On allègue d'abord la prophétie d'Ésaïe (*), qui an
(*) Chrysostômc explique cela de la paix universelle qui régna sur le inonde, à la faveur de l'établissement de Tempire romain {Orat. Christum esse Deum), « Il n*a pas été prédit seulement que cette religion sera ferme et inébranlable, mais encore qu'elle amènera une grande tranquillité sur la terre ; que les gouvernements aristocratiques et monarcbiqaes qu*il y avait dans cbaque État, seront détruits, et qu'il n'y aura plus qu'un seul royaume qni dominera sur tous les autres, et dont la plus grande partie jouira de la paix, contrairement à ce qui avait lieu auparaTant. Autrefois, en effet, les artisans et les orateurs prenaient les armes et marchaient à la guerre. Depuis la venue du Christ cette coutume a cessé, et les exercices guerriers n'ont été réservés qu'à une certaine catégorie dlndividus. » On trouve précisément la même e^v^icAlm dans Eusèbe \dePrâ?par,, Ub. 1, cap. xj. Okoiw^^.
142 LE DROIT DE LA OUERItE ET DE LA PATX.
nonce que dans l'avenir les peuples forgeront de leurs épées des houes et de leurs lances des faux, qu'ils ne tourneront plus le glaive l'un contre l'autre, et qu'ils n'apprendront plus à faire la guerre (n, 4). Mais cette prophétie peut être, comme beaucoup d'autres, entendue dans un sens conditionnel ; elle peut avoir pour objet d'indiquer que tel serait l'état des choses si tous les peuples embrassaient la loi du christianisme et s'en trouvaient pénétrés (*). Dieu, dans ce cas,' ne souffrirait point que rien de ce qui dépendrait de lui en vue de ce résultat restât en soufTrance. Il est, en effet, certain que si tous les peuples étaient chrétiens et vivaient chrétiennement, il n'y aurait plus aucune guerre. C'est ce qu'exprime Macrobe en ces termes : « Si tous les hommes qui se croient hommes, non pas par la forme du corps, mais par la raison, voulaient prêter tant soit peu l'oreille aux règles salutaires et pacifiques de cette raison, et non pas se laisser emporter par leur orgueil et leur arrogance à croire plutôt leurs passions cpie ces conseils intérieurs, il y a longtemps que tout l'univers, employant le fer à des usages plus doux, vivrait dans la plus agréable tranquillité, et que sous la foi d'inviolables alliances, il s'unirait dans une concorde favorable. » Lactance dit aussi: Qu'arriverait-il si tous les hommes étaient d'accord pour vivre en paix? Gela pourrait certainement avoir lieu si, laissant de côté leur fureur pernicieuse et impie, ils consentaient à être inoffensifs et justes. » Cette prophétie
(*) Justin dit à propos des chrétiens : « Nous ne combattons pas contre des ennemis. » C'est précisément ce que Philon disait des Esséniens {Orat. Omn. bon. esse liber.) : « On ne trouve parmi eux aucun ouvrier qui forge des dards, des javelots, des épées, des casques ou des cuirasses, ou des boucliers, aucun qui fabrique ou des armes ou des machines, n Ghrysostôme dit de même (I ad Corinth, xin, 3), que « si les hommes s'aimaient comme ils doivent, il n*y aurait point de peines capitales. »
Grotius.
liYBE I, GHAPITllE II. l43
peut également être entendue à la lettre, et, dans ce sens, Tétat même des choses nous apprend qu'elle n'est pas encore accomplie, mais que son accomplissement, ainsi que celui de la conversion générale des Juifs, est encore en expectative ^ Quelle que soit, d'ailleurs, la manière
* Ce que TÉvangile n'a pu réaliser, parce que Tobseryation stricte de cette loi sublime est trop au-dessus des faiblesses de T humanité ; ce qui éuit c en expectative » dans le siècle de Grotius, et ce qui le sera quelque temps encore, même dans nos âges de progrès , se réalisera cependant par le mélange des intérêts des peu{)les de l'univers. Le caractère de l'histoire contemporaine, c'est la place qu'y tiennent les intérêts mitérids et les questions économiques. Si les rivalités politiques y ont encore nne large part, les rivalités commerciales s'y dessinent aussi, et ces rivalités ne ressemblent plus à celles des siècles derniers. 11 y a^udessus des divisions politiques un intérêt commun qui souvent les efface; c'est rintérét des échanges, le besoin qu'on éprouve les uns des autres. \ Le commerce relie les peuples, en attendant que la force morale devienne assez grande pour les réunir en une seule et même famille. Aujourd'hui les peuples se mêlent, ils se visitent, ils se connaissent, ils commencent à s'estimer. Cette estime mutuelle prélude sans doute, dans un avenir plus ou moins éloigné, à une mutuelle amitié. « La France et l'Angleterre, dit M. G. Dueoudray, offrent un éclatant exemple du rapprochement qui s'opère entre les peuples les plus divisés par la nature et par le caractère. Ces deux nations, dont la rivalité est un des plus grands faits de l'histoire moderne, et a coûté plusieurs siècles de guerre, sentent que leur intérêt est de triompher de leurs préjugés, de leur antipathie de race, de leur diversité de mœurs. Elles nouent une alliance de raison : la sympathie viendra peut-être. » {Histoire contemporaine, 1864, t. U, p. 343 et suiv.). — Ce qui est vrai de la France et de l'Angleterre, l'est de toutes les autres nations. La France a besoin de tous les autres pays, et tous les pays ont besoin d'elle. Aujourd'hui les capitaux français sont engagés dans les chemins de fer espagnols, italiens, autrichiens; les capitaux étrangers sont intéressés dans les grandes entreprises de la France. Les banques des divers Etats se règlent les unes sur les autres. Toutes les nations ne tardent pas à profiter des améliorations qui s'mtroduisent dans le régime économique d'un autre peuple. Cette solidarité universelle, cette union des intérêts condamnent la guerre etl'éloignent peu à peo des nations civilisées. Aussi la diplomatie s'efforce-t-elle le plus possible de conjurer toutes les complications qui peuveul &\i^^\t. Nous sommes àoac loin du temps où la guerre était caprice de ^tm^^e eX
de rinterpréter, il n'y a rien à inférer de là contre la justice de la gueiTe, tant qu'il y a des hommes qui ne permettent pas aux amants de la paix d'en jouir, et qui leur font violence.
2. Le chapitre y de Matthieu fournit encore plusieurs arguments pour l'appréciation desquels il est besoin de se rappeler ce. que nous avons dit un peu auparavant. Si le Christ avait eu l'intention de supprimer les sentences capitales et le droit de guerre, il s'en serait expliqué en termes tout à fait exprès et précis, vu l'importance et la nouveauté de la chose. Il l'aurait fait d'autant plus, qu'il n'y avait point de juif qui ne crût que les lois de Moïse, concernant les jugements et les atGEÔres politiques, ne dussent conserver leur vigueur à Tégard des Juifs aussi longtemps que subsisterait leur nation. Après cette première remarque, examinons par ordre la valeur de chaque passage.
3. L'opinion contraire se retranche donc, en second lieu, derrière les paroles suivantes : « Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil et dent pour dent. Et moi je vous dis de ne point résister à celui qui vous traite mal (au méchant^ selon l'hébreu, et suivant la traduction grecque, à celui qui vous fait injustice (*), Éxod. n, 13) ; mais si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présen-
semblait la situation normale de l'Europe. G*est la paix qui maintenant devient de plus en plus la vraie condition de la vie européenne, comme elle devrait être celle de l'humanité entière. L'industrie et le commerce la réclament, la diplomatie la maintient, et les souverains trouvent plus de gloire à la consolider qu'à la compromettre. — Voir : Dacondray, Uist. contemp, chap. xxvi, p. S'il et suiv.; Pradier-Fodéré, préface d'une question de Droit international^ par M. Ch. Calvo; préface des Principes de 1789, jugés par un Américain, par M. Torrès-Caicedo; Lé Droit des Gens, par Vattel, édition Guillaumin, 1. 1, p. 262, 263; t. II, p. 162, 163, 338; t. IH, p. 167, 170. P. P. F.
n Comme le dit l.uc dans le discours d'Etienne : « Celui qui fait du tort à son prochain. » G«<mus.
liYÊE î, CHAPITRE It. l45
tez-lui aussi l'autre. » De là, en effet, quelques-uns concluent qu'on ne doit repousser aucune injure, et qu'on ne doit en tirer aucune vengeance, soit publique, soit privée. Cependant tel n'est pas le sens de ces paroles. Jésus- Christ ne s'adresse pas ici aux magistrats, mais à ceux que Tofifense a atteints ; il ne parle point de toute injure quelconque, mais de l'outrage qui serait de la nature d'un soufflet. Les derniers termes de sa proposition restreignent la généralité de ceux qui précèdent.
