I. iO
nique, si besoin est, un manteau ; et que, si fondé que soit notre droit, nous en abandonnions la poursuite. Apollonius de Tyane niait qu'il fût digne d'un philosophe de plaider pour une mince somme. « Le préteur ne désapprouve pas, dit Ulpien, le fait de cet individu qui a préféré être privé d'une chose, pour ne pas avoir à la défendre trop souvent en justice. Cette manière de voir d'un homme ennemi des procès, n'est, en effet, pas blâmable *. » Ce qu'Ulpien présente ici comme devant être approuvé par les hommes de bien, le Christ le commande, faisant ainsi la matière de ses préceptes des choses les plus honnêtes et les plus approuvées. Mais ce serait mal conclure que de décider qu'il serait interdit même à un père, même à un tuteur, de défendre, s'il y avait nécessité, devant le juge, le pain de ses enfants ou de ses pupilles. Autre chose, en effet, est une tunique et un manteau, autre chose est tout le patrimoine dont on tire sa subsistance. Il est dit du chrétien, dans les Constitutions de Clément, que, s'il a un procès, « il doit faire en sorte de transiger, quand bien même il en résulterait pour lui quelque dommage. » Ce que l'on dit donc ordinairement des choses morales, trouve également sa place ici : savoir qu'elles ne
* Le passage d'Ulpien, cité par Grotius, se trouve au Digeste, liv. IV, tit. Vil, de aliénât, judieii mutandi causa factd^ 1. IV, g 1. Baebetbac fait remarquer, avec raison, à ce sujet qu'il ne s*agit nullement dans ee fragment de sacrifier quelque chose de son propre bien, pour éTÎter ni procès; et que le cas est, au contraire, tout difiërent, puisque celai qui, suivant le jurisconsulte, avait voulu éviter de plaider, était un possessenr du bien d'autrui voyant le propriétaire disposé à le revendiquer entre ses mains.
Ce n'est pas la Jpremière fois que Barbeyrac a relevé une citation inexacte de Grotius; mais loin de nous armer de la sévérité de cet annotateur, nous trouvons dans les quelques inexactitudes de notre anteor, une preuve nouvelle de son étonnante érudition. Grotids était exilé; il ne possédait pas sous la main les ouvrages nombreux qui lui auraient permis de vérifier ses textes et ses indications; il citait généralement de mémoire ; or, quelle mémoire 1 P. P. F.
coiisisteiit pas dans un point indivisible, mais qu'elles ont à leur manière quelque étendue.
5. Dans le précepte qui vient ensuite : « Si quelqu'un veut vous contraindre de faire un mille avec lui, faites-en deux, » l^ Seigneur n'a pas parlé de cent milles, ce qui détournerait trop une personne de ses affaires, mais seulement d'un mille, ou de deux, s'il est nécessaire : promenade qui est considérée comme insignifiante. Le sens de ces paroles est donc cfue dans les choses (jui ne doivent pas beaucoup nous incommoder, nous ne devons pas presser notre droit à la rigueur, mais en céder au delà même de ce qu'on nous demande, pour que notre patience et notre bienveillance soient connues de tout le monde (*).
6. a Donnez à celui qui vous demande, est-il dit ensuite, et ne rejetez point celui qui veut emprunter de TOUS. (**) » Si vous étendez ce précepte à l'infini, il n'y a rien de plus dur. « Celui qui n'a pas soin des personnes de sa maison, est pire qu'un infidèle, » dit Paul (I à Timoth. v, 8). Suivons donc cet excellent interprète de la loi de son maître. Voulant exciter les Corinthiens à se montrer bienfaisants envers les habitants de Jérusalem : « Je n'entends pas, leur dit-il, que les autres soient soulagés et que vous soyez surchargés, mais que, par un partage égal, votre abondance supplée à leur pau-
(*) a Ces paroles, dit Justin {Àpologet, II), ont pour objet de nous engager à être envers tout le monde patients, portés à rendre service, et nollement disposés à la colère. » Grotius.
I**) Ces paroles, fait observer Justin {Àpologet. Uj, ont été dites à propos du devoir de faire part de ses biens à ceux qui sont dans la pan • Treté, et cela sans ostentation. Voilà pourquoi il a été dit : « Donnez^ à quiconque vous demande,... etc.; » et ailleurs : a Faisons participer à notre bien ceux qui n'ont rien. » Cyprieu (Testimon., lib. III, 1) dit qu'on ne doit refuser à personne l'aumône, a A quiconque te demande, dit-il lilleurs, il faut donner, et ne repousse pas celui qui veut emprunter de toi. • Grotiijs.
vreté (*) » (II aux Gorintli. viii, 13) ; ce qui signifie — en me servant des paroles de Tite-Live sur un sujet assez semblable : — Je veux que du superflu de vos richesses, vous veniez en aide aux nécessités des autres. Tel est aussi le sens de ceMe phrase du Cyrus de Xénophon : « Ce que je trouve de superflu dans mon bien, j'en soulage l'indigence de mes amis. » C'est au point de vue de la même équité que nous devons nous placer, pour interj)réler le précepte que nous venons de citer.
7. Gomme la loi hébraïque accordait la liberté du divorce pour mettre obstacle aux mauvais traitements des maris envers leurs femmes, de même pour empêcher les vengeances privées auxquelles la nation Israélite était extrêmement portée, cette loi avait donné le droit à la personne lésée, d'exiger de celui qui lui avait nui la peine du talion, non pas en l'exerçant de sa propre main, mais en la demandant au juge. Cet exemple a été suivi par la loi des XII Tables : « S'il a rompu un membre, qu'on applique le talion. » Mais Jésus-Christ qui enseignait le devoir d'une patience plus parfaite, loin d'approuver que la victime d'une offense actuellement commise en demande vengeance, ne veut pas même que l'on prévienne certaines injures soit par la force, soit par la voie de justice. Quelles injures, cependant? Celles que l'on peut tolérer f *) ; non pas qu'il ne soit aussi louable de supporter de plus graves outrages, mais parce que Jésus- Christ se contente d'un moindre degré de patience. Aussi
{") a Je donnerai à celui qui a besoin, dit Sénèque {De Benef,^ II), mais pourvu que je ne sois pas moi-même dans le besoin. » Cbrysostdme, sur le passage de l'Kpitre aux Corinthiens, cité dans le texte, dit que « Dieu demande à cbacun selon les moyens qu'on a, et non suivant ce qu'on n'a pas. » Pour bien comprendre celle pensée, il faut ajouter les paroles suivantes : a L'apôtre les loue d'avoir fait au delà de ce qu'ib pouvaient (il s'agit des Thessaloniciens), mais il ne force pas les autres (il s'agit des habitants d'Achaïe) à en faire autant, n Grotics.
(*') Voir Chrysostôme, dans l'endroit déjà indiqué. Grotioï.
a-t-il pris l'exemple d'un soufilet, injure qui ne compromet pas la >ie, qui ne mutile pas le corps, mais qui n*cst que le signe d'un mépris dont l'effet ne diminue rien de notre mérite. Sénèque, écrivant sur le sang-froid du Sage, distingue l'injure de l'affront. « La première, ditil, est naturellement plus grave ; l'autre est plus légère et n'est sensible qu'aux seules personnes délicates, qui ne s'en trouvent pas lésées, mais^'en offensent. Il y a tant de faiblesse et de vanité dans les esprits des hommes, que pour certains individus rien ne paraît plus insupportable. C'est ainsi que vous rencontrez des esclaves qui aiment mieux être frappés de verges que souffletés. » Le même philosophe écrit autre part : « L'affront est une injure restreinte; on s'en plaint plutôt qu'on n'en tire raison. Les lois ne l'ont jugé digne d'aucune vengeance. » Dans Pacu\ius, quelqu'un dit : « Je supporte facilement une injure, si elle n'est pas accompagnée d'affront. » Un autre dit, dans Cécilius : « Je puis endurer la misère, si elle est exempte d'injure; je supporte même l'injure si elle est sans déshonneur. » Suivant Démosthènes, « il n'est pas aussi pénible pour les hommes libres d'être frappés, quoique ce soit cruel, que de l'être par mépris. » Le même Sénèque,dont j'ai parlé, ajoute un peu plus bas que la douleur causée par un affront, est une afl'ection produite par la faiblesse du cœur qui se resserre, se sentant touché d'une action, ou d'une parole outrageante.
8. C'est donc en vue d'une circonstance semblable que le Christ ordonne la patience ; et pour qu'on n'objecte pas cette banalité, que supporter une ancienne injure, c'est inriter à vous en taire une nouvelle, il ajoute qu'il vaut mieux souffrir un second outrage que de repousser le premier (*), parce qu'il ne nous en revient d'autre mal
• *j «C'est une belle victoire, dit Chrysostômc (vu, ad Roman.), de doDD r à l'offenseur plus qu'il ne veut, et de surpasser par la grandeur
que celui que nous nous mettons follement dans Timagination f). Tendre la joue^ dans le langage des Hébreux, c'est supporter patiemment^ comme on le voit dans Ésaïe (xxx, 6) et dansJérémie (III, 3); a présenter le visage aux affronts j » a dit Tacite, au livre m de ses Histoires (**).
