LIV ESSAI BIOGRAPHIQUE ET UISTOEIQUE
dominaient dans ces livres : leur forme systématique, la multiplicité de leurs divisions, et le désir sincère que manifestaient les auteurs d'épuiser le sujet en le présentant sous toutes ses faces, en le suivant dans toutes ses ramifications, dans toutes ses conséquences. La fécondité de ces hommes qui, comme Suarez, étaient façonnés à la discipline scolastique, à laquelle se rapporte la méthode des casuistes ^ et des canonistes, était quelquefois étonnante. Leurs aperçus n'étaient point mutilés et incomplets; il pouvait leur arriver de ne pas résoudre les objections d'une manière satisfaisante, mais il était rare qu'ils les passassent squs silence; ils embrassaient un vaste champ de pensée et d'érudition ; ils écrivaient moins pour le moment, et se trouvaient moins sous l'idfluence de préjugés locaux et temporaires, que bien des hommes qui ont vécu dans des temps meilleurs pour la philosophie. Mais ils avaient aussi de grands défauts : leurs distinctions embrouillaient les questions, au lieu de les éclaircir; leurs systèmes n'étant pas fondés sur des principes clairs, finissaient par devenir confus et incohérents; leur méthode manquait quelquefois de suite; les difficultés qu'ils abordaient étaient trop ardues pour eux; ils étaient accablés sous la multitude, et embarrassés par le désaccord de leurs autorités ^.
in decem libros distributus, utriusque fort hominibus non minût utilis quam necessarius, » est un in-folio de 700 pages à deux colonnes, et d'une impression serrée.
* « Les Jésuites ont Vhonneurt dit Hallam, d'avoir, les premiers, rendu public un système de fausse morale qui a pris d'i^x son nom, et qui n*a fait qu'accroître l'an imad version sous le poids de laquelle cet ordre a succombé. Leurs traités de casuisme sont excessivement nombreux; quelques-uns appartiennent aux vingt dernières années du xvt* siècle ; mais un bien plus grand nombre au siècle suivant. » {Libr, citât. 9 t. III, p. 234.}
^ Haliam, lÀbr, citât,, t. IIL p. 239.