés par eux cas de conscience, n'ont, — ahisi que cela leur est arrivé pour d'autres matières, — lait de la guerre, des engagements, du serment, des représailles, que des sujets do chapitres.
XXXVII. — J'ai vu aussi des livres sur le droit de la guerre, écrits, les uns par des théologiens, tels que Francisco Victoria 2, Henri de Gorckum 3, Guillaume
^ Barbetrag, dans une note 'sur ce passage, conteste le fait. H paraît que Grotius, et sir James Mackintosh après lui {Discourse (m Uie stuày ofthe law of nature and of nations), ont été induits en erreur par on passage du grammairien Ammonius, et que dans le titre d*un ouvrage d'Aristote: AtxatcoaaTa tojv ttoX&cov^ le mot TroXsfxcov aurait été mia à la place de ttoXecov. Voir Wueaton. Histoire des progrès du droit des gens, ï, p. 23, note 1. P. P. F.
2 Francisco de Victoria» né en 1480, mort en 1546. Dominieain espagnol, professeur à l'Université de Salamanque. L*ouYrage de Fkahcisco DE Victoria, intitulé Relectiones theologicae, quoiqu'il en ait para six éditions, dont la première à Lyon en 1557, et la dernière à Venise en 162G, est devenu extrêmement rare. Cet ouvrage est composé de treiie dissertations ou relectiones^ selon le titre que l'auteur lui-même leur a donné, sur divers sujets. Deux de ces dissertations, la cinquième et la sixième, l'une intitulée De hidiSyjdt l'autre De jure belii, ont rapport au droit international. Les dissertations théologiques de Victoria furent imprimées pour la première fois en l'année qui suivit l'abdication de Charles-Quint et qui précéda sa mort (1557) ; mais elles étaient composées depuis longtemps, et bien que Victoria s'en défende avec modestie, on peut croire que plusieurs de ces petits traités étaient des réponses i des cas de conscience posés par l'empereur. Voir : Wheatox, Histoire des progrès du Droit des gens, 3* édit., t. I, p. 33 et suiv.; Gaucht, Le Droit maritime international, t. 11, p. Il et suiv. P. P. F.
3 Henri de Gorckum. —C'était un Hollandais, ainsi nommé du nom de sâ patrie et chancelier de Cologne. H vivait au milieu du xv* siècle, et il
composa un traité de bellojusto, (Barbetrac.)
Mattheus * (*) ; les autres par des docteurs tels que Jean Lujms^, François Arius^, Jean de Lignano*, Martinus Laudensis*; mais tous ces auteurs ont dit très-peu de chose sur un sujet si fertile, et la plupart Tout fait de façon à mêler et à confondre sans ordre aucun ce qui est du droit naturel, du di'oit divin, du droit des gens, du droit civil, ce qui découle des canons.
XXXVIII. — Ce qui leur a surtout man([ué à tous, la lumière de l'histoire, le très-érudit Faber^ a essayé d'y suppléer dans quelques chapitres de ses semestres, mais suivant les proportions du plan qu'il s'était proposé, et en n'alléguant que des autorités. La même chose a été tentée avec plus de détails, et pour rattacher à quelques règles générales une grande quantité d'exemples, par Balthazar Ayala ', et, plus que lui, par Alberico
* Glillauue Mattheus. — « Je ne sais qui il est, dit Barbeyrac, ni lie truelle nation. M. de Colrtin traduit Matthùon. Sur ce pied-là le nom parait anglais. » (Barreyrac.)
(•; Ajoutez à ces théologiens Jean de Carthagè>e, dont le livre a été imprimé à Rome en 1609. Grotius.
2 JEA.X Lupus (Jeax De Loup). — De Ségovie, auteur d'un traité de Beîlo et Bellatoribus. (Barbeyrac.)
3 Le traité de cet auteur a pour titre : De hello et ejus justitid. Bareetrac rappelle Arias et non Arius. P. P. F.
^JEA2f DE LiGNANO. — De Bologuc, autcur d'un traité de Bello,
(Barbeyrac.)
^ Martinus Laudexsis (Martijc de Laude). — Son traité de Bello a été réimprimé à Louvain, en 1G47, avec le traité d'ÂYALA, dont Grotius parle an peu plus bas. (Barbeyrac.)
