SUR GROTIUS ET SON TEMPS. LIX
dans toutes les universités; on «l'imprima, on le commenta comme un ancien K
La première édition de l'original fut presque toute débitée en très-peu de temps ^, et la réimpression aurait suivi bientôt après, sans les retards qu'entraîna la mof t du libraire ^. Les autres nations, à Tenvi Tune de l'autre, enlevèrent à. la France \iï\ ouvrage né dans son sein ; et la patrie de Grotius, surtout, s'en empara comme d'un bien qu'elle croyait avoir droit de revendiquer. Elle fut cependant devancée par l'Allemagne. 11 parut à Francfort, dès l'année 1626, une édition in-octavo ^ plus correcte que celle de Paris, et dans le corps de laquelle on inséra les additions qui se trouvaient à la fin du volume. Les libraires de Hollande étaient restés en arrière; mais sur la fin de l'année 1 631 , et au commencement de 1 632, on vit paraître tout d'un coup trois éditions hollandaises. La première, in-folio^ fut imprimée à Amsterdam, chez Guillaume Blaeu, sur les additions et corrections que Grotius lui avait fournies.^ La seconde, d'un plus petit format, fut publiée par J. Jânsson, libraire de la même^ ville, à l'insu de l'auteur. Grotius témoigna publique- ' ment que cette édition était peu correcte, surtout pour les citations des passages grecs. 11 en revit donc un exemplaire, sur lequel Blaeu fit la troisième édition, dans le format in-octavo.
L'avertissement de cette troisième édition hollandaise est daté d'Amsterdam, où Grotius se trouvait alors (8 avril 1632).
Depuis cette édition, Grotius n'inséra plus d'additions dans le corps de son ouvrage. Il se borna à réunir, en
* Voir Bayle, verbo Grotius.
* Append., Epi»t. 104.
3 Ihid,, Epist. 154, 183.
[ BIOeRAPHIQUE ET BISTORIQCE
forme de notes, tout ce que sa mémoire ou ses leclures lui fournissaient de détails propres à justifier ou à développer sa pensée. Il regardait lui-m^me cet appendice d'annotations comme devant augmenter l'ouvrage au moins de moitié, par le grand nombre d'autorités anciennes et modernes qui s'étaient présentées sous sa plume, et qu'il avait jugé utile d'invoquer '. C'est ce qui servit à faire valoir la nouvelle édition qui parut à Amsterdam en f6i2, et qui fut la dernière que Grotius vit publier. Il n'eut pas le t«mps^- ni peut-être la volonté, de préparer de nouvelles additions. Une édition postliume fut publiée.en I64f>. Les autres éditions, publiées depuis, n'ont fait que copier cette édition posthume, jusqu'il celle de 1720.
Barbeyrac elle parmi les détracteurs du livre de Grotius, Jean de Felde, professeur de mathématiques à Helmstadt, qui publia sur cet ouvrage des notes pleines d'animosité, en 1653^. Théodore Graswinckel, jurisconsulte parent de Grotius, natif comme lui de Deift, et qui avait servi de copiste à notre auteur pour mettre au net le livre même dont il entreprit la défense, publia en 1654 tme réponse à la critique de Jean de Felde Ce dernier attendit pour répliquer, qu'on réimprimflt ses notes en Allemagne, cti qui n'arriva qu'en l()63, et il y joiguit des Béponses à la Réfutation de Uraswinckel *. Une polémique assez vive s'engagea; mais le défenseur de Gro-
f II Pan., EpJBl. 471 ; 1 Pari., Eiiiil. 1-234,
* Voir une-leUre de Saumaîu, dans le t. 1, ÂHimadv. Fttilol. «i HiitoT. de Th. Cbf.siiis, p. !!. — THUMtMUS, Pautii pUnior Hûtor. Juri'i yaluralii, u|>. tt, 3 3. — Bhopeus, Hiitor- Jur. JVoiur., 1 27.