4. C'est ainsi que dans le précepte suivant : « Si quelqu'un veut plaider contre vous pour vous prendre votre tunique,' laissez-lui encore emporter votre manteau (*), » il n'y a point une défense absolue de recourir au juge ou à l'arbitre. Telle est l'interprétation de Paul, qui n'interdit pas tous les procès (I Gorinth. vi, 4), mais qui défend que les chrétiens plaident entre eux dans les tribunaux profanes ; et cela à l'exemple des Juifs, chez lesquels c'était une maxime reçue que « celui qui porte les affaires regardant les Israélites à la connaissance des étrangers, déshonore le nom de Dieu. » Mais la volonté de Jésus-Christ est, afin d'exercer notre patience, que nous ne plaidions pas en justice pour des objets facilement recouvrables, tels qu'une tunique, ou, avec la tu-
n Cyprien {de Paiieniiâ) explique cela ainsi : a Ne redemandez point ce qu'on vous a pris. » a A celui qui vous enlève votre tunique, dit Irénée (lib. IV, cap. xxvii), donnez votre manteau ; mais ne soyez pas attristés comme des gens qui se résignent à être dépouillés; réjouissons- Doiu comme si nous avions donné volontairement. Et si quelqu'un vous contrainte faire mille pas, faites-en deux mille aveclui; ne le suivant pas comme un esclave, mais le précédant comme un homme libre. » Libanius, qui avait lu les Évangiles, loue dans une de ses harangues {De eustodid reorum), ceux qui ne plaidaient pas pour un manteau ou une taniqae. Suivant Jérôme {Dialog, l, contre Pelage). « L'Évangile nous enseigne que si une personne veut nous appeler en justice et nous dépouiller de notre tunique par des chicanes, il faut (u\ \a\%%&t ^\i%%\ \^ manteau. » Gkoi\\^^«
nique, si besoin est, un manteau ; et que, si fondé que soit notre droit, nous en abandonnions la poursuite. Apollonius de Tyane niait qu'il fût digne d'un philosophe de plaider pour une mince somme. « Le prêteur ne désapprouve pas, dit Ulpien, le fait de cet individu qui a préféré être privé d'une chose, pour ne pas avoir à la défendre trop souvent en justice. Cette manière de voir d'un homme ennemi des procès, n'est, en effet, pas blâmable ^ » Ce qu'Ulpien présente ici comme devant être approuvé par les hommes de bien, le Christ le commande, faisant ainsi la matière de ses préceptes des choses les plus honnêtes et les phis approuvées. Mais ce serait mal conclure, que de décider qu'il serait interdit même à un père, même à un tuteur, de défendre, s'il y avait nécessité, devant le juge, le pain de ses enfants ou de ses pupilles. Autre chose, en efTet, est une tunique et un manteau, autre chose est tout le patrimoine dont on tire sa subsistance. Il est dit du chrétien, dans les Constitutions de Clément, que, s'il a un procès, « il doit faire en sorte de transiger, quand bien même il en résulterait pour lui quelque dommage. » Ce que l'on dit donc ordinairement des choses morales, trouve également sa place ici : savoir qu'elles ne
* Le passage d'Ulpiën, cité par Grotius, se trouve au Digeste, Uy. IV, tit. Vil, de aliénât, judicii mutandt causa factâ, L IV, i 1. Barbetrag fait remarquer; avec raison, à ce sujet qu'il ne s'agit nuUement dans ce fragment de sacrifier quelque chose de son propre bien, pour éviter un procès; et que le cas est, au contraire, tout différenti puisque celui qui, suivant le jurisconsulte, avait voulu éviter de plaider, était un possesseur du bien d'autrui voyant le propriétaire disposé à le revendiquer entre ses mains.
Ce n'est pas la {première fois que Barbeyrac a relevé une citation •inexacte de Grotius; mais loin de nous armer de la sévérité de cet annotateur, nous trouvons dans les quelques inexactitudes de notre auteur, une preuve nouvelle de son étonnante érudition. Grotius était exilé; il ne possédait pas sous la main les ouvrages nombreux qui lui auraient permis de vérifier ses textes et ses indications; il citait généralement de mémoire ; or, quelle mémoire \ V , V . %\
consistent pas dans un point indivisible, mais qu'elles ont à leur manière quelque étendue.
5. Dans le précepte qui vient ensuite : « Si quelqu'un veut vous contraindre de faire un mille avec lui, faites-en deux, D le Seigneur n'a pas parlé de cent milles, ce qui détournerait trop une personne de ses affaires, mais seulement d'un mille, ou de deux, s'il est nécessaire : promenade qui est considérée comme insignifiante. Le sens de ces paroles est donc que dans les choses qui ne doivent pas beaucoup nous incommoder, nous ne devons pas presser notre droit à la rigueur, mais en céder au delà même de ce qu'on nous demande, pour que notre patience et notre bienveillance soient connues de tout le
monde f]*
6. a Donnez à celui qui vous demande, est-il dit ensuite, et ne rejetez point celui qui veut emprunter de vous. (**) » Si vous étendez ce précepte à l'infini, il n'y a rien de plus dur. « Celui qui n'a pas soin des personnes de sa maison, est pire qu'un infidèle, » dit Paul (I à Tinaoth. v, 8). Suivons donc cet excellent interprète de la loi de son maître. Voulant exciter les Corinthiens à se montrer bienfaisants envers les habitants de Jérusalem : a Je n'entends pas, leur dit-il, que les autres soient soulagés et que vous soyez surchargés, mais que, par un partage égal, votre abondance supplée à leur pau-
C) « Ces paroles, dit Justin {Apologet, 11), ont pour objet de nous en^ gager à être envers tout le monde patients, portés à rendre service^ et nullement disposés à la colère. » Grotius.
(**) Ces paroles, fait observer Justin {Apologet, II), ont été dites à propos du devoir de faire part de ses biens à ceux qui sont dans la pauvretéy et cela sans ostentation. Voilà pourquoi il a été dit : « Donnez à quiconque vous demande,... etc.; » et ailleurs : « Faisons participer à Dotrebien ceux qui n*ont rien. » Gyprien [T€stimon.,\\h. III, 1) dit qu'on ne doit refuser à personne Taumône. « A quiconque te deu^iidA, ^vVA. ailleurs, il faut donner, et ne repousse pas celui qui \eut emi^twivVAT ^<^ toL » Gkotius^
vreté (*) » (Il aux Gorinth. vm, 13) ; ce qui signifie — en me servant des paroles de Tite-Live sur un sujet assez semblable : — Je veux que du superflu de vos richesses, vous veniez en aide aux nécessités des autres. Tel est aussi le sens de cette phrase du Cyrus de Xénophon : a Ce que je trouve de superflu dans mon bien, j'en soulage Tindigence de mes amis. » C'est au point de vue de la même équité que nous devons nous placer, pour interpréter le précepte que nous venons de citer.
7. Comme la loi hébraïque accordait la liberté du divorce pour mettre obstacle aux mauvais traitements des maris envers leurs femmes, de môme pour empêcher les vengeances privées auxquelles la nation Israélite était extrêmement portée, cette loi avait donné le droit à la personne lésée, d'exiger de celui qui lui avait nui la peine du talion, non pas en l'exerçant de sa propre main, mais en la demajidant au juge. Cet exemple a été suivi par la loi des XII Tables : « S'il a rompu un membre, qu'on applique le talion. » Mais Jésus-Christ qui enseignait le devoir d'une patience plus parfaite, loin d'approuver que la victime d'une offense actuellement commise en demande vengeance, ne veut pas même que l'on prévienne certaines injures soit par la force, soit par la voie de justice. ^Quelles injures, cependant ? Celles que l'on peut tolérer (**) ; non pas qu'il ne soit aussi louable de supporter de plus graves outrages, mais parce que Jésus- Christ se contente d'un moindre degré de patience. Aussi
(*) « Je ]donnerai à celui qui a besoin, dit Sénèque [De Benef,, II), mais pourvu que je ne sois pas moi-même dans le besoin. » Ghrysostôme, sur le passage de l'Épitre aux Corinthiens, cité dans le texte, dit que c Dieu demande à chacun selon les moyens qu'on a, et non suivant ce qu'on n'a pas. » Pour bien comprendre cette pensée, il faut ajouter les paroles suivantes : « L'apôtre les loue d'avoir fait au delà de ce qu'ils pouvaient (il s'agit des Thessaloniciens), mais il ne force pas les autres (il s'agit des habitants d'Achale) à etita\t«^\iVaA.t. « Grotios. .
CV Voir Cbrysostôme, dans Yeiiàro\\àfe\VVii^\^\i^. ^àiaswvQs.,
a-t-il pris l'exemple d'un soufflet, injure qui ne compromet pas la vie, qui ne mutile pas le corps, mais qui n'est que le signe d'un mépris dont l'effet ne diminue rien de notre mérite. Sénèque, écrivant sur le sang-froid du Sage, distingue l'injure de l'affront. « La première, ditil, est naturellement plus grave ; l'autre est plus légère et n*est sensible qu'aux seules personnes délicates, qui ne s'en trouvent pas lésées, mais s'en offensent. Il y a tant de faiblesse qt de vanité dans les esprits des hommes, que pour certaiiis individus rien ne parait plus insupportable. C'est ainsi que vous rencontrez des esclaves qui aiment mieux être frappés de verges que souffletés. » Le même philosophe écrit autre part : c( L'affront est une injure restreinte ; on s'en plaint plutôt qu'on n'en tire raison. Les lois ne l'ont jugé digne d'aucune vengeance. » Dans Pacuvius, quelqu'un dit : « Je supporte facilement une injure, si elle n'est pas accompagnée d'affront. » Un autre dit, dans Gécilius : « Je puis endurer la misère, si elle est exempte d'injure; je supporte même l'injure si elle est sans déshonneur. » Suivant Démosthènes, a il n'est pas aussi pénible pour les hommes libres d'être frappés, quoique ce soit cruel, que de l'être par mépris. » Le même Sénèque, dont j'ai parlé, ajoute un peu plus bas que la douleur causée par un affront, est une affection produite par la faiblesse du cœur qui se resserre, se sentant touché d'une action, ou d'une parole outrageante.
8. C'est donc eh vue d'une circonstance semblable que le Christ ordonne la patience ; et pour qu'on n'objecte pas cette banalité, que supporter une ancienne injure, c'est inviter à vous en faire une nouvelle, il ajoute qu'il vaut mieux souffrir un second outrage que de repousser le premier (*), parce qu'il ne nous en revient d'autre mal
(*) « C'est une belle victoire, dit Chrysostôme (vu, ad Roman,), de donner à Voffen^ur plus qa'il ne veut, et de surpasser ^Qlt \«i %t^ii^«^
que celui que nous nous mettons follement dans l'imagination {*). Tendre la joue^ dans le langage des Hébreux, c'est supporter patiemment, comme on le voit dans Ésaïe (xxx, 6) et dansJérémie (III, 3); a présenter le visage aux affronts, » a dit Tacite, au livre m de ses Histoires (**).
