SOUVERAINETÉ
I. Jusqu'à quel point la justice interne permet-elle que la souTerainelé soit acquise. — II. Qu'il est louable de s'abstenir de ce t'roit à Tq^ud des vaincus. — HI. Soit en les mêlant aux yainqueun; — IV. Soit en laissant la souveraineté à ceux qui l'avaient eue ; — V. Qaelqudéii en plaçant des garnisons; — VI. Ou même en imposant des tributs et autres charges semblables. — VU. L'avantage qui résulte de eeltt modération est indiqué. — VIII. Exemples i l'appui ; et du ehaigB* ment de la forme du gouvernement chex les vaincus. — IX. Que s'il faut s'emparer de la souveraineté, on fait bien d'en laisser une ptrtie aux vaincus. — X. Ou, du moins, une sorte de liberté. — XI. Priiei* paiement à l'égard de la religion. — XII. Que, du moins, il Tant qve les vaincus soient traités avec clémence; et pourquoi?
I. — L'équité qui est exigée, ou l'humanité qui est louée envers les particuliers, le sont d'autant plus à l'égard des peuples ou des portions de peuples, que l'injustice et la bienfaisance exercées vis-à-vis d'un grand nombre de personnes, se font plus remarquer (Victoria, De jure bclli^ n. 38 et 59) ^ Comme les autres choses
* Hallam résume ainsi ce chapitre : a L'acquisition de la souverainclé qui appartient à un peuple vaincu, ou à ses chefs, est non-seulement légitime en tant qu'elle est justiQée par le châtiment qu'ils ont mérité, ou ptr l'étendue de nos propres perles, mais encore en tant qu'il y a néceaaîlé d'assurer notre propre sûreté. C'est un point dont il est souvent dangereux de se départir par excès de clémence. Un conquérant fait preoYe de modération en incorporant les vaincus avec ses propres sujets inr
• LIVUE III, ,;ILU'LTL1K W. 315
, peuvent âtre ticquisus par une. ^tii-ie jiisLe, de méiiie on 'peut acquérir le droit de celui qui règne sur un peuple, et le droit que le peuple lui-même n par rapport à la
d'igilil^. ou «n leur iKluanl leur indépendincc, «auf è prendre des
■ulion* riisonnal)i«« pour sa pro|ire lûrclÊ. S'il jr h daTi(;er i leur
ET taule Mtte latitude, on p*iit du mains conserver leun lois civiles
ainti que teuri mogitlntures iiiunii;i|)Blet. cl, surtout, le libre exereiee
et leur religion. Les conquèranls sgiiEenl, en général, dsus leur intérêt
fenonnel, «ulani que itan» celui de leur ré|iutalion, en faisaot ud usage
dou de lenrs aiantaget. n Uiii. de la titliiral. de l'Kur., 1. 111,
f. Jll. On peut rapprocher de relie parlie de l'tcutre de Urolius, 1m
(ki(itr«i III i VMi du Prince de Machiavel. < Un Ëtat qui en a coniiDis
IDUlra, dit Honiesquieii, le traite d'une desqualre maniées suivaules:
Dantitina i< le fouverner selon ses lois, et ne prend pour lui que l'exer-
t«e dn gouverneoienl politique et civil ; ou il lui donne un nouveau guu-
wmneit politique et «vil; au il dèlniil la société et la dteperie dans
fHlm; ou enlln il exlermine tous lea citoyens. La première manière
'MualWnw au droit des gêna que nous luivons aujourd'hui; la qua-
tritawBU pins conforme nu droit des gens des Rumains. s Eiprit des
Mr. Dv. X, diap. m. C^ercbant à «raci^rîier les effets de la eonqu«ie
Amiim aièclei m o'Iernr^, Benjamin Cooitant fait les ripprochemenls
■intiu : « On ne réduit paa les vaincus en esclavat^'e, no ne lea dé-
TMlHe yu de la propriélA de leurs terres, on ne les condamne point »
tadlUverpauc d'autres, on ne lesdéclare pas une race subardonnéi',
■ffnMinl aux vainqueurs. Leur situation pareil donc A t'exlérieur
flitaMnblequ'auirerois. Quand l'orage est passé, tout semble rentrer
targrdre. Les cités sont debout; les marchés se remplissent; les buu
■l)MM rouvrent; et sauf le pilla(ie aceidenUI. qui est un malheur deia
"malaDce, saur l'insolence habtluelle. qui est un droil de la vïrloire,
BiT l«s eontribuiions, qui, métbodiquemenl imposées, prennent une
tea ipporeMC de régularité, et qui cessent, ou doivent cesser lora-
tMb conquête est arcomplie, on dirait d'abord qu'il n'y a de changé
fMlHnom*et quelques formes. Entrons ntnnmuins plus profunitéineni
' a b qneuiaB.
