‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 40 sur 143 · III. iî · texte numérisé non relu

III. iî

Dkxiore, qu'à Sélinonte les Carthaginois avaient tué les vieillards, les femmes, les enfants, fusans sentiment dChumanité » (Lib. XIII). Et ailleurs il appelle cela même, de la cruauté. Latinus Pacatus dit des femmes : o Ce sexe qu'épargnent les guerres. » Pareil est le mot de Papiuius sur les vieillards : a Les vieillards sont une foule qui ne peut être attaquée par aucunes armes, o

X. — ! . Il faut décider la même chose en général des personnes du sexe masculin, dont le genre de vie est incompatible avec les armes (Victoria, dicto loco). « Le carnage, d'après le droit de la guerre, porte sur ceui qui sont armés et qui résistent... » coirjne le dit Tîte- Live, c'est-à-dire d'après le droit qui est conforme à la nature (Lib. XXVIII). C'est ainsi que Josèphe dit qu'il est équitable que dans la bataille ceux qui ont pris les armes soient punis, mais qu'il ne faut pas nuire aux innocents (i4n(ig. /^i5^,lib. XII, cap. m). Camille, après.la prise de Veïes, ordonna qu'on s'abstînt de toucher à ceux qui étaient sans armes (Tite-Live, lib. V). Dans cette classe doivent être placés en premier lieu ceux qui prennent soin des choses sacrées : car la coutume de toutes les nations, depuis l'antiquité, a été que ces personnes s'abstinssent des armes; et c'est pourquoi, en l'etour, on s'abstenait de violence à leur égard. C'est ainsi que les PhiHstins, ennemis des Juifs, ne faisaient point de mal au collège des prophètes (*) qui était à (iaba, comme on peut le voir, I Sam., x, 5 et 10. Et c'est ainsi que David se réfugia avec Samuel dans un autre lieu, où se trouvait un semblable collège, comme étant à Tabri de toute injure des armes (1 Sam., xix, 18). Plu-

^*} Suivant le récit des Hébreux, Hyrcan, assiégeant Jérusalem, envoya lien victimes au temple. Proco|)e loue les Gollis, de ce qu'ils épurgnèrenl les prêtres des églises de saint Paul et de saint Pierre, situées en dehors iU" \\ome{Gfilthic., lih. Il\ Voyez le snp|»lém(*nt de ('.harlema^^nc à la loi des Bavarois, et la loi Lombarde, lib I, lil. M. n. 1 i. fîROTirs.

torque raconte que les Cretois, déchirés par des guerres intestines, s'abstenaient de faire aucun mal aux prêtres (*), et à ceux qu'ils appelaient xataxautai, et qui étaient préposés à la sépulture des morts [Quœst. Grsec), A cela se rapporte aussi ee proverbe grec : « Il n'y a nUm pas eu un seul porte- feu de sauvé *. » Strabon remarque (**) qu'autrefois, lorsque toute la Grèce était dans le feu des armes, les Éléens, en leur qualité de consacrés à Jupiter, et leurs hôtes, avaient vécu dans une paix profonde (Lib. VIII).

3. Sont mis sur ce point, avec raison, au même rang que les prêtres, ceux qui ont choisi un genre de vie semblable, comme les moines, les frères convers, c'est-àdire pénitents, auxquels les canons, suivant en cela l'équité naturelle, veulent par conséquent que l'on fasse quartier, de la même manière qu'aux prêtres (Cap. ii, De treugd et pace). Vous pouvez à juste titre ajouter à ceux-là les personnes qui s'appliquent aux études des lettres, études honnêtes et utiles au genre humain.

XI. — Les laboureurs ensuite, que les canons mettent aussi dans le nombre. Diodore de Sicile rapporte, avec

0 Servius, sur lé VII* chant de VÉnMe, dit : « Il était à Tabri des ciNMo de la gaerre, sinon par son âge, du moins par le respect dû au préire. s G.

