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CHAPITRE XII

tempérament par rapport a la dévastation, et autres

CHOSES semblables.

1, Quelle dévastation est juste, et jusqu'à quel point. ~ II. Il faut s'abstenir de la dévastation, si la chose nous est utile, et si elle est en dehors du pouvoir de l'ennemi. — \\\. S'il y a grande espérance d'une rapide victoire. — IV. Si l'ennemi a d'autre part de quoi se sustenter. — V. Si la chose elle-même n'est d'aucun usage pour entretenir la guerre. — VI. Que cela a particulièrement lieu à l'égard des choses sacrées, oo qui dépendent des choses sacrées. — Vil. De même, à l'égard des choses religieuses. — Vlll. On fait voir les avantages qui sont la suite d'une telle modération .

I. — 1 . Pour qu'on puisse détruire sans injustice les biens d'autrui, il est nécessaire qi^e Tune de ces trois choses précède : ou une nécessité semblable à celle qui doit (*;lre considérée comme ayant été exceptée dans l'établissement primitif de la propriété ; comme si quel-

{*) Plutarque blâme Démétrius de ce qu'il lançait ses soldats dans les périls et les exposait à des combats, plutôt par amour de la gloire, que pour acquérir des avantages réels. G.

fii'tui, pour éviter son propre péril, jette dans le Heuvt- '^pée d*un tiers, (Jont un furieux va faire usage : auquel ns, toutefois, Dous avons dit ailleurs, que, selon l'opilion U plus vraie, l'obligation de réparer le dommage ubsisle (Livre II, cliap. ii, § 9). Ou bien quelque dette ';dant d'une inégalité; de manière, sans doute, à ce |Ue la chose détruite soit imputée, comme perçue, sur elle dette, car autrement il n'y aurait point de droit. bien quelque méfait qui mérite un pareil cliAtiment, u dont le cbÂtiment n'excède pas la mesure; car, ainsi ue le remarque avec raison un théologien d'un jugeaentsaio, l'équité ne supporte pas que pour quelques Poupeaux enlevés, ou quelques maisons brûlées, tout ï» royaume soit dévasté (Victoria, De jure belli, n°" 52 t 56). C'est aussi ce que Polybe a aperçu, lui qui veut ;ue dans la guerre le châtiment n'erre pas à l'infini, aais qu'il aille jusqu'au point où les crimes soient e^- «ét dans une juste mesure [Lib. V ■ ). Ces raisons, en >B«t, et dans ces seules limites, font qu'il ne s'y trouve is d'injustice.

2. Du reste, à moins qu'une raison d'utilité ne le conleîlk, c'est une sottise de nuire il autrui, sans qu'il en ré&ulte aucun bien pour soi-même. Aussi ceux qui ont de la sagesse, se laissent-ils ordinairementtoucher par la considération des avantages à retirer, dont voici le prin-

* Ptlybe ei[irim M <lui l'adressent

tous IcB tanin, Il cl modcrni».

|M)ur détruire.

et point des pensées qui si

conque rnnl ■ t-'hapimc de liien combat non pa» pour e

">« pour réparer et redresser des torU; non poui envclop|jer dans un ■n^chlliment innoeents et coupables, mail plu Iflt pour sauver et prétneritcc les jiiFles ceux qui semblent ae pas l'être. Il «ppartienl a un iTOBd'enpIajer lu violence et d'imposer ta domiaatioa par la crainte. 'itaUilesea sujets qu'il déleste; i un roi, de se Taire aimer par ses *ihili, par u iliiuceur, par ss bienveillance, et de ne commander qu'A *^ pta|ilii contents de lui obéir. ■ IHiitoirr ginirale, trsilurtlon noil- '^ teBoudiol, édit. Uelahays, 1857, 1. I, p. .\Ti. V. R V.

cipal remarqué par Onosandre : « Qu'il se souvienne de détruire, de brûler, de ravager le territoire des ennemis. Car la pénurie d'argent et de fruits de la terre diminue la guerre (*), autant que l'augmente Tabondance » (Strat.^ cap. vi). La pensée suivante de Proclus ne diffère pas de cela : « Il est d'un bon général de détruire de toute part les ressources des ennemis. » Quinte-Curce dit de Darius : « Il croyait qu'un ennemi qui n'avait rien que ce dont il s'emparait par le pillage, pouvait ôtre rédilit par la disette. »