9. U{i troisième argument se tire du passage qui suit dans Matthieu : « Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain (^ tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous sont hostiles et qui vous persécutent. » Il y a, en effet, des personnes qui pensent que les condamnations capitales, et que les guerres, sont inconciliables avec cette charité, cette bienveillance envers ses ennemis et ceux qui vous haïssent. Mais cette objection est facilement réfutée, si nous considérons les termes mêmes de la loi hébraïque. Il était commandé aux Hébreux d'aimer leur prochain, c'est-à-dire l'Israélite; (***) car c'est ainsi que le verset 17 du chapitre xix du Lévitique, conféré avec le verset 18, nous apprend qu'il faut entendre ici le mot de prochain. Et cependant il n'en était pas moins ordonné aux magistrats de punir de mort les homicides et les autres grands criminels; les onze tribus n'en ont pas moins fait une juste guerre à la tribu de Benjamh) pour venger un crime atroce (Jud. xxi); Darid, qui combattait les combats de Dieu, n'en réclama
de sa propre patience, l'étendue même des mauvais désirs d*uQ \t\ homme. » Grotius.
(*) ChrysostOme {De stat. i) dit qu'un aflront « porte coup ou tombe, non pas selon l'intention de celui qui en est l'auteur, mais selon les sentiments de ceux qui en souflrent. » Grotius.
(**) « Tendre le visage p ; cette expression est prise dans le même sens dans Tércnce {Adelph.). Grotics.
(***) Les prosélytes étaient mis au même rang que les Hébreux; et les lois qui défendaient de nuire à autrui, s'étendaient aussi à ces habitants incirconcis, dont il a été parlé ci-dessus, chap. i, JH 16. C'e&t ce que reconnaidsent les Talmudistes. Grotics.
pas moins, et justement, les armes à la main, le royaume que lui avait promis Isboseth.
1 0. Qu'on étende maintenant la signification de prochain à tous les hommes — car ils ont tous été admis à une grÂce commune, et il n'y a plus de peuples voués par Dieu à la destruction, — il sera permis de faire contre tous ce qui alors Ta été contre les Israélites, qu'on devait aimer dans ce temps-là commeon doit aujourd'hui aimer tous les hommes. Que si vous voulez même que la loi évangélique ait ordonné un plus haut degré d'amour, je l'accorde encore, pourvu qu'il soit aussi reconnu que tous les îndi\1dus ne doivent pas être également aimés, mais qu'on doit avoir plus d'affection pour son père que pour un étranger (*). Ainsi l'utilité de l'innocent doit passer avant celle du coupable, l'intérêt commun doit être préféré à l'intérêt privé, d'après la règle d'une charité bien ordonnée. C'est de cet amour pour les innocents que sont nées les peines capitales et les guerres pieuses. On peut voir à ce sujet la sentence morale qui se trouve dans le livre des Proverbes (xxiv, 11). Le devoir que nous impose le Christ d'aimer et de secourir chaque homme en particuher, doit donc être entendu avec cette réserve, qu'il n'y ait point d'amour plus grand et plus juste qui s'y oppose. On connaît cet ancien axiome: « Il est aussi cruel de pardonner à tous, que de ne pardonner à personne {**). »
(•) TertuUien dit (Advers, Mareion, iv) « que le second degré de bonté est pour les étrangers ; que le premier est pour ses proches. » a II m'est commandé, dit Jérôme {Àdvers. Pelag., dialog. 1) d'aimer mes ennemis et de prier pour mes persécuteurs. Mais est-il juste que je les aime comme des proches ou des membres de ma famille, et qu'il n'y ait tucune difTérence entre un rival et un parent ? Grotius.
(*') Ces paroles sont de Sénèque {De Clément., cap. ii) Chrysostôme traitant des châtiments humains (I ad. Corinth., III, 13, et Seq.), dit que « les hommes les infligent non dans un esprit de cruauté, mais par un principe de bonté. » « Gomme il y a quelquefois, dit Augustin, une comiMision qoi punit, il y a aussi une cruauté qui pardonne. » Les empe-
15? 1.E IIBOIT DE Ut CUEBRE ET IiE LA 1"AIX.
1 1 . Ajoutez k cela que nous devons aimer nos ennemis, k l'exemple de Dieu qui fait lever son soleil pour les mécliants. Mais ce mt'mc Dieu en punit quelques-uns dès cette vie, et leur infligera uu jour les peines les plus sévères. Cet argument détruit du mi^me coup les raisons <|u'on tire ici de la douc^'ur prescrite aux clirétieiis. Car Dieu est apiwlé clément, miséricordieux, paticut (Jon.iT, '2; E\od. xwiY, ()], et c«pendanl les saintes Écritures (lécrivoiit en maint endroit sa colère contre ceux qui roffensent, c'est-à-dire sa volonté de les punir (") (Nonib. XIV. IS; Hom. ii, 8j. Le magistrat a été établi ministre rie cette colère (Rom. xiii, 4). Moïse est cilé pour sa remar- (]nable douceur, et il n'a pas laissé de punir des criminels, m^me de (leiiies capitales. On nous ordonne de toutes parts d'imiter la douceur et la patience de Jésus-Clirisl et c'est [KiurlanI le Chris) qui a nuuiacé des plus f^aves supplices les Juifs rebelles [Mattli. xxn, 7) ('") ; c'est loi qui, au jour du ju};einent . condamnera tes impies suivant ce qu'ds auront mérité. Le^i; ap()tres ont imité la douc«ur de leur maître, et cependant ils oïd fait usage de l'auloi-ité que Dieu leur avait donnée, pour la punition des méchants (ICorintli. iv, il ; v. 5; lâ Timotli. i, 20] ("')■
reurs Valuntinifn, Tliéadosc et Arcadius s'expriment ainsi lians la lui 3, au Uade lliéudoslen, sur \ts ili-funseurs des àtéi : a il faut Êtartttr lonte [irotcclion i|ui, eu luviui^anl lus cou|iatilct ri en spcourtinl les cricnineli, permettrailiiuxfori'iiîUdei«dèvelu|iper. TolilB<lil<lani>PriiiMi[iï(llùrDin rfw Gothi, II) : Cl Je mets tnr le miiat ranp ceuk iiui commciteni un crime el ceux qui emp^clienl que le crime ne Htit [luni. n Voir ce qui et! dit liv. II, clia|>. xxt, i! 11. <:uiitii':>.
n Voir sur ce |i«int Cjrill.:, liv. V. contre Julien, GnuTirs.
v") Ajoutez les |iaiiM|!CK lie Matthieu (XXI, i\), deLuc(MV. 11. 14,27). ChfTMWldme (ad Aonton., XIV), a|irès avoir Tntanti liMUiillii-urtd* Jfruulem, s'écrie : ■ C'est le Olirisl qui a r«ii tuui cela. Eeoutei eomme il l'a prédit lui-même, soil par iiaralroles, noii ouvertement et an* miMfiment. ■ Il exprime iidk ]>ensée semlilable dans le second discours rontrc les Juifs. Uhutius.
""'"Fcrai-je mourir, mnlilerai-je?dilChrv*osiamc(l,rnriii(h.i»,2IJ;
IIVRE I, «'.lIAriTR?: II. IM
12. L»» quatrième ptussago <|ium objecte est de TÉpitre aux Roiiiaiiis [\u, 17). « Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez soin de taire le hien devant tons les hommes ; si C(da se peut, autant qu*il est en vous, vivez en paix avee toutes soiies de personnes; ne vous vendez pas vousniùmesl*),mes hien-aimés, mais (lonnez un sursis à rolvc roUrc^ car il est érrit : C'est à moi cpie la vengeance est. réservée; e'est moi (pii la ferai, dit le Seipieur. Si donc votre ennemi a faim, donnez-lui à manj?er; s'il a soif, donnez-lui à boire ; ear, agissant de la sorte, vous anias-
il y a, en l'fTi'l, un esprit de M'vùrité, roninic ii y a un os])rit de douceur, n Voyez aussi ce (|ue dit Augustin à propos des paroles du Seigneur sur hi montagne (liv. 1), et d'autres iVrivains «pie rije Gralianus (xmii, QHest. vin). («rutiis.