9. Un troisième argument se tire du passage qui suit dans Matthieu : « Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous sont hostiles et qui vous persécutent. » Il y a, en elBfet, des personnes qui pensent que les condamnations capitales, etque les guerres, sont inconciliables avec cette charité, cette bienveillance envers ses ennemis et ceux qui vous haïssent. Mais cette objection est facilement réfutée, si nous considérons les termes mêmes de la loi hébraïque. Il était commandé aux Hébreux d'aimer leur prochain, c'est-à-dire l'Israélite ; (***) car c'est ainsi que le verset 1 7 du chapitre xk du Lévitique, conféré avec le verset 18, nous apprend qu'il faut entendre ici le mot de prochain. Et cependant il n'en était pas moins ordonné aux magistrats de punir de mort les homicides et les autres grands criminels; les onze tribus n'en ont pas moins fait une juste. guerre à la tribu de Benjamin pour venger un crime atroce (Jud. xxi); David, qui combattait les combats de Dieu, n'en réclama
de sa propre patience, l'étendue même des mauvais désirs d'un tel homme. » Grotius.
(*) Ghrysostôme {De stat. i) dit qu'un affront « porte coup ou tombe, non pas selon Tintention de celui qui en est l'auteur, mais selon leâ sentiments de ceux qui en souffrent. » Grotius.
(**) « Tendre le visage p ; cette expression est prise dans le même sens dans Térence {Àdelph,). Grotius.
[***) Les prosélytes étaient mis au même rang que les Hébreux; et les lois qui défendaient de nuire à autrui, s'étendaient aussi à ces habitants incirconcis, dont il a été parlé ci -dessus, chap. i, § 16. C'est ce que reconnaissent les TaJmudistes. Grotiçs.
IIYKE I, CHAPITRE H. 151
pas moins, et justement, les armes à la main, le royaume que lui avait promis Isboseth.
1 0. Qu'on étende maintenant la signification de prochain à tous les hommes — car ils ont tous été admis à une grâce commune, et il n'y a plus de peuples voués par Dieu à la destruction, — il sera permis de faire contre tous ce qui alors Ta été contre les Israélites, qu'on devait aimer dans ce temps-là comme on doit aujourd'hui aimer tous les hommes. Que si vous voulez même que la loi évangélique ait ordonné un plus haut degré d'amour, je l'accorde encore, pourvu qu'il soit aussi reconnu que tous les individus ne doivent pas être également aimés, mais qu'on doit avoir plus d'affection pour son père que pour un étranger. (*) Ainsi l'utilité de l'innocent doit passer avant celle du coupable, l'intérêt commun doit être préféré à l'intérêt privé, d'après la règle d'une charité bien ordonnée. C'est de cet amour pour les innocents que sont nées les peines capitales et les guerres pieuses. On peut voir à ce sujet la sentence morale qui se trouve dans le li>Te des Proverbes (xxrv, 11). Le devoir que nous impose le Christ d'aimer et de secourir chaque homme en particulier, doit donc être entendu avec cette réserve, qu'il n'y ait point d'amour plus grand et plus juste qui s'y oppose. On connaît cet ancien axiome: « Il est aussi cruel de pardonner à tous, que de ne pardonner à personne. (**) »
(*) Tertallien dit {Advers, Marcioriy iv) « que le second degré de bonté est pour les étrangers ; que le premier est pour ses proches. » « H m*est commandé, dit Jérôme {Advers. Pelag., dialog, 1) d'aimer mes ennemis et de prier pour mes persécuteurs. Mais est-il juste que je les aime comme des proches ou des membres de ma famille, et qu'il n'y ait aucune différence entre un rival et un parent ? Grotius.
(••) Ces paroles sont de Sénèque (De Clément., cap. ii). Chrysostôme traitant des châtiments humains (I ad. Corinth., UI, 13, et Seq.), dit que « les hommes les infligent non dans un esprit de cruauté, mais par un principe de bonté. » « Gomme il y a quelquefois, dit Augu&lm, \m^ ^mpassion goi punit, il y a aussi une cruauté qui pardonae. t» \i^% e;a!kV^-
1 1 . Ajoutez à cela que nous devonà aimer nos ennemis, à l'exemple de Dieu qui fait lever son soleil pour les méchants. Mais ce même Dieu en punit quelques-uns dès cette vie, et leur infligera un jour les peines les plus sévères. Cet argument détruit du même coup les raisons qu'on tire ici de la douceur prescrite aux chrétiens. Car Dieu est appelé clément, miséricordieux, patient (Jon. iv, 2; Ëxod. xxxiv, 6), et cependant les saintes Écritures décrivent en maint endroit sa colère contre ceux qui l'olBfensent, c'est-à-dire sa volonté de les punir (*) (Komb. xiY, 18 ; Rom. ii, 8). Le magistrat a été établi ministre de cette colère (Rom. xiii, 4). Moïse est cité pour sa remarquable douceur, et il n'a pas laissé de punir des criminels, même de peines capitales. On nous ordonne de toutes parts d'imiter la douceur et la patience de Jésus-Christ, et c'est pourtant le Christ qui a menacé des plus graves supplices les Juifs rebelles (Matth. xxii, 7) {**) ; c'est lui qui, au jour du jugeiQent, condamnera les impies suivant ce qu'ils auront mérité. Les apôtres ont imité la douceur de leur maître, et cependant ils ont fait usage de l'autorité que Dieu leur avait donnée, pour la punition des méchants (I Corinth. iy, 21 ; v, 5 ; I à Timoth. i, 20) (***)•
reurs Valentinien, Théodose et Arcadius s*expriment ainsi dans la loi 3, au Code théodosien, sur les défenseurs des cités : « 11 faut écarter toute protection qui, en favorisant les coupables et en secourant les criminels, permettrait aux forfaits de se développer. Totila dit dans Procope [Histoire des Goths, II) : « Je mets sur le même rang ceux qui commettent un crime et ceux qui empêchent que le crime ne soit puni. » Voir ce qui est ditKv. II, chap. xxi, ^1. Grotius.
(*) Voir sur ce point Cyrille, liv. V, contre Julien. Grotius.
(**) Ajoutez les passages de Matthieu (xxi, 44), de Luc (xix, 12, 14, 27), Chrysostôme (ad Roman,, XIV), après avoir raconté les malheurs de Jérusalem, s'écrie : « C'est le Christ qui a fait tout cela. Écoutez comme il l'a prédit lui-même, soit par paraboles, soit ouvertement et sans ménagement. » Il exprime une pensée semblable dans le second discours contre Jes Juifs. Grotius.
(***) crFerai-Je mourir, muli\era\-\e1 A\VCia^«ist6oae(l,Corm^fc.iv,21);
UYRE I, CHAPITRE n. 153
12. Le quatrième passage qu'on objecte est de TÉpltre aux Romains (xn, 17). « Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez soin de faire le bien devant tous les hommes ; si cela se peut, autant qu'il est en vous, vivez en paix avec toutes sortes de personnes ; ne vous vengez pas vousmêmes f), mes bien-aimés, mais donnez un sursis à votre coWre^ car il est écrit : C'est à moi que la vengeance est réservée ; c'est moi qui la ferai, dit le Seigneur. Si donc . votre ennemi a faim, donnez-lui à manger ; s'il a soif, domiez-lui à boire ; car, agissant dé la sorte, vous amas-
U y a, en effet, un esprit de sévérité, comme il y aun esprit de douceur. » Voyez aussi ce que dit Augustin à propos des paroles du Seigneur sur la montagne (liv. I), et d'autres écrivains que cite Gratianos (xxiii, Quest. vm). Grotids.
n La Yulgate porte ici le mot defendentes. Mais cette expression est souvent prise par les auteurs chrétiens, pour exprimer l'idée de vengeance. Tertullien {De Patieni.) dit : « Jàm si levius defendaris^ insaniesf si ul^riuSf oneraheris, Quid mihi cum ultione, cujtu modum regere non possum per impalientiam doloris ?» 11 dit ailleurs {Adv. Mareion, U) : « Non enim injuriœ mutui exercendâe licentiam sapit, sed in totum eohihendœ violentias prospicit, ut quid durissimo et infideîi in Deum populo longum vel etiam incredihile videretur à Deo expectare defensam, edicendam posteà perprophetam, mihi defensam^ et ego défendant, dicit Domintis : intérim commisiio injurias metu vicis repastinaretur : et licentia retrihutionis, prohibitio esset provoeationis ; ut sic improbitas astuta cessaret, dum seeundà permissâ prima terretur ; et prima deterritâ, nec secunda committitur, qux et alias faeiUor timor talionis per eumdem saporem passionis, Nihil amarius quam idipsum pati, quod fecerit aliis. » AliâS diluvium iniquitates provocaverunt (dit Tertullien, De monogamiâ), semel defensx quelescumque fuerunt, non tamen septuagies septies, quod duo matrimonia meruerunt (a). » Le passage de Paul dont il s*agit, n*est pas mal expliqué par Augustin dans l'épitre cliv : « C'est de là qu'il a été dit : Ne résistons pas au méchant, afin que nous ne prenions pas plaisir à la vengeance, qui se repaît de la vue des maux d'autroi. » Voyez ce qui sera dit plus loin» liv. II, chap. xx, § 5 et g 10. Grotius.
(a) Tout rintérèt de la note portant sur les mots : d^endere, dtfensa^ il a pam nécefltaire de conHerver et reproduire ces citations dans \q \jsi.V« V^^mv.
serez des charbons de feu sur sa tête. Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais travaillez à vaincre le mal par le bien. » On a ici la même réponse à faire qu'au passage précédent. Car dans le même temps où il avait été dit par Dieu : « C'est à moi à tirer vengeance, c'est moi qui ferai justice, » à la même époque on prononçait des sentences capitales, et des lois étaient écrites pour réglementer les guerres. Il est, à la vérité, ordonné de se montrer bienfaisant pour ses ennemis, — ceux, bien entendu, ■ qui sont de la même nation — (Exod. xxiii, 4, 5). Mais ce devoir, comme nous l'avons dit, ne mettait pas obstacle aux peines capitales, ni aux guerres justes, même contre les Israélites. C'est pourquoi il ne faut pas non plus presser maintenant à la rigueur les mêmes paroles, ou. des préceptes semblables, quoique plus étendus. ; on le doit d'autant moins que les divisions des chapitres n*ont point été faites par les apôtres, ou de leur temps, mais qu'elles l'ont été beaucoup plus tard, pour diviser la lecture, et rendre plus facile la citation des passages *. C'est pour cette raison que le texte qui commence à présent le chapitre xiii : a Que toute personne soit sov/mist aux puissances supérieures^ » et les paragraphes qui suivent, se trouvent liés avec les préceptes qui défendent de poursuivre la vengeance.
