‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 41 sur 143 · Salluste ayant raconté, dans la Guerre de Jugurtha · texte numérisé non relu

Salluste ayant raconté, dans la Guerre de Jugurtha

iUHque, Cabade, roi de Perse, ayant pris I9 ville d'Amide, comme on faisait on grand carnage des habitants, un vieux prêtre lui représenta qQ*ii n'était pas digne d'un roi de massacrer des vaincus. Ce fait est neontépar Procope {Persic , lib. I), qui dit (Per«tc., lib. Il) : « Sévir contre des prisonniers, c'est contraire à la piété, v Dans le même historieo, il y a un beau discours de bélisaire à ses soldats, après la prise de Naples ((^(llitc. , lib. I). Dans Anne Comnène, l'empereur Alexis répond i qoelqu'un qui lui conseillait de mettre à mort les prisonniers Scythes : • Bien qu'ils soient Scythes, ils sont cependant des hommes; et quoiqu'ils aient été nos ennemis, ils sont cependant dignes de compassion. » Grégoras dit (lib. VI) : « Tout ce qui se fait dans la chaleur du combat est ncnsable en quelque manière, parce qu'alors on n'est pas maitre de soi- Déne, et parce que Ton agit par une impétuosité aveugle; mais, le péril passé, et lorsque l'esprit remis dans son cnlme ordinaire a le temps et la liberté de bien examiner toutes choses, laisser à sa main le pouvoir de toot faire, c'est une preuve de desseins criminels, si l'on a commis quelque chose de contraire au devoir. » Ajoutez du même Grégoras un autre pasRge, que nous avons placé dans ces notes, sur la fln du cliapitre \ii àt ee livre; et relativement à une coutume louable des Polonais, voyez Chalcocondylas, lib. V. Julien, faisant Téloge de Constance {OraU II), <lécrit ainsi en sa personne ce qui constitue un bon prince : «< Vainqueur Rries armes, il mit un terme aux œuvres du glaive, pensant qu'il était cnininel d'enlever U vie à un homme qui ne défend plus sa vie. n

Grotil's.

que des pubères avaient été tués après s'être rendus, dit que cela lut fait contre le droit de la guerre ; ce qu'on doit interpréter : contre la nature de l'équité, et la coutume de ceux qui vivent avec plus d'humanité. Il y a dans Lactance : a On épargne les vaincus, et il y a place parmi les armes pour la clémence » (Lib. V). Tacite loue Antonius Primus et Varus, généraux flaviens, de ce qu'ils n'avaient sévi contre personne en dehors de la bataille {Hist., lib. IV). Aristide dit : « Il appartient aux hommes de notre caractère de forcer par les armes ceux qui résistent, et de traiter avec modération ceux qui sont abattus » (Oral. II, De pace).

Le prophète Elisée s'adresse ainsi au roi de Samarie, au sujet des prisonniers : a Tueriez -vous avec votre glaive et votre arc les prisonniers que vous emménenez » (II Reg. VI, 22) ? Dans Euripide, dans les Héraclides, au messager qui demande : « Votre loi défend donc de tuer un ennemi? » le chœur répond : « Celui que Mars a laissé survivre dans le combat. » Dans le même endroit, le prisonnier Eurysthée dit : « Les mains qui me donneront la mort ne seront pas innocentes. » Dans Diodore de âîcile, les Bysantins et les Chalcédoniens sont flétris par cette appréciation, pour avoir tué d'assez nombreux prisonniers : a Ils commirent des crimes d'une rare cruauté » (Lib. XII). Le môme, ailleurs, appelle « rfroif commun^ » le fait d'épargner les prisonniers (*) ; il dit que ceux qui agissent autrement pèchent sans contredit. La nature du bon et de l'équitable ordonne de faire quartier aux prisonniers, comme il n'y a pas longtemps que nous avons entendu Scnèque le dire dans ses écrits philosophiques (DeBenef., lib. V,cap. xviii) K Et nous voyons loués dans

(*) Capitolinusdit de Marc Antonin : « Il observa Téquité même envers les ennemis prisonniers, n G.

* Ce passage de Sénèquc se trouve dans le traité De la Clémemee, liv. F, chap. xviii. P. P. F.

les histoires/ceux qui, lorsque la trop*grande multitude des prisonniers pouvait leur être à charge ou périlleuse, ont mieux aimé les renvoyer tous, que de les tuer.