(*) La vul^ate porte ici le mot defendrntes. Mais ceUe e\[iression est kouvent priM.' par les auteurs rliiélien>» pour exprimer l'idée de ven- (:eane4^. ïertuilien {Pc Patient.) dit: « Jnm si leiiua lU'fi^ndaiis, insanicsisi ubt'rius^ onerahms. Quid mihi cum ullitinc, cujus modum rrqere nrn pnssum per impaticntinm dohris i » Il dit ailleurs !.l//r. Marcion, U) : nSan enim injuriir mutui vxerrpudx Uci'nti'im sapit, sed in totum coliib^ndx nidcnti.r pruspicil^ ut quià durissimo et infideli in Deum populo lontjum vel otiam incredibilc videretur à Prtt expectore t/e/Vn.vdwi, edicendam posteti pcrproplietam^ milii defensam^ et eg»' defendnm, dicit Dominus : intérim commixsio iîijuriœ mi*tu ricis repaxtinaretur : et licentia retribniionis, prohibitio esset pmrocationis ; ut stc impmbitas astutn cessaret, dum serundà permissd prima terretur ; et prima deterritd, hpc secvndii cnmmiuitur, (iu,t et alia* facilior timor talionis per eumdem snpnrem passinnix. yihil amarius quam idipsum pati, qund ftreris nliis. » Ali<r diluvtum iniquitates prorocaierunt (dit Terlullien, 1h- mnnnimmid), semel dcfrnsœ queîescumtfuc fnrrunt^ n^n tamen septunti{i\s septies, qund duo mutrimonia merucrunt {n). a Le [«assa^'e «le Paul dont il s'ajrit, n'est pas mai explitpié pur .Vupi>lin dans j'épitrei i.iv : « (.'.'est de la ipi'il a été dit : >'f ré^i^loIl^ pas au méchanl. afin i)ue nnus ne prenioii!;: pas plaisir •A 1.1 \engean(:e,qui se repait de la vue des maux d'.iiitiiii n Voyez re i|ui vera dit plu> Inin, liv. W, chap. x\, j? 5 et ? 10. (îuoTir>.
«j T'iiil rinl»Tél do U lU'lo iniitant -nr li'> njnt> : dr/endcrr^ dtj^n%n, li ii {•mu n<:Cl■e^^;lire de cnn^t-TVi-r et lepHnluin- l•c^ riiiiiions- daIl^ le lexle Litiii.
serez des charbons de feu sur sa tête. Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais travaillez à vaincre le mal par le bien. » On a ici la même réponse à faire qu'au passage précédent. Car dans le même temps où il avait été dit par Dieu : « C'est à moi à tirer vengeance, c'est moi qui ferai justice, » à la même époque on prononçait des sentences capitales, et des lois étaient écrites pour réglementer les guerres. Il est, à la vérité, ordonné de se montrer bienfaisant pour ses ennemis, — ceux, bien entendu, qui sont de la même nation — (Exod. xxm, 4, 5). Mais ce devoir, comme nous l'avons dit, ne mettait pas obstacle aux peines capitales, ni aux guerres justes, même contre les Israélites. C'est pourquoi il ne faut pas non plus presser maintenant à la rigueur les mêmes paroles, ou des préceptes semblables, quoique plus étendus. ; on le doit d'autant moins que les divisions des chapitijes n'ont point été faites par les apôtres, ou de leur temps, mais qu'elles l'ont été beaucoup plus tard, pour diviser la lecture, et rendre plus facile la citation des passages *. C'est pour cette raison que le texte qui commence à présent lé chapitre xiii : « Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures^ » et les paragraphes qui suivent, se trouvent liés avec les préceptes qui défendent de poursuivre la vengeance.
13. Or, Paul dit dans cet endroit que les autorités publiques sont les ministres de Dieu, chargés de faire sentir sa colère aux méchants, c'est-à-dire de les punir. Il distingue par cela même, de la manière la plus évidente, entre la vengeance en vue de l'intérêt public, qui
* On uUribuc la distinction moderne des chapitres àUugues de Saintr Cher, cardinal, qui vivait dans le xiii* siècle, ou à d'autres, qui ne sont guère plus anciens. Il y avait avant cela une distinction beaucoup plus ancienne, faite sur ia (in du iv* siècle. Selon cette première division, les chapitres xii, \iii et xiv de nos éditions, n'en font qu'un.
(Barbeyrac.)
est exercée en remplissant l'office de la divinité, et qui doit être rapportée à celle que Dieu s'est réservée ; et la vengeance qui n'a d'autre but que de satisfaire le ressentiment de l'offensé, et que l'apôtre avait interdite un peu auparavant. Car, si vous comprenez dans cette défense même la vengeance exercée en vae du bien public, qu'y avait41 de plus absurde, après avoir dit qu'il faut s'abstenir des peines capitales, que d'îijouler ensuite que les autorités publiques ont été constituées par Dieu pour punir en son nom ?
14. Un cinquième passage, dont quelques-uns font usage, se trouve dans la seconde Épitre aux Corinthiens (x, 3) : « Encore que nous vivions dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair. Les armes de notre milice ne sont point chamelles f ), mais puissantes en Dieu pour renverser des remparts, » et le reste. Mais ce passage ne fait rien .à notre sujet. Ce qui précède et ce qui suit montrent, en effet, que par le mot de chah* Paul entend l'extérieur débile de sa personne, telle qu'elle paraissait aux yeux du monde, et qui lui attirait du mépris. A cette disgrâce de nature, Paul oppose ses armes, c'est-àdire le pouvoir qui lui avait été donné conime apôtre pour châtier les récalcitrants, et dont il a fait emploi contre Élymas, l'incestueux corinthien, Hymenée et Alexandre. Cette puissance, il nie donc qu'elle soit char- Delle, c'est-à-dire infirme ; il déclare au contraire qu'elle est on ne peut plus épcrgique. Mais quel rapport cela a-t-il avec le droit d'infliger la peine de mort, ou celui de faire la guerre? C'est, au contraire, parce que l'Église était alors privée du secours des puissances temporelles, que Dieu avait suscité pour sa défense ce pouvoir de faire des miracles, qui commença à cesser dès que l'Église eut
(*) Chrysostdme dit sur ce passage , que l'a[H)trc onlend par les armes charnelles : a les richesses, la gloire, la puissance, Tcloquence, Tadresse, letbrignes, les flaUeries, les tromperies. » Grotius.
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genre de vie est le plus simple, ont les mœurs les plus innocentes (*). Voici un passage analogue de Lucain: « 0 luxe prodigue, qui ne se contente jamais de modestes apprêts 1 Ambitieuse avidité de met^ demandés k la terre et à la merl Gloriole qui s'attache aux tables somptueuses 1 Apprenez combien il faut peu de chose pour vivre, et combien peu la nature demande. Ce n'est point un vin exquis, coulé sous un consul dont le temps a fait oul)lier le nom, qui remet sur pied les malades; ils ne boivent ni dans l'or, ni dans la murrhe ; mais, avec de l'eau limpide, la vie leur revient. Le fleuve et Gérés suf-
(*) Philon fait la môme remarque [De vitd contemplatrice) en citant
ce itn d'Homère : « Gens qui vivent de lait, et qui sont pauvres, mais
d'une grande probité. » Justin dit des Scythes : a Ils ne convoitent pas
l'or et l'argent comme les autres mortels. » Puis il ajoute : « Ces mœurs
sévères leur ont ins|riré l'amour de la justice (a), à ces hommes qui ne
désirent pas le bien d'autrui ; car la passion des richesses se trouve là
où on les emploie, » On trouve dans Grégoras (iib. II), au sujet des
Seytbes, un passage semblable, et qui mérite d'être lu. Taxile parleainsi à
Alexandre : « Qu'est-il besoin, Alexandre, de guerres et de combats entre
nous, puisque tu n'es point venu pour nous enlever Teau et la nourriture
indispensable : les seules choses pour lesquelles doivent combattre des
hommes doués de raison ?» Le mot de Diogène vient à propos ici ; u Ce
n'est |Mis parmi ceux qui vivent de bouillie que se recrutent les voleurs et
les fauteurs de guerres. » Porphyre (II. De non edendis animalibus) dit
que c tout ce qui est d'un apprêt facile et coûte peu de frais, contribue à
affermir la piété, et à la rendre commune parmi les hommes. »
Grotius.