13. Or, Paul dit dans cet endroit que les autorités publiques sont les ministres de Dieu, chargés de faire sentir sa colère aux méchants, c'est-à-dire de les punir. Il distingue par cela même, de la manière la plus évidente, entre la vengeance en vue de l'intérêt pid)lic, qui
^ On attribue la distinction moderne des chapitres à Hugues de Saint-
Gher, cardi^^al, qui vivait dans le xiii'* siècle, ou à d'autres, qui ne sont
guère plus anciens. Il y avait avant cela une distinction beaucoup plus
ancienne, faite sur la fin du iv* siècle. Selon cette première division,
les chapitres xii, xm et xiv de nos éditions, n*en font qu'un. *
est exercée en remplissant rofiice de la divinité, et qui doit être rapportée à celle que Dieu s'est réservée ; et la vengeance qui n'a d'autre but que de satisfaire le ressentiment de l'offensé, et que l'apôtre avait interdite un peu auparavant. Car, si vous comprenez dans cette défense même la vengeance exercée en vue du bien public, qu'y avait-il de plus absurde, après avoir dit qu'il faut s'abstenir des peines capitales, que d'ajouter ensuite que les autorités publiques ont été constituées par Dieu pour punir en son nom ?
14. Un cinquième passage, dont quelques-uns font usage, se trouve dans la seconde Épître aux Corinthiens (x, 3) : a Encore que nous vivions dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair. Les armes de notre milice ne sont point chamelles (*), mais puissantes en Dieu pour renverser des remparts, » et le reste. Mais ce passage ne fait rien à notre sujet. Ce qui précède et ce qui suit montrent, en effet, que par ,1e mot de chair Paul entend l'extérieur débile de sa personne, telle qu'elle paraissait aux yeux du monde, et qui lui attirait du mépris. A cette disgrâce de nature, Paul oppose ses armes, c'est-àdire le pouvoir qui lui avait été donné comme apôtre pour châtier les récalcitrants, et dont il a fait emploi contre Élymas, l'incestueux corinthien, Hymenée ef Alexandre. Cette puissance, il nie donc qu'elle soit charnelle, c'est-à-dire infirme ; il déclare au contraire qu'elle est on ne peut plus énergique. Mais quel rapport cela a-t-il avec le droit d'infliger la peine de mort, ou celui de faire la guerre? C'est, au contraire, parce que l'Église était alors privée du secours des puissances temporelles, que Dieu avait suscité pour sa défense ce pouvoir de faire des miracles, qui commença à cesser dès que l'Église eut
(*) Chrysostôme dit sur ce passage , que l'apôtre entend car les ^\îsv^<& cbarnelles : o les richesses/ la gloire^ la puissance, Vè\oç[ûeitttft,V^^'^^^^^ Jes brigues, les flatteries, les tromperies, » GîiOiW^.
des empereurs chrétiens, de même que la maime discontinua de tomber lorsque le peuple des Hébreux fut arrivé, dans des terres fertiles.
15. Le passage deTÉpître aux Éphésiens (vi, 12) que l'on allègue en sixième lieu : « Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, pour pouvoir résister aux artifices du ' diable ; car vous n'avez pas à combattre — (sous^ntendez seulement^ selon l'usage des Hébreux) — contre le sang et la chair, mais contre les puissances..., » et ce qui suit; ce passage traite des combats que les chrétiens ont à soutenir comme chrétiens, ei non pas de ceux qui peuvent leur être communs avec les autres hommes en de certaines rencontres.
16. Le passage de Jacques, que l'on invo€[ue en septième lieu, ne contient rien de général : a D'où viennent les guerres et les combats entre vous ? N'est-ce pas de vos passions qui combattent dans votre chair? Vous êtes pleins de désirs et vous n'avez pas ce que vous désirez ; vous êtes envieux et jaloux, et vous ne pouvez pas obtenir ce que vous voulez ; vous combattez et vous vous faites la guerre les uns contre les autres, et vous n'avez pas ce que vous tâchez d'avoir, parce que vous ne le demandez point. Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, ne demandant que pour avoir de quoi satisfaire à vos plaisirs. » Ce texte nous apprend seulement que les guerres et les combats dont les Hébreux dispersés se déchiraient misérablement les uns les autres, et dont on peut voir dans Josèphe une partie de l'histoire, ont eu pour origine des causes déshonnêtes; ce qui, nous le savons et nous le déplorons, arrive encore de nos jours. Le vers suivant de TibuUe ne s'éloigne pas de la pensée de Jacques : « Telle est l'influence funeste de l'or ; il n'y eut point de guerres tant qu'une coupe de hêtre était préférée aux festins. » Strabon re-
marque dans plusieurs enàioMs» qj\^ \^'5k wallons dont le
genre de vie est le plus simple, ont les mœurs les plus innocentes f). Voici un passage analogue de Lucain: a 0 luxe prodigue, qui ne se contente jamais de modestes apprêts I Ambitieuse avidité de mets demandés à la terre et à la merl Gloriole qui s'attache aux tables somptueuses 1 Apprenez combien il faut peu de chose pour vivre, et combien peu la nature demande. Ce n'est point un vin exquis, coulé sous un consul dont le temps a fait oublier le nom, qui remet sur pied les malades; ils ne boivent ni dans l'or, ni dans la murrhe ; mais, avec de l'eau limpide, la vie leur revient. Le fleuve et Cérès suf-
(*) Philon fait la même remarque (De vitâ contemplatrice) en citant ee Te» d*Homère : « Gens qui vivent de lait, et qui sont pauvres, mais d'une grande probité. » Justin dit des Scythes : « Us ne convoitent pas l'or et l'argent comme les autres mortels. » Puis il ajoute : a Ces mœurs sévères leur ont inspiré l'amour de la justice (a), à ces hommes qui ne désirent pas le bien d'autrui; car la passion des richesses se trouve là où on les emploie, » On trouve dans Grégoras (lib. II), au sujet des Scythes, un passage semblable, et qui mérite d'être lu. Taxile parle ainsi à Alexandre : « Qu*est-il besoin, Alexandre, de guerres et de combats eutre nous, puisque tu n'es point venu pour nous enlever Tenu et la nourriture indispensable : les seules choses pour lesquelles doivent combattre des hommes doués de raison? » Le mot de Diogène vient à propos ici : « Ce n'est pas parmi ceux qui vivent de bouillie que se recrutent les toleurs et les fauteurs de guerres. » Porphyre (11. De non edendis animalihus) dit qae « tout ce qui est d'un apprêt facile et coûte peu de frais, contribue à affermir la piété, et à la rendre commune parmi les hommes. »
Grotids.
(a) Hœe eontinentia morvm quoque il lis justitiam indidit,,, . dit le texte de la note. « L'édition de Gitievius, fait observer Barbetrac, suivie aujourd'hui, porte édidU; mais peut-être que les exemples qu'il allègue ne sont pas tout à &it justes, à cause de la construction ; de sorte que la manière dont notre auteur cite ce passage, semble la meilleure. » Quant au vers d'Homère qui ouvre ot'tte note, Barbertac fait observer aussi que Grotius, suivant l'explication ordinaire, prend le mot aêuov <iui s'y trouve, pour une épitliète, tandisque c'est le nom propre d'un partie des anciens Scythes. « On n'a, dit-il, qu'à voir StraboD, Céogr,, liv. VII; Arien, de Expedit. Alex., lib. IV, cap. i; Quinte- Carce, lib. YII, cap. vu num. 3; pour se convaincre que \e poê\.^ v^t\^ ^<&'& Abiens, comme d'une nation particulière. . . « ^ . V . ^ .
iisent aux peuples. Malheureux ! Pourquoi font-ils la guerre 1 » On peut ajouter à cela ce que dit Plutarque dans les Contradictions des Stoïciens : « Il n'y a point de guerre entre les hommes qui ne vienne de quelque principe vicieux. (*) L'une est allumée par le désir effréné
(*) Qael mal y aurait-il à confirmer, par beaucoup d'autres excellents passages empruntés aux auteurs anciens, et par des citations non moins expressives, cette pensée si vraie, mais que les hommes méditent peu? Dans Diogène Laërte, le philosophe Athénée s'écrie : « 0 malheureux I vous prenez bien de la peine pour de mauvaises choses 1 Une avidité insatiable vous précipite au milieu des luttes et des guerres. » Fabianos Papirius, dans les controverses de Sénèque le père, s'exprime ainsi : «Voici que des armées sont rangées en bataille, où souvent des concitoyens et des parents vont se battre ensemble. Les collines sont de toutes parts couvertes de cavaliers ; tout le pays est jonché de cadavres ou de gens qui les dépouillent. On demandera quelle est la cause qui porte l'homme à celte fureur criminelle contre l'homme? Les bétes sauvages même ne se font pas la guerre entre elles; et quand cela serait, cela ne conviendrait pas à l'homme, cet animal paisible qui se rapproche tant de la divinité I Pourquoi vous laisser emporter par une si grande colère, puisque vous êtes de la même souche et que vous avez le même sang? Quelle furie voos pousse à verser mutuellement votre sang? Par quel hasard, quelle fatalité, un si funeste fléau s'est-il introduit parmi le genre humain? Est-ce pour surcharger les festins de coupes, et pour faire briller d'or les dômes, que le parricide est tellement devenu en vogue ? Il doit y avoir certes quelque chose de grand et de beau, qui fusse qu'on aime mieux à ce prix admirer une table somptueuse et de riches lambris, que de voir, en conservant son innocence, la lumière du soleil. Faut-il souhaiter de rendre esclave l'univers, pour être en état de ne rien refuser à son ventre et à ses passions? A quoi bon rechercher ces richesses pernicieuses, si ce n'est pas même pour les laisser à ses enfants! » « L'amour de l'argent, dit Phi- Ion {De Decalogo) ou des femmes, ou de la gloire, ou de toute autre chose qui produise du plaisir, n'a-t-il été la cause que de maux de peu d'importance et vulgaires? N'est ce pas ce qui divise les parents, et ce qui change en une haine irréconciliable l'affection naturelle qu'ils avaient.îes uns pour les autres ? N'est-ce pas ce qui fait que des pays vastes et peuplés sont dévastés par des dissensions intestines? N'est-ce pas ce qui remplit la terre et la mer de catastrophes sans ce«se renouvelées, au moyen de batailles terrestres et navales ? car les guerres des Grecs et des barbares, soit entre eux, soit de ces peuples cowlte eux-mêmes, ces guerres qui ont été cbaDtées par les tragiques, soxvl louXea N«tt»Rs» «xsûfc ^>àfc ^xa^'^*.
