‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 41 sur 113 · SUR GROTIUS ET SON TEMPS/ LV · texte numérisé non relu

SUR GROTIUS ET SON TEMPS/ LV

Les casulstes, en traitant des cas de conscience, avaient fréquemment parlé incidemment de la guerre, des pn^ messes, des serments, des prises et reprises. Mais les auteurs qui avaient particulièrement traité des droits de la guerre étaient, — Grotius le dit lui-même, — ou Bien des théologiens comme Francisco de Victoria, Henri de Gorcum, Guillaume Matthéus; ou bien des docteurs de droit civil, tels que Lupus, Arius, Jean de Lignano et Martinus Laudensis. Cependant aucun de ces auteurs n'avait épuisé ce sujet, et pour la plupart ils l'avaient traité d'une manière fort peu méthodique, confondant ensemble les conclusiens du droit naturel, du droit canon, du droit civil et du droit international '.

n y aurait cependant de l'injustice à ne pas reconnaître que la plupart de ces auteurs avaient formulé de généreuses maximes.

Dans sa Dissertation sur les Indiens^ Francisco de Victoria^ avait posé en principe que l'infériorité relative de ces peuples, n'était point un motif pour les réduire en servitude, ou même en tutelle ; il avait démontré le peu de fondement de cette opinion des jurisconsultes de Bologne, qui revendiquaient au profit du pape le pouvoir de disposer en faveur de tel ou tel prince, du territoire ou de la souveraineté des nations infidèles^; il avait contesté qu'il fût permis de faire la guerre aux infidèles en se fondant sur leur refus de se convertir à la foi chrétienne ^ ; il avait recommandé aux Espagnols d'établir des comptoirs de commerce sur les côtes, au lieu d'en-

• Voir Wheato.x, Histoire des progrès du Droit des gens, 1. 1, |i. 56. 3 Né en t480, mort en 1546.

3 De ladis, sive de titulis legUimis [vel non legitimis) quibus Barbaripotuerunt tenire in ditionem Hispanorum. Sectio seeunda, p. I et 6.

* /Wd., ^ 14.

tvl ESSAI BIDGRÂPHIOUX ET HISTORIOIIE

freprendre des guerres de conquête '. Dans sa disserlation intilulée : De pire belH, le dominicain espagnol refusait hautement de reconnaître comme de justes motifs de guerre, la diiférence de religion chez le peuple ennemi, le besoin ou l'ambition d'étendre les frontières, le désir de la gloire, la recherche de tout autre avantage personnel*. «Puissent les rois, disait-il, dépositaires de ce droit terrible, ne jamais clierclier des occasions, encore moins des prétextes pour rompre cette paix que l'apôtre des nations nous ordonne de conserver, s'il est possible, avec tous les hommes, nous rappelant que nous sommes frères ici-bas, et que nous avons au ciel le même Dieu, qui sera un jour notre juge commun, n n 11 ne suffit pas, ajoutait-il, que la guerre soit entreprise pour de justes causes; il faut la faire de telle sorte qu'au lieu de poursuivre l'extermination de l'ennemi, on n'ait en vue que la défense du pays, le triomphe du bon droit et l'établissement d'une paix durable... La guerre achevée, le vainqueur chrétien se posera comme un juge d'équité entre les deux peuples, et sans négliger la satisfaction due à son pays pour l'injustice dont il a soutl'ert, il ménagera autant que possible l'État coupable, car il se rappellera que, le plus souvent, c'est par la faute des rois que s'allument les guerres, et que les peuples ne font que suivre de bonne foi le drapeau de leur prince et de leur patrie '. n

Si Victoria avait revendiqué pour les Indiens le droit de se gouverner eux-mêmes, Dominique Soto, son élève,

' Ibid., g ultim.

' Dejurt belii, % Kl à 14.

» Ibid.. i 60.

* fié en t49't, morlen iJliO. Son outrige csl intiuilé : Fralrii d'uni' nid Solo, Segovieniii thenlogi, tibri decem de justilid eijure, 156(1. L'édition \» plu» connue csl celle de I5H! {Lugduni .

Sm GROTIUS ET SON TEMPS. LVII

n'avait pas craint de se prononcer pour la liberté, dans ce ^and procès où Las Casas plaidait en faveur des indigènes, et Sepiilveda pour le maintien de leur servitude. Appréciant le droit que pouvaient avoir les Portugais d'acheter, sur la côte de Guinée, les esclaves noirs qu'ils importaient dans les colonies de l'Amérique : a Que l'on sache bien, s'était-il écrié, que ni les vendeurS} ni les ac€[uéreurs, ni les maîtres de ces esclaves, ne peuvent avoir la conscience en sûreté jusqu'à ce qu'ils aient rendu ces hommes à la liberté, quand même il n'y aurait aucun espoir de recouvrer le prix déboursé pour leur achat ^ » Malgré sa tendance à justifier les rigueurs de la guerre, Balthazar Ayala ^ n'avait point omis de recommander aux rois les voies de la douceur, et de les^ inviter à se faire aimer plutôt que craindre de leurs sujets. C'était beaucoup pour un grand prévôt de l'armée espagnole dans les Pays-Bas, sous Philippe IL Alberico Gentili ', enfin, le précurseur de Grotius, avait proclamé qu'il n'y a de guerres justes, que celles où l'emploi de la force est devenu l'unique moyen de faire prévaloir le droit, ou de réparer l'injustice.

Mais ces divers traités étaient dépourvus des qualités

*" De Just. et Jur., lib. IV, quœst, u, art. 2.

3 Né en 154â, mon en 1584. Son traité De Jure et officiis belli était dédié au duc de Parme.

' Né en 1551, mort en 1611. Auteur d*un des premiers traiiés complets sur le droit de la guefre, De Jure beîli, publié en 1589, et dédié au eomte d'Essex, qui Tavait aidé à obtenir la place de professeur à Oxford. « Il fut le premier, dit Lampredi, à expliquer les lois de la paix et de la guerre, et par là suggéra probablement à Grotius Tidée de son ouvrage Mir ce sujet... » Gentili publia aussi en 1583 un traité sur les ambassades, De Legationibus, qu'il dédia à son ami et protecteur Tillustre sir Philippe Sydney. Voir Whcatox, Bât, des Progr. du Dr. des yens, 3* édit., 1853, t I, p. 49 et suiv., et Eag. Cauchy, Le Dr. marit. internat,, 1862, t. Il, p 33etsaiv. ^

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