> A léui, sous le lilrc de Joannit A Feldtn annoiala in Hagotum Cro'iutn, lie Jure BelU el Pacii; eum reapaniiimibui ad itrieturat Gratwinekelii. Le tilre du livre de Uraswinckel éljit : Stricturx ad MMuram J. A. Felden, M.
dÛR GROTtUS ET SON TEMPS. ^ LXl
tius, soit par impuissance ' , soit par mépris des chicanes de son adversaire, la fit cesser bientôt par son silence *.
Gomme il arrive toujours, les efforts redoublés de la critique envieuse ne diminuèrent rien de la popularité de l'œuvre de Grotius. Il ne firent que l'augmenter, en excitant la curiosité de comparer la critique avec le livre critiqué. L'électeur palatin, Charles - Louis, ordonna qu'on l'expliquât publiquement dans l'université d'Heidelberg. En 1663, dans l'année même où dé Felde publiait la nouvelle édition de ses Notes, Henri Boeder, professeur d'histoire à Strasbourg, taisait paraître la première partie d*un commentaire, tout empreint d'enthousiasmé pour l'ouvrage de Grotius. Dans une lettre écrite au baron de Boinebourg, chancelier de Félecteur de Mayence, Boeder portait l'admiration jusqu'à jurer a que personne ne s'élèverait jamais au degré de gloire qu'avait atteint Grotius; que l'ouvrage de cet auteur restait et resterait toujours incomparable, et que ceux qui s'aviseraient de vouloir le surpasser sur un point quelconque, s'exposeraient à la risée de la postérité '. » Cet enthousiasme valut à Boeder et à ceux qui suivirent son opinion, de la part des théologiens et des jurisconsultes scolastiques, le sobriquet de Grotiens.
On oite encore les Notx subUariœ de Gaspar Ziégler, professeur de droit à Wittemberg, publiées en 1666; et les Obsei'vatwnes maximam partem théologien de Jean- Adam Osiander, parues à Tubingueen 1671 : celles-ci, toutes empreintes d'une acrimonie mal déguisée»., e* pleines de malveillantes insinuations; celles-là moins
* Thomasius, Bistor. Jur. Natur,, cap. vi, { 3. a BuDDEUs, Histor, Jur. Nalur., g 27.
' Thomasius a inséré cette lettre tout entière dans sa : Paulô pienior Hittoria Jaris Naturalis, publiée en 1719, Append. ii.
LXII ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQtîE
étendues, a écrites à la haie, » mais inspirées par Tadmiration pour le génie de Grotius.
Henri Henniges publia aussi en 1673 des Observations politiques et morales sur le Traité du Droit de la Guerre et de la Paix, La popularité était désormais acquise à cet ouvrage. On le réduisit en tables ^ ; on en composa des abrégés, dont quelques-uns en forme de demandes et réponses.
Jean-Frédéric Gronovius, professeur de belles-lettres, avait expliqué à ses élèves, dans des leçons particulières; le traité du Droit de la Guerre et de la Paix. Ses notes parurent après sa mort, en 1680, et furent reproduites depuis dans toutes les éditions de Hollande, dans quelques-unes d'Allemagne, et même dans une édition publiée à Naples, et citée par Barbeyrac. « La plupart des notes de Gronovius, dit Barbeyrac, sont assez inutiles, puisqu'elles ne font qu'exprimer le sens de l'auteur en d'autres termes, qui ne sont pas toujours plus clairs... » Cette appréciation est trop sévère, et peut-être pas assez dégagée de partialité. Concises çt d'une extrême précision, les annotations de Gronovius ont le mérite de paraphraser avec la plus scrupuleuse exactitude les propositions trop laconiques souvent de l'écrivain hollandais. Le latin très-correct et très-pur de Grotius, avait besoin cependant, dans maint endroit, de développements et d'analyse. Gronovius a fort opportunément éclairci par son court commentaire plus d'un passage, et Barbeyrac, d'ailleurs, ne s'est point fait défaut d'emprunter largement à cet annotateur. La plupart des digressions si indiscrètement ajoutées par Barbeyrac au texte de Grotius, sont, en effet, puisées dans les notes de Gronovius.
* On dit que Grutius eu avait lui-même fait une. (tURBEVRAC.)
