‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 6 sur 143 · LIVRE 111, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE

droit de nature, parce que nous n'avons rien pu décou-

|iour ]u Anglais, car l«s Dan'iis leur inipasèrent un IriLut, •ppeli U denitT Daaoi*, dont le Dom suUieta, après même que la rai- MO du tnbul Eul élé ehaDgée. jusqu'à Guillaume le UAtaril, i|ul est le funJalcur de la race kujourd'hui lignante, comme l'a remarqua un IiIetorien Irts-Qilèle, De Tlioa, sur l'année 15H!]. Elisatwlh, reine (rès-uge fAnglrtvrre, cDvap, «n ib'b, de» ambaaaiideura en Hollande, savoir: le cheiilier (Guillaume Winlvr et Robert Dealc, secrétaire ilu conseil fii^, iwur rcprétenlfr aux Provinces Unies, i|ue l'Anglrterre ne pounil tupportcr ifu'ellet eui^nt h\l arrêter det vaissenux anglais, qui (Itiiinl iJans les parti d'Espagne, pendant le plus grand Teu ctc la guerre «aire l'Espagne et lui P ru vinces- Unies. C'est ce que rapporte de Rcide, dliu wn Hittoirt da Proyinets-Vtàet. sur l'année lâ'ÏS, el l'anglais Cmbden, «ur l'année auÎYaale, Lorsqu' ensuite les Anglais Turent deleoDi ennemis de l'Espagne, ils roulurent eux-mêmes empéciter les lillH d'Allemagne d'j eniojer des vaisseaux : eo i|uoi ils agissaient Ndi ponvoir alléguer un droit bien clair, comme il paraU par les écrits ptblite de pari el d'autre , et qui méritent d'être lus par tous ceux qui Teuleol «'instruire &ur celte matièie. 11 est \ remarquer que les Anglaii eax-memn reconnaissenl, dans Im litres écrits en leur Tavenr, que leur» |iréteiitioni n'élaienl guérei bien Tondéet, puisqu'ils se ser- KOI de r£s deux raisons prîticipaliu : l'une, que le« marcliandises que l« viMseiDX allemand» Irnnsportaienl en Espape, étnieDl des cliosesqui Mrtmienl h la guerre; l'aulre, que cela ne leur étuil pa« permis par d'usietti trattèt. Les Hollandais et leurs alliés Drenl. depuis, un sem- U*bk IratU anc eeax de Lubeck, el leurs alliés, en 1613, par lequel ila l'eogigeaient réciproquement i ne point permellre que les sujets de liurs ennemis IrsQquaasenl dans leur pays, el i ne poïnl aider leurs enamis ni d'argenl. ni de Ironpes, ni de laieseaux. Depuis, en l'année I6!T> il fui eon^enn entre le roi de Suède et celui de Danemarck, que le roi de Uinemarck empêcherait tout commerce avec la tille de Dantzlg, eonaiie Aa Suédois, et qu'il ne lBiB<ierait même passer par le détroit de Snd,uieDi)e marchandise b destination dé quelque autre ennemi de la Sotde; en r^ompense de quoi le roi de Danemarck slipulail, à son l«iir, certains «vintigea. Huis ce sont M des contentions parliculiéres, d'et l'on ne peut inférer aucune règle générale, que tous les peuplca ilirirenl luiTre. Les Allemands, d'un aulre c4lé, direol dans leurs écrits que Ici Initès, qu'on alléguait, ne dérendaient pas le transport de loule Mite de inarchandjse, mais seulement de celles qui Dtalenl été déji portéfi en Anglutcrri", ou achi^li'es dans ce royaume. El ils ne furent pstlrsteult qui s'opposèrent 1 l'inlerdiolian que l'Angleterre raisail de III. 2