(a) Hœe continefUia morum quoque illis justUiam indidit^ ... dit le texte de la note. « L'édition de Gracvius, fuit observer Barbeyrac, suivie aujourd'hui, porte édidit; mais peut-être que les exertfples qu'il allègue ne sont pas tout à bit justes, à cause de la construction; de sorte que la manière dont notre auteur cite ce passage, semble la meilleure. » Quant au vers d'Homère qui ouyi*e Cette note, Barberyac fait observer aussi que GaoTics, suivant l'explication ordinaire, prend le mot aêuov qui s'y trouve, pour une épithète, tandis que c'est le nom propre d'un pailie des anciens Scytlies. « On n'a, dit-il, qu'à voir Strabon, Géogr., liv. VII; Arien, de EacpedU. Alex.^ Iib. IV, cap. i; Quinte- Carce, Iib. VII, cap. vu nuni. 2; pour se convaincre ipie le poète parle des Alàeiis, comine d'une nation particulière... • P. P. '
fisent aux peuples. Malheureux I Pourquoi font-ils la guerre 1 » On peut ajouter à cela ce que dit Plutarque dans les Ck)ntradictions des Stoïciens : a 11 n'y a point de guerre entre les hommes qui ne vienne de quelque principe vicieux. (*) L'une est allumée par le désir effréné
n Quel mal y aurait-il à confirmer, par beaucoup d'autres excellents passages empruntés aux auteurs anciens, et par des citations non moins expressives, celte pensée si vraie, mais que les hommes méditent peu ? Dans Diogène Laërte, le philosophe Athénée s'écrie : « 0 malheureux 1 vous prenez bien de la peine pour de mauvaises choses 1 Une avidité insatiable vous précipite au milieu des luttes et des guerres. » Fabianus Papirius, dans les controverses de Sénèque le père, s'exprime ainsi : c Voici que des armées sont rangées en bataille, où souvent des concitoyens et des parents vont se battre ensemble. Les collines sont de toutes |iarts couvertes de cavaliers ; tout le pays est jonché de cadavres ou de gens qui les dépouillent. On demandera quelle est la cause qui porte l'homme i celte fureur criminelle contre l'homme? Les bêtes sauvages même ne se font pas la guerre entre elles ; et quand cela serait, cela ne conviendrait pas à l'homme, cet animal paisible qui se rapproche tant de la divinité! Pourquoi vous laisser emporter par une si grande colère, puisque vous êtes de la même souche et que vous avez le même sang? Quelle furie vous pousse à verser mutuellement votre sang? Par quel hasard, quelle fatalité, un si funeste fléau s'est-il introduit parmi le genre humain? Est-ce pour surcharger les festins de courHis, et pour faire briller d'or les ddmes, que le parricide est tellement devenu en vogue? Il doit y avoir certes quelque chose de grand et de beau, qui fasse qu'on aime mieux à ce prix admirer une table somptueuse et de riches lambris, que de voir, en conservant son innocence, la lumière du soleil. Faut-il souhaiter de rendre esclave l'univers, pour être en état de ne rien refuser à son ventre et à ses passions? A quoi bon rechercher ces richesses pernicieuses, si ce n'est pas même pour les laisser à ses enfants 1 » « L'amour de l'argent, dit Phi- Ion {De Decalogo) ou des femmes, ou de la gloire, ou de toute antre chose qui produise du plaisir, n'a-t-il été la cause que de maux de peu d'importance et vulgaires? N'est ce pas ce ([ui divise les parents, et ce qui change en une haine irréconciliable Tuffectlun natuiellc qu'ils avaient les uns pour les autres ? N'est-ce pas ce qui fait ({ue des |)ays vastes et peuplés sont dévastes par des dissensions intestines? N'est-ce pas ce qui remplit la terre et la mer de catastrophes sans cô«se renouvelées, au moyen de batailles terrestres et navales ? car les guerres des Grecs et des barbares, soit entre eux, soit de ces peuples contre eux-mêmes, ces guerres qui ont été chantées pui- le.s tragiques, sont toutes venues d'une seule source :
UVR£ 1, CHAPITRE II. 159
des plaisirs, l'autre par l'avarice, l'autre par la trop grande passion des honneurs ou du commandement. » Justin, après avoir loué les mœurs des Scythes, s'écrie :• « Plût à Dieu que les autres mortels imitassent leur modération et leur respect pour le bien d'autrui 1 On ne verrait pas, sans doute, dans tous les siècles et sur tout l'univers, se
de la passion des richesses, de la gloire ou des plaisirs.» «Nous faisons un tel usage de cette terre domptée, dit Pline(Ats(. nat., lib. II, cap. lxiii), que tous les résultats de cette opulence nous conduisent aux crimes, aux meurtres et aux combats; nous l'arrosons de notre sang, et nous la cou- TTons de nos ossements sans sépulture » (a). Diogène, au rapport de JérAme {Adversûs Jovinianum, lib. II) disait que « les tyrans et que les destructeurs de tilles {b), que les guerres publiques et civiles n'étaient point suscités par le besoin de trouver de quoi vivre simplement avec des légumes et des fruits, mais par l'appât des viandes et des festins, m CbrysoitAme (/ ad Corinth., xiii, 3) remarque que « si les hommes s'aimaient mutuellement, personne ne ferait d'injure à autrui, on rejetterait au loin les meurtres, les combats, les guerres, les séditions, les vols accompagnés de violence, les fraudes et tous les fléaux. » Le même au cur {Àd yàtrem fidelis), parlant des riches, s'écrie : « N*est-ce pas d'eux que viennent les séditions, les guerres, les batailles, le sac des villes, le rapt, l'esclavage, la captivité, les meurtres et les innombrables fléaux de la vie? s a Si cela était connu (c), dit Claudien. nous jouirions d'un genre de vie simple, le clairon ne retentirait pas, le javelot aigu ne fendrait pas l'air, le vent ne frapperait pas la poupe des vaisseaux, et les machines ne battraient pas les murailles. » « Les esprits des hommes, dit Agathias mistor. I), portés eux-mêmes aux passions excessives et à l'injustice, remplissent le monde de guerres et de désordres. » Je terminerai ces nombreuses et excellentes citations par un mot de Polybe : a « Un esprit qui se contente de ce qui est nécessaire à la vie, n'a pas besoin d'un titre maitre pour marcher à la sagesse. » Grotius.
(e) Ce passage de Pline n'est pas rapporté tout à fait exactement par Gr6tii:s. ■ Plaealiore tamen Dca. . . etc. . . m dit l'auteur latin; i PlaccUiore tamen eâ Urrâ. . . etc., ■ dit Grotics. Le passage de Pline se trouve au livre II, cLap. uni, et Grotics l'avait rapporté au livre II, chap. m. P. P. F.
|6) L'édition de Gronovius porte : svbversores ; celle de Barbeyrac : tubuerihmei. P. P. K.
(fi) m Si cela était connu;. . . • ces mots se rapportent aux deux vers qui précèdent dans lu poème : « On vit mieux de peu; la nature a donné à tout le WMide le moyen d'étro heureux ; il ne s'agit que de savoir en faire usap;c.. . . •
160 LE DROIT i)£ LA GUëRR£ ëT D£ LA PAIX.
succéder tant de guerres ; ni le fer et les armes enlever plus d'hommes que ne le fait la condition naturelle des destins. » On trouve dans Cicéron, au chapitre i*' de son traité De Finibus : « Les haines, les différends, les discordes, les séditions, les guerres naissent des passions. » « Tout est maintenant plein de guerres, dit Maxime de Tyr. Les passions circulent de tous côtés, et elles aiguisent à travers le monde la convoitise des choses d'autrui. » a C'est le corps, dit Jamblique, et les passions du corps qui enfantent les guerres, les combats, les séditions. Car les guerres ont pour cause efficiente la possession des choses profitables. »
17. Quant à ce qui a été dit à Pierre : a Celui qui frappe de Tépée périra par Tépée; » cette parole n'ayant pas trait à la guerre considérée en général, mais regardant proprement la guerre privée, — car le Christ luimême explique pourquoi il a empêché qu'on ne \int à son secours, ou pourquoi il a négligé de se défendre, en disant que son royaume n'était pas de ce monde (Jean. xvni, 36) — il en sera parlé plus à propos en son lieu.
IX. — 1 . Toutes les fois qu'il est question d'interpréter un écrit, l'usage reçu depuis, et l'autorité des personnes éclairées, sont habituellement d'un grand poids. C'est une règle à laquelle il faut se conformer, lors même qu'il s'agit du sens des Écritures sacrées. Il n'est pas probable, en efl'et, que les églises établies par les apôtres se soient, ou subitement, ou toutes écartées des maximes qu'ils leur avaient exphciuées par écrit en peu de mots, plus au long (le vive voix, ou dont ils avaient même introduit la praticjue. Or, ceux qui condanment les guerres ont coutume de citer certaines paroles des anciens chrétiens, sur lesquelles j'ai trois choses à dire.