SUR 6R0TIUS ET SON TEMPS. LllII
Citons rédition avec des notes variorum, publiée à Prancfort-sur-rOder en 1691 et due à Jean-Christophe Becman *; deux éditions publiées en 1696, Tune à Francfort et l'autre à Utrècht : la première, accompagnée d'un commentaire par Jean Tesmar, professeur de droit à Marpourg, et que Barbeyrac qualifie de « méchante compilation de passages d'auteurs anciens ou modernes; » la seconde, avec un commentaire de Guillaume van der Muelen, chanoine de Sainte-Marie à Utrecht. « C'est, dit Barbeyrac, le commentaire te plus ample et le plus raisonné qu'on ait encore vu sur le Traité du Droit de la Guérite et de la Paix. » Le second volume de ce commentaire vit le jour en 1700, et le deniier, trois ans aprèsr
Barbeyrac, qui a donné de précieux détails sur la bibliographie de l'ouvrage de Grotius, indique plusieurs traductions en langues étrangères. Il cite la version suédoise, faite par ordre du roi Gustave-Adolphe, et deux versions flamandes, dont la dernière, de date plus récente, comprenait la traduction des notes de Gronovius.
On pensait à traduire le livre de Grotius en anglais, du vivant même de notre auteur, comme il nous l'apprend par une de ses lettres^ ; mais il ne paraît pas que ce projet ait été exécuté longtemps même après sa mort. Barbeyrac mentionne deux traductions anglaises, dont la première fut publiée en 1682, après la mort du traducteur Guillaume Evats, et dans laquelle le traducteur ne 8*est pas borné à mélanger avec le texte les notes de Grotius, mais s'est avisé même d'intercaler ses propres observations. La seconde version, publiée quelques années
* Réimprimée depuis en 1B99.
« I Part., Epist. 1285
LXIV ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORtQtE
seulement avant l'édition de Barbeyrac, a été l'œuvre de plusieurs traducteurs, et parait ne pas avoir joui d'une grande réputation, à l'époque même où elle a été donnée au public'.
La première traduction allemande a été publiée eo 1707; elle a été faite par M, Schutz, autrement nommé P. B. Sinoldus, conseiller des comtes de Reussen, et directeur des fiefs. Thomasius y joignit une grande et curieuse préface, contenant l'histoire du (Iroit naturel jusqu'à Grotius^.
La bibliographie raisonnée du droit des gens, publiée à la suite du Précis de Martens, si savamment annoté par M. Gh. Vergé', rappelle que d'Ompteda, dans sa littérature du droit des gens, cite 45 éditions jusqu'à 1758. Les meilleures sont : Cum notis J,F. Gronovii, Amstel., 1700, 1701, 1702 et 1712, in-8°; Cum notis Gronovii etJo. Barbeyracii, Amstel., 1719, 1720; 2* édit., Amstel.f
* Histoire critique de la République des Lettres, t. VIII, p. 393, 394. — Il a été publié en 1853, en Angleterre, une édition de Grotiat dont voici le titre : Ifugonis Grotii^ De Jure Belli et Pacis, libri Irvt, accompagnied by an abriged translation by William WheweU D. D,, master of trinity collège, and professor of moral philosophy in the university of Cambridge; with the notes of the author, Barbeyrac and others. Cambridge, 1853 (Jobn W. Parker).
Cette édition est en trois volumes. Le texte latin de Grolius forme le corps de l'ouvrage; puis viennent les notes de Grotius, et quelques notes des commentateurs ; enfin la traduction anglaise, qui n'est, dn reste, qu'une abréviation^ qu'un sommaire du texte de Grotius, et non une traduction. Le premier volume contient une préface deTéditear; la dédicace de Grotius à Louis XIII; les deux préfaces de Barbeyrac, de 1720 et 1735; les prolégomènes de Grotius; le livre h' et le livre 11, jusqu'au chap. viii inclusivement. Le second volume comprend les chapitres IX à XXVI inclusivement du second livre; et le troisième volume, tout le livre III.
3 Thomasius a reproduit et continué, depuis, celle histoire du droit naturel, dans sa : Pailla) plenior Ifistoria Juris naturalis.
* Êdit. Guillaumin {V édit.), t. II, p. 392.