•Faber. — C'est Pierre duFaur, de Saint- Jori, conseiller au grand conseil, puis maître des requêtes, et enfin premier président au parlcnent de Toulouse. Il était un des disciples de Gujas. Son ouvrage, intitalé Semestrium libri très, est plein d'érudition. Il a été plusieurs fois
réimprimé à Paris, à Lyon, à Genève. (Barbeyrac.)
'Indépendamment des ouvrages publiés par les théologiens casuistes,
QD grand nombre de traités expliquant les lois de la guerre ont été
ccritsau xvi* siècle par des publicistes espagnols et italiens, dont p\\\^\e\it%
«ont cités par notre auteur. L'Espagne, sous CûarJes- Quint et PhlVvwe U,
36 riiuLKi;oMÈ.\Es slr ixa trois uyres
Gelltili^ Comme je sais que Texactitude do ce dernier peut aider d'autres auteurs, et que je reconnais liauie-
étant devenue la première puissance militaire et politique de TEurope, entretenant de grandes armées et faisant de longues guerres, devait être la première à sentir le besoin de cette partie essentielle du droit des gens, qui détermine systématiquement les principes de la guerre. Voir Wheaton, Histoire des progrès du Droit des gens, t. I, p. 41. — Bu/- THAZAB Atala (originaire d'Espagne, mais né à Anvers en 1548, mort en 1584), grand prévôt de Tarmée espagnole, a écrit un traité sur cette ma« tière, qu'il a dédié au prince de Parme, sous lequel il servait. Cet ouvrage, intitulé De jure et officiis belli, est partagé en trois liyres, dont le ' second a uniquement rapport aux droits de la guerre, et le troiftième i ses devoirs. Dans le premier de ces livres, l'auteur traite des lois de la guerre comme faisant partie du droit international, et cite sans cesse à Tappui, des exem[iles tirés de Thistoire romaine et du droit romain. Voir Wheaton, libr. cit., p. 41 et suiv.; Cauchy, libr. cit., t. Il, p. 29 et suiv. P. P. F.
* Aljierk.o Gemili, appelé Aluericus Gentilis selon l'usage de latiniser les noms propres, naquit dans la marche d'Ancône vers le milieu du XVI' siècle, d'une famille ancienne et illustre. Son père avait cmlirassé le protestantisme, et fut par suite obligé de quitter l'Italie et de se réfugier en Allemagne avec sa famille. Il envoya son fils Âlberieo en Angleterre, où il trouva non-seulement une entière liberté de conscience, mais où il fut reçu avec faveur et nommé professeur de jprisprudence à TUniversité d'Oxford. 11 s'adonna à Tétude du droit ptturel et du droit international. Son attention fut surtout attirée vers ce sujet, parce qu'il fut nommé avocat pour les Espagnols devant les cours de prises de l'Angleterre. Le résultat de ses travaux dans cette partie da droit public fut publié par lui, et cette collection [de advoeaiione his* paniceot Hanovre, 1013) peut être considérée comme le premier recueil des arrêts sur le droit des gens maritime qui ait paru en Ejurope. Ilaif ses travaux i)lus scientifiques donnèrent naissance à un des premier^ traités complets sur les droits de la guerre, De jure heUi, publié en 15S9 et dédié au comte d'Essex, qui l'avait aidé à obtenir la place de professeur à Oxford. Groth's reconnaît lui-même qu'il doit beaucoup h Gra* TiLi, et il est évident par les titres mêmes de ses chapitresi qui sont presque identiques avec le premier et le troisième livre de Grotius, qu'il a été d'une grande utilité à ce publiciste (Hallam's, Introduction to tht literature of Europe, vol. 11, p* 154). Gèxtili « fut le premier, dit Laupreui, à expliquer les lois de la paix et de la guerre^ et par là su^r géra probablement à Grotius Tidée de son ouvrage sur ce sujet. • » Jf-
DU DROIT DE lA GUERRE ET DE LA PAIX. 37
ment en avoir tiré profit, j'abandonne au jugement des lecteurs le soin d'apprécier ce qu'on peut lui reprocher, en ce qui concerne la nature de son enseignement, la méthode et la distinction des questions ainsi que des diverses espèces de droit. Je ne dirai qu'une chose, c'est qu'il a coutume souvent dans la solution des controverses, ou de se régler d'après un petit nombre d'exemples qui ne sont pas toujours acceptables, ou même de suivre l'opinion des jurisconsultes modernes exposée dans des consultations dont un grand nombre ont été rédigées en vue de l'intérêt particulier des consultants, et non d'après les règles naturelles de l'équitable et de l'honnête. Les causes qui font dire qu'une guerre est juste ou qu'elle est injuste, Avala n'y a point touché *. Geiitili h esquissé, comme il lui a plu, quelques types généraux, mais beaucoup de points relatifs à de célèbres et à de fréquentes questions, il ne les a pas même effleurés ^.
