LIVRE I, CHAPITRE XXII
ment juste, ce qui est dépourvu de toute faute de la part de l'agent. Or beaucoup de choses se font sans droit, et sans être coupable d'aucune faute, à cause d’une ignorance inévitable (Suarez, De Legib., lib. Il], cap. xviu; Azpu. DE Casrno, De potest. leg. pæn., lib. I, cap. 1 et nm). Il y a un exemple de cela dans la personne de ceux qui n’observent pas une loi dont ils ignorent l’existence, sans qu'il y ait faute de leur part, après que cette loi même a été promulguée, et qu’un intervalle de temps suffisant pourla connaitre s'est écoulé. C'est ainsi qu'il peut arriver aussi dans les procès, que l’une et l'autre partie, nonseulement soit exempte d'injustice, mais le soit encore de tout autre vice, surtout lorsque l’une et l’autre partie, ou l'une des deux plaide, non en son nom, mais au nom d'autrui, par exemple en qualité de tuteur, à qui il convient de ne pas abandonner un droit, quelque incertain qu’il soit. Ainsi Aristote dit que dans les procès où l’on conteste sur un point de droit, aucun des deux adversaires n’est malhonnête : ce qu'il exprime par le mot « méchant » (Lib. III, Rhét., cap. xvi). Quintilien, d'accord avec lui, dit qu'il peut arriver qu'un orateur, c'està-dire un homme de bien, plaide indifféremment le pour et le contre (Lib. Il, cap. xvn). Bien plus, Aristote affirme qu’on peut dire, dans un double sens, qu'un juge rend un jugement juste : car cela signifie ou bien qu'il juge tout à fait comme il le faut, sans aucane ignorance ; ou bien selon l'opinion de sum esprit (Topic. lib. 1, cap. xv). Et il dit ailleurs : « Si quelqu'un a jugé par ignorance, il n'a point agi injustement » (Ethic. Micom., . V, cap. xir!).
4. Mais quand il s’agit de la guerre, il est bien difficile que la témérité et le défaut de charité n’y aient quelque part, à cause de la gravité de l'entreprise elle-
! La Morale d'Aristote, édit, citée, liv. V, chap. 1x, p. 235. P. P. F.
LIVRE 11, CHAPITRE XXIV. 571 Le motde Phinée, rapporté par Diodore de Sicile, n’en diffère pas beaucoup : « Un père ne se déterminerait point à punir ses fils, si, par l'énormité de leurs fautes, ceux-ci n'avaient pas fait taire la tendresse naturelle que les parents ont pour leurs enfants » (Lib. IV). Et le mot d’Andronic de Rhodes : « Un père ne déshérite jama sun fils, s'il ne lui en donne sujet par l'excès de sa mauvaise vie. »
2. Or, quiconque veut punir une autre personne, prend en quelque sorte le rôle d'un maître, c’est-à-dire d'un père (*). C'est ce qu'Augustin a en vue, lorsque
conseil dans lequel il siégeait. « Un père, dit-il, devait se contenter de la peine la plus douce. » Ces paroles sont de Sénèque, eod. lib., rence dit, dans l'Andrienne : « Pour une grande faute, une suffit à un père. » « Les pères, dit Philon (De Nobilit.), prononeent les tristes paroles de l'exhérédation, et chassent leurs Dls de “leur maison et de leur famille, seulement dans le cas où la perversité de ces fls a triomphé de cet amour immense et surpassant toutes choses, que la nature a placé dans le cœur des pires. » Dans son discours pour Ligarius, Cicéron dit : a Pardonnez-lui, juges! 11 a eommis une faut y a succombé; il n'y pensait pas, Si jamais cela lui arrive! C'est ain qu'on s'excuse auprès d'un père... Grorius.
{°) Sénèque dit (Epist. LXXX VII) : « La clémence fait qu'on épargne le sang des autres, comme si c'était le sien propre; ellesait que l'homme ne doit pas abuser de l'homme (a). » Suivant Diodore de Sicile (Fragment.), « il ne faut pas toujours punir tous les coupables, mais seulement ceux qui ne se repentent point de leurs méfaits. » Chrysostôme di (De statuis, vi) : « Que Lous ceux qui sont étrangers à notre foi apprennent, que le respect que nous devons au Christ est si grand, qu'il s'impose à toute puissance quelconque. Honore ton maitre; pardonne à tes compagnons d'esclavage, afin que luismème il honore Lien davantage, et qu'au jour du jugement il te montre un visage serein et clément, se souvenant de ta douceur. » Gratien cite le passage suivant tiré d'Augustin (0), Caus. XXII, Quæst. IV : a Ces deux qualifications dont nous
(a) J'ai vainement cherclé cette pensée duns la lettre LXXXVII, où Sénèqne paris de la frugalité, du luxe, et discute si les richesses sont un bien. [XX
<6} Où plutèt Béde, ên Galat., cap. wi. @.)
LIVRE IL, CHAPITRE XXV. 587 sont injusles, si l'on s'y cagage sans distiaetion dé causes, — X, Qu'il
est méme mauvais de ne prendre du service œilitaire qu'en vue du butin ou de la solde.
1. — Plus haut (Lib. 1, chap. v), lorsque nous avons irailé de ceux qui font La guerre, il a été dit et démontré par nous, que, naturellement, chaque individu n’est pas seulement le vengeur de son propre droit, mais qu'il l'est encore de celui d'autrui : c'est pourquoi les mêmes causes qui sont justes pour celui dont l'intérêt est en quéstion, sontjustes pouf ceux qui portent secours aux autres. &
2. Or le soin des personnes qui vous sont soumises, est le premier et le plus nécessaire de tous (*), qu'elles soient placées sous le pouvoir du chef dé famille, ou sujettes du pouvoir politique : car elles font comme partie de celui qui gouverne, ainsi que nous l'avons dit dans Le même endroit [Navann., lib. XXIV, cap. xvin), C’est uinsi qu'en faveur des Gubaonites qui #'élaient sou mis au peuple hébreu, ce peuple prit les armes sous la conduite de Josué (Jos., X, 6). « Nos ancôtres, dit Cicéronaux Quirites, ont souvent ait la guerre pour des marchands et des maitres de barques qui avaient été trop mal traités. » Ailleurs :, « Que de guerres, dit-il, nos ancêtres ont entreprises, parce qu'ils apprenaicnt qu'on avait fait injure à quelque citoyen romain, qu'on avait arrété quelque patron de barque, ou dépouillé quelque marchand » (fn Verr,, lib. V)l Les mêmes Romains qui avaient refusé de prendre 168 armes pour de simples alliés, jugèrent nécessairede les prendre pour les mêmes alliés après qu'ils se furent livrés à eux,
{7 Procspe (Persie., br.