LTVBB I, CHAPITRE H. 159
desplaisirs, l'autre par ravarice, l'autre par la trop grande passion des honneurs ou du commandement, j) Justin, après avoir loué les mœurs des Scythes, s'écrie : c< Plût à Weu que les autres mortels imitassent leur modération et leur respect pour le bien d'autrui 1 On ne verrait pas, sans doute, dans tous les siècles et sur tout l'univers, se
de la passion des richesses, de la gloire ou des plaisirs.» o Noos faisons un ^ tel'osage de eette terre domptée, dit V\me{Hist. nat, lib. Il, cap. lxiii), que tons les résultats de cette opulence nous conduisent aux crimes, aux meurtres et aux combats ; nous Tarrosons de notre sang, et nous la couiroM de nos ossements sans sépulture » (a). Diogène, au rapport de Jertaie {Advenus Jovinianum, lib. II) disait que « les tyrans et que les destreeteort de Tilles (h), que les guerres publiques et civiles n'étaient point soseités par le besoin de trouver de quoi vivre simplement avec des légumes et des fruits, mais par Tappât des viandes et des festins. » Gbryiostdoie (/ ad Corinth,, xiii, 3) remarque que « si les hommes s'ainaient mntaellement, personne ne ferait d'injure à autrui, on rejetterait tu loin les meartres, les combats, les guerres, les séditions, les vols accompagnés de violence, les fraudes et tous les fléaux. » Le même au eur {Ad patrem fidéUs), parlant des riches, s'écrie : « N'est-ce pas d'eux que Tiennent les séditions, les guerres, les batailles,' le sac des villes, le rapt, l'eselayage, la captivité, les meurtres et les innombrables fléaux de la Tie ? » c Si cela était eonnn (c), dit Glaudien. nous jouirions d'un genre de rie simple, le clairon ne retentirait pas, le javelot aigu ne fendrait pas l'air, le vent ne frapperait pas la poupe des vaisseaux, et les machines ne battraient pas les murailles. » a Les esprits des hommes, dit Agathias (Histor. I), portés eux-mêmes aux passions excessives et à l'injustice, remplissent le monde de guerres et de désordres. » Je terminerai ces nombreuses et excellentes citations par un mot de Polybe : « « Un esprit qui se contente de ce qui est nécessaire à la vie, n'a pas besoin d'un autre maître pour marcher à la sagesse. » Grotius.
(a) Ce passage de Pline n'est pas rapporté tout à fait exactement par Grotius. • Plaeatiore tamen Dea. . . etc. . . » dit l'auteur latin ; « Plaeatiore tamen eâ terra. . . etc., « dit Grotios. Le passage de Pline se trouve au livre II, ebap. LXiii, et Grotius l'avait rapporté au livre II, ebap. m. P. P. F.
(6) L'édition de Gronovius porte : svbversores ; celle de Barbeyrac : subversiones. P. P. F.
(f) « Si cela Hait connu ;. . . » ces mots se rapportent aux deux vers qui précédant dans le poème : « On vit mieux de peu; la nature a donné à tout le monde le moyen d'être heureux; i) ne s'agit que de savoir en (aire wsa^e. ... «
succéder tant de guerres ; ni le fer et les armes plus d'hommes que ne le fait la condition natnrdla destins. » On trouve dans Cicéron, au chapitre i" de traité De Finibus : a Les haines, les différends, Ifli cordes, les séditions, les guerres naissent des « Tout est maintenant plein de guerres, dit TjT. Les passions circulent de tous côtés, et elles à travers le monde la convoitise des choses d'i (( C'est le corps, dit Jamblique, et les passions da qui enfantent les guerres, les combats, les séditions* les guerres ont pour cause efficiente la possesâoB choses profitables. »
17. Quant à ce qui a été dit à Pierre : « Celd frappe de l'épée périra par Tépée; » cette parole rfi pas trait à la guerre considérée en général, mais dant proprement la guerre privée, — car le Qxài même explique pourquoi il a empêché cpi'on ne son secours, ou pourquoi il a négligé de se défi disant que son royaume n'était pas de ce monde XVIII, 36) — il en sera parlé plus à propos en son B*-^
IX. — 1 . Toutes les fois qu'il est question d'in un écrit, l'usage reçu depuis, et l'autorité des pei éclairées, sont habituellement d'un grand poids. C^ règle à laquelle il faut se conformer, lors mémo s'agit du sens des Écritures sacrées. Il n'est pas prd^ en effet, que les églises établies par les apôtres se**î ou subitement, ou toutes écartées des maximes <P leur avaient expliquées par écrit en peu de mots, p^^' long de vive voix, ou dont ils avaient même introdo"* pratique. Or, ceux qui condamnent les guerres otf ^ tume de citer certaines paroles des anciens chrétiens, ^ lesquelles j'ai trois choses à dire.
2. Je remarque d'abord que tout ce qu'on peut ctf dure de ces passages, c'est qu'ils exprimaient l'opiû*^ privée de quelques çarlicxAVet^, çX ww\ \^ ^Trfiimentï
blic des églises. Ajoutez à cela que les auteurs de qui émanent ces autorités, sont au nombre de ceux qui se plaisent à suivre un chemin différent de celui des autres, et à donner un enseignement plus pompeux : tels sont Origène et TertuUien, qui ne sont pas assez d'accord avec eux-mêmes. Origène, en effet, dit que les abeilles ont été données par Dieu comme modèles, pour qu'il n'y ait Bntre les honunes que des guerres justes et régulières, dans les cas où la nécessité l'ordonne. Quant à TertuUien, qui, dans un autre endroit, paraît moins approuver les peines capitales, il a déclaré que a personne ne nie l'avantage des punitions infligées aux criminels » (*). Il liésite sur la question du service militaire ; car, dans son livre sur Tidolâtrie : « On demande, dit-il, si les fidèles peurent être dirigés vers la carrière des armes, et si les gens de guerre peuvent être admis à la foi. » Pour lui, il semble pencher dans cet endroit vers l'opinion contraire î Tart militaire. Mais dans le livre sur la Couronne du Soldat, après avoir formulé quelques réflexions contre le service des armes, il distingue aussitôt entre ceux qui avaient pris du service avant le baptême, et ceux qui s'enrêlent après avoir été baptisés. « En effet, dit-il, la conffition de ceux qui reçoivent la foi pendant qu'ils sont engagés dans la milice, est toute différente de celle des autres, car ils sont comme ceux que Jean admettait au baptême ; ils ressemblent à ces centurions fidèles dont lèsasClhrist loue l'un, et Pierre catéchise l'autre;
n «fiai ne préférera, dit le même TertuUien (de Anima) la justice du >i^; justice qui, selon l'apôtre, n'est pas en vain ceinte du glaive, et 9>ttt sainte, en sévissant dans l'intérêt de l'homme? » Voici encore '^iBment il parle au proconsul Scapula : « Nous ne pensons pas à t'effrayer, "^ qui ne te craignons pas. Mais je voudrais sauver tout le monde, en '^lant à ne pas combattre contre Dieu. Tu peux remplir les devoirs de ^ charge, sans oublier l'humanité, ne fût-ce que parce que nqu^ ^\£& ^ «wû sous le g}a}Ye, » Okotwjs,
162 l£ DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.
pourvu toutefois qu'après avoir reçu la foi (*) et s'y être confirmés, ils quittent aussitôt le métier de la ^erre, comme quelques-uns l'ont fait, ou qu'ils prennent garde de toute manière de ne commettre aucune action qui offense Dieu ^ » Il a donc reconnu que ces individus ont continué la profession des armes après leur baptême, ce que, certes, ils n'auraient pas dutout fait s'ils avaient compris que le service militaire était interdit parle Christ. Ils n'auraient pas été plus cpie les aruspices, les magiciens et tous autres faiseurs de métiers défendus (**), autorisés à demeurer dans leur profession après avoir reçu
(') La distinction qu'il fait à propos du service militaire, il l'applique ailleurs au mariage, soit dans le traité de la monogamie, soit dans son exhortation à la chasteté. Grotius.
* Voici le texte : « Plané, inquit, si quos militia prsBventos fides poftterior invenit, alia conditio est, ut illorum quos Joannes admittebat ad lavacrum ; ut centurionum fidelissimorum, quem Ghristus probat, et quem Petrus catechizat : dùm tamen susceptâ fide atque signatâ, aut deserendum statim sit, ut multis actum, aut omnibus modis cavillandum (cela signifie cavendum),,. n Mais Gronovius croit avec raison qu'il faut lire cavitandum, parce que ce Père (Tertullien) qui se sert souvent du mot cavillari, ne remploie ailleurs que pour tromper^ chicaner. l\ faut encore dans ce passage mettre centurionem fidelissimum, an lien de centurionum fidelissimorum, comme Ta remarqué M. Le Clerc, dans son Histoire ecclésiastique des deux premiers siècles, p. 751
(Barbetrag.)
