IV. — 1 . En troisième lieu, la même chose sera faite
* Tragédie de Sénèque, connue encore sous le nom des a Phéniciennes, m
2 C'est-à-dire, qu'on épargnera le pays ennemi. P. P. F.
si rennemi peut avoir d'autre part de quoi se sustenter ; par exemple si la mer, si d'autres territoires lui sont ouverts. Dans Thucydide, Archidamus, dans le discours par lequel il détourne ses Lacédémoniens de la guerre contre les Athéniens, demande quelles espérances ils ont pour faire la guerre; si, par hasard, parce qu'ils ont une abondance de soldats, ils espèrent que la campagne de TAttique pourra être facilement dévastée par eux. c lfai5, dit-il. Us ont amsi d'autres territoires sous leur (kmnation — entendant parler de la Thrace et de rionie — et ils peuvent se procurer par les transports maritimes^ Us choses dont ils ont besoin. » Ce qu'il y a donc de mieux à faire, en pareille situation, c'est que l'agriculture demeure en sûreté, même sur les confins contigtts; et nous avons vu naguère cela longtemps pratiqué dans la guerre belgico-germanique ^ sous la condition d'un tribut qui devait être payé de part et d'autre.
2. Gela est aussi conforme à l'ancienne coutume des Indiens, chez lescpiels, comme parle Diodore de Siale f ), a les laboureurs sont inviolables et comme sacrés; bien plus, auprès des camps et des armées, ils vaquent à leur travail à l'abri du péril. » Il ajoute : «Ni ils ne brûlent les champs des ennemis, ni ils ne coupent lesarbres. x> Puis : a Aucun ennemi ne cause de dommage à un laboureur; mais ce genre d'hommes, étant bienbisant pour tous, est mis à couvert de toutes injures. »
3. Xénophon dit qu'il avait été convenu aussi entre Cynis et le roi d'Assyrie, « qu*il y aurait paix avec les laboureurs, guerre avec ceux qui porteraient les armes.» Cest ainsi que Timothée (**) donnait à ferme la partie
* La guerre des Pays-Bas contre les Espagnols. P. P. F.
.TLib.ll. (;.
<**)Platirqae a raconté la même chose des Mégariens {Qiuest, Graec); f^voeope dit de Totila, lorsqu'il assiégeait Rome {Gotthic, lib. III) : * Peadant ee temps il ne fit aucun mal aux laboureurs, dans toute Tltaiie,
du territoire qui était la plus fertile, comme Polyen le raconte ; bien plus — ce qu'ajoute Arislote — il vendait les fruits eux-mêmes aux ennemis ; et de cet argent il payait la solde au soldat (yEconomic.^ lib. II) ; ce qui fut feit aussi par Viriate, en Espagne, suivant le témoignage d'Appien. Et nous avons vu que cela même s'est pratiqué avec beaucoup de raison et d'utilité, à Tétonnement des étrangers, dans la guerre belgico-germanique dont nous avons parlé.
4. Les canons, qui enseignent l'humanité, proposent cette^manière d'agir à imiter à tous les Chrétiens, comme devant et professant une humanité supérieure à celle du reste des hommes; aussi veulent-ils que non-seulement les laboureurs, mais encore les animaux avec l'aide desquels ils labourent, et les semences qu'ils portent pour les champs, soient mis à l'abri du péril de la guerre (G. '2, De trengâ et pace). C'est sans doute pour une raison semblable, que les lois civiles défendent de saisir comme gage les choses qui servent au labourage ; et autrefois chez les Phrygiens, ainsi que chez les habitants de Chypre, dans la suite chez les Athéniens et les Romains (*), c'était un crime de tuer un bœuf de labour (Nicol. Damasc. ; i^iEN,lib. V, cap. xiv; Dion Ghrysost., Oral., LXi\; L. 7, Cod., Quxres pign ).
V. — Il arrive, en quatrième lieu, que certaines choses soient de telle nature, qu'elles ne soient d'aucun usage pour faire la guerre ou pour la prolonger. La raimais il leur ordonna de cnltiver la terre, comme ils en avaient l'habitude, en sécurité, à la seule condition de lui payer leurs redeTancet. • Cassiodore dit que « la plus grande louange pour ceux qui défendeot l'État par les armes, c'est que tandis qu'ils paraissent protéger leur pays, les laboureurs ne cessent pas d'en cultiver les champs. » G.