lU MBilutlB.ehezIes anciens, délruisait souvent les na lions entières;
iiipimdellene les délruisnii pas, elle laissait intacts lous les objets
ratt>eb*inenl le plus vif des hommes, leurs mœurs, leurs lois, leurs
fM, buM dieux. Il n'en est pas de même dans les temps modernes.
nnilé de la civilisalion cal plus lourmenlantc que l'oriiueil de la bar-
«... Le* cooquéranu de l'antiquité, selisfails d'une obéissanoe g^né-
. ne l'inroruiaienl pas de la vie domestique de leurs esclaves, ni de
souveraineté ; mais, bien entendu, autant que le comporte la mesure du châtiment né du délit, ou celle de quelque autre dette. A quoi il faut ajouter le but d'éviter
leurs relations locales. Les peuples soumis retrouvaient presque ea entier, au fond de leurs provinces lointaines, ce qui constitue le chimie de la vie : les habitudes de l'enfance, les pratiques consacrées, cet enlav* rage de souvenirs, qui, malgré l'assujettissement politique, conserve à m pays l'air d'une patrie. Les conquérants de nos jours, peuples oa prineee, veulent que leur empire ne présente qu'une surface unie* sur laquelle l'œil superbe du pouvoir se promène, sans rencontrer aucune inégalilé qui le blesse ou borne sn vue. Le même code, les mêmes mesures» les mêmes règlements, et, si l'on peut y parvenir graduellement, la méoie langue : voilà ce qu'on proclame la perfection de toute organisation sociale. La religion Tait exception; peut-être est-ce parce qu'on la iné|»rite, la regardant comme une erreur usée, qu'il faut laisser mourir ei paÎL^ Sur tout le reste, le grand mot aujourd'hui, c'est V uniformité,.. Il ea résulte que les vaincus, après les calamités qu'ils ont supportées daai leurs défaites, ont à subir un nouveau genre de malheurs. Hs ont d'abord été victimes d'une chimère de gloire, ils sont victimes ensuite d*Me chimère d'uniformité. » Cours de politique eonstitutionneUe, édiU Giiillaumin, 1861, t. Il, p. IGTetsuiv.
J'ai démontré dans mes annotations sur Vattel, que suivant Tesprit public de cette seconde moitié du xix« siècle, les guerres de eonqnéks sont devenues impossibles. Voir, notamment, le tome II de rédilion dv Droit des gens de Vattel, 18G3, p. 36U et suiv. «Les peuples guerriers de l'antiquité devaient pour la plupart à leur situation leur esprit belliqueux. Divisés en petites peuplades, ils se disputaient à main armre un territoire resserré. Ceux qui ne voulaient pas être conquérants, ne pouvaient néanmoins déposer le glaive sous |>eine d'être conquis. Tous achetaient leur sûreté, leur indé|)endance, leur existence entière au prix de la guerre. Le monde de nos jours est, sous ce rapport, l'opposé da monde ancien. Tandis que chaque peuple, autrefois, formait une famille isolée, ennemie née des autres familles, une masi« d'hommes existe maintenant, sous dilTérents noms et sous divers modes d'organisation sociale, mais homogène par sa nature. Elle est assez civilisée pour que la guerre lui soit à charge. Sa tendance uniforme est vers la paix. La tradition belliqueuse, héritage de temps reculés, et surtout les erreurs des gouvernements, retardent les effpts de cette It^ndance; mais elle fait chaque jour un progrès de plus. Les chefs des peuples lui reodenl hommage ; car ils évitent d'avouer ouvertement l'amour des conquêtes, ou l'espoir d'une gloire acquise uniquement par les armes... Un gouver-
un grand péril. Mais cette raison, qui est la plupart du temps mêlée avec les autres, doit être cependant ellemême prise particulièrement en considération, et dans les conditions de la paix, et dans l'usage de la victoire. Car en matière de toutes autres choses, on peut relâcher de son droit par compassion. Mais dans un danger public, la sécurité qui dépasse les bornes est de la dureté de cœur. Isocrate dit à Philippe : « Les Barbares doivent être subjugués aussi longtemps qu'il le faudra pour mettre en sûreté votre pays. »