3. On doit, à la vérité, tolérer le ravage qui réduit en peu de temps l'ennemi à demander la paix. C'est de cette sorte de guerre qu'ont fait usage Hal^atte contre les Milésiens (Hérodote, lib. I); lesThraces contre les Bysantins (Polyen, lib. IV ; Frontin, III, cap. iv) ; les Romains contre les Campaniens (Tite-Live, lib. V, VII), les Capenatcs, les Espagnols, les Liguriens (Ideni, lib. XXXIV, XL), les Nerviens, les Messapiens (CfSAR, De bell. Gall.^ lib. VI). Mais si vous pesez bien la chose, la plupart du temps cela se commet plutôt par animosité, qu'à la suite d'une délibération éclairée. Car il arrive d'ordinaire, ou que ces raisons conseillant le dégât n'ont point lieu, ou qu'il y en a d'autres plus fortes, qui en détournent.

II. — 1. Cela arrivera d'abord, si nous sommes tellement maîtres nous-mêmes de la chose qui produit les fruits, qu'elle ne puisse servir aux ennemis. La loi divine a cela particulièrement en vue, lorsqu'elle veut qu'on emploie les arbres sauvages pour les travaux de

(*) Philon dit {De vitd contemplatird) : « Les ennemis ont la coutume de ravager la terre ennemie et de la dé)K)uiller de ses arbres, afla que leurs ennemis, vaincus par le manque des choses néces^irei , se livrent plus facilement. » Le même dit {De diris) : « Ils causent un double malheur : la disette pour leurs amis, Tahondance |H)ur leurs ennemis. •

Grotil's.

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défense et les ou\Tages du guerre, mais que les arbres fruitiers soient conservés pour la subsistance ; ajoutant la raison que les arbres ne peuvent pas se dresser contre ious dans un conibal, comme les huinnies : ce que Sùtoii {') étend niOme aux terres de rapport, par une

D llja na aatre pissagi du même érrivBin (De humaailalt). qui eal e Iplraieni lai-meme d'élrc rapporté ici. MoTk, dit-il, étend ai loia lîté, (I en t»h un >i libéral iuBg«. qu'il l'appliiiue, aprÈs les animiux mmUsk, I ceux qui hddI dutituét de mlum ; el après le* bétet, aux i|ui naittent de la terre, dont il faut maintenant parler, puisque 'nM suITlsnminenl expliqué ce qui regarde les hommes, el tous les mimé*. Il a donc défendu expreBsèment de couper aucun arbre de maiiMoner avant lu taiiion les chinips seDiéa ; en nu mol, de ueun fruit de la terre, el cela atln que le genre bumain ait abonnon-Mutenienl d'aliments i^t de clioseï aécesîiairea ô la vie, mais WWn de eelles qui »onl pour le plaisir. En eiTet, la proxisioii de (trains tceinire poor la subsistance des hommes; et In varîélé iaflnie de* I, que les arbres portent, fait lears délices. Ces Truili sutsi, en cerlEiiq« de disette, peuvent tenir lieu des alimenli les plus néceuulrea, iOut même plus loin, il défend même de ravager les terres de l'ennemi. Jl nul que l'qp s'abstienne de couper les arbres qu'on ji trouve, tenant JHr injuste de décharger sur des choses innocentes la colère dont on est ■îaé «wlre les bommes. D'ailleurs, il a eu dessein de nous apprendre, tial pas seulement penser au présent, mais porter encore aes ' l'avenir, et considérer que, dans la vicissitude à laquelle toutes n du monde sont sujettes, il peut aisément arriver, que ceux qui oord'bni noï ennemis, seront demain nos alliés, lorsqu'on en sera W* t l'tiwncher, et à des traités. Dr, en ce cas-là. on aura eu la dun^té fi fouiller ses amis des choses nécessaires, dont ils peuvent n'avoir > (ut provision pour l'avenir. En effet, les anciens oui trts-bien dit, 'illkul vivre avec ses amis comme si on n'ignorait p^is qu'ils peuvent iMlrnoa ennemis; cl qu'au conlraire on doit se conduire i l'égard de Mlitfe qui on est brouillé, comme si la réconciliation était i espérer. fttlipnntier, on se néDage quelque ressource pour se mettre en sûreté, 'fMin'iToirpaa lieu de se repentir Irop tard d'une tropgrande facilité, plus qu'il n'est à propos dans ses actions, ou dans set très- i m |io riante, que les Etats aussi doivent observer ! Wls, en songeant, pendant la paix, à ce qui est nécessaire pour la 't; et pendant la guerre, i ce qui regarde la paix; en sorte que, :tM, ibi ne se Qent paa trop à leun alliés, comme s'il ne ponvaîl titiiver de changement qui tes fit tourner du parti contraire ; et