(*) Cela se pratiquait aussi dans le Péloponèse; Vaerojc, Iît. Il, De re rusticd ; CoLvuEi.Lz, lib. VI, princ. Ajoutez à ces auteors, Pu^r, lib. VIII, cap. XLv; Elien, Ilist. antm., lib. V, cap. «II.; Porfbtee, lib. 11, De ahstinentid... ; Végèce, lib. III, De arte velerinarid. G.
son veut qu'on épargne aussi ces choses, pendant la durée de la guerre. A cela se rapporte le discours des Rhodiens à Démétrius (*) le preneur de villes, pour le tableau de l'Ialysus, discours exprimé ainsi en latin par Aulu-Gelle : « Quel motif te porte à ensevelir ce tableau sous des ruines fumantes? Si tu triomphes de nous, toute la ville est à toi, et avec elle le tableau intact; mais si tes efforts sont inutiles, prends garde qu'on ne dise, à ta honte, que, n'ayant pu vaincre les Rhodiens, tu as fait la guerre aux mânes de Protogène " » (Lib. XV, cap. xxxi). Polybe dit que c'est le propre d'un esprit violent, de détruire des choses qui, détruites, n'enlèvent point à l'ennemi ses torces, et n'apportent pas d'avantage au destructeur : tels que les temples, les portiques, les statues et autres choses semblables (Lib. V). Marcellus, loué pour cela par Cicéron, épargna tous les édifices de Syracuse, publics et privés, sacrés et profanes, comme s'il était venu pour les défendre avec son armée, non pour les conquérir » (In Yerr.y lib. IV). Le même dit ensuite : « Nos ancêtres leur laissaient les choses
(•) Voyez là-dessus Pline, Hist, Sat., lib. VII, cap.xxxviii, et lib- XXXV, cap. x; et Plutarque, Vie de Démétrius. La même pensée se trouve dans la lettre de Bélisaire, rapportée par nous tout à l'heure. G. * « Démétrius, dit Aulu-Gelle, un des plus illustres capitaines de son siècle, assiégeait la capitale de la fameuse île de Rhodes, ville très-belle et très-riche en chefs-d'œuvre de Tart. L'habileté et l'expérience de ce général dans l'art des sièges, et l'invention de plusieurs machines savantes, loi avaient fait donner le surnom de Poliorcète. Durant le siège, ilaTait formé le projet d'attaquer, de saccager et de livrer aux flammes qneiqaes édiflces publics, situés hors des murs, et qui n'avaient qu'une très-faible garnison. Un de ces édifices renfermait le fameux tableau de nalysuft, dû au pinceau du célèbre Protogène; ce chef-d'œuvre excitait Fenvie et la colère de Démétrius. » Les Rhodiens envoyèrent au preneur de tiUeSy des députés chargés de lui dire les paroles citées dans le texte. Dès qu'il les eut entendues, Démétrius leva le siège, épargnant à la fois et la ville et le tableau. Kuils Attiques, liv. XV, § xxxi, traduction de Chaamont, Flambard et Buisson, édit. Garnicr (frères), 1863, l, n, p. 269 et 270. P. P. F.
qui paraissaient agréables aux vaincus, et qui nous semblaient de peu d'importance » (Lib. IV).