(**) Tertullien (De Idôlatriâ) dit « qu'on ne reçoit pas dans l'Ëglise ceux qui exercent des professions condamnées par les lois divines (a). » Suivant Augustin {De fide et operihus), « les courtisanes et les histrions, et tous gens faisant profession de honte publique, ne peuvent approcher des sacrements de Jésus- Christ, qu'à la condition d'avoir rompu et brisé de semblables liens (b). » On en voit un exemple au sujet d'un comédien dans Cyprien (Épist. lxi) ; à propos de gladiateurs, d'entremetteurs, d'individus faisant trafic de victimes, dans Tertullien (c) ; à propos d'un cocher du cirque, dans Augustin. Grotius.
(a) C'est au chap. v. De idolâtriâ. Les paroles ne sont pas précisément conçues de cette manière, quoique le sens s'y trouve. (Barbetrac). (d) Cap, XVIII (B.).
ic) De idolâtriâ, cap. xi (B.).
le baptême. Voulant, dans le même livre, louer un soldat qui était chrétien, TertuUien s'écrie : « 0 soldat glorieux devant Dieu I »
3. Ma seconde observation consiste à dire que souvent les chrétien^ ont désapprouvé ou évité la profession des armes, à cause des circonstances des temps, qui permettaient à peine d'exercer l'art de la guerre sans se rendre coupable de certains actes en opposition avec la loi chrétienne. Nous voyons dans les lettres de Dolabella aux Éphésiens, conservées par Josèphe, que les Juifs avaient demandé d'être exemptés des expéditions militaires, parce que, mêlés avec les étrangers, ils ne pouvaient point assez observer les rites de leur loi, et parce qu'ils étaient forcés de prendre les armes et de faire de longues étapes les jours du sabbat. Le même Josèphe nous apprend que les Juifs obtinrent de Lentulus leur congé pour les mêmes raisons, n raconte ailleurs que lorsque les Juifs eurent reçu l'ordre de sortir de Rome, quelques-uns d'entre eux furent enrôlés, et qu'on en punit d'autres parce qu'ils avaient refusé de servir par respect pour les lois de leur patrie, c'est-à-dire pour les motifs que nous avons indiqués. Une troisième laison venait parfois s'ajouter aux deux premières : c'esf qu'ils avaient à combattre contre leurs nationaux; or, c'était un crime à leurs yeux de prendre les armes contre les membres de leur nation, alors surtout que leurs compatriotes étaient en danger pour vouloir observer la loi de leur patrie. Mais toutes les fois que les Juifs pouvaient éviter ces inconvénients, ils prenaient du service môme sous les rois étrangers, « persistant toutefois dans Cesmœurs de leur pays ^ et vivant selon leurs statuts (*) » : ce qu'ils avaient la coutume de stipuler avant toute choso, ainsi que Josèphe le témoigne. Les
(*) Ce sont les termes dd Josèphe, Histor. afUiq.,\\h. XI (a). Grotius. (a) C<qi. VU. (B.).
dangers auxquels étaient exposés les Juifs ressemblaient beaucoup à ceux auxquels TertuUien fait allusion dans les reproches qu'il adresse aux gens de guerre de son temps. Dans le livre sur VldoUitiie, par exemple : a Le serment fait à Dieu, ditril, et celui fait aux hommes, l'étendard du Christ et celui du diable, ne s'accordent pas ensemble. » On faisait, en effet, jurer les soldats par les dieux des nations, par Jupiter, par Mars et par d'autres divinités. TertuUien s'écrie, dans le livre sur la Cou-ronne du Soldai : a Et quoi ? Il veillera devant les temples auxquels il a renoncé ? Il soupera dans le lieu qui ne convient pas à l'apôtre ? Il défendra pendant les nuits les mêmes démons que dans le jour il a chassés par ses exorcismes ? » Un moment après TertuUien ajoute : a Combien d'autres devoirs attachés aux fonctions militaires doivent être tenus pour une infraction * 1 »
4. La troisième remarque que nous faisons, est que les chrétiens des premiers temps ont été embrasés d'une sî grande ardeur pour la pratique des choses les plus parfaites, que souvent ils ont pris des conseils divins pour des règles rigoureuses. « Les chrétiens, dit Athénagoras, ne plaident pas contre ceux qui leur ravissent leur bien. » Salvianus prétend que c'est un commandement de Jésus-Christ de renoncer aux choses qu'oii nous conteste, pourvu que par ce moyen nous nous délivrions (Jes procès. Mais cette maxime prise ainsi d'une manière générale (*), est précisément du domaine du conseil, en vue
^ « Qtuinta alla in déliais circumspicipossuntcastrensiummunium, transgressioni interpretanda, » dit le texte de Grotius. Barbetrac fait remarquer que c*est « in dehitis » qu'il faut lire, selon la correction de Gronovius. a Costrensium munium débita sunt, ajoute Gronovias, qu3e Livius vocat militaria justa, » lib. XXIV, 48. P. P. F.
{*) Le quatrième Concile de Garthage défend aux éyéques de plaider pour des intérêts temporels, quand même on les attaquerait en Justice* Joignez-y Ambroise, lib. H, De offic.y cap xxi, et Grégoire le Grand» JiJ). IJ, /i\D. xif Épist. Lvm, Grotius.
UYBE I, CHAPITRE II. « 16^
d'un genre de vie plus voisin de la perfection, et n'est point un précepte. Il en est de même du serment, dont plusieurs anciens condamnent absolument Tusage, sans aucune exception, tandis que Paul a cependant juré dans des conjonctures graves. Un clirétien, dans Tatien, dit : a Je refuse la préture. » Dans Tertullien, un chrétien n'ambitionne pas Tédilité. Lactance dit qu'un homme juste, tel qu'il entend que soit un chrétien, ne doit point faire la guerre; mais il lui défend en même temps, et de la même manière, les voyages sur mer. Combien y en a-t-il parmi les anciens, qui détournent les chrétiens des seconds mariages? Toutes ces choses sont louables, excellentes, particulièrement agréables à Dieu; mais, conséquemjnent, elles ne sont exigées de nous par la nécessité d'aucune loi. Ces remarques suffiront pour résoudre les objections qui nous sont faites.
X. — 1. Maintenant, pour confirmer notre opinion, nous dirons d'abord que nous ne manquons point d'au- * teurs, et même d'auteurs plus anciens, qui sont de ce sentiment que les supplices de mort, et que le droit de guerre, dont la légitimité dépend delà justification des peines capitales, peuvent être licites pour les chrétiens. Clément d'Alexandrie, en effet, dit que le chrétien, s'il est appelé au pouvoir, comme Moïse, doit être pour les sujets une loi vivante, et que son devoir est de récompenser les bons et de punir les méchants. Décrivant ailleurs quel doit être l'extérieur d'un chrétien, il dit qu'il sied à ce dernier de marcher nu-pieds, à moins toutefois qu'il ne soit homme de guerre. Nous lisons dans les constitutions qui portent le nom de Clément, romain (*) (liv. VII, ch. m), que « toute sorte d'homicide n'est point défendue, mais qu'il n'y a d'interdit que le meurtre d'un innocent; en sorte cependant que l'homicide même qui est juste, n'est réservé qu'aux seuls magislraU. >^
n Ce livre parait avoir été écrit sur la fin du second sv^cXe. ^^Qivi^«
2. Mais laissons de côté les opinions de simples particuliers, et venons à l'autorité publique de TÉglise, qui doit être d'un très-grand poids. Je dis donc qu'on n'a jamais repoussé du baptême, ou séparé de la communion de l'Église, ceux qui portaient les armes; ce qui, cependant, aurait dû être fait, et l'aurait été, si l'état militaire avait été incompatible avec les conditions de la nouvelle alliance. Dans les constitutions dont nous avons parlé tout à l'heure (liv. VIII, ch. xxxn), le même auteur traitant de ceux qu'on admettait anciennement au baptême, ou qui en étaient exclus, dit a qu'on doit enseigner au soldat qui demande le baptême, à s'abstenir d'injustices et de vexations, et à se contenter de sa solde. Que s'il obéit à ces instructions, il faut l'admettre à être baptisé. » TertuUien, dans son Apologétique (ch. xui), dit en parlant au nom des chrétiens : « Nous voyageons sur mer, nous servons à la guerre avec vous. » Il avait dit un peu auparavant (ch. xxviii) : «Nous sommes des étrangers, et nous remplissons tout votre empire, yos villes, vos îles, vos places fortes, vos municipes, tos villages, vos camps eux-mêmes. » Dans le même ouvrage il avait raconté que l'empereur Marc-Aurèle avait obtenu de la pluie, grâce aux prières des soldats chrétiens (*). Il déclare, dans son traité de La Couronne^ que le soldat qui Tavait rejetée avait témoigné un courage supérieur à celui de ses autres frères ; et il montre qu'il y avait beaucoup de chrétiens servant avec lui dans l'armée.
3. Il faut ajouter que plusieurs soldats qui avaient subi des tortures et la mort pour le Christ, ont reçu de l'Église les mêmes honneurs que les autres martyrs; tels sont les trois compagnons de Paul (^), Gérialis sous
(*) Voyez aussi Xiphiiin, à propos de cette histoire. Grotius. C^ Ajoutez à ceux-là un soldat qui avait été baptisé par Corneille, et doatAdoD fait mention. ^«s^ws.^.
Tempereur Dèce, Marinus sous Valérîen, cinquante autres sous Aurélien, Victor, Maurus et Valentin, chef des soldats sous Maximien, vers la même époque le centurion Marcellus, Sévérien sous Liciiiius. Gyprien dit de Laurentin^ et d'Ignace, africains tous deux : a Ils ont autrefois servi dans les armées de ce monde, mais ce sont de vrais soldats de Dieu, des membres de la milice spirituelle. Ils ont terrassé le démon par la confession du nom de Jésus-Christ, et mérité par leur martyre les palmes et les couronnes éclatantes du Seigneur. » Oh peut voir par là quel était le sentiment du commun des chrétiens sur la profession des armes, même avant que les empereurs fussent chrétiens.
