‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 22 sur 113 · XXX ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXX ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

a L'évasion de Grotius fut quelque temps ignorée à Louvestein ; sa femme continua de le faire passer pour malade, et de refuser, sous ce prétexte, l'entrée de son appartement. Lorsqu'enfin elle le sut en sûreté, elle déclara tout au gouverneur, qui d'abord crut devoir s'assurer d'elle, et la fit garder étroitement. Mais bientôt les États-Généraux, touchés de son noble dévouement, ordonnèrent sa mise en liberté ^ »

Délivré de ses fers, Grotius avait le choix des asiles. Plusieurs États se disputaient l'honneur de le recueillir. Il préféra la France, qu'il avait visitée dans sa jeunesse. Il fut présenté à Louis XIII, qui l'accueillit et lui accorda une pension de 3,000 francs. Sa femme ne tarda pas à le rejoindre. Grotius s'acquitta de sa dette de reconnaissance envers la France, en y écrivant son fameux traité du Droit de la Guerre et de la Paix.

La composition de cet ouvrage n'a occupé qu'une portion fort peu considérable de sa vie. On apprend pour la première fois, par une lettre qu'il adresse à De Thou le fils, en août 1623, qu'ir s'occupait d'exaipiner les principales questions se rapportant au droit des nations ^. Dans le cours de la même année, il recommande cette étude à un autre de ses correspondants, en termes qui dénotent que lui-même s'en occupait sé-

* L^éYasion de Grotius eut lieu le 22 mars lC2t. Le récit qui en est fait a été extrait d*une vie de Grotius» publiée dans le Musée des Protestants célèbres, 1823, i.[\\ 1'" part., p. 45et>uiv. L'auteur de cet excellent travail 8*est inspiré plus d'une fois de la vie de Grotius» publiée en tête de Tédition de Cocceius, 1758) in-4% t.!***, p. xv et suiv. — Nous avons cru devoir reproduire ce récit.

* « Versor in examinandis controversiis prœcipuis quœ ad jus gentium pertinent» {Epist. 75). Celte citation n'est point tirée de la collection in-folio de ses lettres, mais d'un autre recueil antérieurement publié, en 1G48, sous le litre de « Grotii EpistoLv ad Gallos, »

SUR GROTIUS BT SON TEMPS. XZZI

rieusement '• L'idée de l'ouvrage, suivant une de ses lettres à Gassendi, citée par Stewart, lui fut suggérée par Peiresc *.

Grotius se mit à l'œuvre en 1623, après avoir achevé son Stobée '. Il avait choisi une retraite agréable. Le président Jacques de Mesmes lui avait offert une maison de campagne, nommée Balagni, près de Senlis. Il s'y rendit au commencement de juin, à dessein en partie de fortifier sa santé, en respirant un air plus pur qu'à la ville. Ses lettres nous apprennent qu'il travaillait assez lentement ^, mais qu'il mettait à profit jusqu'aux promenades entre lesquelles et l'étude il partageait alors tout son temps ^. Le secours d'une bibliothèque qui fût à lui et dont il pût se servir à tout moment lui manquait. Celle qu'il avait réunie dans sa patrie n'avait pas

* « Uoe spatio exacto, nihil restât quod tibi «que commendem at' que studiumjuris, non illius privatif exquo leguleii et ràbulœ victi' tant, sed gentium ae publia ; quant prêSitabilem scientiam Cicero voeans^ consistere ait in fœderibus, paetionibus , conditionibus poputorum, regum, nationum, in omni deniquèjure belii et pacis. Uujus jurii principia quomodo ex morali philosophid pelenda sunt, monstrare poterunt Platonis ae Ciceronis de legibus libri. Sed Platonis summas aliquas Ugisse suffeeerit, Neque pcmiteat ex scholasticis Thomam Aquinatem, si non perlegere, saltem inspieere secundd parte secundsB partis libri,%quem Summam Theologiœ inscripsit; prassertim ubi de justitid agit ac de legibus. Usum propiûs monstrabwU Pandectœ, libro primo atque ultimo; et codex Justinianeus,libro primo et tribus postremis. Nostri temporis juriseonsuUi pauei juris geniium ac publici controtersias atligere, edque magis eminent, qui idfeeére, Va^quiuSf ilottomannus, Gentilis n (Epist. IG, citée par Hallam, Libr. dtat^j t. lll.p. 279). Ce passage est intéressant, en ce qu'il fait connaîtra la manière devoir de Grotius lui-même, sur le sujet et la base de son traité.

3 Voir Uallam, Libr. eitat., t. III, p. 27d. ' Epist. 56 et 57. Part. U, seu append.

4 Epist. 57, Ihid.

^ I part. Epist. I9J.

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