VI: — 1 . De même que cela doit être observé à l'égard de toutes les choses d'embellissement, pour la raison que nous venons de dire, de même on le doit encore par une raison particulière, à l'égard dés choses qui oui été consacrées aux usages sacrés : car, bien que ces choses, comme nous l'avons dit ailleurs, soient publiques en leur manière, et que couséquemment elles soient impunément violées par le droit des gens, cependant, s'il n'en résulte aucun péril, le respect des choses divines conseille (*) que de tels édifices et leurs dépen-
(*)j Polybe dit ^Excerpt. Peiresc.) : « C'est une marque de souveraine folie, que d'outrager les dieux pour satisfaire ton res^ntiment contre les hommes (a). » Et il a certes raison ; car Sévère, au rapport de Lampride, a exprimé aussi dans un rescrit, a qu'il vaut mieux qu'on rende I Dieu un culte religieux, quel qu'il soit, dans un temple, que à ee lira était livré à des gens qui y tiendraient un cabaret. » Pline (Hist. Aàl., lib. XVI, cap. XL) dit d'Annibal, qu'il épargna le temple de Diane à Stgonte. «r Nous n'enlevons pas aux ennemis étrangers les temples de leurs dieux, » lit-on dans Appien {Bell, civ., lib. Ifij. L'auteur latin de la vie d'Agésilas dit de ce personnage : « Ce ne fut pas seulement en Grèee qu'il respecta les temples des dieux, mais encore, chez les barbares, il conaenra avec le plus grand respect leurs images et leurs autels. Aussi disait-il qu'il s'étonnait qu'on ne rnngeât pas au nombre des sacrilèges, ceux qui faisaient du mal aux vaincus qui suppliaient les dieux ; ou qu'on n'infligeât pas des peines plu;^ graves à ceux qui avaient diminué le respeet dû à la divinité, qu'à ceux qui avaient dépouillé les temples, n Sur la modération d'Agésilas à cet égard, voyez aussi Plutarque. Le même, dans la Vie de Syllai accorde la même louange à beaucoup de Romains. « Hs rappelaient à leur mémoire, les uns Flaminius, les autres Manius Aquilius, et Eoiilius Paulus; dont le premier, lorsqu'il chassa Antiochus de la Grèce, et les deux autres, après avoir vaincu les rois de Macédoine, non-seulement épargnèrent les temples des Grecs, mais encore Ica ornèrent et les enrichirent de dons, et de beaucoup d'honneurs, et augmentèrent le respect qui leur était du. » Ajoutez aussi VitruTe»
(a) Je ne trouve nulle part dans Polybe, les paroles mêmes que notre auteur cite au commencemeot de cette note. Mais il y a un sens semblable en deux endroits des Excerpta PeirescianOy p. 66 et 169. (B.)
dances soient conservés, surtout entre ceux qui servent le même Dieu en vertu de la même loi, quand bien même, par hasard, ils sont en dissidence sur certains sentiments ou rites (Sylvest., De bello^ P. III, n. 5).
2. Thucydide dit qu'il y avait parmi les Grecs de son temps, une loi qui ordonnait que « ceux qui faisaient irruption sur le territoire ennemi^ s'abstinssent de toucher aux lieux sacrés. » Tite-Livedit que lorsque Albe fut détraite par les Romains, on épargna les temples des dieux. Silius, livre XIII, parle ainsi des Romains à la prise de Gapoue : « Voici qu'un respect soudain parcourt leurs poitrines, sans qu'ils se communiquent leur sentiment ; apaise par un souffle divin leurs âmes farouches, et leur défend de vouloir apporter la flamme et les torches, et de réduire en cendres les temples sous un seul bûcher. » Tite-Live raconte qu'on avait dit contre Q. Fulvius le Censeur, « qu'il commettait, en se servant des décombres des temples, un sacrilège dont le peuple romain deviendrait responsable; comme si, en tous lieux, les dieux immortels n'étaient pas les mêmes, et que l'on pût approprier les dépouilles des uns au culte des autres » (Lib. XLII). Marcius Philippus étant arrivé à Dium, ordonna de poser le camp sous le temple même,
'ib. Il; Dion, lib XLII; Plutarque, Vie de César; Brodaeus, MiseelL, lib. V. Gabaon, le Maure, quoique n'étant pas chrétien lui-même, voulait que Ton respectai les églises des Chrétiens, ce que ne Taisaient pas ^ Vaodales ; et il espérait que le Dieu des Chrétiens, quel qu'il Tût, (Irriterait contre eux pour cela, Procope atteste ce fait, Vandalie , '<b- I. ]1 dit aussi, Persic, lib. II, que le roi de Perse Chosroës, qui o'était pas chrétien, épargna l'église des Chrétiens d'Antioche. Justinien Clément, comme le raconte le même historien, Vandalie.^ lib. II, n'osa patf retenir en sa possession les chost^ que Vespasien avait enlevées IB temple de Jérusalem et apportées à Rome, et qui, trouvées à Rome, aTaieot été portées en Afrique par Gizéric. Le juif Benjamin, dans son Itinéraire, nous apprend le respect que les Mabométans ont conservé pour le lieu où se trouvaient enfermés les ossements d'Ezéchiel et des trois compagnons de Daniel. Grotids.