II. — 1 . Crispus Salluste dit des anciens Romains : iNos pères, les plus religieux des mortels, n'enlevaient aux vaincus que le pouvoir de nuire » (Conj. Caiilin,] ; pensée digne d'être proférée par un Chrétien, avec laquelle s'accorde le mot suivant du même auteur : a Les sages font la guerre en vue de la paix, et supportent la fatigue avec l'espoir du repos. » Aristote avait dit plus d'une fois, que « la guerre a été imaginée pour avoir la pair, et i'itiquiétude des affaires pour se procurer la Iran- ^mité o (De Rep.j lib. VII, cap. xiv, xv; et Ethic. ad ^(icomach., lib. X, cap. vu). Et Gicérou ne veut pas autre chose, lui dont voici une très-pure maxime : <c Que la guerre soit entreprise de telle sorte, qu'il paraisse qu'on n'ait en vue que la paix » (De offic.y lib. I). Du même est aussi la pensée suivante, qui est semblable : a Les
neoMOt qai parierait de la gloire militaire comme but, mécoonaitrait oa
■^serait l'esprit des nations et celui de Tépoque. Il se tromperait d'un
■iJlier d'années... Nous sommes arrivés à l'époque du commerce, é|K>que
ffni doit nécessairement remplacer celle de la guerre, comme celle de la
guerre a dû nécessairement la précéder... » {Cours de polit, eonstit.^
1861, t II, p. 139 et suiv.). L'expression universelle de l'opinion pu-
Miqœ en Eorripe, en présence de la récente guerre entre la Prusse et
/'Aytricbe, et la réprobation unanime dont la guerre injuste contre
riiénM<|ae Danemark avait été auparavant l'objet, prouvent que ces belles
paroles de Benjamin Constant n'ont rien perdu de leur actualité.
guerres doivent être entreprises en vue de vivre dans la paix, à l'abri de l'injustice. »
2. Tout cela ne s'éloigne pas de ce que nous enmgnent les théologiens de la vraie religion, que la fin de la guerre est de détourner ce qui trouble la paix (Thox., II, 2, Quxst, XL, art. 1 , ad 3 ; Wilh. Matth., De Bell. Sec. requis., Qumsl. vuj. Avant les temps de Ninus, comme nous avons commencé de le dire ailleurs, d'après Trogne \ la coutume était de défendre les frontières de son empire (^), plutôt que de les étendre ; les royaumes étaient limités pour chacun par l'enceinte de sa patrie ; les rois reclierchaient non le pouvoir pour eux-mêmes, mais la gloire pour leurs peuples, et se contentant de la victoire, s'abstenaient de la domination. C'est où nous ramène autant qu'il peut, Augustin, lorsqu'il dit : a Qu'ils prennent garde que ce ne soit une chose indigne des hommes de bien, de trouver plaisir à étendre son empire (**); » et il ajoute ceci : a II y a plus de bonheur à avoir un voisin vivant avec nous en bonne intelligence, qu'à subjuguer un voisin mauvais qui nous fait la guerre » (De Civil. Deiy lib. IV, cap. xv). Ajoutez que le prophète Amos blâme sévèrement dans les Ammonites eux-mêmes, ce désir d'étendre les frontières par les armes (Cap. I, vers. 13).
III. — La prudente modération des anciens Romains s'est approchée de très-près de cet exemple d'innocence antique. « Que serait aujourd'hui l'empire, dit Sénèque, si une salutaire prévoyance n'eût m(>lé les vaincus aux
* Trogue-Pompéc. P. P. F.
(*) L'empereur Alexandre disait' au roi de Perse Artaxercès : « Chacun doit rester dans ses limites, sans rien innover; et l'on ne doit pu entreprendre des guerres en vue d'espérances incertaines; mais il faut se contenter de ce que Ton a. » Grotius.