2. Je remanjue d'abord que tout ce qu'on peut conclure de ces passages, c'est iiu'ils exprimaient l'opinion privée de quelques particuliers, et non le sentiment pu-
bl'w. des églises. Ajoutez à cela que les auteurs de qui émanent ces autorités, sont au nombre de ceux qui se |ilaisent à suivre un chemin différent de celui des autres, et ù donner un enseignement plus pompeux : tels sont Origène et TertuUien, qui ne sont pas assez d'accord avec eux-mêmes. Origène, en effet, dit que les abeilles ont été <lonnées par Dieu conmie modèles, pour qu'il n'y ait entre les hommes (jue des gueiTes justes et régulières, dans les cas où hi nécessité Tordonne. Quant à Tertullien, qui. dans un autre endroit, parait moins approuver les |)eines capitales, il a déclaré que « personne ne nie l'avantage des punitions infligées aux criminels » f). Il hésite sur la ({uestion du sen ice militaire ; car, dans son livide sur l'idolâtrie : « On demande, dit-il, si les fidèles peuvent être dirigés vers la carrière deî» armes, et si les gens de guerre peuvent être admis à la foi. » Pour lui, il semble pencher dans cet endroit vers roi)inion contraire à l'art militaire. Mais dans le livre sur /// Couronne du Soldat, après avoir fonnulé (juelques réflexions contre le service des armes, il distingue aussitôt entre ceux qui avaient pris du service avant le baptême, et ceux (|ui s'enrôlent après avoir été baptisés. « En effet, dit-il, la condition de ceux qui reçoivent la foi pendant (]u'ils sont en^j^agés dans la milice, est toute (hflérente de celle des uutres, car ils sont connue ceux que Jean admettait au baptême ; ils ressemblent à ces centurions fidèles dont Jésus-Christ loue l'un, et Pierre catéchise l'autre;
• (*) c Qui ne prérérera, dit le même Tertullien ide Anima) la justice du siècle ; justice qui, selon TaiHJtre, n'est pas en vain ceinte du glaive, et <|ui est sainte, en sévissant dans l'intérêt de l'homme? » Voici encore comment il parle au proconsul Scapuia : « Nous ne pensons pas à l'efTraycr, nous qui ne te craignons pas. Mais je voudrais sauver tout le monde, en exhortant à ne i>as combattre contre Dieu. Tu peux remplir les devoirs de U charge, sans oublier rhumanité, ne fût-ce que parce quo vous ères vous aussi sous le glaive. » Gkutius.
pourvu toutefois qu'après avoir reçu la foi (*) et s'y être confirmés, ils quittent aussitôt le métier de la ^enre, comme quel(iues-uns Tont fait, ou qu'ils prennent garde de toute manière de ne commettre aucune action qui olfense Dieu *. » Il a donc reconnu que ces individus ont continué la profession des armes après leur baptême, ce que, certes, ils n'auraient pas dutout fait s'ils avaient compris que le service militaire était interdit parle Christ. Ils n'auraient pas été plus que les aruspices, les magiciens et tous autres faiseurs de métiers défendus (**), autorisés à demeurer dans leur profession après avoir reçu
(') La distinction qu'il fait à propos du service militaire, il rapplique ailleurs au mariage, soit dans le traité de la monogamie, soit dans son exhortation à la chasteté. Grotius.
< Voici le texte : « Plané, inquit, si quos militia prœveotos fldes poiterior invenit, alia conditio est, ut illorum quos Joannes admitlebat ad lavucrum ; ut centurionum /idelissimorum, quem Christus probat, et quem Petrus catechizat : dùm tamen susceptâ flde atque signatà, aut descrendum statim sir, ut mullis actum, aut omnibus modis caTillandum '(cela signifie cavendum).., o Mais Gronovius croit avec raison qu'il faut lire cavilandum, parce que ce Père (Tertullien) qui se sert souvent du mot cavillari, ne l'emploie ailleurs que pour tromper^ diicaner. Il Tant encore dans ce passage mettre cenlurionem fideUssimum, au lien de centurionum fidelissimorum^ comme l'a remarqué M. Le Clerc, dans son Histoire ecclésiastique des deux premiers siècles, p. 751
(Barbetrac.)
('*) Tertullien (De Idôlatrid) dit a qu'on ne reçoit pas dans l'Église ceux qui exercent des professions condamnées par les lois divines (a). » Suivant Augustin {I). fide et operibus), a les courtisanes et les histrions, et tous gens faisant profession de honte publique, ne peuvent approcher des sacrements de Jésus-Christ, (|u'à la condition d'avoir rompu et brisé de semblables liens [h). » On en voit un exemple au sujet d'un comédien dans Cyprien (Épist. lxi) ; à propos de gladiateurs, d'entremetteurs, d'individus faisant trafic de victimes, dans Tertullien (c) ; à pro|)Os d'un cocher du cirque, dans Augustin. Grotius.
(0) C'est au ebap. v. De idolâlriâ. Les paroles ne sont pas précisément conçues <ie cette manière, quoitpie le sons s'y trouve. (Barbeyrac). (6) Cap, xvni(D.).
(c) De idolâtriâ, aip. \\ (B.).
le baptême. Voulant, dans le même livre, louer un soldat qui était chrétien, Tertullien s*écrie : « 0 soldat glorieux devant Dieu 1 »
3. Ma seconde observation consiste à dire que souvent les chrétiens ont désapprouvé ou évité la profession des armes, à cause des circonstances des temps, qui permettaient à peine d'exercer Tart de la guerre sans se rendre coupable de certains actes en opposition avec la loi chrétienne. Nous voyons dans les lettres de Dolabella aux Épliésiens, conservées par Josèphe, que les Juifs avaient demandé d'être exemptés des expéditions militaires, parce que, mêlés avec les étrangers, ils ne pouvaient point assez obsener les rites de leur loi, et parce qu'ils étaient forcés de prendre les armes et de faire de longues étapes les jours du sabbat. Le même Josèphe nous apprend que les Juifs obtinrent de Lentulus leur congé pour les mêmes raisons. Il raconte ailleurs que lorsque les Juifs eurent reçu l'ordre de sortir de Rome, quelcjnes-uns d'entre eux furent enrôlés, et qu'on en punit d'autres parce qu'ils avaient refusé de servir par respect pour les lois de leur patrie, c'est-à-dire pour les motifs que nous avons indiqués. Une troisième raisoa venait parfois s'ajouter aux deux premières : c'est qu'ils avaient à combattre contre leurs nationaux; or, c'était un crime à leurs yeux de prendre les arme^ contre les membres de leur nation, aloi^s surtout que leurs compatriotes étaient en danger pour vouloir obser>er la loi de leur patrie. Mais toutes les fois que les Juifs pouvaient éviter ces inconvénients, ils prenaient du senice même sous les rois étrangers, « persistant toutefois dans les mœurs de leur pays ^ et vivant selon leurs statuts (*) » : ce qu'ils avaient la coutume de stipuler avant toute chose, ainsi que Josèphe le témoigne. Les
(*) Ce sont les termes de Josèphe, Histor. antiq,, Vib. XI (a). Grotius. (o) Cap. VU, (B.).
i64 LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.
dangers auxquels étaient exposés les Juifs ressemblaient beaucoup à ceux aux(iuels Tertullien lait allusion dans les reproches (ju'il adresse aux gens de guerre de son temps. Dans le livre sur Vldoldlrie, par exemple : « Le serinent fait à Dieu, dit-il, et celui fait aux hommes, rétendard du Christ et celui du diable, ne s'accordent pas ensemble. » On faisait, en etict, jurer les soldats par les dieux des nations, par Jupiter, par Mars et par d'autres divinités. Tertullien s'écrie, dans le livre sur la Couronne du Soldai : « Kt (juoi ? Il veillera devant les temples auxquels il a renoncé ? Il soupera dans le lieu qui ne convient pas à Tapotre ? Il défendra pendant les nuits les mêmes démons que dans le jour il a chassés ])ar ses exorcismes ? » Un moment après Terjullien ajoute^: « Combien d'autres devoirs attachés aux fonctions militaires doivent être tenus pour une infraction * 1 »
4. La troisième remaniueque nous faisons, estqucles chrétiens des premiers temps ont été embrasés d'une si grande ardeur pour la pratique des choses les plus parfaites, que souvent ils ont pris des conseils divins ])our des règles rigoureuses. « Les chrétiens, dit Athénagoras, ne plaident pas contre ceux qui leur ravissent leur bien. » Salvianus prétend que c'est un commandement de Jésus-Christ de renoncer aux choses qu'on nous conteste, pourvu que par ce moyen nous nous délivri^ns des procès. Mais cette maxime prise ainsi d'une manière générale f), est précisément du domaine du conseil, en vue
* « Quanta aliaindelictis circumspicipossuntcastrensiwnmunium, transgressioni interpretanda, » dit le texte de Grotils. Barbeyrac fait remarquer que c'est a m debitis » qu'il Taut lire, selon la correction de Gronovius. « Cpxtrensium munium débita suntf ajoute Gronovius, quâB Livius vocat militaria justa, » lib. XXIV, 48. P. P. F.
(*) Le quatrième Concile de Carthage défend aux évéques de plaider pour des intérêts tempor('4s, quand même on les attaquerait en justice. Joi^ez-y Ambroibe, lib. II, De offic.^ cap xxi, et Grégoire le (iMndt lib. II, l.\D. Xi, Fllpisl. Kviii. Grotil'!».
