LIVRE 111, CHAPITRE XVII
passa. » Plutarque dit de rarmée du Spartiate Agis : « Elle était un objet d'admiration pour les villes, en traversant le Péloponèse avec ménafçement, sans causer de fort à personne, et presque sans bruit {*). » Yelléius dit de Sylla : « Vous eussiez cru qu'il était venu en Italie non pour faire la guerre, mais pour établir la paix, tant, se dirigeant vers la Campanie, il a conduit son armée à travers la Galabre et TApulie avec ordre, en prenant un soin particulier des moissons, des champs, des villes, des personnes » (Lib. II). TuUius parle ainsi de Pompée le Grand {**) : « Ses légions arrivèrent en Asie, sans cpie Ton pût dire que non-seulement les mains, mais même les pieds d'une si grande armée eussent nui à aucun peuple neutre » (Pro lege Manilid). Frontin s'exprime ainsi sur Domitieii : a Lorsqu'il campait sur les frontières des Ubiens, il ordonna de payer le prix des
dant on est heureux de reconnaîlre que la théorie des écrivains dont je 'Viens de parler (a) n*a pas été adoptée entièrement dans la pratique, du moins en ce qui concerne le droit de passage. Je ne crois pas que les peuples, même les plus portés à mépriser et à fouler aux pieds les droits des nations pacifiques, aient jamais réclamé le passage de leurs armées «or le territoire neutre comme un droit naturel, ainsi que le présentent Grotius et ses imitateurs. Souvent il a été exécuté de force, arraché à une nation faible par la menace ou la violence, mais non obtenu comme un droit dérivant de la loi primitive ou secondaire. . Il est facile de reconnaître que tous les exemples puisés dans l'histoire, pour établir le prétendu droit de la guerre, sont, sans aucune exception, des actes d'abus de la force, et que jamais un neutre puissant n'a été soumis à l'exercice de ce droit... ** Des dr. et des dev. des nations neutres, édit Guillaumin, 1858, 1. 1, p. 149 et suiv. Cette longue citation était la meilleure critique des propositions de notre auteur. P. P. F.
(*) Plutarque rend un semblable témoignage à Titus Quintius Flami- Binas. * G.
(**) Et Plutarque : « Ayant appris que ses soldats se conduisaient en ebemin avec licence, il fit mettre un cachet à leurs épées; et celui qui ne l'avait pas conservé, était puni. » G.
(a) Wolff, Bynkershoêk, Vattel, Schiara et beaucoup d'autres, notamment AxQoi et Lampredi. (H.)
342 LE IIROIT UE LA liC'tMŒ ET DE LA i'ALX,
fruiUdu terrain orctipiï par lus retrancliemeiits;ellebruU d'une action si just<: retint tout le monde dans le devoir d (Lib, n,S:rar.,cap.xi). Parlant de l'cspédition d'Alexandre Sévère contre les Partlies, Lampridius dit : n 11 observa une si exacte discipline, il inspira tant de rospecl, qu'on n'appelait point sessotdats des gensde guerre, mais des sénateurs. Partout où ses soldais passaient, les tribuns étaient ceints de leurs armes, les centurions pleins de réserve, les soldats aimables; quant '"i lui, toutes les provinces le recevaient comme un dieu, à cause de tant et de si grands biens qu'il leur taisait, » Le Panégyriiite dit des Goths ('), des Huns, des Alains qui étaient au service de Tbéodose : « 11 n'y avait parmi eux ni tumulte, ni contusion, ui pillage, comme cela arrivait aui barbares ; bien plus, quand le blé manquait, ils supportaient patiemment la laîra, et fiiisaicnl en sorte d'augmenter par leur épargne les provisions qu'avaient restreint leur nombre, n Claudien attribue la même conduite h Stilicon : u La tranquillité l'ut si grande, si grande fut la crainte, observatrice de ce qui est bonoéle, sous votre commandement, qu'aucune vigne ou qu'aucune moisson devenues l'objet d'un vol n'ont fraudé le le cultivateur de sa récolle, n Et Suidas, à fiélisaire (■*[. 3. C'est ce que produisaient le soin exact ([u'on a)»-
Cj Nous truuYont IwBUCUtiiJ de tboua sur lu modiraiian tle c«t(c DdliHi, dans Cassiailore 1 par exemplo, Far. V. tu, ||, a. t>int l« mime livre. EpUl. XXV'I, i) y i : v Ne dévuslM ni le» maisons, ni le* pmîrietdïs |His»isseiirB ; mais tuiles tous iuh trlloru pour pire modéré* en loul, afin que uoua puisitons noui rfjuuir dus âluges iiui Tuui tervnt donn^. Noussubiaaoos lolonUireinent lei TmiB de l'ariué», pourquc la daucDUr et ta relenue soivnl obieivéei inliieten |uir Iw liomniei irméi. ■ Et au livre 1\, Epitt. XXV, Il j « : a Setarnetne rauaèrenfde Urll aiieun po»iea»eur, ■ Rkotics.
