LIVRE I, GHAFimE IT
obligation de ne pas résister (*]. Aussi est-il ajouté que le peuple opprimé par ces injustices implorerait le secours de Dieu, parce qu'il n'y aurait aucun secours humain à espérer. Gela s'appelle donc un droite de la même manière que l'on dit que le prêteur fait droite lors même qu'il rend une décision injuste (Dig., L jus pluribus..,; fit. dejustit. et juré) *.
IV. — 1 . Lorsque, dans la nouvelle alliance, le Christ présentée rendre à César ce qui est à César, il a donné à entendre aux disciples de sa loi qu'ils doivent aux puis- 'sances souveraines une obéissance non moins grande, sinon plus parfaite, et, s'il le faut, accompagnée d'autant de patience que celle à laquelle étaient obligés les Hébreux envers leurs rois. C'est ce qu'explique avec plus de développements son excellent interprète, l'apôtre Paul, qui, décrivant en détail les devoirs des sujets, dit entre autres choses : « Celui qui résiste aux puissances,
des boulangères. Il prendra aussi vos champs, vos vignes, et les terres où sont vos bons oliviers, et il les donnera à ses serviteurs. Il donnera ce que vous aurez semé et ce que vous aurez vendangé, et il le donnera à SCS eunuques et à ses serviteurs. Il prendra vos serviteurs et vos servantes, l'élite de vos jeunes gens et de vos ânes, et les emploiera à ses ouvrages. Il dimera vos troupeaux et vous serez ses esclaves » (I, Reg,, cap. viii, J 11 à 17). De Courtin etBarbeyrac font remarquer que la pensée de Samuel n*est point d'établir les droits du roi, mais seulement de représenter au peuple \çs malheurs auxquels il serait exposé par l*abus que les rois feraient de leur pouvoir et de leurs forces. P. P. F.
f ) Voici ce que Philon fait dire aux Juifs ; « Quand nous sommes nous rendus suspects de révolte ? Tout le monde ne nous a- t-il pas toujours regardé comme des amis de la paix? Nos habitudes ne sont-elles pas irréprochables, et ne tendent-elles pas à l'utilité et à la tranquillité publique ? » {In Flaecum), Grotius.
Grotius dit dans son texte : « qui emporte obligation de ne pas résister.. » Barbeyrac ajoute avec plus d'exactitude historique : « Ou plutôt ^impuissance physique de résister. » P. P. F*
* Il s'agit d'un acte qui, juste ou non^ a quelque effet de droit. « Hrxtor quoque jus reddere dicitur» etiam quum inique decemit » {Dig. de JustU. et jure, lib. I, tit. I, I. II). P. P. F.
résiste à une institution de Dieu (Rom. xin, 2); et ceux qui s'y opposent, attireront la condamnation sur euxmêmes. » Puis il ajoute : ce Le prince est le .ministre de Dieu, pour vous favoriser dans le bien, n Et plus loin : « Aussi est-il nécessaire de se soumettre, non-seulement par la crainte de sa colère, mais aussi par le devoir de la conscience, o L'apôtre comprend dans cette soumission Tobligation de ne pas résister, et non-seulement celle qui provient de la crainte d'un plus grand mal, mais encore celle qui découle du sentiment de notre devoir envers les hommes et envers Dieu. Il en domie deux raisons : la première, c'est que Dieu a approuvé cet arrangement qui remet aux uns le commandement, et soumet les autres à l'obéissance; il l'a approuvé autrefois dans la loi hébraïque, et maintenant dans l'Évangile. Aussi devons-nous considérer les puissances publiques comme si elles avaient été établies par Dieu lui-même. Nous nous approprions, en effet, les choses que nous appuyons de notre autorité. La seconde raison, c'est que cet arrangement est favorable à notre intérêt.
2. Mais, dira-t-on, il n'y a point d'utilité à subir des injures. A cela d'autres répondent d'une manière plus vraie, suivant moi, que conforme à la pensée de l'apôtre, que ces injures elles-mêmes nous sont utiles, parce qu'une telle patience ne manquera pas d'être récom{>eiisée. Il me semble que l'apôtre a eu en vue le but général que cet arrangement doit atteindre, et qui est la tranquillité publique (*) dans laquelle celle des particuliers se trouve comprise. Il est même hors de doute que, la plupart du temps, c'est la protection des puissances publiques qui nous procure cet avantage; car personne ne se veut du mal à soi-même, et le bonheur de celui qui gouverne
(*) ChrysostOme dit avec raison que le prince thivaille de concert arec ceux qui prêchent l'Éfangile... Il polit avec la lime, ce que tu eolères avec le rabot. Gkotios.
consiste dans la félicité de ses sujets, u Ayez à qui commander, » disait quelqu'un (*). C'est un proverbe chez les Hébreux, que a s'il n'y avait pas de puissance publique, on se dévorerait tout vif l'un l'autre. » La même pensée se trouve dans Ghrysostôme : a S'il n'y avait pas de magistrats dans les cités, nous vivrions une vie plus sauvage que celle des bêtes farouches, ne nous entre-mordant pas seulement, mais encore nous entre-dévorant réciproquement (**). »
3. Que si quelquefois les conducteurs de l'État se laissent détourner par une crainte excessive, par la colère ou par d'autres passions, de la droite voie qui mène à cette tranquillité, cela doit être regardé comme un cas exceptionnel que compensent, selon l'expression de Tacite, des faits meilleurs. Or, les lois ont assez à faire de pourvoir à ce qui se présente le plus souvent, comme disait Théophraste [Th y^P ^W- ^^ Legib, — L. III, in
fine, Dig. de pet. Iiered.^.) ; à quoi se rapporte cette parole de Gaton : a II n'y a pas de loi qui réponde complètement à tous les besoins; on ne demande qu'une seule chose, c'est que la loi soit utile à la majorité et en général » (TiT.-Liv., lib. XXXIV). Quant aux choses qui arrivent ra-
(*) Cette parole fot dite à Sylla, d'après Plutarque, Florus et d'autres aatenrs, auxquels Augustin l'a empruntée, De Civitate Dei^ lib. III, cap. XXVIII. Grotius.
(**) Elle se trouve: De statuts, VI. « Supprimez les tribunaux, dit eneore le même père, et vous enlevez à la vie toute tranquillité, b Ne me dites pas, ajoute- t-il, qu'il y en a qui abusent de leur autorité ; mais considérez la beauté de l'établissement en lui-même, et vous admirerez la grande sagesse de celui qui en a été le premier auteur. » « Si vous ôtez les magistrats, dit-il encore, tout est perdu. Il n'y aura plus ni villes, ni champs, ni places publiques, ni quoique ce soit; tout sera bouleversé, et le plus faible sera dévoré par le plus fort » {In epist. ad Romanos). On trouve la même pensée sur VÉpitre aux Éphésicns, cap. v. Grotius.
* Digeste, lib. I, tit. III, De Legibus, etc., 1. VI. Voir aussi lib. V, lit IV, Si pars haerediiatis petatur, I. III, in fine. ;Barbeyrac).
rement, elles doivent être régies par les règles communes, parce que quand même l'intention de la loi ne peut s'appliquer précisément à tel fait particulier, elle subsiste pourtant dans sa généralité, et il est juste que les choses particulières y soient soumises. On y trouve, en effet, plus d'avantages que de vivre sans règle, ou de laisser chacun libre de s'en prescrire une selon son caprice. « Il valait mieux, dit k ce sujet et avec à propos Sénèque, rejeter un petit nombre d'excuses même fondées, que de permettre à tous d'en hasarder de mauvaises. » (Lib. VII, de Benef., c. xvi) K