' Barbeyrac remarque que le proverbe grec, allégué par Grotius, est

lire de Suidas. Selon ce lexicographe, pour dire que, dans une bataille, on

l'avait fait quartier à personne, on disait qu'il n'était pas même échappé

imteul prêtre, c'est-à-dire un de ceux qui marchaient à la tête des deux

ariiées. Importaient un flambeau à la main, comme le témoigne le scho-

iaste d*Euripide, sur les Phéniciennes ; d'où vient qu'on les appelait

vupfopot, porte feu f et, en considération de leur caractère, on n'exer-

cait contre eux aucun acte d'hostilité. P. P. F.

{**) Polybe, lib. IV, et Diodore de Sicile, Excerpt. Peiresc. De même» eeax qui allaient combattre aux jeux Olympiques, P>thiens, Néméens, bchmieiu, jouissaient de protection et de sûreté en temps de guerre. Tbocydide, lib. V et VIII, et Plutarque, VieWAratus, nous l'apprennent.

GaoTirs.

éloge des Indiens, a que, dans la guerre, les ennemis s'entretuent les uns les autres, mais quHls ne touchent point aux laboureurs, les considérant comme utiles à tout le monde » (Lib. II, Bibl.]. Plutarque dit des anciens Corinthiens et Mégariens, que a personne ne faisait le moindre mal aux laboureurs. » Et Cyfus ordonna d'annoncer au roi des Assyriens, a qu'il était disposé à laisser sains et saufs et indemnes, ceux qui cultiveraient les champs » (Xénophon, De Cyri instit.^ lib. V). Suidas dit de Bélisaire : a II épargnait tellement les laboureurs, et avait un si grand soin d'eux, que, sous son commandement, il ne fut jamais tait de violente à aucun. »

XII. — Le canon ajoute les marchands ; ce qu'il faut entendre non de ceux qui séjournent temporairement sur le territoire ennemi, mais aussi des sujets perpétuels: car leur vie n'a point de rapports avec les armes ; et sous cette dénomination se trouvent compris, en même temps, les autres ouvriers et artistes, dont la profession aime la paix, non la guerre.

XIII. — 1. Pour en venir à ceux qui ont porté les armes, nous avons déjà auparavant rapporté la parole de Pyrrhus, dans Sénèque, qui dit que l'honneur, c'est-àdire la considération de l'équité, nous détend d'enlever la vie à un prisonnier. Nous avons cité une pensée semblable d'Alexandre, qui joint aux femmes les prisonniers. Ajoutons ce mot d'Augustin : « Que ce soit la nécessité, non la volonté, qui donne la mort à l'ennemi combattant (*). De même que l'on rend violence pour violence

{*) « Nécessitas périmât,., n Gratiena mis a Déprimât. » Plulan|iie dit dans la Vie de Marcellus ; « EpamiDOndas et Pélopidas ne flreot jamais mourir personne après une victoire, et ne réduisirent jamaii les villes en esclavage. Aussi croit-on que s'ils eussent été présents, les Thébains n'auraient pas traité les Orchuinéniens comme ils firent. » Marcellus sui\il cette conduite après la prise de Syracuse, comme Pluturque ledit djos le même endroit. Voyez le même IMutarquc dans la Vit de Catnn

à celui qui combat^ et résiste, de même on doit miséricorde à celui qui est vaincu ou fait prisonnier, et particulièrement quand on n'a pas sujet d'appréhender qu'il trouble la paix [Ad. Bonif.^ Epist. ccv). Xénophon dit d'Agésilas, qu'il « avertit ses soldats de ne pas punir les prisonniers comme des coupables, mais de veiller sur eux, comme étant des hommes. » Il y a, dans Diodore de Sicile : a Tous (les Grecs) s'opposent à ceux qui résistent, et épargnent ceux qu'ils ont soumis » (lib XIII). Selon le jugement du même, les Macédoniens qui servaient sous Alexandre, « en avaient usé à l'égard des Thébains, plus rigoureusement que ne le permettait le droit de la guerre » (Lib. XVII).

Page 1