‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 63 sur 113 · Selon la diversité de la matière, ce que nous appe · texte numérisé non relu

Selon la diversité de la matière, ce que nous appe

i^') V De même, dit Sénèque (Êpist. cxxiv), que toute nature ne montre ce qui fait son bien, (|ue lorsciu'cUe est parvenue au point de perfection qui lui convient ; de même le bien de Tbommc ne se trouve dans l'homme que (juand la raison est |»arfaite en lui. » Grotius.

**} a Ce qu'il y a de meilleur dans chaque être, dit Sénèque t!)))ist. Lxxvi\ c'est ce à quoi il est destiné par (a nature, et ce qui fait son excellence propre. Or (iu*y a-t-il qui soit tel dans l'homme ? C'est la raison. » Voir l'Éjut. cxxi et cxxiv. Juvénal a dit, dans sa satyre xv: « /ênon nous donne des leçons meilleures ; il ne nous permet pas d'employer sans distinction tous les moyens i>our conserver notre vie. *

Grotius.

UVRE T, CH.VriTRE II. 107

Ions rhonnète consiste, tantôt dans un point pour ainsi dire indivisible, de sorte que pour peu que vous vous en éloigniez, vous inclinez vers le vice; tantôt embrasse un rayon plus étendu, de manière que si on s'y conforme, on fait quelque chose de louable, et qu'on peut sans rien commettre de déslionnète ne pas s'y conformer, ou agir même tout autrement*. Il en est à peu près de môme qu'entre l'être et le non être, qui comportent une brusque transition, tandis ({u'entre les clioses qui sont opposées entre elles d'une autre manière, telles que le blanc et le noir, on trouve un milieu qui tient des deux extrêmes, ou qui en est également éloigné. C'est ce dernier point de vue de l'honnête qui est surtout l'objet de la préoccupation des lois tant divines qu'humaines, dont l'œuvre est de rendre même obligatoires les choses qui, de leur nature, n'étaient seulement que louables. Mais nous avons dit plus haut que lorsqu'on examine ce qui est de droit naturel, on recherche si telle ou telle chose peut se faire sans injustice ; et qu'on entend par injuste ce qui est en opposition absolue avec la nature raisonnable et sociable.

4. Parmi les principes naturels primitifs il n'en est pas un qui soit contraire à la guerre; bien plus, ils lui sont tous plutôt favorables, car le but de la guerre étant d'assurer la conservation de sa vie et de son corps, de conserver ou d'acquérir les choses utiles à l'existence, ce but est en pai*faite harmonie avec les principes pre-

* Il ne s'agit pas ici de l'application des maximes générales de Vhonnéie et du droit naturel aux cas particuliers, comme l'entendent les commentateurs de cet ouvrage Mais il s'agit de la nature des actions en général. Ainsi, indépendamment des lois positives qui défendent la polygamie, il est beau et honnête, selon notre auteur, de se contenter d'une femme ; mais cependant on ne fait pas de mal, lorsqu'on en prend deux. Ola n'est point contraire à la première sorte de l'honnête^ auquel se rap{K)r|e le droit de nature, proprement ainsi nommé. (Barbe vrac;

miers de la nature. Que s'il est besoin d'employer la violence en vue de ces résultats, cela n'a rien d'opposé à ces principes primitifs, puisque la nature a doté chaque animal de forces physiques qui puissent lui suffire pour se défendre, et se procurer ce dont il a hesoin. « Toutes les espèces d'animaux, dit Xénophon, savent quelque manière de combattre, qu'ils n'ont apprise que de la nature. » On ht dans un fragment du poëme de la Pêche : a Tous les animaux pressentent leur ennemi et les ressources qu'ils ont pour lui résister; il connaissent la force et la manière de se servir des armes dont ils sont pounus. » Horace avait dit : « Le loup attaque avec la dent, le taureau avec la corne; qui le leur a enseigné, si 0^ n'est l'instinct? » Lucrèce va plus loin : « Tout animal, dit-il, a un pressentiment des moyens de combattre dont il pourra se ser^'ir. Le jeune taureau sent ses cornes avant qu'elles n'aient apparu sur son front, il en frappe dans sa colère, et s'élance le front en avant lorsqu'il est irrité (*). » La mAme pensée est exprimée ainsi par Galien : « Nous voyons tout animal user pour sa défense de ce qu'il a de plus fort. Le veau dont les conies n'ont pas percé encore, menace de la tête, le poulaûi