XIV. — 1 . Pour les mêmes raisons, il ne faut pas refuser de recevoir à composition ceux qui demandent la vie sauve (*), soit dans un combat, soit dans un siège. Aussi Arrien dit-il que le massacre de ceux qui s^étaiçnt rendus, commis par les Thébains, n'avait pas été conforme aux usages grecs. Thucydide, de même, dit au livre III : « Vous nous avez reçus sous votre puissance, de notre propre volonté et vous tendant les mains. Or , c'est la coutume des Grecs, de ne point tuer ceux qui se sont rendus ainsi. » Et dans Diodore de Sicile, les sénateurs syracusains disent : ce II est digne d'une grande âme d'épargner un suppliant. » « Il est de coutume, dit Sopater, de conserver, dans les guerres, la vie aux suppliants. »

2. Cela était observé par les Romains, dans les sièges des villes, avant que le bélier n'eût battu la muraille. César fait savoir aux Atuaticiens qu'il conservera leur rille, s'ils se rendaient avant que le bélier n'eût touché leurs murs (lib: II, De Bel. GaL). Cette coutume se pratique maintenant encore à Tégard des places faibles, avant que les machines à feu ne soient lancées ; à l'égard des places plus fortifiées, avant que l'on n'ait donné Tsàsaut. De son côté, Cicéron considérant non tant ce qui a lieu, que ce qui est naturellement équitable, se prononce ainsi sur ce sujet : a Non-seulement il faut épargner ceux que vous avez forcés par les armes, mais il faut

(*) Les Romains firent dire aux Perses qui se trouvaient dans la citadelle de Pëtrée : « Nous avons pilié de vous, qui repoussez de vos têtes k joug de la servitude; nous voulons vous épargner, vous qui désirez mourir, et malgré votre mépris de la vie, nous voulons vous conserver, iiosi que cela convient à des Chrtlicns et à des citoyens de TEmpire roa&ain. • Voyez De Serres, dans la Vie de François /«', et dans celle de BenriU, GaoTins.

aussi donner quartier à ceui qui, mettant les armes bas, se rendent à discrétion au général, quand même le bélier aurait frappé la muraille » (De Offic,^ lib. I). Les interprètes hébreux remarquent que leurs ancêtres a^^ent été dans Tusage de ne point investir complètement la ville qu'ils assiégeaient, mais de laisser une partie libre pour ceux qui voulaient fuir, afin que la chose se passftt avec une moindre effusion de sang (*).

XV. — La même équité ordonne d'épargner ceux qui se rendent sans conditions à la discrétion du vainqueur, ou qui se font suppliants, a C'est, de l'avis de Tacite, une cruauté de tuer ceux qui se sont rendus » (ilnno/., lib. XII). Salluste, de même, parlant des Gampaniens qui s'étaient rendus à Marins, ajoute — après avoir raconté que ceux qui avaient atteint la puberté avaient été tués — que cela avait été un crime contre le droit de la guerre, c'est-à-dire contre le droit naturel [BdL Jugurth.). Le même dit ailleurs, que o l'on n'avait pas tué, selon les lois de la guerre, des gens armés, ni dans le combat, mais des suppliants (Lib. I, De rep. ord.). Suivant Tite-Live aussi, comme nous l'tivons dit déjà, « le carnage, d'après le droit de la guerre^ ne doit s'exercer que contre des gens armés et qui résistent ; » et ailleurs : «... Lui qui^ contre le droit et la justice^ avait fait la guerre à ceux qui s étaient rendus» (Lib.XLlI). 11 faut même faire en sorte qu'ils soient plutôt <îontraints, par la crainte, à se rendre, que tués. On loue cela dans Brutus, qui a ne souffrit pas que ses ennemis fussent assaillis, mais les fit entourer par la cavalerie, ordonnant de les épargner comme des gens qui devaient lui appartenir bientôt. »

i*) Ce&i ainsi que Scipion Émilien, sur le point de détruire Cartbage, fil publier que « Tuiraicnt ceux qui le voudraient. » Polybe (a).

GaoTirs. .