(**) Voyez Cyrille, lib. V, contre Julien. \\ loue, à ce titre, let rois hébreux, de ce qu'ils se contentaient de leurs frontières. G.
b<UTRE l![, C1UPITR£ XV. 31|
'vtmqneurs? i {lib. II, De Ira, cap. xxxiv ) a Notre fon-
dateur Romulus, dil Claude, dans Tacite, a été doué de
tant de sagesse, qu'il a eu dans le même jour la plupart
Bades peuples pour ennemis, ensuite pour citoyens »
^H^nnoi., lib. \1). Il ajoute que rien n'avait tant conlri-
^ftué à )a perte des Lacédémoniens et des Athéniens, que
d'avoir repoussé les vaincus comme des étrangers. Tite-
Zive dil que la république romaine s'est accrue en rece-
■vant les ennemis dans la cité (Lib. YUl). Il y en a des
exemples dans les histoires des Sabins, des Albains, des
IiaUns, et d'autres peuples d'Italie; jusqu'à ce qu'enBn
« Citar ait conduit les Gaulois à la suite de son triomphe,
mit dtmx le Sénat. » Cérialis dit dans le discours aux
iaulois qui se trouve dans Tacite : « Q'est vous qui sou-
>eiit commandez nos légions; c'est vous qui gouvernez
!es provinces ou les autres; entre nous rien de séparé,
Sen d'exclusif: a et bienlAt après: «Aimez donc la paix;
mtoorez de vos respects une ville dont, vainqueurs et
raincos, nous sommes également citoyens, n Enlîn ~ ce
lui est le plus admirable — en vertu d'une constitution
d« l'empereur Antonîn, u tous ceux gui se trouvent dans
Imwers romain sont dôvnms citoyens romains; o ce sont
tes paroles d'Ulpien [L. In orbe.. , Dig., De Slal. hom.).
bepuis cela, comme dit Modestin, Rome est ta commune
'foirig {L. Roma..., Dig., Ad municip.). Et Claudien dit
d'elle : « Xous devons tous aux mœurs pacifiqMS de celte
9iiU, d'tire tous une seule nation. »
IV. — !. Une autre sorte de modération dans la victoire, consiste à laisser aux rois ou aux peuples vaincus la souveraineté qu'ils avaient possédée. C'est ainsi qu'Uer- Hile « vaincu par les larmes du jeune Priam, lui dit: Prenez en main lesréues du gouvernement, asseyez-vous, 4levé sur le trAue de vos pères; mais tenez le sceptre Jrec plus de bonne foi [Sésèoce, Troad.). » Le même, s avoir vaincu Nélée, abandonna le royaume fi son
fils Nestor (Euen, lib. IV, cap. v). C'est ainsi que les rois de Perse laissaient la royauté aux rois vaincus (Hérodote, lib. III). Ainsi fit Gyrus au profit du roi d'Arménie. Ainsi Alexandre au profit de Porus (*). Sénèque loue le l'ait de ne rien retirer d'un roi vaincu, à l'exception de la gloire (**) (De Clément.^ lib. I, cap, xxi). Et Polybe célèbre la bonté d'Antigone, qui ayant Sparte en son pouvoir^ laissa à ses habitants la forme du gouvernement de leurs ancêtres^ et la liberté ; il est raconté dans le même endroit, que par ce fait il s'attira les plus grandes louanges dans toute la Grèce.
2. G'est ainsi qu'il fut permis par les Romains aux Gappadociens, d'user de telle forme de gouvernement qu'ils voudraient; et beaucoup de peuples ont été laissés libres après la guerre. « Carthage est libre^ avec ses proprès /où, }> disent les Rhodiens aux Romains, après la seconde guerre puniciue (Tite-Live, lib. XXXVII). Pompée, dit Appien, «laissa libres quelques-unes des nations qu'il avait soumises (***) » (BelL Mithrid.).Ei aux Étoliens qui disaient que la paix ne pouvait être solide, à moins que Pliilippe le Macédonien ne fut chassé de ses États, Quintius répondit ([u'ils avaient parlé sans s'tMre souvenus de la coutume des Romains d'épargner les vaincus. Il ajouta que « contre les vaincus, celui qui est le plus doux a le plus de grandeur d'àme. » Il y a dans Tacite, que (( rien ne fut enlevé à Zorzine vaincu» (Annal. ^ lib. XII).