4. Si, dans ces temps-là, les chrétiens ne prirent pas volontiers part aux procès criminels ^ cela ne doit pas paraître étonnant, puisque la plupart du temps il s'agissait de juger d'autres chrétiens. Ajoutez à cela que même en toutes autres matières les lois romaines étaient plus sévères que la douceur chrétienne ne le comportait; ce qui ressort suffisamment de l'exemple seul du sénatusconsulte Silanien (*). Mais après que Constantin eût com-
* n y a ici, dit Barbeyrac, dans toutes les éditions, a aux supplices de fffiorl, eapitàlihus suppliciis » ; mais ee qui suit montre clairement qoe Tauteur a voulu dire : « eapitàlihus judiciis* » Il s'agit d'exercer TofOee de juge, et non pas d'être simple spectateur du supplice d'un criminel condamné à mort. — Barbeyrac cite à ce sujet un passage de Tertuliien, auquel Grotius fait apparemment allusion : a Et an militia ad fidem admittif etiàm caligata, vel inferior quasque, cui non sit nécessitas immolationum vel capitalium judieiorum (De Idolâtr. cap. xix).
(*) L'empereur Adrien adoucit la sévérité de ce sénatus-consulte comme on le voit dans Spartien. On peut ajouter aux lois trop sévères des Romains, celles qui défendaient de recevoir le témoignage d'un esclave, à moins qu'il ne lui fût arracbé dans la torture (a). Grotius.
(a) Code, Ur. VI, tit, I, De servis fugitivis, L 4 (B.).
168 L£ DROIT î)£ LA GUERRE ET DÉ LA PAIX.
mencé à accepter et à faire progresser la religion chré*^ tienne, l'usage des peines capitales ne fut point aboli pour cela. Bien plus, Constantin lui-même fit, entre autres dispositions législatives, une loi qui prescrivait de coudre les parricides dans un sac de cuir, et qui se trouve dans le Code, au titre sur les individus qui ont mis à mort leurs père et mère, ou leurs enfants ^ Cet empereur cependant^ était d'ailleurs d'une si extrême douceur dans l'application des peines, que plusieurs historiens lui ont fait le reproche de trop d'indulgence (*). Il eut aussi dans son armée un grand nombre de chrétiens, comme l'histoire nous l'apprend, et il inscrivit le nom du Christ sur le Labarum. C'est encore depuis ce temps-là que le serment militaire a été modifié de la manière siûvimte, rapportée par Végèce : « Par Dieu, Jésus-Christ et l'Esprit saint, par la majesté de l'empereur, qui, après Dieu, doit être pour le genre humain un objet d'amour et de respect. »
5. De tant d'évèques qu'il y avait alors, parmi lesquels plusieurs avaient souffert de très-cruelles persécutions pour la religion, on ne lit pas qu'il y en ait eu un seul qui ait détourné soit Constantin d'infliger toute
1 Code, liv. IX, tit. XVII, De his qui parentes vél îiberos oMtdenifU., I. unie, — Voir aussi : Instit., lib. IV, tit. XVIIl, De fmblicisjudiciis, i 6 ; Pauli, Sentent,^ iib. V, tit. XXIV [Manualejurû synoptic, p. 848)
(*) « Il se montrait clément, dit Zonaras, pour ceux qui avaient abandonné la mauvaise vie, parce que, disait-il, il faut couper un membre malade et pourri, de peur qu'il n'infecte les membres sains, maïs non pas un membre guéri ou qui commence à guérir (a). » Voyez aussi Eusèbe [b). Gomme les chrétiens se plaignaient de la trop grande douceur de Constantin, les Danois en faisaient autant de celle de leur roi Harauld, ainsi qu'on peut le trouver dans Saxon l'historien (c). Grotius.
(a) Vie de Constantin, in fine (B.) .
(ù) Vie do Constantin, liv. IV, ch. xxxi (B.).
(c) SaxoD, le grammaineny\i\9Xm^^yx^^\^^^J\ ^»V
espèce de peine capitale et de faire la guerre, soit les chrétieDS de prendre du service dans les armées, en leur inspirant la crainte de la colère divine; quoique cependant plusieurs fussent les gardiens les plus vigilants de la discipline, et qu'ils ne dissimulassent rien de tout ce qui concernait le devoir tant des empereurs que des autres. Tel fut, du temps de Théodose, Âmbroise, qui s'exprime ainsi dans son discours (vn] : « Ce n'est point une faute de porter les armes, mais c'en est une de le faire en vue du butin; » et qui dit dans son traité des offices (liv. I, ch. xxvii) : « le courage qui protège à la guerre la patrie contre les barbares, qui défend à l'intérieur les faibles, ou qui préserve ceux auxquels on s'est associé de l'attaque des bandits, ce courage est plein de justice. » Cet argument me paraît si solide, que je n'en demanderai pas davantage.
6. Je n'ignore cependant pas que souvent les évêques (*) et le peuple chrétien ont, en intercédant par des prières, éloigné l'application de châtiments, et surtout empêché d'infliger la peine capitale; je sais que la coutume avait été introduite que ceux qui s'étaient réfugiés dans une église (**) ne fussent livrés que sur la promesse donnée de leur laisser la vie sauve; et qu'aux environs de Pâques (***) on renvoyait des prisons ceux qu'y retenaient leurs crimes. Mais celui qui examinera avec soin toutes ces choses, et d'autres semblables s'il s'en trouve,
(*) Augustin dit que « e*est le devoir d*un prêtre d'intercéder pour les accusés. » li y a dans ses lettres beaucoup d'exemples de cette bonté.
Grotius.
{**) Voyez Chrysostôme (xvi, De statuts); le Concile d'Orléans^ cap. m; la Loi des Wisigoihs, lib. VI, tit. V, g 16; lib. IX, tit. Il, eap. III. Grotius.
(•*•) Loi : Nemo, Code, De Episc. audientiâ (a). Grotius.
(a) Liv. I, tit. IV, 1. 8. Cela n'avait pourtant lieu qu'à Vègatd àe cwVavîv^ crimes, comme il paraît par le reste de Ja loi (B.).
170 LE DROIT DE LA GUERRE Et DE LA PAG^.
verra que ce sont, à la vérité, des marques de la bonté chrétienne, ardente à embrasser toutes les occasions d'exercer la clémence ; mais nullement les indices d'un dessein arrêté de condamner tous les jugements prononçant la peine de mort. Aussi voyons-nous que ces grâces et que ces intercessions elles-mêmes, étaient modifiées par certaines exceptions, selon les circonstances des lieux et des temps (*).
7. Quelques-uns nous objectent le douzième canon du concile de Nicée, ainsi conçu d'après la traduction latine : a Que tous ceux qui ont été appelés par la grâce (**), et qui, après avoir montré leur ardeur et leur foi, et déposé la ceinture du soldat, sont ensuite retournés comme les chiens à leur vomissement, en sorte que quelquesuns même ont donné de l'argent et fait des présents pour rentrer dans la milice : que ceux-là soient prosternés pendant dix ana, après être restés trois ans au nombre des écoutants. Mais il faut remarquer à leur égard dans quels sentiments ils sont, et de quelle manière ils font pénitence. Ceux, en effet, qui par leur crainte, leurs larmes, leur résignation, leurs bonnes œuvres témoignent une conversion exempte d'hypocrisie, ceux-là, après avoir accompli le temps prescrit de leur audition, seront admis à la participation des prières, et il sera permis ensuite à l'évêque d'en user plus humainement envers eux. Quant à ceux qui ont subi leur punition avec indiffé-
(*) Voyez ces exceptions dans Cassiodore, xi, 40 ; voyez aussi les Décrétales, de immunitate Ecclesiasticâ (a). Grotius.
(**) Siméon le Maître résume ainsi ce canon : « Que ceux qui ayant d'abord paru avoir résisté à la violence, ont succombé à l'impiété, et ont repris du service dans les armées, soient exclus pour dix ans de la communion. » C'est aussi de la même manière que le' sens de ce canon est exprimé par Balsamon, Zonaras et Rufin (lib. X, cap. vi.)*
Grotius.
(a) DÉCRÉTALESf de immunit. ecclesiarum,^.'W\^>àx.^{AX!L^^'(« xi C^.).
rence, et qui ont pensé que le fait seul d'entrer dans une église leur suffisait pour leur constituer une conversion, qu'ils achèvent complètement tout le temps déterminé. » Le terme môme de treize années indique suffisamment qu'il ne s'agit point d'une faute légère ou douteuse, mais de quelque crime grave et avéré.
8. Or, il est indubitablement question ici de Tidolâtrie (*), car la mention faite des temps de Licinius dans le canon XI qui avait précédé, doit être censée tacitement reproduite dans lé canon qui nous occupe; comme il arrive souvent que le sens des canons suivants dépend de ceux qui le précèdent. Voyez par exemple le XP canon du concile d'Eliberis. Licinius donc, — ce sont les termes d'Eusèbe — a dégradait de la milice les soldats qui ne voulaient point sacrifier aux dieux (**). » Son exemple fut imité dans la suite par Julien, et c'est la raison pour laquelle on lit que Victricius, ainsi que d'autres, répudièrent pour le Christ les insignes de leur profession militaire. La même chose autrefois, sous Dioclétien, avait été faite en Arménie par onze cent quatre soldats, dont il est mention dans les martyrologes, et en Egypte par Menna et Hésychius. Ainsi donc, du temps de Licinius, plusieurs renoncèrent au service des armes,
(*) Ce crime majeurj est appelé a la grande inculpation du siècle » par Tertallien {De idolatrid^ cap. i). Cyprien le qualifie de « crime trèsgrave », et rappelle « le dernier des crimes» (Epist. xii) {a),
Grotius.
(**) « Lieinius, dit Sulpice Sévère, se disposant à disputer l'empire à Constantin, avait ordonné à ses soldats de sacrifier aux dieux. 11 rejetait de la milice ceux qui s'y refusaient. » C'est pour ce motif que Valentinien, qai devint empereur dans la suite, quitta le service militaire sous Julieo. n y a quelque chose de semblable dans ce que raconte Victor dTtiqae, au rapport duquel, sous le roi Huneric, plusieurs avaient quitté le service, parce que la profession militaire les liait à l'arianisme.