similitude de raison [De créât, magisir.), prêtant ces paroles à la Loi : « Pourquoi vous mettre en colère contre des choses qui n'ont aucun sentiment, qui sont bonnes, et portent de doux fruits ? Est-ce donc, qu'à la manière des hommes qui sont ennemis, les arbres donnent des signes d'inimitié, pour qu'il faille les arracher par la racine à raison de ce qu'ils font, ou de ce qu'ils menacent de faire? Bien loin de là; ils sont utiles aux vainqueurs, et ils fournissent en abondance les choses que la nécessité exige, et même celles qui sont pour le plaisir. Les hommes ne paient pas seuls le tribut ; les arbres paient un tribut bien plus riche en leurs saiscHiS) et tel que sans lui il n'est pas donné de vivre. » Josèphe, de son côté, dit, sur le même passage, que si les arbres pouvaient proférer des paroles, ils crieraient que n'étant point la cause de la guerre, ils subissent injustement les châtiments de la guerre. Et ce n'est pas d'autre part, si je ne me trompe, que vient cette maxime pythagoriciemie, dans Jamblique : a Qu'on ne doit ni endommager^ ni couper un bon arbre^ et poriani fruit. »

que, de l'autre, ils ne se déûent pas entièrement d'un ennemi, comnie s'il ne pouvait jamais redevenir leur ami. Mais quand même on ne devrait rien faire en faveur des ennemis, dans l'espérance d'une réconeJlatkNi, on ne pourrait pas pour cela s'en prendre à ce que produit la terre. Rien de tout cela ne nous fait la guerre : tout cela, au contraire, est en paii avec nous, et nous fait du bien. Les arbres fruitiers principaienieiit, ei les plantes franches, nous sont fort nécessaires, puisque leur fruit noua sert de nourriture, ou nous en tient lieu. Il ne faut donc pas faire la guerre à ce qui ne veut ni ne peut nous faire aucun mal. Il ne faut ni couper, ni brûler, ni arracher des choses que la nature même preiH soin de former et de taire croître, par les eaux dont elle les arrose, et par la température des saisons, qu'elle amène régulièrement, afin que loua Ica ans elles paient tribut aux hommes comme à autant de rois. CeUe bonne et sage mère de toutes choses donne une force et une vigueur contiDoeUe, non-seulement aux animaux, mais encore aux plantes, surtout anx franches, qui demandent de plus grauds soins, vi qui n'ont pas une grande fécondité que les sauvages. Grotics.

2. Porphyre, de son côté (*), au livre quatre de son traité « De non edendis animalibus^ » décrivant les mœurs judaïques, étend cette loi — en se fondant, comme je crois, sur l'interprétation que la coutume en avait donnée—même aux animaux servant au travail de la campagne; car il dit qu'il avait été prescrit par Moïse de les épargner, eux aussi, dans la guerre. Quant aux écrits Ibalmudiques, et aux interprètes Hébreux, ils ajoutent que cette loi doit être étendue (**) à toute chose qui serait détruite sans utilité, comme si Ton met le feu aux édifices, si Ton gâte des choses bonnes à manger cl à boire. Est d'accord avec cette loi, la prudente modération du général athénien Timothée, qui, suivant le récit de Polyen, « ne souffrait point que l'on renversât une maison de ville, ou une ferme, ou que l'on coupât un arbre fruitier. » Il y a aussi une loi de Platon, au livre cinq de la République^ qui défend c< que la terre soit dévastée, que les maisons soient incendiées. »

