II. — 1 . Il est vrai que tous les hommes ont naturel
* Gode, lib. XII, tit. XLI, De metatis et Epidemeticis, l. V.
290 LE TiROIT IlE LA (iCERRE ET DE LA PAIX.
lement, comme nous Tavoiis dit plus haut, le droit de résister pour repousser Tinjure qui leur est faite. Mais la société civile ayant été établie pour maintenir la tranquillité, TÉtat aajuiert d'abord sur nous et sur ce qui nous appartient, une sorte de droit supérieur, autant que cela est nécessaire pour cette fin. L'État peut donc pour le bien de la paix publique et de Tordre, interdire ce droit commun de résistance; et il ne faut pas douter qu'il ne Tait voulu, puisqu'il ne pourrait autrement atteindre son but. Car si ce droit commun subsistait dans chaque particulier, ce ne serait plus une société civile; ce serait une multitude désordonnée, semblable à celle des cyclopes, où « chacun gouverne sa famille et règne sur sa femme et sur ses enfants, » « troupe confuse où personne n'obéit à un autre (*) » (EuRiPii)E,tn Cyclop.). Telle était aussi celle des Aborigènes, que Salluste nous représente comme une race d'hommes grossière, sans lois, sans gouvernement, libre et désunie. Le même auteur, dans un autre endroit, dit la même chose des Grétules, qui n'étaient régis ni par des mœurs, ni par des lois, ni par l'autorité de personne.
2. Ce que j'ai dit est l'usage de toutes les nations. «C'est un accord général de la société humaine, dit Augustin, d'obéir à des rois, ixdl est roi absolu, dit Eschyle, et ne dépend de personne. » « Ce sont des rois, lit-on dans Sophocle : il faut leur obéir; pourquoi ne le 4'erait-on pasl ))«0n doit subir, dit Euripide, les erreurs de ceux qui gouvernent. » Ajoutez à ces citations le passage de Tacite que nous avons cité plus haut à ce propos, et la pensée suivante du même auteur : « Les dieux ont donné au prince la direction suprême des choses; la gloire d'obéir a été réser>'ée aux sujets. » On peut citer
(*) Valérius dit la même chose des Bébryciens : « Ils n'observent aucunes lois ; aucun droit ne s'impose à leurs volontés pour les rendre pacifiques. » Grotius.
IIVRE ï, CHAPITRE IV. 291
aussi ce vers : « Les fautes commises par un roi doivent passer pour des faits méritoires. » Sénèque avait dit «qu'il faut subir le pouvoir juste ou injuste du prince. » Il avait pris cette pensée à Sophocle, suivant lequel « on doit obéir à celui que l'État a placé à la tête du pouvoir, dans les plus petites choses, dans celles qui sont justes et celles qui ne le sont point. » Voyez également ce passage de Salluste : « Agir en tout avec impunité, c'est
être roi (*)*•»