publia aussi en t583 un traité sur les ambassades (D^ legationihus)^ qu'il dédia à son ami et protecteur l'illustre sir Philippe Sydney. — Whea- TO!T, libr, eit.f t. I, p. 49 et suiv. ; Gauchy, libr. cit.^ t. H, p. 33 et suif. P. P. F.
* M. Hallam, à propos de ce passage, fait la remarque suivante : « Grotiui 8*est mépris en disant qu'ÂTALA n*a pas touché aux. causes de la justice ou de l'injustice de la guerre. Son second chapitre traite de ce sujet en trente-quatre pages, et quoiqu'il n'ait pas suffisamment approfondi la matière, et qu'il n'ait pas restreint autant que Grotius les droits de la guerre, il mérite cependant l'éloge d'avoir posé les principes généraux sans subtilité et sans subterfuge. » {Introduction to the literature of Europe, vol. II, p. 153.— Voir Wheaton, Histoire des progrès du Droit des gens, 3* édit., t. I, p. 56 en note.) P. P. F.
> Wheato.x fait observer que (iROTiusn'a cité nulle part Goivrad Bruscs, jurisconsulte allemand, auteur d'un traité De legationihus, publié à Mayeoce en 1548. Les principes que pose cet auteur sont comme cnli)Dis sous une masse énorme de citations, tant des auteurs qui avaient terit sur le droit romain, des canonistes, de l'Écriture sainte et des pères de l'Ëglise, que des poètes, des philosophes et des historiens de l'an liquité [Histoire des progrès du Droit des gens, t. 1, p. 47). Il n'a pas
38 niULÉGOMÈMiS ôLK IJirf TllOlS UVRES
XXXIX. — pour nous, nous avons donne nos soins à ce ((uc rien de semblable ne nous échappât, et nous avons indi({ué les sources d'ap])réciations où il serait facile de puiser des décisions, même dans le cas où quelque détail aurait été omis par i)ous. Il reste h exposer brièvement avec (juels secours et ([uel soin j'ai attaqué cet ouvrage. Je me suis préoccupé d'abord de rattacher les preuves des choses (lui regardent le droit de la nature à des notions si certaines, que personne ne puisse les nier à moins de se faire violence. Les principes, en eflfet, de ce droit, si vous y faites bien attention, sont par euxmêmes clairs et évidents, presque à l'histar des choses que nous percevons par les sens extérieurs, lesquels ne trompent point, si les organes de la sensation sont bien conformés, et si tout ce qui est nécessaire à la perception s'y trouve. Voilà pourquoi, dans les Phénicien^ies, Euripide ftiit parler ainsi Polynice, dont il veut que la caosfi ait été manifestement juste : « Les paroles que je vous ai dites, ma mère, ne sont pas embarrassées de détours, mais sont de celles qui, appuyées sur la justice et T^Qi^ nêteté, sont également évidentes i)Our les ignorants et pour les savants (*). » Le poëte fait suivre aussitôt une décision du chœur, approuvant ces paroles : or ce chœur se compose de fennnes, et même de femmes barbares.
XL. — Je me suis aussi servi, pour prouver l'existence de ce droit, du témoignage des philosophes, des histo-
cite non plus parmi les auteurs de l'école théologique Dovuîiqve Sotq, né en 1494, mort en 15C0 (Fratris Domixici Soto, segoviensis theologieip Uhri decem dejustitiâ et jure^ Lugduni» 1582; la première édition iwit paru en 15G0),et François Suarez» né en 1548, mort en 1617 (IVocfatus de legihus ac Deo legislatore). Voir Gaucht, Le Droit mortftme i»ternational^ t. U, p. 22 et suiv. P. P. F.
(*) Le même Euripide faisant dire à Hermione : ci On ne vit pat diM : cette ville d'après les lois des barbares, » place cette réponse dans ta bouche d'Andromaque : « ce qui est honteux pour eux, n'est pas id de:* pourvu de honte. » Grotius.