(l'un genre de vie plus voisin de la perfection, et n'est point un précepte. Il en est de même du serment, dont plasieui*s anciens condanment absolument l'usage, sans aucune exception, tandis que Paul a cependant juré dans des conjonctures graves. Un clirétien, dansTatien, dit : «Je refuse la préture. » Dans Tertullien, un chrétien n'ambitionne pas Tédilité. Lactance dit qu'un homme juste, tel qu'il entend que soit un chrétien, ne doit point faire la guerre; mais il lui défend en même temps, et de la même manière, les voyages sur mer. Combien y en a-t-il parmi les anciens, qui détournent les chrétiens des seconds mariages? Toutes ces choses sont louables, excellentes, particulièrement agréables à Dieu; mais, conséquemment, elles ne sont exigées de nous par la nécessité d'aucune loi. Ces remarques suffiront pour résoudre les objections qui nous sont faites.
X. — 1. Maintenant, pour conlirmer notre opinion, nous dirons d'abord que nous ne manquons point d'auteurs, et même d'auteurs plus anciens, qui sont de ce sentiment queles supplices de mort, et que le droit de guerre, dont la légitimité dépend delà justification des peines capitales, peuvent être licites pour les chrétiens. Clément d'Alexandrie, en effet, dit que le chrétien, s'il est appelé au i)ouvoir, comme Moïse, doit être pour les sujets une loi vivante, et que son devoir est de récompenser les bons et de punir les méchants. Décrivant ailleurs quel doit être l'extérieur d'un chrétien, il dit qu'il sied à ce dernier de marcher nu-pieds, à moins toutefois qu'il ne soit homme de guerre. Nous lisons dans les constitutions qui portent le nom de Clément, romain (*) (Liv. VII, f!li. m), cpie « toute sorte d'homicide n'est point défendue, mais (|u'il n'y a d'interdit (jue le meurtre d'un innocent; en sorte cependant que l'homicide même qui est juste, n'est réser\é qu'aux seuls magistrats. »
n Ce livre parait avoir été écrit sur la (in du second siècle. Grotius.
166 I.E DROIT DE LA GUERRE ET DE Li FAIX.
'i. Mais laissons de côté les opinions de simples partiruliers, et venons à l'autorité publique de l'Église, qui doit être d'un très-^and poids. Je dis donc qu'on n'a janiais repoussé du baptême, ou séparé de la communion de l'Église, ceux (|ui portaient les armes; ce qui, cependant, aurait dû être fait, et l'aurait été, si l'état militaire avait été incompatible avec les conditions de la nouvelle alliance. Dans les constitutions dont nous avons parlé tout à l'heure (liv. VIII, ch. xxxn:, le même auteur traitant de ceux qu'on admettait anciennement au baptême, ou qui en étaient exclus, dit a qu'on doit enseigner au soldat qui demande le baptême, à s'abstenir d'injustices et de vexations, et à se contenter de sa solde. Que s'il obéit à ces instructions, il faut l'admettre à être baptisé. » Tertullien, dans son Apologétique -cb. xui), dit en parlant au nom des chrétiens : a Nous voyageons sur mer, nous servons à la guerre avec vous. » Il avait dit un peu auparavant (ch. xxvin) : u Nous sommes des étrangers, et nous remplissons tout votre empire, vos villes, vos îles, vos places fortes, vos municipes, vos villages, vos camps eux-mêmes. » Dans le même ouvrage il avait raconté que l'empereur Marc-Aurèle avait obtenu de la pluie, grâce aux prières des soldats chrétiens (*). Il déclare, dans son traité de La Couronne^ que le sohlat qui l'avait rejetée avait témoigné un courage supérieur à celui de ses autres frères ; et il montre qu'il y avait beaucoup de chrétiens senant avec lui dans l'armée.
3. Il faut ajouter que plusieurs soldats qui avaient subi des tortures et la mort pour le Christ, ont reçu de l'Église les mêmes honneurs que les autres martyre; tels sont les trois compagnons de Paul (**), Gérialis sous
(*) Voyez aussi Xiphilin, à propos de cette histoire. Grotius. (**) Ajoutez à ceux-là un soldat qui avait été baptisé par Gorneilie, et dont Adon fait mention Grotius.
reiii]>ereur Dèce, Marinus sous Valérien, cinquante autres sous Aurélien, Victor, Maurus et Valentin, chei'des soldats sous Maxiniien, vers la même époque le centurion Marcellus, Sévérien sous Licinius. Cyprion dit de Laurentin et d'Ignace, africains tous deux : « Ils ont autrefois servi dans les armées de ce monde, mais ce sont de vrais soldats de Dieu, des membres de la milice spirituelle. Ils ont terrassé le démon par la confession dix nom de Jésus-Gln*ist, et mérité par leur martyre les palmes et les couronnes éclatantes du Seigneur, w On peut voir par là quel était le sentiment du commun des chrétiens sur la profession des armes, même avant que les empereurs fussent chrétiens.
4. Si, dans ces temps-là, les chrétiens ne prirent pas Volontiers part aux procès criminels ' , cela ne doit pas paraître étonnant, puisque la plupart du temps il s'agis- Siiit de juger d'autres chrétiens. Ajoutez à cela que même en toutes autres matières les lois romaines étaient plus sévères que la douceur chrétienne ne le comportait; ce €jui ressort suflisamment de l'exemple seul du sénatusoonsulte Silanien (*). Mais après que Constantin eut com-
* n y a ici, dit Barbeyrnc, dans toutes les éditions, « aux supplices mort, capitaîibus suppliciis » ; mais ce qui suit montre clairement f\ae Tauteur a voulu dire : a capilalibus judiciis. » Il s'a^Mt d'exercer l'office déjuge, et non pas d'être simple spectateur du supplice d'un criminel condamné à mort. — Barbeyrac cite à ce sujet un passage de TertuUien, auquel Grotius fait apparemment allusion : « Kt an militia ad fidem admitti, etiàm caligata, rel inferior quœque, oui non sit nécessitas immolationum vel capitalium judiciorum [De Idolâtr cap. xix).
[* ) l/empereur Adrien adoucit la sévérité de ce sénatns-consulte «•omme on le voit dans Sparlien.On peut ajouter aux lois trop sévères des Humains, celles qui défendaient de recevoir le témoignage d'un esclave, à moins qu'il ue lui fût arraché dans la torture (a). Grotius.
(or Code, liv. VI, lit. I, De servis fugitivis, 1. 4 (B.).
♦•> ".K PR01T DE lA i;rERnE ET DE I.A PAIX.
luoiue a aiivplor ot à faire progresser la reli^âon chrétiomu', ruxuo lies peines Ocipitales ne fut point aboli iHHir cela. Bien plus, ('.onstuntin lui-même fit, entre auiiv^ dis^H^sitions leiïislalivos, une loi qui preserivait de ovnivlri' les jKirrieiiles ilans un sac de <'uir, et qui se trouve dans le Code, au titre sur les individus qui ont mis à mon leuis père et mère, nu leurs enfants*. Cet empertnir ee|HMKlant était «Fail leurs d'une si extr^^nie douceur dans l'appliiation îles peines, tpie plusieurs historiens lui or'. \\v-\ le it'i'r.uhe de In^p irinduljïence 1'). Il eut aussi d.ir.s >v»îi armée un i^rand ntmibre de chrétiens, comniu riiiNioiîv n.His l'apprend, et il inscrivit le nom du Christ Mir U' .: : •• • . i'.Vst encore depuis ce tenips-là cpie le scnuent militaire a ete niodilié de la niainère suivante, rappi»rîec par Vciicce : *« Par Dieu, Jésus-Christ et TEspri! sanit. par la majesté de renipereur, qui, ainvs Dieu, don être pour le ^enre humain un ohjet d*ainour et de respect."
."». De tant d't^xètpies tpi'il y avait al<u*s, parmi lesquels plusieurs axaient soulVert de très-cruelles persécutions ptuir la reli^non, ou ne lit jms qu'il y on ait eu un sevd qui ait detmn'né soit Cimstanthi «rintlij^er toute
• Co\^ï, \\\. i\. m. WIl. Pc h ig qui parentes rcllihcros occidenint., l. :..»iii-. — Voir .mssi : 1>>mt.. lih. IV, m. XVIN, De publicis Judiciis, ;î i> . I\i i i, Stulf-nt., lib. \\ til. \X1V [Manuale juris xynoptic, p. Ij4.'> )
(*) u 11 so montrait clément, dit Zonaras» pour ceux qui avaient alun- (ionni* la man\ ai.se vie, pan-e que, disait-il, il iau( couper un membre malade et pourri, <le peur qu'il n'infecte les membres >;iiris, mais non pas nn membre jiuéri ou (pii commence à guérir (a). » Voyez aus>i Kusèbe (M. (V)mme bs chrétiens se plaignaient du la trop ;:rande doureur i\v <à)iislantin, les Danois en faisaient autant de celle de leur roi Haraubl, ainsi qu'on peut le trouver dans Saxon l'iiistoricn (c). (îrotiis.
