CHAPITRE I
DES CAUSES DE LA GUERRE^ ET, PREMIÈREMENT, DE LA DÉPENSE DE SOI-MÊME ET DES BIENS.
I. Ce que Von entend par causes justificatives de la guerre. — H. Elles proviennent de la défense, de la poursuite de ce qui est à nous, ou de ce qui nous est dû ; ou bien du châtiment ^ — III. La guerre est permise pour défendre sa vie. — IV. Contre Tagresseur seul.— Y. Dans un danger présent et certain, non dans un péril présumé. — YI. II en est de même, pour la défense de ses membres. — YII. Surtout pour la défense de la pudeur — YI1I. Il est permis de ne pas se défendre. — IX. La défense est quelquefois illicite, lorsqu'elle a lieu contre une personne qui est d*une grande utilité pour TÉtat, parce que c*est contre ce qu'ordonne la charité. — X. Le meurtre n*est pas permis aux chrétiens pour éviter un soufflet, ou quelque outrage semblable, ou pour n'avoir pas la honte de fuir. — XI. Le meurtre n*est pas illicite, d'après le droit de nature, pour la défense de ses biens. — XII. Dans quelle mesure est-il permis par la loi de Moïse? — XIII. Est-il permis, et jusqu'à quel point par la loi évangélique? — XIY. La loi civile qui permet le meurtre pour se défendre, donne-t-elle le droit de tuer, ou seulement l'impunité? Explication et distinction. — XY. Quand le combat singulier peut-il être licite ? — XYI. De la défense, dans une guerre publique. — XYII. Elle n'est pas permise dans la seule vue de diminuer la puissance d'un voisin. — XYIII. Elle ne l'est pas non plus à celui qui a donné lui-même un juste sujet de lui faire la guerre.
I. — 1 . Arrivons aux causes des guerres : j'entends aux causes justificatives; cat* il y en a d'autres qui nous y
< « Elles se réduisent à trois en général, savoir : la défense de ce qui nous appartient, la poursuite de ce qui nous est dû, et la punition des eriraea. » Cette traduction libre de Barbeymc est pfus dégagée, mais elle ne reproduit pas le texte. P. P. F.
poussent par un motif d'intérêt, et qui diffèrent de celles qui nous y portent par un principe de justice. Polybe * [Hist,, lib. III) distingue avec soin ces diverses causes les unes des autres, et les sépare d'avec les commencements de la guerre (*), tel qu'était le cerf' dans la guerre de Turnus et d'Énée. Mais bien que la différence entre ces choses soit manifeste, on a cependant l'habitude de confondre, les termes qui servent à les exprimer. Gar ce que nous appelons causes justificatives^ Tite-Live les nomme des commencements, dans le discours des Rhodiens: « Certes vous êtes des Romains (**), puisque vous faites
* r/est au troisième livre de son histoire, où ii appelle causes (alxiai) les motifs d'utilité qui portent à entreprendre la guerre; et prétextes (izpo-^àatiç) les raisons justificatives qu'on allègue. Ces deux choses là, dit-il, précèdent le commencement de la guerre (âp/,iQ)» c'està-dire Texécution actuelle du dessein qu'on a formé, ou les premiers actes d'hostilité. (Barbetrac).
(*) « Exordia pugms, » a dit Virgile. Grotius.
3 Allusion au cerf blessé par Ascagne ; d'où naquit la guerre entre Turnus et Énée. Voir le chant vu de l'Éneide, v. 481 et suiv. P. P. F.
C*) Certainement il n'y a guère de nation qui ait été pendant si longtemps aussi scrupuleuse à examiner le sujet des guerres qu'elle entreprenait. Polybe, dans un passage cité par Suidas, au mot èfA^atvstv, dit que « les Romains étaient foil soigneux de ne pas attaquer les premiers leurs voisins, et de faire en sorte qu'on vit bien qu'ils ne prenaient les armes que par la nécessité de repousser les injures. » C'est ce que Dion montre dans la belle comparaison qu'il fait des Romains avec Philippe de Macédoine et Antiochus (Voir les Exeerpta Peiresciana). 11 y a du même historien le passage suivant, dans les Exeerpta legatxonum : c Les anciens n'avaient rien tant à cœur que de n'entreprendre aucune guerre qui ne fût juste. » On trouve encore la même idée dans les Exeerpta Peiresciana : a Les Romains s'attachent fort à n'entreprendre que des guerres justes, et à ne rien décider à cet égard, sans cause et témérairement (a).
Grotius.
(a) Le'premier passage se trouve bien dans Suidas, mais ce lexico^rraphe ne dit point qu'il soit de Polybe. La comparaison des Romains avec Pliilippe de Macédoine et Antiochus, est de Diodore de Sicile, aussi bien que le dernier ptssage cite dans cette noto, quoique l'auteur les attribue Tun et l'autre à Dion Casuius. Je ne trouve pas dans les Exeerpta legationum le passage que Grotius cite entre deux , comme étant du m%me\Aoii CAsecva.%, . . (Barbetrac. )