Mais il faut ajouter un autre jugement à l'égard de
(•) Voyez Cromer, p. 113 (a). G.
* Il s'agit du service que l'assassin rend à celui qui veut Taire donner la mort à son ennemi. |>. p. K.
(o) Cromf.r, /fer. Polon., Mb. V, p. IIS. édit. Basil. (B.)
LITftB nt, CHAPITEE IV. 111
ces assassins dans l'acte desquels se troave une perfidie ;
et ce âe sont pas, en effet, seulement eux-mêmes qui agissei^t contre le droit des gens, mais encore ceux qui emploient leur service : quoique dans les autres choses, ceux qui se servent du concours des méchants contre leur ennemi, soient censés pécher devant Dieu, mais non devant les hommes, c'est-à-dire contre le droit des gens; puisque, dans cette rencontre, a les coutumes ont rangé les lois sous leur fMuvoir^ n et* que « tromper ^ » suivant l'expression de Pline, a passe pour prudence^ à raison des mcBurs du temps» (lib. VIII, Epist. ad Rufinum). Toutefois cette coutume est en^eçà du droit de tuer, car celui qui emploie la perfidie d'autrui, est regardé comme ayant violé le droit, non-seulement de nature, mais aussi des gens. C'est ce qu'enseignent les paroles suivantes d'Alexandre à Darius : « Vous entreprenez des guerres iniques^ et^ lorsque vous avez des armes^ vous mettez à prix la tête de vos ennemis » (Quixte-Ccrce, lib. IV). Et plus loin : « Vous quin'avez pas même ob^ serve les lois de la guerre à mon égard... » Ailleurs 'il dit : « // doit être poursuivi à toute outrance^ non comme un ennemi loyale mais comme un assassin et un empoisonneur... » (Lib. IV). Il faut rapporter ici ce passage sur
Persée : « non pas se préparer à une guerre légitime
avec les sentiments dun roi, mais recourir à tous les forfaits clandestins des brigands et des empoisonneurs » (Tite- Ln'E, lib. XLII). Marcus-Phiiippus, parlant des mêmes faits de Persée, dit que « l'événement lui apprendra combien tous ces forfaits sont détestés par les dieux n (TiTE-ldVE, lib. XLIV). A cela s'appliquent ces paroles de Valère Maxime : « Le meurtre de Viriathe (*) a été
n L'auteur de la Vie des hommes illustres, dit que a le sénat n'approuva pas cette victoire, parce qu'elle avait été achetée. » Eutrope raconte que « les assassins ayant demandé au cunsul Crpiuii lu réconil>ense de leur crime, il leur fut répondu que les Romains n'avaient jamais
qualifié de double trahison : de la part de ses amis, par les mains de qui il a été assassiné ; de la part du consul Q. Servilius Ca^pion, qui a été l'auteur de ce crime, en en promettant l'impunité, et.qui n'a pas mérité la victoire^ mais qui l'a achetée » (Lib. IX, cap. Ti).
5. La raison pour laquelle on est ici convenu d'autre chose que dans les autres cas, est celle-là même que nous avons citée plus haut relativement au poison : afin que les dangers, surtout des personnes éminentes, n'augmentent pas trop. Ëumène déclarait qu'il ne croyait pas, « qu'aucun des généraux voudrait s'assurer la victoire par une lâcheté, dont l'exemple pourrait être imité contre lui-même» (Justin, lib. XIV). Il est dit dans le même historien, à propos de Bessiis, qui avait attenté aux jours de Darius, que c'était l'exemple et la cause commune de tous les rois (Lib. XII). OËdipe se disposant à venger le meurtre du roi Laïus, parle ainsi dans Sophocle : « En vengeant Laim^ je nie défends mop-même. » Et dans Sénèque, dans la tragédie sur le même sujet : (c Le salut des rois doit être surtout défendu par un roL » Les consuls romains, dans leur lettre à Pyrrhus, disent : « Jl nous a paru que vouloir votre salut^ c était agir pour le commun exemple et dans l intérêt de la bonne foi. »
6. Gela n'est donc pas permis dans une guerre solennelle, ou entre ceux qui ont le droit de déclarer une guerre solennelle ; mais en dehors de la guerre solennelle, c'est tenu pour permis, en vertu du même droit des gens. C'est ainsi que Tacite dit que de semblables embûches dressées contre le déserteur Gannascus, avaient été sans honte (*) [Annal, lib. XI). Quinte-Gurce dit que la tra-
approuvé qu'un général Tùt tué par ses soldats. » Peut-être, dans ce patsage, doit- on lire : « La récompense promise par le consul Cépion. » C'est ainsi qu'Ammien (lib. XW) condamne ce qui fut- commis contre Sertorius. Grotics.
(^)C'esi ainsi que parlant de Florentins et de Barchalba, qui avaient
bison de Spitamènes avait pu être moins odieuse, parce que rien ne paraissait criminel contre Bessus, le meurtrier de son roi. C'est ainsi que la perfidie exercée contre les brigands et les pirates, n'est pas à la vérité exempte de vice, mais parmi les nations elle est impunie, à cause de la haine qu'inspirent ceux contre lesquels elle est commise.
XIX. — 1 . Vous pouvez lire dans maint passage, que les viols commis sur les femmes dans les guerres sont et permis et non permis'. Ceux qui les ont permis, ont considéré l'injure seule faite à la personne d'autrui, estimant qu'il est du droit des armes de l'exposer à toute espèce d'hostilités. Les autres pensent mieux, qui considèrent ici non pas seulement l'outrage, mais encore l'acte lui-même de passion brutale, et qui remarquent que cet acte n'a de rapports ni avec la sécurité, ni avec la punition, et que, par conséquent, il -ne doit pas plus dans la guerre que dans la paix être impuni. C'est cette deruière opinion qui est la loi des nations, non de toutes, mais des meilleures. C'est ainsi qu'on lit que Marcellus, avant de prendre Syracuse, avait mis ordre à ce qu'on respectât la pudeur même dans les personnes ennemies (*) (Augustin, Decivit, Del, lib. I). Scipion dit, dans Tite-live, qu'il est de son intérêt, et de l'intérêt du peuple r.,main, « de ne pas violer parmi eux ce qui était
amené le rebelle Procope, Ammien dit que « s'ils eussent trahi un prince légitime Ja justice elle-même aurait prononcé contre eux l'arrêt de mort; maU qu'ayant trahi un rebelle, un perturbateur du repos public, tel qv'élait Procope, selon Toitinion commune, on aurait dû récompenser largement une action si mémorable. » C'est ainsi qu'Artaban est loué, dans l'historien Procope, Vandalic.f lib. II, in fine^ pour avoir tué Gon- Utaride. Ajoutez Cromer, lib. XWIII, louchant le meurtre de Suchodolins. Grotius.
* C'est-à-dire, permis chez les uns, et défendus chez les autres. P.P. F.
(*) Et Lucullus aussi, suivant le récit de Xiphilin. Voyez l'édit du Maure Gabaon, dans Procope, Vandalic.^ lib. I. G.