afin de prévenir toute profanation de ce lieu sacré (lib. XLIV). Strabon raconte que les Tectosages, qui, avec d'autres, avaient pillé les trésors de Delphes, avaient, de retour chez eux, consacré cet argent, en y ajoutant quelque chose déplus, pour apaiser la divinité (Lib. IV). 3. Pour en venir aux Chrétiens, Agathias rappelle que les Francs avaient épargné les temples, comme étant de la même religion que les Grecs (Lib. II]. Bien plus, on a eu la coutume d'épargner même les hommes, à cause des temples. C'est ce qu'Augustin loue, en ces termes, dans les Goths, conquérants de Rome (*) — pour ne pas citer les exemples des nations profanes, qui sont nombreux, puisque les écrivains appellent cette coutume « un droit communément établi par les Grecs * (Diod., lib. XIX) : — « Les lieux saints des martyrs (**) et les basiliques des apôtres en rendent témoignage^ elles qui reçurent , dans celte dévastation, les vaincus qui s'y réfugiaient, venus des rangs des fidèles et d'ailleurs. Partout autre part l'ennemi souillé de sang sévissait ; là, la fureur du carnage recevait des bornes ; c était là que les ennemis compatissants canr duisaient ceux qu'ils avaient épargné même en dehors de ces lieux — je préfère « gu'i/5 »' (***), car il distingue
(*) Sous l'arrien Alaric, dont Taction mémorable suivante est racontée dans Cassiodore, iih. XII, cap. xx. a Le roi Alaric ayant vu Tenir les vases sacrés de l'église de Saint-Pierre, que ses soldats lui apportaient, ordonna, dès qu'il eût suce que c'était, sur la question qu'il avait faite, qu'ils fussent rapportés sur le seuil sacré par ceux qui les avaient pris, afin d'expier par la manifestation d'un respect profond, la faute que la convoitise et la passion du pillage avaient fait commettre. » G.
(**) Isidore a copié ce |>as8age, Chronic. Gotthic, sur Tan 447.
* « lllo ducehantur à miserantibus hoslihus, quibus — malim
9Ut,dilGrolius, et, en effet, il faut nécessairement corriger ici gut^ui par ^t, car Saint-Augustin distingue ceux qui étaient modérés d'avee ceux qui étaient plus impitoyables — etiàm extra illa loca peperceranit ne ineos incurrerent, quisimilem misericordiamnon haberent.., ■ P. P. F.
{***) Orose, qui rapporte la même histoire (lib. VII, cap. xxviii),inooire que c'est tout à fait ainsi qu'il faut lire. <;.
LIYRE m, CHAPITRE XII. ?85
ceux qui étaient modérés d'avec ceux qui étaient plus impitoyables — de peur qu'ils ne tombassent entre les mains de ceux qui n'auraient pas pour eux la même miséricorde. Aussi, tout cruels et tout disposés à sévir à la munière des ennemis qu'ils fussent ailleurs^ ils n'étaient pas plus tôt arrivés (*) à ces lieux sacrés, où l'on avait défendu ce que le droit de la guerre permettait autre part^ que toute leur rage et la passion qu'ils avaient de faire des pisonnierSj se dissipait et se calmait » (Lib. I, De civit, Dei).
VIL — 1. Ce que j'ai dit des choses sacrées doit s'entendre de même des choses religieuses, même de celles qui ont été construites en l'honneur des morts; car bien que le droit des gens accorde l'impunité à la colère s'exerçant sur ces choses, elles ne peuvent être profanées sans violer l'humanité. Les jurisconsultes disent que ce qui est dans l'intérêt de la religion, doit être d'une très-grande considération (L. 43, Dig., De reli- ^tons). Il y a une pensée pieuse d'Euripide, dans les '^ftnjennes^ tant pour les choses religieuses que pour les choses sacrées : « Tout homme qui ravage les villes, les demeures consacrées aux dieux mânes et les temples, n'est doué d'aucune prudence, car le fléau d'une ruine semblable l'attend lui-même. » Apollonius de Tyane interprète ainsi la fable du ciel assiégé par les géants (**) :
(*) Les Goths qui assiégeaient Rome, suus Viligès, épargnèrent ces
Bèmet basiliques des apétres, suivant le témoignage de Procope, Gotthie,,
Kb. II. Les Itarbares même, non chrétiens, trouvèrent aussi un asile dans
<le tels lieux. Voyez Zosime, lib. IV, au sujet des Tomitains. Ajoutez une
loi des HelTétiens, rapportée par Simier. Voyez Nicétas, dans la Vie
^Àkxis, fUs de Manuel; et le même, De Andronico, lib. I, dans l'endroit
où il blâme les Siciliens d'avoir profané les Eglises des habitants d'An-
Ciocbe. Grotius.