vrir dans les histoires, d'où il parût qu'il y ait eu quelque

toot eommerce avec tes ennemis. Les Polonais se plaignirent anssi, par on ambassadeor envoyé exprès, que TAngleterre Tîolait le droit des geos« en voulant leur 6ter la liberté du commeree, sons prétexte de la guerre qu'elle avait avec l'Espagne, comme le rapporte Cambden et de Reide, que nous avons déjà cités, sur Tannée 1597. Après la paix de Vervins, la reine Elisabeth continuant la guerre avec l'Espagne, pria le roi de France de permeUre qo'elle fît visiter les vaisseaux fraocaii qui allaient en Espagne, pour savoir s'ils n*y portaient point des munitions de guerre cachées : mais on le refusa, par la raison que ce serait une occasion de favoriser le pillage, et de troubler le commerce. Dans le traité que l'Angleterre fit avec les Hollandais et leurs alliés, en l'année 1625, on convint que Ton prierait les autres puissances intéressées à abattre la grandeur de l'Espagne, d'interdire tout commerce avec les Espagnols, et que, si elles le refusaient, on visiterait les vaisseaux de leurs pays, pour savoir s'ils portaient des munitions de guerre; mais que, pour les autres marchandises, on ne les arrêterait point, ni les vaisseaux, et on ne ferait aucun mal aux gens des peuples neutres. La même année, un vaisseau de Hambourg allant en Espagne, ch^irgé en grande partie de munitions de guerre , les Anglais prirent ces munitions, mais ils payèrent la valeur des autres marchandises. Et les Anglais voulant confisquer quelques vaisseaux de France qui allaient en Espagne, les Français déclarèrent qu'ils ne le souffriraient point. Nous avons donc eu raison de dire qu*il faut que ceux qui entrent en guerre le notifient aux États neutres, et leur signifient qu'ils aient è ne |)oint commercer avec l'eniftmi. Les Anglais eux-mêmes l'ont reconnu, et l'ont pratiqué : on en voit des exemples dans Cambden, sur l'année 1591 et 159tt. On n'a pourtant pas toujours eu égard à ces sortes de notifications ; mais on a distingué les temps, les lieux, et les causes. En l'année 1458, la ville de Lubeck ne jugea pas à propos d'accorder à celle de Dantzig la demande qu'elle lui faisait, de ne point négocier avec les habitants de Malmoë et de Memel, ses ennemis. Les Hollandais en usèrent de- même, en l'année 1551, lorsque la ville de Lubeck leur fit signifier qu'ils ne commerçassent point en Danemarck, avec qui elle était alors en guerre. L'année 1622, pendant la guerre entre les Suédois et les Danois, le roi de Danemarck pria les villes anséatiques de ne faire aucun commerce avec la Suède : quelques-unes de ces villes lui accordèrent sa demande, parce qu'elles avaient besoin de l'amitié du roi de Danemarck, mais d'autres n'en voulurent rien faire. Dans la guerre entre la Suède et le roi de Pologne, les Hollandais n'ont jamais voulu interrompre leur commerce, ni avec les Suédois, ni avec les Polonais. Et lorsqu'ils étaient en

chose d'établi sur ce point par le droit des gens volontaire (*). Les Carthaginois eux-mêmes s'emparèrent autrefois de Romains qui avaient apporté des vivres aux ennemis des Carthaginois; et ces mêmes Romains, les mêmes Carthaginois les rendirent aux Romains qui les réclamaient'(PoLïB£, lib. I). Gomme Démétrius occupait TAttique avec son armée, et s'était emparé des places fortes voisines d'Eleusis et de Rhamnonte, se proposant d'affamer Athènes, il fit pendre le patron et le pilote d'un vaisseau (**) qui se disposait à introduire du blé, et ayant, de cette manière, épouvanté les autres, il s'empara de la ville (Plutarque, Démétr.].

VI. — 1. Pour ce qui est du moyen d'agir, la violence M la terreur sont surtout le propre des guerres. On demande ordinairement s'il est permis de faire usage de

guerre arec l'Espagne, iU ont toujours rendu à la France les vaisseaux qui avaient été pris par des Hollandais allant en Espagne, ou en rêve- B40l. Voyez le discours de Louis Servin, alors avocat du roi, fait en 159^2, au sujet de TafTaire des habitants de Hambourg. Mais les mêmes HoKaudais ne voulurent point permettre que les Anglais portassent des Biarchandises à Dunkerque, devant laquelle ils avaient une flotte. Et la fille de Daolzig, en 1455, fil dire aux Hollandais qu'ils ne portassent rien à Kœnigsberg, comme nous l'apprend Gaspard Scbutz, dans son Bistoire de Prusse, Voyez Cabet., Décis. XLVII, n. 2. Séraphin de Freitas, dans son traité De justo imperio Lusitanorum Àsiatieo, oh il cite plasiears autres auteurs. Grotius.