Ui) VIo de CnuiiUmtln, in fine (B.).
C6) Vie dr CoiiRlantin, liv. IV, rh. XXM (B.;.
(r) Saxon, le grammfiin'fn, liislniiv du Nord, hv, XI :'».;.
espèce de peine capitale et de faire la guerre, soit les clirétiens de prendre du service dans les armées, en leur inspirant la crainte de la colère divine; quoique cependant plusieurs fussent les gardiens les plus vigilants de la discipline, et qu'ils ne dissimulassent rien de tout ce rpii concernait le devoir tant des empereurs que des autres. Tel fut, du t^mps de Théodose, Arnbroise, qui s'exprime ainsi dans son discours (vu) : « Ce n'est point une faute de porter les armes, mais c'en est une de le faire en vue du butin; » et (jui dit dans son traité des offices (liv. I, ch. xxvii) : « le courage qui protège à la guerre la patrie contre les barbares, (|ui défend à l'intérieur les faibles, ou qui préserve ceux auxquels on s'est associé de ratta(|ue des bandits, ce courage est plein de justice. » Cet argument me paraît si solide, que je n'en demanderai pas davantage.
6. Je n'ignore cependant pas que souvent les évéques (*) et le peuple chrétien ont, en intercédant par des prières, éloigné l'application de châtiments, et surtout empêché d'intliger la pehie capitale; je sais que la coutume avait été introduite que ceux qui s'étaient réfugiés dans une église (**) ne fussent liM'és que sur la promesse donnée de leur laisser la vie sauve; et qu'aux environs de Pâques (***) on renvoyait des prisons ceux qu'y ret^înaient leurs crimes. Mais celui qui examinera avec soin toutes ces choses, et d'autres semblables s'il s'en trouve,
(*) Augustin dit que c c'est le devoir d'un prêtre d'intercéder pour les accusés. » Il y a dans ses lettres beaucoup d'exemples de c^tte bonté.
Grotius.
r*) Voyez Chrysostômc (xvi, De statuû) ; le Concile d'Orléans, cap. m; fa Loi des Wisigottu, lib. VI, tit. V, ^ IG; lib. IX, lit. II, cap. m. Grotius.
(***) Loi : IS'emo, Code, De Episc, audientiâ (a). Grotius.
[a) Liv. 1, til. IV, l. 3. Cela n'avait pourtant liuu ipi'à l'égurd do certains «rimeff, coDjme il parait par le ri>sie de la lui (B.)*
170 LE DROIT DE LA GtJERRE ET DE LA PAIX.
verra que ce sont, à la vérité, des marques de la bonté ch retienne, ardente à embrasser toutes les occasions (l'exercer la clémence ; mais nullement les indices d'un dessein arrêté de condanmer tous les jugements prononçant la peine de mort. Aussi voyons-nous que ces grâces et que ces intercessions elles-mêmes, étaient modifiées par certaines exceptions, selon les circonstances des lieux et des temps {*).
7. Quelques-uns nous objectent le douzième canon du concile de Nicée, ainsi conçu d'après la traduction latine : « Que tous ceux qui ont été appelés par la grâce {**), et qui, après avoir montré leur ardeur et leur foi, et déposé la ceinture du soldat, sont ensuite retournés comme les chiens à leur vomissement, en sorte ({ue quelquesuns même ont donné de l'argent et fait des présents pour rentrer dans la milice : que ceux-là soient prosternés pendant dix ans, après être restés trois ans au nombre des écoutants. Mais il faut remaniuer à leur égard 'dans quels sentiments ils sont, et de quelle manière ils font pénitence. Ceux, eu elfet, qui par leur crainte, leurs larmes, leur résignation, leurs bonnes œu\Tes témoignent une conversion exempte d'hypocrisie, ceux-là, après avoir accompli le temps prescrit de leur audition, seront admis à la participation des prières, et il sera permis ensuite à l'évêque d'en user plus humainement envers eux. Quant à ceux qui ont subi leur punition avec indifiTé-
(*) Voyez ces exceptions dans Cassiodore, xi, 40; voyez aussi les Décrétales, de immunitate Ecclesiasticd (a). Grotuis.
(**) Siméon le Maître résume ainsi ce canon : a Que ceux qui ayant d'abord paru avoir résisté à la violence, ont succombé à rimpiété, et ont repris du service dans les armées, soient exclus iK)ur dix ans de la cummunion. » C'est aussi de la même manière que le sens de ce caoon est exprimé par Balsamon, Zonaras et Rufln (lib. X, cap. vi.).
Grotios.
{^^) Dëcr£tales, de immunit. eccUxiarum, lib. III, tit.XLlX,cap. vt (B.).
rence, et qiii ont pcîiisé que le Tait seul dVîntrer dans une église leur sunisiiit pcmr leur constituer une conversion, qu'ils aelièvent eompléteinent tout le temps déterminé. » Le ternie mt^inc de treize annét»s indi(|ue sutllsaininent qu'il ne s'<i$;it point <rune faute légère ou douteuse, mais de quelque crime grave et avéré.
8. Or, il est indubitablement question ici de ridolàtrie (*j, car la mention faite des temps de Licinius dans le canon XI (pii avait précédé, doit être censée tacitement reproduite dans le canon (|ui nous oc(^upe; coinnu*. il arrive souvent (pu-! le sens des canons suivants déiK^nd de ceux qui le précèdent. Voyez par exemple le Xr canon du concile (VEliberis, Licinius donc, — ce sont les termes d*EusèlH?! — « dégradait de la milice les sohiats qui ne voulaient point sacriller aux dieux (**). » Son exemple fut imité dans la suite par Julien, et c'est la raison |Kmr laquelle on lit que Victricius, ainsi que d'autres, n'ïpudièrent |)our le Christ les insignes de leur pn>fession militaire. Lii même chose autrefois, sous DiochW tien^ avait été faite en Arménie par onze cent quatre soldats, dont il est mention dans les martyrologes, et en Egypte par Meiina et Ilésychius. Ainsi <lonc, du temps de Licinius. plusieurs renoncèrent au service des armes,
(*) Ce crime majeur) est ap(>elé « la grande inculpation du siècle » pur Terluljien {De idolatriâ, cap. i). Cyprien le qualitli* de « crime tièsgrave ■, et l'apiielle « le dernier de^ crimes n (Kpist. xii) {a).
Ghotii:s.
("] « Liciniuh, dit Snlpice S<>vère, se disposant à disputer l'empire à Constantin, avait ordonné à se> soMats de «acritier aux dieux. 11. rejetait de la milice ci-ux qui s'y rerusitirnl. » (^\st pour ce motif ipie Valenlinien, qui devin! em;icrenr dans la suite, quitta le service militaire! sous Julien II y a quelque chose de semblable dans ce qui; ntconte Victor d'Uliqne» au rap|)ort duquel, snus W roi Huneric, plusieurs av:iieiit quitté le service, parce que la profession militaire les liait à rariani>me.
GKOTlUb.
(a) XV, êdiu FoU (B.;.
172 LE PROIT DE IjV fiUEllRE ET DE LA PAIX.
au nombre (lesquels lut Arsace, cité parmi les confesstîurs, et Auxenre (jui devint depuis évêque de Mopsueste. C'est pourquoi, sous Licinius, ceux qui tourmentés par leur conscience avaient déposé la ceinture militaire, ne pouvaient plus revenir à la profession des armes qu'en abjurant la foi chrétienne; et comme cette abjuration était d'autant plus criminelle, que ceux qui la faisaient avaient témoigné par leur abdication précédente une plus grande connaissance de la loi de Dieu, ces apostats étaient punis plus sévèrement par l'Église que ceux dont il est parlé dans le canon précédent, lesqu(ds avaient renoncé au christianisme sans y être contraintes ])ar le danger de perdre leur vie ou leur fortune. Il est tout à fait hors de raison d'expliquer le canon que nous avons cité, comme s'il condamnait généralement tout usage des armes. L'histoire atteste, en effet, d'une manii^re évidente, que Constantin avait donné le choix à ceux qui avaient quitté le service militaire sous Licinius, et qui n'y étaient point rentrés sous son gouverne^ ment, de peur de violer la foi chrétienne, de s'exempter, s'ils voulaient, de la milice, ou d'y revenir : ce que plusieurs firent, à n'en pas douter.