(a) Barbeyrac l'emurquc qu'il n'y a rien de tel dans cet hi&toriun. P. p. F.

uvMK nr, ciiAPiTiu: ,\i. 205

I XVl. — I. Oi» allpgueordiiiairemeiit, coulie ces préf. ceples de l'i^quité et du droit nalurel, des exceptions qui I ne soûl paft du tout justes, k savoir : la votonlé de rendre ta pareille, le besoin d'inspirtfr de la crainte, l'opiniàtrelé de la résislanf:e. Mais celui qui se souviendra de ce qui a été dit plus liaut, relativement aux justes raisons de tuer, comprendra facilement que ces choses-U ne suDiseut pas pmir justifier 1« carnage (VoyexiVicTOinA, De jure bclU, n" -49 et (iO).Il n'y a point de péril à craindre df. la part des prisonniers çt de ceux qui se sont rendus, ou (|ui désirent se rendre; pour qu'ils soient donc justement tués, il l'aul qu'un crime précède, et un crime tel qu'un juge équitable le trouverait digne de la peiue de mort. Et c'est ainsi que nous voyons qu'on a I sévi quelquefois contre des prisonniers, ou contre ceux t\ai se sont rendus, ou que l'on a refusé de recevoir à discrétion ceux qui ne demandaient que la vie, paive c|ue, convaincus de l'injustice de la guerre, ils auraient ' cependant persisté à demeurer sous les armes; parce qu'ils auraient déchiré la réputation de l'ennemi pur d'énonnes outrages ; parce qu'ils auraient violé la foi jurée, ou toute autre règle du droit des gens, comme le droit dcsjmbassadeurs; parce qu'ils auraient été transfuges. 2. Quant au talion, la nature ne l'admet que contre ceux qui ont commis une faute, et il ne suffit pas que l'on se représente en idée tous les ennemis comme un seul corps, par une sorte de fiction, comme on peut le comprendre par ce qui a été développé par nous plus haut touchant la communication des peines (livre II, chap. XXI, § svin). Nous lisons dans Aristide : n N'est-il pas absurde de vouloir imiter, comme si elles étaient bonnes, les clioses que vous accusez, et que vous qualitiez de mauvaises n (Oc pace, il) ? Plularquc accuse k ce litre les Syracusaius, de ce qu'ils avaient tué les lemmes et les eutants d'Hicétas, pour relie seule raison qu'Hicotas

avait mis à mort Pépouse^ la sœur et le fils de Dion (Plut., Vies de Tiinoléon et de Dion),

3. L'utilité qui est espérée de la terreur, pour Tavenir, lie va pas jusqu'à donner le droit de tuer; mais si le droit existe, il peut se trouver parmi les raisons qui peuvent empêcher que l'on ne relâche de ce droit.

4« Quant au zèle trop opiniâtre pour son parti, si toutefois la cause de ce parti n'est pas tout à fait déshonnéte, il ne mérite pas le supplice, comme, dans Procope, le soutiennent les Napolitains (lib. ï, Golthic,] ; ou s'il^y a quelque peine qui le frappe, elle ne doit pas aller jusqu'à la mort : un juge équitable ne l'ordonnerait pas, en effet. Alexandre ayant fait tuer tous les hommes pubères, dans une certaine ville qui avait trop vigoureusement résisté, parut aux Indiens faire la guerre à la manière des brigands, et redoutant cette réputation, le roi commença à user de la victoire avec plus de clémence (PoLTEN.,lib. IV). Le même, avec plus de justice, voulut qu'on épargnât quelques Milésiens, a parce qu'il les voyait généreux et fidèles à leur parti ; » ce sont les paroles d'Arrien. Phyton, gouverneur de Régium, étant traîné aux tourments et à la mort, par Tordre de Denys, pour avoir défendu la ville avec trop d'opiniâtreté, s'écria qu'il* était puni du supplice, parce qu'il n'avait pas voulu trahir la ville, et que Dieu en tirerait bientùt vengeance. Diodore de Sicile appelle ces peines iniques, des a vengeances injiLstes. » Le vœu qui se trouve dans Lucain nie plait beaucoup : « Qu'il soit vafnqueur, quiconque ne considère pas comme nécessaire de tirer le fer cruel contre les vaincus, et qui ne regarde pas ses concitoyens comme criminels, pour avoir porté des drapeaux contraires. » A la condition, toutefois, que nous entendions par le nom de concitoyens, non les citoyens de tel ou de tel pays, mais les citoyens de ce pays commun qui se compose du genre humain.

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