(*) On trouve bien des cboaes sar cette question dans Thistoire du Ibnemarck du savant Meursius (lib. I et H), où vous verrez que les habitants de Lubeck, et l'empereur, soutiennent la liberté de commerce, et qae les Danois lui sont contraires. Voyez aussi Crantzius, Vandalic, lib. ilV; De Tbou, sur l'année 1589, lib. XCVI ; Cambden, outre les passageidéjà cités, dans quelques autres endroits, sur les années 1589 et 1595, M est traitée la dispute qui eut lieu entre les Anglais et les villes anséatiqaes. Grotius.

r*) Ce que Plutarque raconte de Pompée dans l'histoire de la guerre de Mithridate, n'en diffère pas beaucoup : a II plaça des gardiens pour observer les marchands qui iraient dans le Bosphore, et il faisait mourir les marcbands qu'on y surprenait. » Grotius.

tromperie. Car Homère, il est vrai,, a dit qu'il faut nuire à un ennemi, « soit par dol, soit par force ouverte, secrètement ou au grand jour. » Et ceci est de Pindare : « Il faut tout mettre en œuvre pour détruire la puissance de son ennemi. » Dans Virgile aussi il y a ce mot : a Ruse ou valeur, qu'importe, quand il s'agit d'un ennemi? » Il ajoute lui-même : « Riphéus, lui le plus juste des Troyens, le plus rigide gardien des lois de l'équité! » On lit même que Solon, si célèbre par sa sagesse, a suivi cette maxime. Silius dit, en parlant des opérations de Fabius Maximus : a Dès lors le courage s'accommoda de la ruse x> (Lib. XV].

2. Dans Homère, Ulysse est l'exemple d'un homme sage rempli de fraudes contre Tennemi : d'où Lucien tire la règle, que ceux qui trompent l'ennemi sont dignes de louange (Luc, Philopseud.]. Xénoplion a dit que rien n'est plus utile dans la guerre que les ruses (Xénoph., De Cyri. Instit.^ lib. I, et De re equcstri); et Brasidas, dans Thucydide, dit que glorieuse entre toutes est la louange que l'on obtient par ses stratagèmes de guerre (*) (Lib. V). Dans Plutarque aussi, Agésilas déclare qu'il est juste et licite de tromper ses ennemis (Apophteg.) . Suivant Polybe, les exploits accomplis par la force brutale dans la guerre, doivent être estimés moins haut que ceux qui sont le fruit de l'occasion et de la ruse (Lib. IX) ; et d'après lui Silius fait dire à Ck)rvinus : « qu'il faut combattre par l'astuce (**) ; qu'un coup de main a moins de

{% C'est ainsi que s'exprime Virgile, au XI* chant de l'Ënéïde, et que parle Salluste, que cite Servius. G.

('*) 11 y a de Mahomet un mot semblable : « Elharbu Hudiatum, • c'est-à-dire, « la guerre demande qu'on tue de tromperie. » Dans Virgile, Mars conduit à sa suite « Jef colères et les embûches. » Sur quoi Servius fait observer, que le poète veut donner à entendre que, non-seu- Icmcnt le courage, mais encore les ruses sont la suite nécess^aire de la guerre. Ghotius.

gloire pour un général » (Lib. V). Plutarque remarque que les sévères Laconiens, eux-mêmes, avaient pensé ainsi, et qu'une plus grande victime était immolée par celui qui avait triomphé par la ruse, que par celui qui avait triomphé à force ouverte » (Plut. MarcelL). Le même fait un grand cas de Lysandre (*), « qui savait varier ses ruses de guerre. » Et il place dans les louanges de Philopémen, que, formé dans la discipline des Cretois, il avait mêlé cette simple et généreuse manière de faire la guerre, aux ruses et aux supercheries. C'est une pensée d'Ammien, que a tous les événements heureux des guerres doivent être loués, sans distinction du courage ou de l'artifice. >

3. Le^ jurisconsultes romains appellent une tromperie innocente^ celle qu'on tramerait contre l'ennemi (L. I, §3, Dig., De Dolo)\ et ailleurs ils disent, qu'il n'importe pas que l'on ait échappé au pouvoir des ennemis par la force ou par la ruse (L. Nihil.,., Dig., De Captiv.). « Une tromperie non blâmable : tel est le stratagème, t> dit Eustathe, sur le chant XV de Vlliade, Parmi les théologiens, Augustin dit : « lorsqu'une guerre juste est entreprise, que l'on combatte à force ouverte ou en usant d'embûches, cela n'intéresse en rien la justice » [Quœst. X, super Josut). Et Chrysostôme pense que les empereurs qui auraient employé la surprise pour remporter la victoire, seraient extrêmement louables [De Saccrdotio, lib. I).