DU DROIT T>E LA GUERUK KT 1>E lA PAIX. 39
riens, des poètes et enlin des orateurs (*) ; non pas (ju^on doive s'y lier indistinctement, car ils ont coutume de senir les intérêts de leur secte, de leur sujet ou de leur cause ; mais parce que du moment où plusieurs individus, en différents temps et en divers lieux afiirmeiit la même chose pour certaine, on doit rattacher cette chose à une cause universelle ^ Cette cause, dans les (juestions
(•) Pourquoi ne s'en servirait-on pas, lorsque Alexandre Sévère relisait sans cesse la République de Cicéron, et son Traité des Devoirs ?
Grotus.
* Les matériaux que Grotius a mis en œuvre étaient, depuis longtemps, entre les mains de tout fe monde. Loin qu'il s'approprie vaniteusement ce qu'il emprunte, on lui a reproché ce luxe de citations grecques et latines, répandues avec tant de profusion dans son texte. C'est le trUmt qu'il paie au goût d'un siècle érudit. Mais une chose appartient en propre à Grotius, c'est l'art avec lequel il cite tour à tour des théologiens et des philosophes, des historiens et des orateurs, des jurisconsultes et des poëtes, jetant ainsi sur les sujets les plus arides de la science un intérêt qui vous attire et vous captive. Voir CAucHY,îe Dr. marit. internat., t. Il, p. 39. — « L'esprit de Grotius, dit sir James Mackintosu, n'ctail pas d'une trempe stupide et servile au point de citer les opinions des |)Oëtes et des orateurs, des historiens et des philosophes, comme celles (le juges dont la décision est sans appel. 11 les cite, ainsi qu'il nous le dit lui-même, comme des témoins dont la déposition concordante, corrohon'e cl confirmée par leur dissentiment sur pres(|ue tous les autres |)oiiî(s, est une preuve concluante de l'unanimité du genre humain sur les grand'js rèîrles du devoir et sur les principes fondamentaux do la morale. En pareille matière, les poètes et les orateurs sont, de tous les témoins, les moins reprochables, car ils s'adressent îiux sentiments de tous et anx sympathies de l'humanité ; ils ne sont ni infli'cncés par les systèmes, ni pervertis par les sophismes; ils ne peuvent parvenir à aucune de leurs Gns, ils ne peuvent ni plaire, ni persuader s'ils s'appuient sur des sentiments moraux en désacconl avec ceux de leurs lecteurs. Aucun svstème de philosophie morale ne peut d'une manière certaine faire dévier les grands sentiments de la nature humaine, et le jugement qui en dérive dans tous les temps et dans tous les lieux. Mais où ces sentiments et ce jnpement ont-ils été exprimés et conservés ? Dans ces mêmes écrits (prou fi-|iro«*tie à Grotius d'avoir cités. Les usages et les lois des nations, les êvrnements de l'histoire, les opinions des philosophes, les sentiments des enteurs et <lei poètes, aussi bien que l'observation de la vie commune.
(\m nous occupent, ne peut être autre qu'une juste conséquence procédant des principes de la nature, ou qu'un consentement commun. La première nous découvre le droit de la nature, le second le droit des gens. La diSférence qui existe entre l'un et l'autre doit être discernée non d'après les termes mêmes, — car les auteurs confondent les mots (le droit naturel et de droit des gens, — mais d'après la qualité de la matière. Quand on voit, en effet, qu'une chose ne peut être déduite de principes ceilains par un raisonnement juste, et que cependant elle paraît être observée en tous lieux, il suit de là qu'elle doit prendre son origine dans la volonté libre des hommes ^
sont en réalité les matériaux dont se forme la science de la morale; et ceux qui les négligent seront justement accusés de tenter en vain de faire de la philosophie, sans avoir égard aux faits et à TexpérieDce, seuls fondements de toute vraie philosophie. » {Discours sur l'Étude du Droit de la nature et des genSt traduit par M. Pradier-Fodi-^ré, 3* volome de l'ouvrage de Vattel, édit. Guillaumin, p. 359 et suiv.) P. P. F.