(**) Cooome Diodore de Sicile en explique une autre, relative à £|H;pée [a). G.
a) Il n'y a poini du fable dont l'historien donne une explication, n rapporte
« Ils avaient forcé les temples et les demeures des dieux. » Suivant Statee, Annibal est sacrilège, a pour avoir con^ fondu les autels des dieux avec sa torche^. »
2. Scipion, après la prise de Carthage, fait des présents à ses soldats, a exceptant ceux qui s'étaient rendus coupables envers le temple d'Apollon^ » dit Appien [Punie.). César, comme le raconte Dion, n'osa pas abattre un trophée élevé par Mithridate, a comme étant consacré aux dieux de la guerre d (Lib. XLIIj. Marcus Marcellus, retenu par le scrupule, ne toucha pas aux choses que la victoire avait rendues profanes, dit Cicéron, dans sa quatrième Verrine ; et dans le même endroit il ajoute, qu*il y a des ennemis qui observent dans la guerre les droits de la religion et des usages. Le même a dit ailleurs que la guerre de Brennus faite au temple d'Apollon, avait été impie. Tite-Live appelle abominable, et pleine d'insolence envers les dieux, l'actiort de Pyrrhus qui avait pillé les trésors de Proserpine. Diodore qualiiie d'impiété et de sacrilège, un fait semblable d'Hiinilcon (Lib. XIV). Le même Titc-Live appelle sacrilège la guerre de Philippe, comme étant faite aux dieux supérieurs et infernaux ; il dit aussi que c'est une fureur et une suiie de crimes, Florus dit du même : « Philippe dépassant le droit de la victoire, exerça sa fureur contre les temples, les autels, les tombeaux (*). » Polybe touchante cette histoire, ajoute cette appréciation : « Détruire des
* Il les incendia — dit Gronovius, qui cherche à expliquer le mot « miseuit n du texte ^ et n'en laissa qu'un amas confus de raines et de cendres. P^P. F.
(*) Un fait semblable de Prusias est sévèrement condamné par Polybe, dont les paroles ont été conservées par Suidas, au mot Prusicu, et diu les Excerpta Peiresciana, 6.
tout simplement qu'Epopée, roi de Sicyone, détruisait les temples et les aniete, et il a|>pelle cela faire la guerre aux dieii\. C'est dans le^ Kxeerpla publiée* par Henri de Valois, p. 2*21. (B.)
choses qui ne pourront nous servir pour la guerre, et dont Uk destruction i\e causera aucun préjudice aux mnemis^ \ts temples surtout, ainsi que les statues et autres ornements semblables qui s'y trouvent j qui niera que ce ne soit k fait d'un caractère violent, d*un esprit égaré par la rage? jo Et, dans le même endroit, il n'admet point l'excuse du talion.
VIII. — 1 . Au reste, quoique ce ne soit proprement pas de notre sujet de rechercher ce qu'il est avantageux de foire, mais de ramener la licence sans contrainte de k guerre à ce qui est naturellement licite, ou à ce qui est le meilleur parmi les choses licites ; cependant la vertu elle-même, avilie dans ce siècle, doit me pardonner, si, la voyant méprisée en elle-même, je relève son mérite en représentant les biens qu'elle produit ^ Ed premier lieu, donc, cette modération appliquée à la conservation des choses qui ne servent point à prolonger la guerre, enlève à l'ennemi une arme puissante : le désespoir. Il y a un mot d'Archidamus dans Thucydide : « Ne croyez pas que le pays de l'ennemi soit autre chose qu'un otage, d'autant plus sûr qu'il sera mieux
* Voici la paraphrase de Barbeyrac : « Notre dessein, dans cei ouvrage, i*cst pas proprement de donner des règles de politique, ou d'examiner ce fi'ilett avantageux de faire ou de ne pas faire; mais seulement de ra- ■Mcr la iicence de la guerre à ce qui est permis par le droit naturel, ou eeqii est le meilleur entre les choses permises. Cependant le peu de cas fi'oB fait aujourd'hui de la vertu me donne lieu de croire que je puis, an la choquer, tAcher de la rendre estimable aux yeux des hommes pur les avantages qu'elle procure, puisque, de la manière qu'ils sont àtpuii, elle n'a pas par elle-même assez d'attraits pour gagner leurs ccin... » Ce paragraphe de Grotius inspire la méditation. Grotius constate ^ ta vertu n'est plus estimée de son temps, et il s'en plaint. Combien tf'aitres avant lui ont jeté un regard mélancolique sur le passé, en regretlnC ta chimérique vertu des siècles éteints! De nos jours, aussi, le temps prissent a ses censeurs moroses, et c'est ainsi que les générations se succèdent sur la srène du monde, en regrettant un idéiil qui ne s'est jamais réalisé. P. P. F.