(*) Pépin laissa la couronne au Lombard Aistulphe. G.
(**j Tout ce passaj^'e mérite d'être vu, ainâi que rendroit où il y a cette belle parole : « C'est triompher même de sa victoire, et montrer hautement qu*on n'a rien trouvé chez les vaincus, qui fût digne da valaqueur. » Une partie de son royaume fut laissée à Tigrane par Ponapée ; Eutrope, lib. VI. Grotios.
[***) Pour savoir quelle était la condition de ces États libres, voyez PoLTBEf Excerpt. Légat., n. 9; Suétone, dans la Vie de César, où il parle de la Gaule. Guillimun (De reb. Helvet.) dit à ce sujet certainei choses qui ne sont pas indignes d'être lues. H.
r.IVRE 111, CHAPITRE XV.
Bf. —Quelquefois, avec lu concession de la s \, on pourvoit en môme temps à la sécurité des vaintars. C'est ainsi qu'il fut décidé par Quintius ('] que rintbe serait rendue au& Acliéens, à la condition ceidant qu'une garnison serait placée dans l'Acrocothe ' ; et que Clialcis et Déméiriade seraient retenues,
e qu'il n'y ei'it rien à cranidre de la part d'Ancbus.
VI. — Souvent aussi l'imposition de tributs ne rerde pas tant le remboursement des dépenses t'ailes, le la sécurité, pour l'avenir, et du vainqueur et du Idcu. Cicéron dit, en s'occupant des Grecs : a Que e considère qu'elle n'aurait jamais été exempte de i ealamité, ni de la guerre étrangère, ni des discordes intestines, si elle n'eût été soutenue par cet empire ; et «qu'elle ne peut d'aucune manière s'en C'
n Bans payer des subsides, qu'elle rachète géléreiuenient d'une partie de ses revenus une paix étercjleetlatranquilliléB (Lib.l, Ad Quint, frair., Epist.,\]\ ^lius Gérialis, dans Tacile, parle ainsi pour les Rotains, devant les Lingons et les autres Gaulois : a Tant blois provoqués par vous, nous n'avons imposé sur i, it litre de vainqueurs, que les cliarges nécessaires B maintien de la paix. Sans armées, en effet, pas de M pour les nations, et sans solde pas d'armées, sans tbuls pas de solde » {Hisi., lib. IV). Au même objet i rapportant aussi d'autres choses dont nous avons l'ait entiou ipiand nous traitions de l'alllunce inégale (Li- »I1, chapitre \v,§vii] : comme de livrer les armes ("), flotte, les éléphants, de n'avoir pas de place forte, B d'armée.
Il Alt ecpeodaril Tiil itmae de celle digposi LHK, Exurpt. Legit , n. '); Plut^hque, Fi> de Ftamitiiui. U. C'tbiil le nom île l'arroiiule du rilailvlle île ('/)rinlhe. H. P . F
'*] Vajrn, relutivemciii uu\ l'i^isvs, Agithixs, IiIi. IV. U.
VIL — I. Or, que la souveraineté soit laissée aux vaincus, ce n'est pas seulement un acte d'humanité, mais souvent c'est encore un acte de prudence. Parmi les institutions de Numa, on loue la disposition qui a voulu que toute effusion de sang fût écartée des sacrifices du dieu Terme : faisant voir par là que rien n'est plus utile pour le repos et une paix assurée, que de se renfermer dans ses propres limites (Plutarque, Quxst. Rom,^ xv). Florus a dit excellemment a qu'il est plus difficile de garder les provinces que de les conquérir ; elles s'acquièrent par la force, elles se conservent pai* la justice;» à quoi ressemble cette pensée qui se trouve dans Tite- Live : a II est plus facile de se procurer séparément plusieurs choses, que de les garder toutes ensemble (Lib. XXXYII); et le mot d'Auguste, dans Plutarque : « Il en coûte moins de conquérir un grand empire, que de le gouverner quand on l'a conquis. » Les ambassadeurs du roi Darius disaient à Alexandre : « Un empire étraDger est chose périlleuse; il est difficile de ne pas laisser échapper ce que vous ne pouvez pas saisir. Il est plus aisé de gagner certaines choses que de les conserver. Combien, par Hercule, n'est-il pas plus facile de prendre quelque chose avec la main, que de la retenir! »
2. C'est ce que l'Indien Calanus (*), et avant lui OEbstrus, favori de Cyrus, expliquaient par l'analogie avec un cuir sec, qui se redresse d'un côté en même temps que vous le pressez avec le pied du côté opposé ; et T. Quintius, dans Tite-Live, par la comparaison d'une tor* tue(**), à l'abri des coups lorsqu'elle s'est retirée dans son enveloppe, exposée aux attaques, et sans défense,
{*) Plutarque en parle dans la Vie d'Alexandre, G.
