XLIII. — Entre autres choses — pour dire en passant
(*) Ces mots sont de Lactance, Instit. dti?., lib. VIÏ, cap. vu,— Justin {Apolog. I) s'exprime ainsi : « Ce n'est pas que les dogmes de Platon soient tout à fait difTérents de ceux de Jésus-Christ, mais ils ne sont pas semblables à tous égards ; non plus que ceux des autres philosoplics, comme des stoïciens, ou des poëtes et des historiens. Car chacun d'eux, à la faveur de la raison naturelle à tous les hommes, a vu en partie ce qui lui est conforme, et a bien dit jusque-là. » Tertullibh dit souvent : a Notre Sénèque »; mais il remarque aussi qu*il h*y aqnè Ji^si/S-CuRisT ([ui ait pu donner un corps complet de vérités spiritnelles. Augustin déclare que les règles des mœurs que Cicéron et les autres philosophes ont recommandées; sont les mêmes qu'on enseigne dans les églises qui s'élèvent sur tout l'univers (Epist. 202). Voyez ce qiië dit le môme Augustin sur les Platoniciens, qu'il affirme être chrétiens, à peu de chose près (Epist. 56 ; sur la vraie Religion, cap. m, ef Livré des Confessions, Vil, cap. ix, et liv. VIII, cap. it (a).
Grotius.
(a) Il a été soutenu devant la Faculté des lettres de Dijon, et publié àParis^ en 1854, une thèse remarquable de M. H. Barreau, sur cette question : quw ris fucrit chri&lîanœ doclrinœ apud Senecam, Persium, et nonnuOos 'i hvJaS'Ce œtatis stoicos. On pourra la consultor avec fruit pour les questîoM agiléos dans ce § et dans la note de Grotivs, P. P. F,
pu DROIT DE LA GITIRRE ET DE LA PAIX. 43
coc\ qui n'est pas étrangor^à notre sujet, — ce n'est pas sans raison ([ue quelques platoniciens et anei(îns cliréfieiis (*) paraissent s'être éloignés d'Aristote, sur le point oii ce philosoplic a placé la nature même de la vertu ilans un juste milieu des passions et des actions*. Ce jjrinciix) une lois posé Ta conduit à ne faire ([u'une seule vertu de deux vei^tus distinctes, telles que la libéralité et
I économie^; à opposer a la véracité des extrêmes entre
(*) C'est de quoi Lacta^cge traite au long {Instit. div., lib. YI, cap.xv, xri, xvii). Cassiodohe ajoute: a non affeclibus moveri, sed secundum eos moveri, utile vel noxium. » Grotius.
• Pour comprendre ce paragraphe et le suivant, il faut se rappeler la « doctrine du juste milieu^ » qu'a développée Aristote. La vertu est rr|-résentée par ce philosophe comme une ligne où elle est le point central, et aux extrémités de laquelle se trouvent deux vices, deux excès contraires. La vertu résulte de Téquilibre entre les deux points extrêmes; ainsi le courage consiste à s*exposer à certains périls, et à en fuir d'autres; mais braver sans discernement et sans choix tous les dangers, c'est lie la témérité, de même que se soustraire à tous, quehpic soit le motif d'une conduite opposée, c'est la lâcheté qui ne sait rien supporter et a [".•ur de tout : le courage est donc placé entre la témérité et la lâcheté.
II <:n est de même de nos autres vertus. Par exemple, la tempérance est lilarêe entre la débauche et l'abstinence complète, la grandeur d'âme ♦■îitrc rînsolence et la bassesse, la libéralité entre la prodigalité et l'avarice, el ainsi de suite. Aristote prend soin de signaler cependant de ihtuibrcuses exceptions à cette doctrine. «Toute passion, toute action, dit-il, n'est pas susceptible du juste milieu.» Il reconnaît aussi que tel "Il tel acte, du moment qu'on le nomme, entraine avec lui l'idée de crime <*n de faute, et qu'il serait impossible de le ramener graduellement à un milieu où il serait la vertu. Il ne fait donc pas de cette théorie une règle générale, comme on le lui a reproché à tort, tout au moins a-t-il eu en >uede donner par là quelques règles de pratique usuelle, en préchant la iQodération qui est, en effet, à rechercher le plus communément dans la Tic. Voir Pezzaxi, Principes supérieurs de la morale, etc., 1. 1, p. '275.
- Grotius considère la libéralité et Véconomie comme constituant iiv.i vertus distinctes. Son annotateur GRO.xovrus est d'un avis contidire. 11 pense que Véconomie est une partie, un élément de la libéralité, t-( que celui-là seul est libéral, qui ne donne pas au delà de ce que permet Vi^ccnomie. B.\nBEYRAG revient à l'idée de Ghotius, et termine ainsi sa
lesquels il n'y a pas une égale contrariété, tels que la jactance et la dissimulation; et à imposer la qualification (le vices à certaines choses qui, ou n'existent pas, ou ne sont pas des vices par elles-mêmes, telles que le mépris des plaisirs et des honneurs, et l'impuissance à s'irriter contre les hommes.