(") Proeope nm compagnon, el \e tèmnin de ses aciioni, loue mutoI celte lertu dans EMIiauire. Voyez un discours remariiuable da lai, h rapportant à eela, qu'il tînt à sf s soldais en Tue dr la Sicile, lorM|ii'il k rendait en Afrique, et le réeil de la marche k Iraven t'Arrique, l'an^-
, tlI.Yl'ITIH; Wll
portait à pourvoir aux choses tiécessaiica [*), les solrlcs Jnen payées et la vigueur de la discipline, dont voici, ^ns Ammien {"], une des lois : a Les terres des neutres ne doivent pas être foulées » « (Lib. XVIII) ; et dans Vopiscus : 0 Que personne ne prenne le poulet iTaulrui; çué 'fenonne ne touche à la breOis d'autrui ; que personne at IfUeiUt un raisin ,- que persor^ne ne gâte les blés, ne prtnnt "4* foret ni huile, tit set, ni boU i> [Vie d'Auriititn]- De IDénie, dans Cassiodore : u Qu'ils vivent avec tes habi' luniÉ des provinces, selon tes règles du droit civil; ijut ^tsprii tie devienne point insolent, parce que l'on sesent ge» armes; car le bouclier de notre armée doil donner It ttpoi à ceux qui ne sont pas soldais. ■ Ajoutons n cela lelte pensée de Xénoplmn. nu livre VI de son Expédition' : a Aucun État ami ne doit élrv contrciiiil h rien donner malgré lui. »
Ifa., lib. I. J« citerai en stilier le paauge suitaiil, exinil ilu livre III de lliiitoira dei Gollis : ■ Béliuilre se cnniluùuU avec t^iil de sgiiiciLude '|oarte» bibiUnU du cHmpsgnei. qu'il n« sourrrail jamii» de violence part de* irmées qu'il camniumlalt. Au coolraire, leur pnuage 1m iftridiïCHil lotis, iiarae iiu'ils vendaient leurs deiii'jes aux iDldaU inui irqtt'Ui fonliient: el loriqne ki inoiiioni ét.iirnt mùrti. Il (irenuit OMMin* lea (ilus illeRtivea pour qu'elle n« Fuiscnl pat d«lruiltt par ;J| fanlem, «t il n'éiaii permis ah^oluinent i penaiiiie 'de louclifr aux ^MtoMi«|i«odi)sauxiirbrni, » Voyet daiit Nicélas i,Fie de Maniiet Coit^- .pln)jni éloga temblable fail àet Allcmandi, t rouistan de leur expè- ' ''*MB w Sainl-Sipulcre. Gréftorm l'ilh. l\) loue la nrfnw uiodériiîon Il Ih Vénitiina : ■ Il n'ttait pcrautinc qui ne Tùi pénéirf d'udiDiraliou VinU !■ djuipliov Jci Vénitieai, el leur franilcur d'àne ininie à leur . PcnoDoe, en effet, dv toute l'urmce, ne vmiIuIi loucbi^r h quni iflfiM fat, qu'aprte avoir payé.* GnoTius
n* Pour<]uai. dit Pliie, Uiii. nat.. lib, XXV>, cap. tr, les gênéiMMins onl-il* laujDur* prit soin de prol^gier le cominercc dnai iea ■uri»t * CaMJOilorr dil |1V. 13} : « Que le eoli la t trouve de quoi ache- 'ifr iOb qu'il ne tuit pas contraini de penter k piller. ■ Il dit ries rboses ihtM,V. 10. ein. Gnonos.
r*} Vojerlc, et au livre XXI, G,
' CtH4^\n,ûti'Exp/d>U(mder>jTm. I'. I' K.