(**) Plutarque le raconte ainsi : « Les Achéens voulant se rendre Maltrès (le l'île de Zacynthe, il dit, pour les en détourner, que, 8*il8 inetuicil la tête hurs du Péloponèse, ils courraient le même danger que les tortues qui mettent la tête hors de leur carapace. » GaoTios.
(PtTBF. XV. 323
aussitôt qu'elle a fait sortir au dehors une parlic d'ellem?nw (Lib. XXXVI, cap. xxxii). Plaloii, au livre III de WD Trailé des Luis, applique ici le mol d'Hésiode : u La moitié vaut r/iifu.r '/itc le tout, n El Appien remai'qiie que plusiears peuples qui voulaient se placer sous la domination romaine, avaieut été repoussés par les Romnlns; (|u'ii d'autres «n'orne, des roia avaient été donnés. Selon le jugement de Scipion l'Africain, Rome possédait déjà ik sou temps un« si grautle étendue de teiTitoires, qu'on lareit été insatiuble d*eii désirer davantage; trop heureuse de ne rien periU'e de ce qu'elle avait {Valèbe Maxhie, lib. IV, cap. i|I Aussi corrigea-t-elle le chani declAture du lustre, dans lequel les dieux étaient priés d'améliorer et de faire prospérer les afl'aires du peuple soniain, eu y substituant une prit>re pour qu'ils les main- Wnssent per[>étuellement il l'abri des revers ('].
VIU. — Les Lacédémoniens, et au commencement S<8 Athéniens, ne réclamaient pour eux aucune domi- MDition sur lus Ëtuts vaincus ; ils se bornaient à vouloir ■^criu'ils se. donnassent une forme de gouvernement eu ^^■^pporl avec la leur : les Lacédémoniens, sous le pou- ""^■oir des principaux citoyens; les Athéniens, sous la vo- ^oatédii peuple, comme Thucydide, Isocrate, Démos- -MTiiaslhènes nous l'enseignent (Thuctv., lib. 1; tsocH., ■^'anaihtn. ; l)i.iiOffïii.,Omt. de Vhernon.], et Aristote aussi • ui-mérae, au livre IV de son Traité de la Bépubliqw:, ^^apitre xi, et livre V, chapitre tu; (DioconE he SinUB, lili. XIII, nip. xv). Iléniocbus, écrivain de ces temps-là, i iHli<iue cela m^mc, eu ces termes, dans une comédie : n Alors s'avancèrent vers elles deux femmes, qui ont
(*) he Goueul Gauillaou* Julianus se srrt de cette biiloire iliot sa
rc 1 Papieiiua et Bilbinu». tel tiLemiile Toi imîti par Auguste, qui,
flirta le titii de Uioii. > fut luué |>aur n'avoir rier* voulu acquérir de
i. «I puur atuir penié i|Ue l«s |iusïeuiaD&iicli.JJes ttaîenl tufU-
324 LE BROÎT DE LA GUERRE Et DE LA PAtX.
tout troublé. L'une a nom ï Aristocratie^ l'autre la Démocratie; sous l'influence desquelles elles ont été plongées depuis longtemps dans le délire. » Semblable est la conduite que Tacite raconte avoir été tenue par Artaban, à Séleucie : a II donna le peuple à gouverner aux prinapaux citoyens, dit-il, en vue de son propre intérêt; car le gouvernement populaire est voisin de la liberté, la domination d'un petit nombre se rapproche davantage du despotisme d [Annal. ^ lib. VI). Mais la question de savoir si les changements de cette sorte contribuent à la sécurité du vainqueur» n'est point de notre sujet.