XLIV. — La fausseté de ce principe posé d'une manière générale, ressort même de l'exemple de la justice, car ne pouvant trouver le trop et le trop peu, qui sont l'opposé de cette vertu, dans les passions et dans les actions qui en sont la conséquence, il les a cherchés l'un et l'autre dans les choses mêmes à l'occasion desquelles la justice s'exerce : ce qui, d'ahord, est sauter d'un genre à l'autre, défaut qu'Aristote blâme lui-même .avec raison dans autrui. En second lieu, accepter moins que ce qui vous appartient, cela peut à la vérité constituer par accident un fait blâmable, en ce que d'après les circonstances on est redevable envers soi-même et envers les siens ; mais certainement cela ne peut être contraire à la justice, qui consiste toute dans l'abstention du bien d'autrui. Il s'abuse de même quand il ne veut pas qu'un , adultère commis dans tin moment de passion, qu'un meurtre inspiré, par la colère soient proprement une hor justice,. tandis que cependant l'injustice n'a pas d'autre caractère que d'être une usurpation du bien des autres; et peu importe qu'elle provienne de l'avarice, de la sensualité, de la colère, d'une compassion imprudente ou d'un désir effréné de s'élever, sources habituelles des
longue note : a Notre auteur a raison de dire qu*Aristote a été obligé de réduire à une seule vertu les deux dont il s'agit, aBn de trouver deux vices opposés, l'un dans le défaut, l'autre dans l'excès ; car VavariutA bien opposée àja libéralité, ainsi appelée selon les idées conununes ; mais la prodigalité f bien loin d'être contraire par elle-même à la lihéraiiti, est un vice qui a quelque rapport avec cette vertu, qui peut disposer i l'exercer, et qui, du moins, n'est pas incompatible avec elle P. P. F.
injustices les plus grandes. Mais mépriser tous ces ai- ^illons (piels qu'ils soient, dans la seule vue de ne i)as porter atteinte à la société humaine, c'est là le propre de la justice.
XLY. — Pour revenir au point d'où j'étais parti, il est vrai qu'il arrive à quelques vertus de procurer un tempérament dans les passions, mais ce n'est point parce que tel est le caractère propre et perpétuel de toute vertu; c'est parce que la droite raison, que la vertu suit partout, nous prescrit dans certains cas d'observer une mesure, et nous incite dans certains autres à nous porter aussi loin qu'il est possible. Nous ne pouvons, en effet, trop servir Dieu ; la superstition ne yïèche pas en ce qu'elle le sert trop, mais en ce qu'elle le sert mal ; nous ne pouvons trop désirer les biens, ni trop redouter les maux étemels, ni trop haïr le péché. C'est donc avec vérité qu'Aulu-Gelle a dit qu'il y a certaines choses dont l'étendue n'est bornée par aucunes limites, et qui plus elles sont grandes et amples, plus aussi elles sont excellentes. Lactance, après avoir beaucoup disserté sur les' passions, dit que « la règle de la sagesse consiste non pas à modérer les passions elles-mêmes, mais à agir sur les causes qui les produisent, puisqu'elles sont excitées par les objets extérieurs ; et que ce n'est pas principalement les mouvements des passions qu'il faut réprimer, car ils peuvent être faibles dans le plus grand crime, et violents sans portera rien de criminel. » Notre intention est de faire grand cas d'Aristote, mais avec cette liberté qu'il s'est permise lui-même envers ses maîtres, par amour de la vérité.
XLVI. — Les histoires ont une double utilité qui convient à notre sujet: elles fournissent des exemples et des appréciations. Les exemples ont d'autant plus d'autorité qu'ils sont tirés des meilleurs temps et des meilleurs peuples; aussi avons-nous préféré aux autres les
î() rn«u.K<;«>MKNKs svii les tkois livres
aiirioMs (Aciiiplcs (^rccst't romains. Les appréciations ne lin i\ Cl il p.is vAvr (iiMlai«;n(M's, surtout lorsc[u'ellcs s'acrnnl(*iit (Mitre elles; car le droit iiatim'l, ainsi que nous Tavoiis (lit, se {trouve en (iuei(|ue sorte parla, et pour le droit des jri'iis il n'y a pas d'autre nuïveii de rétablir.
XLVII. — Les pensées des poëtes et des orateurs n'ont pas autant de ])oids; et nous en taisons souvent usage non pas tant ]M)ur appuyer sur elles nos paroles, que pour qu'il résulte des citations de ces auteurs quelque «unenient au j)rotit de ce que nous avons voulu dire.
XLVlll. — Je mv sers souvent de l'autorité des IhTes cpie les lunmnes iiispirés par Dieu ont soit écrits, soit ajq)r«)uvés, mais en distinguant entre la loi ancienne et la loi nouvelle. Il y a des philosophes qui soutiennent <pie la loi anciemu» est le droit même de nature; c'est indnbilahlement une opinion erronée, beaucoup de règles de cette loi viennent, en ellet, de la volonté libre de Dieu, (pii n'est jamais en oj)position avec le \Tai droit de la nature, et dans ce sens on en peut raisonner comme de ])rincipes tirés de la nature même, poumi (pie nous dislini^uions avec soin le droit de Dieu, qu'il exerce (piehiuelois par le minist(Te des hommes, et les droits des honnn(^s, les uns par rapport aux autres. Nous avons donc évité, autant (jue nous l'avons pu, et celte erreur, (ît mu» autre (jui lui est opposée, suivant lacjuelle, depuis les temps de la nouvelle alliance, l'alliance, ancienne ne serait plus d'aucun lisa^e. Nous pensons le contraire, tant ])our les raisims ([ue nous avons d(\jà dites, (jue i)arce (jue telle est la nature de la nouvelle alliance, (ju'elle ordonne touchant les vertus regar^ dant les mœurs les nï(*mes choses ou de plus parfaites (pie rancienne ; vi c'est ainsi cpie nous voyons que les anciens écrivains chnUiens se sont servis des témoignages de l'Ancien Testament.