* Selon Grotius, le droit des gens difiere du droit naturel en ce qne celui-ci n'a pas la même origine que l'autre, et qu'ils ne sont pas également obligatoires, puisque le droit des gens n'est obligatoire qu*en tertvt / du consentement général des nations^ tandis que le droit naturel l'est toujours. Tous les raisonnements de Grotius reposent donc sur la distinction qu'il fait entre le droit des gens naturel, et le droit des geiu positif ou volontaire. Il fait dériver le premier élément du droit des gens [le naturel), de la supposition d'une société où les hommes irisent ensemble dans ce que l'on a appelé l'éti^t de nature ; cette société naturelle n'a d'autre supérieur que Dieu, d'autre droit que la loi divine gravée dans le cœur de l'homme et annoncée par la voix de la conscience. Les nations vivant entre elles dans un pareil état d'indépendance mutuelle, doivent nécessairement être régies par cette même loi. Pour démontrer l'exactitude de sa définition un peu obscure du droit naturel, GROmw fait preuve d'une vaste érudition.
Il nous apprend lui-même toutes les sources où il a puisé. Quant M droit des gens positif ou volontaire, il lui donne pour base le consea* tement de toutes les nations, ou de la plupart d'entre elles, à obserfor certaines règles de conduite dans leurs relations réciproques. II s'atUeba ensuite à démontrer l'existence de ces règles, en invoquant les mèmei
XLI. — Aussi me suis-je toujours particulièrement appliqué à séparer ces deux droits non moins l'un do l'autre que du droit ci>il ; bien plus, dans le droit dtîs gens, j'ai distingué entre ce qui est vraiment et à tous égards de l'essence de ce droit, et ce qui ne produit seulement qu'un effet extérieur à l'instar de ce droit primitif: la défense, par exemple, de résister par la force, ou même le devoir de se défendre en quelque lieu que ce soit par la force publique, en vue d'un avantage quelconque ou pour éviter de graves inconvénients. On verra dans le corps même de cet ouvrage combien cette observation est nécessaire pour beaucoup de choses. Nous n'avons pas séparé avec moins de soins ce qui est de droit strictement 'et proprement dit, d'où naît l'obligation de restituer, et ce qui est dit être de droit, parce que, agir autrement, c'est heurter quelque autre principe de la droite raison. Nous avons déjà dit, et plus haut, quelque chose sur cette distinction *.
XLJI. — Parmi les philosophes, Aristote occupe a juste titre le premier rang, que vous considériez l'ordre qu'il donne aux matières, ou la finesse de ses distinctions, ou le poids de ses raisons. Plût à Dieu que cette
autorités que pour sa définition du droit naturel. Voir infrà, liv. I, chap. I, 2 10. — Voir Wheaton, Éléments du Dr. internat. ^ 3« édlt., 1. 1, p. 3 et suiv. ; lo., Histoire des progrès du Dr. des gens, t. J, p. GO et luiv. P. P. F.
* M. Laferrière caractérise ainsi l'œuvre de Grotius : « En créant le droit des gens, il l'a distingué du droit naturel pur, et il a établi qu'il était formé non-seulement par les principes du droit naturel, mais aussi par le consentement général des nations, lequel est constaté par ?eurs usages. Le droit international était ainsi, dès son origine, enlevé an danger des abstractions ou des vagues génér^ilités. L'idée et le fait marchaient d*accord, et le droit prenait de suite le caractère d'un droit naturel et positif. C'était faire à une branche nouvelle de la science du droit une grande et belle application de la jurisprudence romaine, qui associait toujours la théorie à la pratique. » {Cours de droit public et ûdminùtratif, 5« édit., 1860, 1. 1, p. 299.) P. P. F.
'ri PU(»LÉi;oMÈ>'ËS SUR LES TROIS LtYftES
supériorité lu» s<' \\\\ pas tournée depuis quelques siècles «•n lyraunie, au point «pie la vérité à laquelle Aristote a lidèleinent consacré ses soins, ne trouve pas de plus ^rand oppresseur que dans le nom d* Aristote lui-môme. Pour moi, j*iniite ici et ailleurs la liberté des anciens ' chrétiens, ipii n'avaient juré d'après la secte d'aucuns I)liilosoplies, non ])as ([u'ils fussent de l'avis de ceux qui disaient (pu; r'wn iw peut tomber sous la connaissance de l'homme, — ce qui est le comble de la folie; — mais parce (|u'ils ))ensaient ([u'il n'existait aucune école qui ait contemplé la vérité tout entière, aucune qui n'ait aperçu (pielcjuc cAté de la vérité. Aussi croyaient>-ils que réunir en un ensemble les vérités éparses chez chaque philosophe et disséminées au sein des étoles, ce tt*était l'aire rien d'autre (jue fondit' un enseigiiettierit Ttaiinènt chrétien (*).