IX. — S'il est moins sûr de s'abstenir de toute domination sur les vaincus, la chose peut cependant être tempérée, de façon à ce que quelque portion de souveraineté soit laissée à eux-mêmes, ou à leurs rois. Tacite fait mention de l'habitude du peuple romain, d'avoir même fi des rois pour intruments de sa domination. » Suivant le même, c( Antiochm était le plus riche des rois sujets » (Hisi,, lib. II). a Les rois sujets des Romains, » est-il dit dans les commentaires sur Musonius, et dans Strabon, vers la fin du livre sixième. « Et toute la pourpre, dit Lucain, qui est V esclave du fer latin (*) » '.C'est ainsi que chez les Juifs le sceptre demeura dansle sanhédrin, même après que l'État eût été confisqué sur Archélaùs. Évagoras, roi de Chypre — comme c'est dans Diodore de Sicile (lib. XV) — disait (ju'il voulait bien obéir au roi de Perse, mais comme un roi obéit à un roi. Et Alexandre offrait quelquefois cette condition à Darius vaincu : qu'il commanderait lui-même aux autres, qu'il obéirait à Alexandre (**) {/d.,lib. XVII).
{*) Voyez le Panégyrique en Thonneur de Maximien. G.
* « Toute la pourpre, enfin, soumise au fer de Rome. . . • dit M. Demogeot dans sa traduction de la Pharsale de Lucain, édit. Hachette, 1866, p. 379. P. P. F.
(**) Tels furent autrefois, en Italie, des rois dépeodantfi d'autre* rob; Servius, sur le X* chant de V Enéide. C'est ainsi qu'on lit dans les Penet
BK m, IIILAI'ITIIE w. 335
Pour nous, nous avons parlé ailleurs des manières He mélanger la souveraineté (liv.I,cliap. m, Sxvn;Uv. Ill, chap. TTii. § m]. A. quelques-uns on a laissé une partie de leur Élat, comme on laisse une partie des terres il leurs anciens possesseurs.
X. — Et même, quand toute la souveraineté est enlevée aux vaincus, leurs lois [*), leurs mœurs, leurs magistrats peuvent leur être laissés, en ce qui regarde leurs affaires particulières, el les affaires publiques de peu d'importance. C'est ainsi qu'en Bitliynie, province proconsulaire, la ville d'Apamée euf le privilège de se gouverner à sa volonté ("], comme les lettres de Pline nous l'apprennent (lib. X, Epist. LVl) ; et dans un autre endroit, il dit que les Ditliyniens avaient leurs magistrats, leur sénat (M., Ephl. LXXXin,CXI et CXIII). C'est ainsi que, dans le Pont, la ville d'A.mise se gouvernait suivant propres lois, par le bienfait de Lucullus (M., Epist. XCIII) . LesGoths laissèrent les lois romaines aux Romains T&incus.
XI. — I. C'est un côté de cette indulgenc«,de ne point ittllcver aux vaincus l'exercice de la religion de leurs Ipères (***), à moins qu'ils ne soient convertis ; ce <iui, Irès-
H roM lubordonnét au grand roi. a tl y en a de mjme suivant le Ivinuignage ilc Leuacliviui, lib. XVIll.
GnoTius, (l^gat. ad Caium', : •• Auguste ne iloana pat moins les loïi pro|>rcH li eliiiqu? imllun, que lei lois n>-
In Icttrr LXXXttI Je Plin«, ei 1» l«llre qui suit de Trajuii, II les Perses, rurniait un ËUI dimoc relique; Appien, . Telle fm eliei les Grec», l'umbre de liberU doni ils aRomairiB. Voyci CicÉnos.lilj, VI, Jd JHicum,£pii(.I; - , t'piif. XMV, Il n'élail pas permis de ciler en jusLice e Uijprc bar» de leur Ile. Cicëhu:*, Ad Aititum, lib. V, GaOTius, u'uu Dieu liuelMn'iuc y Mil «dori, que de n'en
326 LE DnUIT DE l.A r.UBBRt ET DE U TAIX
agréablu aux vaincus, ne l'ait \ms non plus ilc vainqueur, ainsi que le prouve Agrippa dans son discours à Caligula, ([ue Pliilon mentionne dnns le nipporl rie sa légation. Et dans Josf>plie, tant Josèplie lui-m^iDe que l'empereur Titus, objectent aux rebelles de Jcrusalom, que, par le bienlait des Romaius, ils jouissaient d'un droit si étendu poui l'exercice de leur culte, qu'ils pouvaient repousser du temple les étrangers, miîme sous peine de la vie.
