‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 6 sur 113 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

pour mettre dans les notes, abréger ou réduire certains passages, n'indiquer parfois que les noms d'auteurs cités, étendre les pensées de Tauteur original, et avouer qu'on s'est donné encore plus de liberté dans la transposition et l'abréviation des notes : voilà l'opinion de Barbeyrac sur la mission de celui qui se charge de faire connaître aux hommes de son temps une œuvre considérable. Ce traducteur a réalisé son programme.

Avais-je raison de dire que Grotius est peu connu en France?

Barbeyrac a cependant rendu un grand service à la science. Son travail critique est d'une valeur réelle. Il a vérifié avec une exactitude scrupuleuse les passages cités par Grotius ; il les a recherchés dans les sources mêmes, pour constater s'ils étaient bien allégués, ou convenablement appliqués. La difficulté était extrême. Grotius citait de bonne foi, mais trop souvent il citait mal ou mal à propos. Quelque surprenante que fût la mémoire de ce grand homme, il était impossible qu'elle ne lui fît pas parfois défaut ; or, comme tous les érudits de son siècle, Grotius citait généralement de mémoire. Ajoutez à cela qu'il avait consacré un temps relativement fort court à la composition de son ouvrage. Il y avait non-seulement' une infinité de fautes dans les chiffres marquant le livre, le chapitre ou le vers des auteurs cités ; mais encore on trouvait quelquefois un ouvrage cité pour un autre fort différent du même auteur, et qui plus est, un auteur pour un autre ; souvent même il fallait deviner l'auteur d'un passage grec ou latin, cité sans nom. Barbeyrac s'est livré à ce travail de révision et de confrontation, avec un succès auquel l'avait préparé la révision des citations de Puflendorf. Il a comblé les lacunes, il a rétabli les autorités, et il a

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permis ainsi au lecteur de remonter aux sources que Grotius avait interrogées.

L'opportunité de donner une nouvelle édition du Droit de la Guerre et de la Paix de Grotius ayant été reconnue par quelques-uns des organes les plus accrédités de la science ; et la bienveillance de Tun des hommes dont les amis des sciences morales et politiques conserveront toujours le souvenir, parce qu'il a été à la fois un éditeur plein d'intelligence, un homme dégoût, et môme un auteur distingué*, m'ayant confié le soin difficile de faire enfin connaître Grotius par une traduction exacte et fidèle ; je me suis mis à l'œuvre avec la conscience de là faiblesse de mes moyens et des obstacles de l'entreprise.

J'ai choisi le texte de l'édition de Gronovius, publiée à Amsterdam en 1712, parce qu'après l'avoir rapprochée des autres éditions, j'ai reconnu qu'elle était la plus complète, la plus conforme dans toutes les parties de l'œuvre à celles qui l'avaient précédée, et à celles qui l'ont suivie.

Pénétré de l'idée que le devoir du traducteur est de faire^abstraction de lui-même, et de faire connaître l'auteur tel qu'il est, non tel qu'on aurait désiré qu'il fût, je me suis attaché à suivre de très-près le texte ; préférant toujours l'exactitude à l'élégance du style, et ne craignant jamais de répéter un mot, lorsque ce mot se trouvait répété dans l'original. J'ai poussé même le scrupule jusqu'à sacrifier les exigences légitimes d'un style régulier, en me servant tantôt du mot not^, tantôt du mot je, suivant que Grotius faisait alternativement usage de ce « haïssable » pronom possessif. I^e

* M. Gnillaumin.

VIII AVANT-rROrOS.

sentiment de ma responsabilité m'a porté enfin à une grand irrévérence : j'ai osé, pour suivre « le protestant illustre, » dépouiller les Apôtres et les Pères de l'Église de leur qualificatif de a saints, » C'est ainsi que j'ai dit incivilempnt : Paul, Augustin, Ambroise, au lieu de saint Ambroise, saint Augustin et saint Paul. J'en demande humblement pardon aux personnes pieuses qui croient que le qualificatif supprimé par moi, ajoute quelque chose à la grandeur de ces sublimes défenseurs de notre foi.

Lorsque le style de Grotius a résisté par sa concision au tour de la phrase française, je me suis efforcé de ne pas abandonner pour cela le texte; j'ai sacrifié volontairement les lois de ma langue maternelle; et comme il fallait un commentaire, j'ai emprunté à Barbeyiac sa paraphrase, que j'ai rejetée dans les notes. Souvent aussi j'ai expliqué, mais dans les annotations, les phrases trop concises par des périphrases de 6ronovius.

Si j'ai suivi l'original tel qu'il est imprimé dans l'excellente édition de Gronovius, quant au texte luimême, quant aux notes marginales — que j'ai reproduites dans le corps de mon texte, entre parenthèses, — et quant aux notes qui terminent les pages ; les remarques relatives aux éditions diverses et aux variantes ne m'ont pas trouvé indifférent. Je les ai fidèlement recueillies et consignées dans mes annotations.

J'ai traduit avec respect, et je le dirai môme, avec amour pour cette grandiose antiquité classique, toutes les citations si abondamment multipliées par Grotius. Barbeyrac les avait souvent modifiées ou étendues ; quelquefois aussi les avait-il rétablies suivant les textes

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