‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 33 sur 113 · SUR GROTIUS ET SON TEMPS. XLI · texte numérisé non relu

SUR GROTIUS ET SON TEMPS. XLI

une espèce (Ibid,)^ etc. Ses lettres laissent entrevoir qu'il avait été encouragé par Richelieu ^ Grotius se laisse alors entraîner par sa vanité, et se figure que tout ira au gré de ses désirs. Mais il fut abandonné de quelques hommes sur lesquels il avait fondé des espérances, et il trouva les Arminiens hollandais timides (p. 908, 912). Il cite avec amertume Vossius etSaumaise. En 1642, Grotius était devenu tout à fait opposé à la réformation. Il pensait qu'elle avait fait plus de mal que de bien, surtout en accoutumant les hommes à mal interpréter tout ce qui était en faveur du parti catholique. Auratus, chapelain de Grotius, se fit catholique vers cette époque; plusieurs conversions eurent lieu dans le même temps, et. le trouvèrent favorable. Dès lors, d'année en année, il se rapprocha davantage de Rome. Enfin, dans une lettre adressée à son frère en Hollande, il exprime l'espoir que Wytenbogart, le patriarche de l'arminianisme, s'occupera des moyens de rétablir l'unité dans l'Église (nov. 1643). «On ne peut supposer, dit, en terminant, Hallam, que Grotius ait réellement partagé l'opinion des Pères du concile de Trente sur tous les points en litige... Son but était de chercher des interprétations subtiles, qui lui permissent de faire profession de foi aux paroles de l'Église, quoiqu'il sût bien que le sens qu'il y attachait n'était pas celui qu'on leur imposait... La paix était ce qu'il désirait par-dessus ^ tout. Si la tolérance eût été aussi bien comprise alors qu'elle l'a été depuis, il aurait peutrétre fait moins de concessions^. »

A partir de l'année 1640, Grotius parait donc avoir hâté sa marche. Il n'exprime aucune désapprobation à l'égard

I See. Séries, [i, 911,913.

' Libr. eitaL, t. HI» p. 42 et ftuiv.

XLII ESSAi BIOGRAPHigUE ET HISTORIQUE

de ceux qui se convertissaient au catholicisme; il trouvait, ainsi qu'il nous Tapprend, que tout ce qui était généralement reçu dans l'Église de Rome avait pour soi l'autorité de ces Pères grecs et latins, dont personne n'aurait refusé de partager les croyances; et enfin, dans une lettre remarquable adressée à Wytenbogart sous la date de 1644, il met en avant, comme une chose qui mérite considération, la question de savoir: s'il ne serait pas plus raisonnable, de la part de simples individus qui trouvent les doctrines les plus essentielles dans une Église en possession d'une hiérarchie universelle, et présentant une succession légitime, de mettre de côté, dans un intérêt de concorde, leurs différends avec cette Église, en donnant aux choses la meilleure interprétation possible, jnais gardant seulement le silence sur leurs propres opinions; que de penser que l'Église catholique dût s'accommoder aux diverses opinions de ces mêmes individus'.

f Libr.citaL.i. Hl, p. 48.

Hallam a consacré une longue note à l'examen de cette tendance de Grotius vers l'Éf^lise de Rome. Il a invoqué le témoignage irrécusable de la correspondance du publiciste hollandais. Son travail est d'autant plus intéressant, que les lettres de Grotius sont généralement peu lues, et même ne le sont pas do tout. En voici le résumé.

Le profond respect de Grotius pour les Pères et pour l'autorité de l'Église primitive, se fortifia chez lui d'autant plus qu'il les trouva hoptiles aux doctrines des calvinistes. Il fut ravi de trouver saint Jérôme et saint Cbrysostôme de son bord [Épist. 29, an 1614). L'année suivante, dans une lettre à Vossius, il va fort loin ; « Quid enim magis ett alienum ab unitate catholicd, quàm quod dirersis in regionihus pastores

diversa populo traders coguntur? » {Epist. 66). Il était alors

grand partisan de l'Église anglicane, et demeura dans ces sentiments jusque vers la fin de sa vie, époque où il s'avanc-a plus loin. Il était cependant trop Érastien pour les évéques anglais du règne de Jacques, qui lui reprochaient d'avoir attribué au magistrat civil un pouvoir définitif dans les controverses en matière 4c foi, et d'avoir Tniy^c parmi les

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