2. Mais s'il y a chex tes vaincus une fausse religion, le vainqueur prendra légîlimemenl Jes mesures pour que la reli{;ion vraie ne soit pas opprimée; v'vsl ce que Constantin tit après avoir écrasé le parti de licinius, et ce que firent après lui les rois Francs et d'autres roia.
Xll — I . Lu deniièro observation est (|ue, m^m« dans la domination la plus complète et ressemblant à celle du maître sur l'esclave, les vaincus soient traites avec clémence, et de telle sorte que leurs intérêts soient liésaui intérl^ts du vaiuqueur. Cyrus ordonnait aux A&syriciis vaiucus de prendre courante ; il leur disait que l<;ur condition serait la même qu'elle avait élé auparavant -, qu'il n'y aurait que le roi de cbangé; que leurs maisons leur demeureraient aussi bien quu leurs terres ; qu'ils conserveraient leur droit sur leurs épouses, sur leurs entants, comme ils l'avaient eu jusqu'alors; bien plus, que si quelqu'un leur faisait injure, ils l'auraient lui et les siens pour vendeurs (Xénophon, De Cyri instit. , lib. IV). Nous lisons dans Salluste : u 11 parut plus à propos ru peuple romain de se faire des amis que des esclaves , persuadés qu'ils étaient qu'il est plus sur de commander à des);ens , qui le veulent, qu'à ceux qui y sont fortes o ('}. Les
[liiroki de Sévira, C'vsl ainsi qae Ut Gotliit dans Prucope, Coahic-, lib, 11, diseni qu'ils n'ont lavaé |i«rHnne i> «uivte leur teligioa.
Giunas.
{') U'B Liicidéinunivns disaiL . dans Tliucjdiili! [lil. IV} . • Viiat
Bretons, du temps de Tacite , se soumettaient sans murmurer aux enrôlements , aux tributs et aux autres charges de l'Empire, pourMi que l'injure ne s'en mêlât pas : ils supportaient difficilement celle-ci, assez domptés pour obéir, trop peu encore pour être esclaves (Vied'Agricola). 2. Ce Privemate à qui, dans le sénat romain, on demandait quelle paix les Romains auraient à attendre d'eux : « Si vous nous la faites bonne, dit-il, vous l'aurez sûre et constante ; si mauvaise, peu durable ; » et la l'aison en est donnée : « Pouvez-vous croire qu'un peuple, ou un homme enfin, veuille demeurer dans uneconditton qui lui répugne, plus longtemps que de nécessité » (TiTE-LiVE, lib. VIII) ? C'est ainsi que Camille disait que l'empire le mieux affermi est celui où on obéit de bon coeur (TiTE-LiVE, lib. VIII). Les Scythes disaient à A^lexandre : « Entre le maître et l'esclave nulle amitié tt'est possible ; même au sein de la paix subsistent les ^''Xiits de la guerre » (QuI^TE-CuRGE, lib. VII). Hermocï^te, dans Diodore, dit « qu'il n'est pas si glorieux de ^aiiicrequed'user avecdouceurde la victoire» (Lib. XIII). I^a maxime de Tacite est salutaire pour l'usage de la vic- Wre : a C'est finir glorieusement la guerre, que de la terminer en pardonnant. » Il y a dans une lettre de César, dictateur : « Servons-nous d'un nouveau moyen pour vaincre : armons-nous de clémence et de libéralité.
Protons que le meilleur moyen de désarmer les grandes haines, n'est pis qa*après la lutte un des deux partis abuse de sa supériorité pour imposer à l'autre des conditions intolérables; mais, s'il le peut, que faillit preuve d'une équité non inférieure au courage quMl a déployé dans fi Tictoire, il transige de la manière la plus modérée possible. »
Grotius.
328 LE DROIT DE LA 6U£Rll£ ET DE LA PAIX.