344 LE KROIT EE H GIIKBRE ET ItE L\ PAl
4. D'après ces passages, vous interpréterez parfaitement cet avis d'un grand prophète, ou pour mieux dire, de celui qui est plus grand qu'un prophète : « N'usez point de violence, ni de fi-aude (') envers personne, mais contentez-vous de votre paye (•') n (Lut, lu, 14). Aquol ressemble cette parole d'Aurélien, dans Vopiscus, îi l'endroit cité : H Que chacun se contente de son pain de munition; qu'il \îve du butin l'ait sur l'ennemi, non des larmes des liabilanis des provinces, n 11 n'y a pas à penser que cela est beau A dire, mais impossible à exécuter. Cet homme divin, en effet, n'en aurait pointdouné l'avis, ou les sages auteurs des lois ne l'auraient pas prescrit, s'ils avaient cru que cela ne piM fltre accompli. EnGn, il estnécessairc que nous accordions qu'une chose se peut faire, quand nous la voyons faile (***). Cest pourquoi nous avons cité des exemples, auxquels on peut joindre ce fait remarquable, que Fronlin rappelle
('] • À «ilumnûl... ■ VouB iwuvei changer ce mol par ■ à rapùid, ■ ur c'eti dans ee nm qu'il eil pria dtrng la \en\iya greci|ue, Jon, mit, 9; Pi., cm. 12Ï; Pror.. iiv, 31; xiir. 16. iitiu. 3; Eccta.. i». I, et («ni., XIX, 1 1. La Vvlgatt Irailull ce même mol par celui île defraudare, Luc, iiï, B. (inoTit-s.
(") Ambroise dit sur ce pauai^e de Luc ; a La raiBon pour latiuclle la solde a été établie, c'est alln d'empêcher qu'en cherrhanl i te retnbourter. on ne »'enrichisi>e par le pïltape, ■ Augustin a copiË cm parolts, Stm. iix, De vert. Domin. teeundùm Malth. Il ir ■ li-)lt»si» de belle» ordanDancM, dansGripoire de Tours, lib II, cnp, nxtti; Jant le* capiralaire« de Charles et de les Buecesseun, lib. V, lii. CLXXUX; dans lea conciles de France, (. Il; dans lu rapiittlairet de Louis 1« Pieux (a], l, tl. chap.xiv el t. III; dansleConc. de Saini-lUicr. Ajoulei la Lex Bajoariorum, lit. II, h. buothèrus rapiorle aiiiti une loi de FrMéric I" : • Si quelqu'un a incendié 1» fermes ou les oiiiions de rhahilant pacifique, son front sert marqué d'un ici^au, après que let che veux auront été mh, ti, chassé du camp, il t'en éloignera, aprËa avoir reçu un grand nombre de coups. ■ Gkotius.
(*") Guicbardin raisonne ainsi, lib. XVI. G.
irvHt I
liAPITIlK Wll,
»urii6 "[*), au Mijet d'un pommier queU^ «jii camp avait embrassé dans sou enceinte, et qui tut laissé, le lendemain, après le départ de l'armée, sans iqu'iui fruit ait été touché (Lib. IV, cap. ni).
5. "nte-Tive après avoir raconté que les soldats ronaîtis s'étaient coiidoils avec insolonce, dans le camp
prèâ de Sucron, et que quelques-uns d'entre unx, peiidaiil la nuit, avaient exercé des pillages sur un lerriftoire neutre des environs, ajoute que n partout le caprice d la licence du soldat faisaient loi : qu'il n'y avait plus de règle, plus de discipline militaire > (Lib. XXVIII). Il y a enclore du même écrivain un autre passage remar- [uable, oi'i est racontée la marche de Philippe sur les t des Denthelètes : h Ils étaient ses alliés ; mais pressés par le manque de subsistances, les Macédouiens lésolèrenl leur territoire comme un pays ennemi, piU anl d'abord les diverses métairies qui se rencontraient nrleur passage, puis ravageant même plusieurs bourgs, k la graude honte du roi, qui entendait la voix de ses klliésimplorer.en vain son nom et les dieux protecteurs , traités» {Lib. XL). Dans Tacite, la renommée de Ifclignus est odieuse, parce qu'il pillait plus ses alliés qne ses ennemis {Annal., lib. XII). Le même remarque e les soldats de Vîtellius demeuraient oisifs dans tous les municipes de l'Italie, el ne se rendaient redoutables ^a'k If^ars hôtes (HUi., lib. III). L'accusation suivante se ^uve aussi dans la Verrine de Cicéron, à propos de la jtréture urbaine : u Yous avez pris soin de taire piller et maltraiter les villes neutres de nos alliés et de nos