cultivé. Il nous faut donc ménager ce pays le plus possible, dans la crainte que le désespoir ne rende les ennemis plus difticiles à vaincre. » Ce fut par un semblable conseil qu'Agésilas (*) laissa aux Acarnaniens, contrairement au sentiment des Acbéens, toute liberté de semer, disant que plus ils auraient semé, plus ils seraient portés à la paix (Xénophon, Hist. Grxc.j lib. IV)- C'est là ce que dit la satire : « A ceux que l'on dépouille il reste les armes, » Tite-Live racontant la prise de Rome par les Gaulois : « Il avait plu, dit-il, aux chefs des Gaulois, que tous les édifices ne fussent pas brûlés, afin que ce qui pourrait rester de la ville, fût un gage qui servit à fléchir les esprits des ennemis. »
2. Ajoutez que pendant la durée de la guerre, cette conduite est un préjugé d'une grande confiance c|u'on a de remporter la victoire ; et que la clémence est propre d'elle-même à calmer et à concilier les esprits*. Auni-
0 Plutarque en fuit aussi menlion dans sa Vie d\{yésiias. G.
< Inclinons nous meure ici devant respiil de mansuélude et d'homanilé qui anime les tliéorics de (îrolius. Ilallaui expose ainsi le conteott de ce chapitre : « On doit éviter tout dr'.àt inutile, tel que la de»tructioD d'arbres, di* maisons, surtoi.t d'édiliccs publics ri d'urnenicnt, tt de tout ce ([ui ne sert pa> à la guerre et ne ten<l point à la prolon(?er, comme les tableaux, statues et objrts d*ai t. On doit, par les mêmes motifs, et méaiie par des motifs piu3 puissants, épargner les temples et les tombeaux. Quoique l'objet de Grutius ne soit pas de poser des maximes |K>litiques, il ne peut s'empêcher ici d'indiquer plusieurs considérations de coDvenaoee, qui doivent nous engager à restreindre la licence des armes, dans let limites de la loi naturelle. » Ilist. de la liltér. de l'Eur,, 1840, l, III, p. 310. — Il a été déjà constaté, dans les annotations précédeules, que dans notre théorie moderne, le droit de conquête ne |)eut porter aucune atteinte aux propriétés particulières. La guerre n'étant qu'une relation d'Ëtat à Ëtat, il en'résulle<|ue celui des belligérants qui fait des conquêtes sur l'autre, ne peut acquérir plus de droits que celui dont il prend la place ; et que de même que l'Etat envahi ou vaincu n'avait aucun droit sur les propriétés particulières, de même aussi l'État envahis<:ant on vainqueur ne peut exercer légilimement aucun droit sur ces propriétés. Tel est aujourd'hui le droit public de l'Rurope, dont les maxicoes ont
bal, dans Tite-Live, ne commet aucun dégât dans le territoire de Tarente. « Il était facile de voir, dit Thistorien, que c'était moins un effet de la modération des soldats et du général, que du désir de gagner les esprits desTarentinsï (Lib. XXIV). Pour une raison semblable, Auguste César s'abstenait de piller les Pannoniens. Dion en donne pour motif « qu'il espérait se les lier de cette manière, sans recourir à la force » (Lib. XLIX). Polyen dit qu'entre autres avantages, Timothée gagnait, par la vigilance que nous avons racontée plus haut, « U7ie gronde bienveillance de la part des ennemis eux-mêmes » (lib. III). Après avoir rappelé de Quintius et des Romains qui étaient avec lui ce que nous avons dit plus
corrigé la barbarie des anciens usages, qui soumettaient aux lois de la gaerre les propriétés privées aussi bien que les propriétés publiques. ToirVATTEL^Xe Droit des gens, liv. UI, chap. ix, édit. Guillaumin, 1863, t.n],p.35. « Par l'ancien droit des gens, dit Wheaton, même ce qu'on
ippehil res sacra, n'était pas exempt de capture et de confiscation
liiidaDS l'usage moderne des nations qui a maintenant acquis force de
iii) les temples de la religion, les édifices publics affectés au service
Qvil seulement, les monuments d'art, les dépôts de la science sont
cicoptés des opérations générales de la guerre. La propriété privée sur
terre est aussi exempte de confiscation, à l'exception de celle qui peut se
ttBTertir en butin dans certains cas, quand elle est enlevée à Tenhemi
^ les camps ou dans les villes assiégées, et à l'exception des contribu-
lÎMi militaires levées sur les habitants d'un territoire ennemi. Celte
cumpUon s'étend même au cas d'une conquête absolue et sans réserve
A^pay» de l'ennemi... » Éléments du Dr. internat., 1858, t. H, p. 5;
ÎATTEL, Le Droit des gens, liv. Ifl, chap. ix, édit. Guillaumin, 1863,
t III, p. 35; Klîjber, Dr, des gens mod. de VEur., l 250-253, édit.