3. Mais cela aura lieu bien davantage après la victoire complète. Cicéron n'approuve pas qu'on ait détruit Corinthe, où cependant les ambassadeurs des Romains avaient été ignominieusement traités {De offic.^ lib. 1) ; le même qualifie ailleurs d'horrible, d'abominable, de remplie de haine, la guerre qui est faite aux murailles, aux toits, aux colonnes, aux portes [Pro domo sud^ ad Pont.). Tite-Live loue la douceur des Romains, après la défaite de Capoue, de ce qu'on ne sévit pas par des incendies et des ruines, contre des toits et des murs innocents p) (Lib. XXVi). Agamemnon dit, dansSénèque

(*) Voici ses paroles : « La loi ordonne d'épargner, même sur la terre cneoiie, les animaux compagnons des travaux de l'homme; de telle sorte ^11 D'est pas permis de les tuer. » G.

[**) Ils veulent au contraire qu'on la restreigne en y ajoutant cette cxeeption : à moins que les arbres ne se trouvent dans les faubourgs, et ■'empêchent les mouvements de ceux qui lancent le javelot. G.

(***) Il va, sur jie sujet, une belle lettre de Bélisnire à Totila {Gotthic,

[Troad.) : « J'avouerai certes — Terre argienne, qu'il me soit permis de le dire sans t'ofifenser! — que j'ai voulu abattre les Phrygiens et les vaincre; mais que j'aurais empêché de détruire et de raser leur ville. »

4. L'histoire sacrée nous apprend; à la vérité, que certaines villes avaient été condamnées par Dieu à la

Hb. III) : a On a cru jusqu*ici que c'était un effet de la sagesse et dn génie des grands politiques, d'élever de beaux édifices ; mais qu'il n'appartient qu'à des insensés de détruire de tels monuments, et de n*avoir pas honte de laisser à leur postérité cette marque de leur folie. Il ett certain que Rome esl la plus grande des villes qui soit sous le ciel, et la plus digne d'être admirée. Aussi n'est-elle point parvenue à ce point de grandeur et de beauté par la conduite d'un seul homme, ou eu pea de temps : c'est l'ouvrage de plusieurs rois et d'un grand nombre d'empe* reurs, d'une infinité de grands personnages de tout ordre, d'une longue suite de siècles, d'un amas prodigieux de richesses, à la faveur de quoi on a pu y réunir tout ce que le reste de la terre a de plus rare, et y attirer surtout les plus excellents ouvriers. C'est ainsi qu'une si grande ville s'étant formée peu à peu, ils ont laissé à leurs arrière-descendaoU m monument de leur gloire. Aussi, ne pas la respecter, c'est faire nue grande injustice aux hommes de tous les siècles; puisque par là, d'ao côté, on prive les morts des louanges que la postérité doit à leur mémoire; et que, de l'autre, on ôte aux vivants, et à ceux qui les suivront, le plaisir d'admirer ce spectacle. Cela étant, considérez que vous serez on vaincu, ou vainqueur, dans cette guerre. Si vous êtes vainqueur, en détruisant Rome, vous aurez détruit une ville qui vous appartiendrait ; ao lieu qu'en la conservant, vous aurez conservé la plus riche et la plus belle de vos conquêtes. Que si vous avez le malheur d'être vaincu, le vainqueur vous aura grande obligation d'avoir épargné cette ville, et cela vous le rendra favorable; au lieu que, si vous l'aviez détruite, il n'y aurait point de grâce à espérer pour vous de sa part. D'ailleurs, outre que vous ne retirerez aucun avantage de ce fuit, vous vous acquerrez une réputation bonne ou mauvaise dans l'esprit de tout le monde, selon que vous aurez agi en cette occasion : car telle qu'est la conduite de ceux qui ont la puissance, telle est aussi l'opinion qu'on a d'eux (a). » Voyez aussi une loi de Frédéric I, dans Conrad, abbé d'Ursperg; et siu* Frédéric, comte palatin, la chronique de Mélanchton. Geotics.

(a) J'ai reproduit, sauf quelques modifications, la traduction un peu panpliraséo de Barbeyroc, mai» qui m'a paru pleine de vigueur. P. P. F.

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