*(*) « Le jeune veau, dit Martial, brûle d*envie de combattre avec son front inoflensif. » Pori»hyrc (111, De non exu animant.) dit que « chaque animal connaît la partie qui en lui se trouve faible ou forte, qu'il «e précautionne pour la première, et qu'il se sert de la seconde. La panthère fait usa^re des dents, le lion des grilles et des dents, le cheval du sabot, et le bœuf des cornes. • Suivant Chrvs>stôme 'XI, de Statuix.^ « les animim privés de raison portent avec eux leurs armes dans leur propre corps. Le bœuf a ses cornes, le sanglier ses dents, le lion ses ongles. Mais |»our moi, Dieu ma donné des armes qu'il a mises hors de mon cori», montrant |iar là que l'homme est un animal sociable, et que je ne dois ]>as me servir de cet armes en tout temps, (iar tantôt je prends mon danl et tantôt je le quitte. Afin donc «lue je sois plus libre, plus dégagé, et que je ne sois pas toi^ours forcé de |M)rter mes armes avec moi, il a fait en sorte qu elles soient séparées de ma nature. » Ces dernières paroles s'accordent parfaitemeot avec le passage de Galien cité dans le texte. (iRotils.

dont le sabot n'est pas encore raffermi lance des ruades, et le petit chien essaie de mordre avec ses dents (jui n'uni pas encore de dureté. » Uhoftime, dit encore Galieii (De us^ itart. i), est un animal né pour la paix et pour la guerre; il n'est pas pourvu d'armes naturelles, mais il a des mains aptes à s'en procurer et à s'en servir {*). Nous voyons que spontanément, et sans l'avoir appris de personne, les enfants se servent de leurs mains en guise d'armes. Aristote dit de même (De part, anim,^ rv, c. 10) que la main tient lieu à l'homme de pique, d'épée, de toute arme quelconque,-parce qu'il peut tout saisir et tenir avec la main.

5. Quant à la droite raison et à la nature de la société, qui doivent être étudiées en second lieu et avec préférence, elles n'interdisent point tout emploi de la force, mais seulement les voies de fait qui sont en opposition avec la vie sociale, c'est-à-dire qui portent atteinte au droit d'autrui. Car le but de la société est que chacun soit maintenu dans ce qui lui appartient, par l'effet d'un concours commun et la réunion des forces de tous. Il est aisé de comprendre qu'il en aurait été ainsi, quand même le droit que nous appelons maintenant a la propriété, » n'aurait pas été créé, car la vie, le corps, la liberté, auraient toujours été des biens propres à chacun, auxquels on n'aurait pu attenter sans injustice. C'est amsi que le premier occupant aurait eu le droit de se servir des choses communes dans la limite de ses besoins, et que celui qui l'aurait dépouillé de ce droit, se serait rendu coupable d'injustice à son égard.

(*) « Le corps de l'homme, dit Cassiodore {de Anima) étant fait de teUe manière qu'il n'a point de corne pour se défendre, et qu'il ne peut ni le faire avec ses dents, ni se soustraire par la fuite, comme les autres animaux, la nature lui a donné une poitrine forte et des bras, afin qu'il pût repousser de la main l'attaque dont il serait Tobjet, et opposer son corps comme un bouclier. » Grotils.

Mais aujourd'hui que la propriété a reçu de la loi ou de Tusape une existence propre et distincte, la cliose est devenue beaucoup plus facile k comprendre. J'exprimerai cette idée en me servant des termes de Gicéron : « De même, dit-il, que si chacun de nos membres avait la faculté de penser, et s'il croyait pouvoir se bien porter en tirant à lui la santé du membre voisin, tout le corps s'affaiblirait et périrait nécessairement; de môme si chacun de nous s'emparait du bien des autres, et enlevait k chacun ce qu'il pourrait pour son avantage particulier, la société des hommes, la vie en commun seraient nécessairement renversées. Il est certes permis d'aimer mieux avoir pour soi-même les choses qui concernent l'entretien de la vie, que de les voir acquérir par d'autres, lors([ue la nature ne s'y oppose pas; mais ce qu'elle ne peut souffrir, c'est que nous augmentions nos moyens d'existence, notre patrimoine, nos richesses des dépouilles des autres. »

6. Ce n'est donc pas agir contre la nature de la société, que (le veiller et de pour\'oir à ses propres intérêts, k la condition que le droit d'autrui n'en reçoive aucune atteinte ; et par conséquent l'emploi de la force, lorsqu'il ne viole pas le droit des autres, n'est pas injuste. Gicéron a formulé ainsi cette pensée : « Gomme il y a deux manières de vider un différend, l'une par un échange d'arguments, l'autre par les voies de fait, et comme celle-lk est particulière k l'homme, celle-ci aux brutes, il faut ne recourir k la seconde que lorsqu'on ne peut faire usage de la première. » Le môme auteur dit dans un autre (»ndroit : « Que peut-on faire contre la force sans la force? » On lit dans Ulpien que, suivant Gassius, il est porniis de repousser la violence par la violence, que c'est la nature qui donne ce droit, et qu'ainsi il est loisible d'opposer les armes aux armes. Ovide avait dit que « les lois permettent

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