SUR GROTIUS ET SON TEMPS XXXVII
d'exclusion de la faveur des cours, de découragement dans Tordre civil, ou même de bannissement et de suppression du culte religieux, amenait en même temps les esprits irréligieux et flexibles à se soumettre avec une bonne volonté apparence à un tlespotisme auquel ils ne pouvaient ni résister, ni se soustraire. « En France, dit - Hallam, et en Allemagne, cette même noblesse qui, dans le siècle précédent, avait été la première à embrasser une foi nouvelle, fut aussi la première à l'abandonner. La conversion d'un grand nombre de protestants, distingués par leur savoir et leurs talents, fournit encore une preuve des dangers de cette cause. Il ne serait pas juste, cependant, d'en conclure qu'ils agirent uniquement sous l'empire de la crainte. Deux autres causes durent influer puissamment sur leur détermination : l'autorité donnée aux traditions de l'Église, consignées dans les écrits des Pères^ et avec lequelles il était très-difficile de concilier toute la croyance protestante ; l'intolérance des églises réformées, luthériennes et calvinistes, qui accordaient aussi peu de latitude que l'Église dont elles s'étaient détachées *. » Les défections furent donc nombreuses dans le xvii* siècle.
Grotius a-t-il suivi ce mouvement de défection? Ses lettres, publiées en 16S7, fournissent, quant à sa retraite de la cause protestante, des témoignages qu'il serait difficile de récuser. On y voit que Grotius commença par exalter l'autorité de l'Église catholique ou universelle, et son droit exclusif à établir des symboles de foi.' « Il cessa, dit HalUm, quelque temps après, de suivre le culte protestant, et se tint longtemps dans un juste milieu, se contentant de s'élever contre les Jésuites et
* IIallam, Ubr, citât., 1. 111, p. 38 elsuiv.