‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 62 sur 113 · SI LA GUERRE PEUT ÊTRE QUELQUEFOIS JUSTE · texte numérisé non relu

SI LA GUERRE PEUT ÊTRE QUELQUEFOIS JUSTE

I. On prouve par plusieurs raisons que le droit de nature n*est pas contraire à la guerre. — H. Par l'histoire. — III. Par le consentement. ~ IV. On prouve que le droit des gens ne s* oppose pas à la guerre. — V. On démontre que le droit divin volontaire, avant l'époque de l'Ëvangile, ne rèjuigne pas à la guerre, et on résout les objections faites à ce sujet. — VI. Remarques préliminaires pour servir à décider la question si la guerre est contraire à la loi de FËvangile. — VII. Raisons pour la négative, tirées des lettres sacrées. — VIII. Solution des arguments puisés dans les lettres sacrées pour l'aitlrmative. — IX. Examen du sentiment des anciens chrétiens sur ce sujet. — Les adversaires de la guerre sont de simples particuliers qui l'attaquent en forme de conseil, plutôt qu'ils n'ont iiit un précepte de leur manière de voir. Leur opinion est repoussée. — X. L'opinion con' traire est confirmée par l'autorité publi(|ue de l'Église, le consentement général et l'usage des temps.

Après avoir vu quelles sont les sources du droit, venons à la première et la plus générale question : celle de savoir s'il est quelque guerre qui soit juste, ou s'il est quelquefois permis de faire la guerre '.

' Grotius, dans ce chapitre, recherchera s'il est quelque guerre qui soit juste. 11 examinera c«tte question au \mni de vue du droit naturel. Suivant lui, les principes naturels primitifs sont plutôt favorables que contraires à la guerre, puisque le but de la guerre est la conservation de la vie, la défense du corps, l'acquisition et la protection des choses utiles à l'existence. Dira-t-on que la guerre est un état de violence ? Mais tous les animaux sont pourvus d'armes que la nature leur a données pour résister aux attaques dont ils sont l'objet, ou pour se procurer violemment ce qui est nécessaire à leur vie. La droite raison et la nature de la société n'inter-

I. — 1 . Cette question elle-même, comme les autres qui se présenteront dans la suite, doit être examinée d'abord au point de vue du droit naturel. — Marcus Tullius Cicéron, tant dans le troisième livre de son traité De finibus que dans d'autres passages, dit avec érudition, d'après les ouvrages des stoïciens, qu'il y a certains principes naturels primitifs — premiei^s par nature, selon les Grecs, — et certains autres, secondaires, mais qu'on doit préférer aux principes primitifs. Il appelle principes primitifs ceux d'après lesquels tout animal, dès le moment de sa naissance devient cher à lui-même, est porté à se conserver, à aimer son état et tout ce qui tend à le maintenir, a horreur de la destruction et des choses qui paraissent capables de l'amener. D'où il arrive, dit>-il,

disent pas tout emploi de la force, mais seulement les voies de fait en opl»osition avec la vie sociale, c'est-à-dire portant atteinte au droit d'autrui. Le but de la société est, en effet, que chacun soit maintenu dans ce qui lui appartient, par Teffet d'un concours commun et la réunion des forces de tous. L*emploi de la force, lorsqu'il ne viole pas le droit des autres, n'est donc pas injuste. Toute guerre n'est donc |)as contraire au droit naturel, C<ette proposition est démontrée ))ar des exemples puisés dans l'histoire sacrée ; elle est prouvée par l'accord unanime de toutes les nations et de tous les sages.

Si le droit des gens nature/ ne désapprouve pas toute espèce de guerres, le droit des gens volontaire ne les condamne pas davantage. Quant au droit divin volontaire, la question peut être posée, car le droit n'est impuissant que pour interdire ce qui est établi par le droit) naturel ; or la guerre n'est que permise, que tolérée par le droit naturel, et conséqneaunent le droit divin volontaire pourrait la prohiber. D'où plusieurs objections tirées de l'Écriture sainte, contre la guerre considérée comme autorisée par le droit dirin volontaire. Grotius réfute ces objections diverses, et proclame ({u'il n'est pas naturellement injuste (|ue chacun soufTre autant de mal qu'il en a fait. Cette jiroposition conduit notre auteur à justifier l'usage des peines capitales, avec force citations puisées dans l'histoire et dans la loi des Hébreux.

Comme l'Ancien Testament, l'Évangile n'est contraire ni à la guerre, ni au droit de glaive, et Grotius le prouve par d'abondantes citations.

qu'il n'y a personne qui n'aimât mieux, si on lui donnait le choix, avoir toutes les parties de son corps bien disposées et entières, que de les avoir mutilées ou difformes. Le premier devoir est donc do se conserver en l'état où la nature vous a mis, de retenir ce qui est conforme à la nature et de repousser les choses qui y sont contraires.

2. Gicéron tait venir en second lieu la notion de la convenance des choses avec la r.aison, qui est d'une nature plus excellente qile le corps (*). Cette convenance en laquelle consiste Thonnête, doit être estimée davantage que les choses où se portait d'abord le seul désir de l'appétit naturel, parce que bien que les premières impressions de la nature nous renvoient à la droite raison, la droite raison doit nous être plus chère que les choses par lescjuclles nous y allons (**). Cette vérité étant constante, et ayant pour elle le sentiment de tous ceux qui ont le jugement sain, sans qu'il soit besohi d'aucune autre démonstration, il s'ensuit que lorsqu'il s'agit d'examiner ce qui est de droit naturel, il faut voir d'abord ce qui convient à ces premières impressions de la nature, et passer ensuite à ce qui, bien que n'ayant pris naissance qu'après, est cependant plus excellent et doit non-seulement être embrassé, si on l'a, mais encore être recherché de toute manière.

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