Grotius.
(a) XV, édiU FeU (B.).
au nombre desquels fut Arsace, cité parmi les confesseurs, et AuKence qui devint depuis évéque de Mopsueste. C'est pourquoi, sous Licinius, ceux qui tourmentés par leur conscience avaient déposé la ceinture militaire, ne pouvaient plus revenir à la profession des armes qu'en abjurant la foi chrétienne; et comme cette abjuration était d'autant plus criminelle, que ceux qui la faisaient avaient témoigné par leur abdication précédente une plus grande connaissance de la loi de Dieu, ces apostats étaient punis plus sévèrement par TÉglise que ceux dont il est parlé dans le canon précédent, lesquels avaient renoncé au christianisme sans y être contraints par le danger de perdre leur vie ou leur fortune. Il est tout à fait hors de raison d'expliquer le canon que nous avons cité, comme s'il condamnait généralement tout usage des armes. L'histoire atteste, en effet, d'une manière évidente, que Constantin avait donné le choix à ceux qui avaient quitté le service militaire sous licinius, et qui n'y étaient point rentrés sous son gouvernement, de peur de violer la foi chrétienne, de s'exempter, s'ils voulaient, de la milice, ou d'y revenir : ce que plusieurs firent, à n'en pas douter.
9. On objecte aussi la lettre de Léon, qui porte que « retourner à une milice séculière après avoir fait pénitence, c'est commettre un acte contraire aux règles ecclésiastiques. » Mais il faut savoir qu'on exigeait des pénitents, non moins que des clercs et des religieux, un genre de vie non-seulement chrétien, mais encore d'une sainteté éminente, afin que, par leur exemple, ils servissent autant à la correction qu'ils avaient servi au scandale (*). De même, dans les plus anciennes coutumes de
(*) Le pape Léon dit dans sa lettre XC à Rusticus, que « pour obtenir
)e pardon des fautes qu'on a commises, il faut s'abstenir de plusieurs
choses permises, • Nous U&ons da^% \ea \«X\x«& d«ft évéques au roi
rÉglise, — qu'on appelait communément a Canons apostolU^keSy B pour les recommander davantage par une plus auguste désignation, — il est formulé au canon LXX3qI, a qu'aucun évéque, prêtre ou diacre ne fasse métier des armes et ne cumule une charge romaine avec une fonction ecclésiastique, car il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il est démontré par ce détail même, que le service militaire n'avait point jeté interdit aux chrétiens qui n'aspiraient point à l'honneur de la cléricature.
10. Bien plus, il était même défendu d'admettre dans le clergé, ceux qui, après le baptême, avaient exercé des magistratures, ou des charges d^ins l'armée f), comme on peut le voir dans les lettres de Syrice et d'Innocent, et dans les actes du concile de Tolède. C'est que l'on choisissait les membres du clergé non pas dans la foule des chrétiens, mais parmi ceux qui avaient donné l'exemple de la vie la plus régulière. Ajoutez à cela que les devoirs du service militaire et de certaines magistratures n'exigeaient pas une application continuelle; mais que ceux qui s'étaient engagés dans le ministère sacré, ne devaient se laisser distraire par aucun autre soin (**), au-
Loais (a) : « On doit se priver d'autant de choses licites^ qu'on se souvient d'en avoir commis d'illicites » ; et dans les Gapitulaires de Charles le Ghaove : « Que chacun tâche d'acquérir d'autant plus de profit par ses bonnes œuvres, qn'il s'est causé de plus graves dommages par ses fautes. « Grotius.
(') Eusèbe {Demonstr., lib. I) dit que la vie des chrétiens est de deux sortes, l'une parfaite, l'autre inférieure à la perfection. Jl ajoute que ceux qui mènent la dernière doivent, entre autres choses, a représenter leur devoir à ceux qui servent dans une guerre juste (&). Grotius.
(**) Voyez le canon du concile de Mayence (Grat, tiU ne clerici vel monachi) (e). Grotius.
(a) Roi de Germanie (B.).
(5) Cap. vui, Démonsêralion évangélique (B.).
(e) Décrétales, lib. lU, tit. J, cap. i (B.).
cune autre occupation journalière. C'est pour cette raison que le sixième canon établit qu'aucun évéque, prêtre ou diacre ne doit mettre la main à des affaires séculièresf), et que le quatre-vingtième leur défend de s'ingérer dans les charges publiques. Le sixième canon de l'Église d'Afrique * veut qu'ils n'assument pas la direction des affaires ou la défense des causes d'autrui. Gyprien estime que c'est une impiété de les nommer tuteurs!**).
1 1 . Mais nous avons pour appuyer notre opinion un jugement formel de l'Église, dans le premier concile d'Arles, tenu sous Constantin. Voici comment s'exprime, en effet, le troisième canon de ce concile : a En ce qui concerne ceux qui jettent leurs armes pendant la paix, il a plu de décider qu'ils s'abstiennent de la communion. » Gela s'applique à ceux qui abandonnent le service militaire en dehors du temps de la persécuton; car c'est ce que les chrétiens voulaient désigner par le mot de a paix (***), » comme on le voit dans les écrits de Cy-
0 Voyez la lettre de Jérôme à Népotien. Grotius.
* Le canon des conciles d'Afrique, cité par Grotius, n'est pas le yi% mais le xvi* comme Ziégler le remarque. (Barbetrag).
{**) Dans sa lettre Àd pres})yteros, diaconos et pUhem FumU eotwtftentera (a). Voir aussi la loi : gtneraliter, au code de Justinien, De epiS' copis et clericis (b), Grotius.
(***) tt Imà quomodo etiàm in pace militahit? » dit Tertullien (De idoîâtriâ). (c) « Nostrx paci quod est hélium, quàm persecutio ?» dit le même {De fugâ persecutionum) (d). « Quando ipsa antè tnater nostra Ecclesia pacem de misericordia Domini prior sumpserit^ » écrit Gyprien (Epist. x) {e). Quum Dominus cœpentipsiEcclesias pacem dore, écrit le même (Epist. xxii). a Ecclesiag pacem stutinendam (id est expectandam) (Epist. xxxi) (/). » a Et quià traditam nohis àisciplinam
(a) Lib. I, Epist. IX; et dans l'édition de Jean Fell, Ep. I (B.). (6) Lib. I, tit. III, 1. 52 (B.).
(c) Cap. XIX (B.).
(d) Cap. m (B,).
(e) Epist. XVI, éd. Fell (B.).
CO Epist. XXX, éd. Fell (B.).
UVRB I, CHAPITRE . 175
prien et d'antres auteurs. On peut ajouter encore l'exemple des soldats de Julien, dont le progrès dans le christianisme était tel, qu'ils étaient prêts à rendre par leur mort témoignage à Jésus-Christ. Ambroise parle d'eux en ces termes : ce L'empereur Julien, bien qu'apostat, eut cependant sous ses ordres des soldats chrétiens. Lorsqu'il leur disait : Marchez au combat pour la défense de la chose publique, ils lui obéissaient; mais lorsqu'il leur disait : Tournez les armes contre les chrétiens, alors ils reconnaissaient pour chef l'empereur du ciel '. » Telle avait été, bien longtemps auparavant, la légion thébaine qui, sous Dioclétien, avait reçu la religion chrétienne des mains de Zabda, trentième évêque de Jérusalem, et qui, dans la suite, donna un exemple éternellement mémorable de constance et de patience, que nous rappelerons plus bas.
12. Qu'il suffise de rapporter ici les paroles de cette légion, qui expriment avec une concision substantielle le devoir du soldat chrétien. « Nous offrons contre n'importe
paxlonga eorruperaiJi (Id. De Lapsis). tiAntonino Pio imperante, pax Eeclesiis fuit^ » dit Sulpice-Sévère (a) ; et plus loin : « Inierjectis deindè annis xxxviii, pax Christianis fuit i> (&) ; et à l'époqile de Constantin : « Exindè tranquillis rehus pace perfruimur » (c) ; et au début de son histoire : a Vexationes populi Christiani, et mox pacis tempara. » (d). Grotius (e).
* Ce passage n*est pas de saint Ambroise, quoi qu'il lui soit attribué dans le droit canonique, Caus, \i, Quœst. III, c. xciv, où Ton a remarqué qu'il y en a un tout semblable de saint Augustin, sur le Psaume cxxiy, qoi est aussi rapporté dans le canon xcviii. Notre auteur lui-même cite ailleors sous le nom du dernier Père, quelque chose de semblable, lÎT. Il, chap. xxvi, l 3, num. 9, dans une note. (Barbetrac).
(a) Hist, 8acr,f lib. II, cap. xxxii, num. 1, édit. Vorst (B.). (6) Ibid,, nom. 3 (B.).
(c) Cap. XXXIII, num. 3 (B.).
(d) Lib. I, cap. i, nom. 3 (b'.).
(e) Tout rintérèt de ces lambeaux de phrases se trouvant dans Ve m^\. paoo^ Doas D'avoni pas cru devoir les traduire. V. V. Y.
quel ennemi, nos mains que nous considérons comm un crime de teindre du sang des innocents. Elles savei combattre contre les impies et les ennemis; elles ne si vent point déchirer les personnes pieuses et les conc toyens. Nous nous souvenons que c'est pour la défens de nos concitoyens, plutôt que contre eux, que nous avor pris les armes. Nous avons combattu toujours pour 1 justice, pour la piété, pour le salut des innocents : c furent là, jusqu'à présent, les récompenses de nos périlî Nous avons combattu pour la foi ; et comment te la gai derions-nous, — ces paroles s'adressent à l'empereui — si nous ne la gardons pas à notre Dieu? » Basil parle ainsi des anciens chrétiens : « Nos ancêtres n'oi pas cru que les meurtres qui se commettent dans 1 guerre fussent des meurtres, car ils excusaient ceux qi combattent pour la vertu et la piété. »