€ifllaamiD« t861, p. 321 etsuiv.; Martexs, Précis du Dr. des gens
aotf. de VEur., i 279-282, édit. Guillaumin, 1864, t. II, p. 247 et suiv.;
etIeiiiotetdeM. Ch. Vergé; Massé, Le Dr. commerc. dans ses rap'
farts acee le Dr. des gens, éû'ii. Guillaumin, 1861. t. I, p. 124. Voir
diBf les Éléments du Droit international de Wheaton, l'exposition de
il question relative à la restitution des ouvrages d'art du musée du
Loavreà Paris, en 1815, aux pa)s d'où ils avaient été pris pendant les
guerres de la Révolution française 'nlil. 1858, l II, p. 13 et suiv.).
haut (*), Plutarque ajoute : a Ils recueillirent bientôt après le fruit de cette modération. A peine entrés dans la Thessalie, ils virent toutes les villes se donner à eux. Les Grecs situés en deçà des Thermopyles brûlaient de voir arriver Quintius; les Achéens, renonçant à l'alliance de Philippe, s'unirent avec les Romains pour lui faire la guerre.» Frontin raconte de la ville des lingons, qui avait échappé au pillage qu'elle craignait, dans la guerre faite sous le commandement de Géréalis et les auspices de Domitien contre le Batave Civilis et ses alliés, qu'ayant été respectée contre son attente, elle n'avait rien perdu de ses biens, et que ramenée à l'obéissance, elle lui livra soixante-dix mille hommes armés b (Lib.IV, cap. m).
3. Conseils contraires, résultats contraires aussi. Titelive en donneun exemple dans la personne d'Anuibal : « A la fois avare et cruel, il prit le parti de piller les places qu'il ne pouvait défendre, afin de ne laisser à l'ennemi que des ruines : mesure dont le principe était odieux, dont le résultat ne fut pas moins funeste. En effet, ces traitements indignes lui aliénèrent et ceux qui en étaient les victimes, et ceux, en plus grand nombre, qu'un tel exemple menaçait eux-mêmes » (Lib. XXVI).
Or, je tiens pour très-véritable ce qui a été remarqué par quelques théologiens [JEgu). Regius, De actibus «ipern.y Disp., xxxi, Dub,^ vu, il. 127)^ qu'il est du devoir des puissances supérieures et des chefs, <|ui veulent passer pour chrétiens devant Dieu et devant les hommes, de prévenir ces violents pillages de villes, et tous excès seinhlables, qui ne peuvent se terminer sans causer des maux très-cruels à un grand nombre d'innocents, el souvent profitent peu à l'objet principal de la guerre; de sorte que la bonté chrétienne, presque toujours, et
v') C'est-à-dire, de T. Quintius Fiamininus. G.
UVRE III, CHAPITRE XïII. 291
la justice elle-même aussi, la plupart du temps , les repoussent avec horreur. Le lien des Chrétiens entre eux est assurément plus fort que ne le fut autrefois celui des Grecs, dans les guerres desquels il avait été défendu par un décret des Amphyctions, de détruire aucune ville grecque. Et les anciens racontent que nul acte de sa vie ne causa à Alexandre le Grand de plus vif repentir, que d'avoir détruit Thèbes.