0. On objecte aussi la lettre de Léon, qui porte que « retourner à une milice séculière après avoir fait pénitence, c'est commettn» un acte contraire aux règles ecclésiasti(|ues. » Mais il faut savoir qu'on exigeait <les j)énitents, non moins que des clercs et des religieux, un genre do vie non-seulement chrétien, mais encore d'une sainteté éminente, afin que, par leur exemple, ils ser\'isstMit autant à la correction qu'ils avaient servi au scandale (*). D(» même, dans les plus anciennes coutumes de
(*) Le pape Léon dit dans sa lettre XC à Rusticus, que « pour obtenir le pa/don des fautes qu'un a commises, il faut s'abstenir de plugieurt» choses permises. » Nous lisons dans it^s lettres des ôvêfiiies au roi
l 'Église, — qu'on appelait communément « Canons aposlo- £iques^ » pour les recommander davantage par une plus ^JUj4[uste désignation, — il est formulé au canon LXXXII, « ({u'aucun évèque, prêtre ou diacre ne lasse métier des srmes et ne cumule une charge romaine avec une fonction ecclésiastique, car il faut rendre à César ce (jui est à <^sar, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il est démontré par ce détail même, (jue le service militaire n'avait point été intei*dit aux chrétiens (jui n'aspiraient point à riiomieur de la cléricature.
10. Bien plus, il était même défendu d'admettre dans le clergé, ceux qui, après le baptême, avaient exercé des magistratures, ou des charges dans l'armée (*), comme on peut le voir dans les lettres de Syrice et d'Innocent, et dans les actes du concile de Tolède. C'est (jue l'on choisissait les membres du clergé non pas dans la foule des chrétiens, mais parmi ceux qui avaient donné l'exemple de la vie la plus régulière. Ajoutez à cela (jue les devoirs du service militaire et de certaines magistratures n'exigeaient pas une application continuelle; mais que ceux qui s'étaient engagés dans le ministère sacré, ne devaient se laisser distraire par aucun autre soin (**), au-
t^uis (a) : a Od doit se priver d'autant de choses licites, qu'on se soutient d'en avoir commis d'illicites » ; et daus les Capitulaires de Charles ^e Cbauve : « Que chacun tâche d'acquérir d'autant plus de profit par ses tH>nDe« œuvres, qu'il s'est causé de plus graves dommages par ses fautes. 9 Grotios.
(*) Eusèbe {Demonstr., lib. I) dit que la vie des chrétiens est de deux
Portes, Tune parfaite, l'autre inférieure à la perfection. Il ajoute que
c«ux qui mènent la dernière doivent, entre autres choses, a r('{n*ésenter
leur devoir à ceux qui servent dans une guerre juste (6). Grotius.
(**) Voyez le canon du concile de Mayence [Grai. iii. ne clerici vel
*nachi) (c). Grotius.
(a) Roi do Germanie (B.).
(6) Cap. viii, Démonstration èvangélique (B.).
'S) Décrétales, lib. Ill, Uu I, cap. i (B.).
cune autre occupation journalière. C'est pour cette raison que le sixième canon établit qu'aucun évéque, prêtre ou diacre ne doit mettre la main à des affaires séculières (*), et que le quatre-vingtième leur défend de s'ingérer dans les charges publiques. Le sixième canon de l'Église d'Afrique ^ veut qu'ils n'assument pas la direction des affaires ou la défense des causes d'autnii. Cv-
prien estime que c'est une impiété de les nommer tuteurs n.
1 1 . Mais nous avons pour appuyer notre opinion un jugement formel de l'Église, dans le premier concile d'Arles, tenu sous Constantin. Voici comment s'exprime, en effet, le troisième, canon de ce concile : «En ce qui concerne ceux qui jettent leurs armes pendant la paix, il a plu de décider qu'ils s'abstiennent de la communion.» Cela s'appli(|ue à ceux qui abandonnent le ser^ vice militaire en dehors du temps de la persécuton; car c'est ce que les chrétiens voulaient désigner par le mot (le a paix (***), » comme on le voit dans les écrits de Cy-
{*) Voyez la lettre de Jérôme à Népotien. Grotius.
* Le canon (les coDciles d'Afrique, cité par Grotius, n^est pas le Ti% mais le xvi* comme Ziégler le remarque. (Barbetrac).
{**) Dans sa lettre Ad presbytères , diaconos et plebem Furnis cofuiftentem (a). Voir aussi la loi : gmeraliter^ au code de Justinien, De epii* copis et clericis (b). Grotius.
(***) « Imà quomodo eliàm in pace militabit? n dit Tertullien(I>f ido- Idtrid). (c) « Sostrœ paci quod est bellum, quàm persecutio ?m dit le môme {De fugd persecutionum) (rf). « Quando xpsa antè mater nottra Ecclesia pacem de misericordia Domini prior sumpserit, » écril Cyprien (Episl. x) {p). Quum Dominus cœperilipsiEcclesiœ pacem dore, écrit le même (Epist. xxii). « Ecclesix pacem sustinendam (id est expectandam) (Epist. xxxi) (/). » u Et quià traditam nobit ditciplinaim
{a) Lib. I, Epibt. IX; el dans réditiou de Jeaii Foll, Ep. 1 (B.). (6) Lib. I, lit. III, 1.52 (B.).
(c) Cap. XIX (B.).
(d) Cap. 111 (B,).
(«) Epist. XVl, éd. Fdl (B.).
{.r, EpisL XXX, cd. KHI(B.).
UYRB I, CHAPITRE II. 175
prieii et d'auti*es auteurs. On peut ajouter encore l'exemple des soldats de Julien, dont le progrès dans le christianisme était tel, qu'ils étaient prêts à rendre par leur mort témoignage à Jésus-Christ. Ambroise parle d'eux en ces termes : « L'empereur Julien, bien (jfu'apostat, eut cependant sous ses ordres des soldats chrétiens. Lorsqu'il leur disait : Marchez au combat pour la défense de la chose publique, ils lui obéissaient; mais lorsqu'il leur disait : Tournez les armes contre les chrétiens, alors ils recomiaissaient pour chef l'empereur du ciel ^ » Telle avait été, bien longtemps auparavant, la légion thébaine qui, sous Dioclétien, avait reçu la religion chrétienne des mahis de Zabda, trentième év(>que de Jérusalem, et qui, dans la suite, donna im exemple éteruellenicnt mémorable de constance et de patience, que nous rappelerons plus bas.
12. Qu'il suflisede rapporter ici les paroles de cette lé(pon, qui expriment avec une concision substantielle le devoir du soldat chrétien. « Nous otTrons contre n'importe
longa ertrruperat 9 (Id. De Lapsis). a Antonino Pio imperante, Ecelesiis fuit, n dit Sulpice-Sévère (a) ; et plus loin : « [nterjectis cCetfidè annis xxxviii, pax Christianit fuit n {b) ; et n l'époque de ConstjinCin : « Exindè tranquiUis rébus %mee perfruimur » {c) ; et au début de son histoire : a Vexationet populi Christiani, et mox pacit temt^ora. n {d), Grotics {e).
' Ce passage n*e$t pas de saint Ambroisie, quoi qu'il lui âoit attribué
«lans le droit canonique, Caus. xi, Quaest. \\\,c. xciv, où Ton a remarqué
<)u*il y en a un tout semblable de saint Augustin, sur le Psaume cxxiv,
«|aî est aussi rapporté dans le canon xcviii. Notre auteur lut-mému cite
aaîlieurs sous- le nom du dernier Père, quelque chose de semblable,
IW. II, cbap. XXVI, jH 3, num. 9, dans une note. (Barblyrac).
(a) Hût. sacr.f lib. II, cap. xxxii, num. I, cdit. Vurst (B.). (&) lhid.j num. a (B.).
(c) Cap. xxxm, num. 8 (B.).
H) Libk I, cap. i, num. 8 (B.).
Ce) Tuut riutérùt de ces lambeaux de phrases se trouvant dans le mot pax, iwu n'avons pas cm devoir les traduire. P. p. K.
quel ennemi, nos mains que nous considérons comme un crime de teindre du sang des innocents. Elles saveid combattre contre les impies elles ennemis; elles ne savent point déchirer les personnes pieuses et les concitoyens. Nous nous souvenons (|uc c'est pour la défense de nos concitoyens, plutôt (jue contre eux, (pie nous avons pris les armes. Nous avons combattu toujours pour la justice, pour la piété, pour le salut des iimocents : ce turent là, jusqu'à présent, les réfompensi^s de nos i)érils. Nous avons combattu i)our la foi ; et comment te la garderions-nous, — ces paroles s'adressent à l'empereur, — si nous ne la gardons pas à notre Dieu? » Basile parle ainsi des anciens clirétiens : « Nos ancêtres n'ont pas cru que les meurtres qui se commettent dans la guerre fussent des meurtres, car ils excusaient ceux qui combattent pour la vertu et la piété. »