4. Mais il ne manque pas d'autorités qui paraissent conseiller le parti contraire; nous en rapporterons quelques-unes plus bas. La solution de cette question dépend du point de savoir si la ruse est, en général, toujours du nombre des choses mauvaises, auxquelles on

{*) Plutarque lui compare Syila qui, disait Carbon, réunissait dans son caractère le lion et le renard. G.

doive appliquer cette maxime : quHl ne faut pas faire le malj afin qu'il en arrive du bien; ou si elle est du nombre de celles qui, généralement parlant, et de leur nature, ne contiennent rien de mauvais, et à qui même il peut arriver qu'elles soient bonnes.

VII. — Il faut remarquer, donc, qu'il y a une tromperie qui consiste dans un acte négatif, et une autre» dans un acte positif. J'étends le mot de tromperie même aux choses qui consistent dans un acte négatif, suivant en cela l'autorité de Labéon, qui rapporte à la tromperie, mais à la tromperie innocente, la dissimulation dont on use pour défendre ce qui nous appartient, ou ce qui appartient à d'autres (L. I, %Dolum malum...y Dig., De dolo malo). Sans aucun doute il a été dit par Gicéron d'une manière trop crue, que a la feinte et la dissimulation doivent être entièrement bannies du commerce de la vie » (De offic., lib. III] . Car, comme vous n'êtes pas tenu de découvrir aux autres ni tout ce que vous savez, ni tout ce que vous voulez, il s'en suit qu'il est permis de dissimuler certaines choses à certains individus, c'est-* à-dire, de les couvrir et de les cacher, a On peut, dit Augustin {*), cacher prudemment la vérité, en usant de quelque dissimulation > (Lib. Contra mendacium^ capx; Thom. II, 2, Quœst. xl, art. 3, in resp. et Quœst. lxxi, art 7 ; Sylvest., In verbo Bellum^ P. I, n** 9). Et Gicéron avoue lui-même dans plus d'un endroit \ que cette dissimulation est tout à fait nécessaire {**) et inévitable, pour ceux surtout à qui la chose publique a été confiée

(*) Sur le psaume V, vers. Perdes omnes... : «Autre chose est mentir, autre chose est cacher la vérité. » C*est cité Caus. XXH, Quxst. II.

* Notre auteur cite ici : lib. VII, Épist. ix. Cette citation est fausse, car le passage se trouve dans la lettre VHI du livre X ; mais il y a plus : c*est que la lettre n*est pas de Gicéron ; elle est de Plancus... (B.>

(**) Voyez Ghrtsostôme, De saeerdot.^ lib. I. G.

UVIVB III, CHAPITRE I. 23

(Cic. Pto Milone; lib. VII, Epist, ix; Pro Çn. Plancio), L'histoire de Jérémie (eap xxxyiii) fournit à cet égard un exemple remarquable. Ce prophète, en effet, interrogé par le roi sur l'issue du siège, cache prudemment ce fait aux grands, sur la demande du roi, alléguant toutefois que son entretien avait eu une autre cause : ce qui néanmoins n'était pas faux. A quoi peut être également rapporté ce fait, qu'Abraham (*) appelle Sara sa sœur, c'est-à-dire, d'après le mode de langage usité alors, sa parente consanguine, dissimulant ainsi son maria^ (Genèse, cap. xx; Thoh. ii, 2, Quœst. 110, art. 3, In resp.).

VIII. — 1 . La tromperie qui consiste dans un acte positif, s'appelle une /einfe, si elle a lieu dans les actes, et un mensonge^ si elle regarde les paroles. Quelquesuns mettent cette différence entre ces deux choses, que les paroles, d'après leur dire, sont les signes des pensées, et qu'il n'en est pas de même des actes. Mais, au contraire, la vérité est que les paroles ne signifient rien, de leur nature même, indépendamment de la volonté des hommes, à moins qu'il ne s'agisse d'une parole confuse et inarticulée, comme celle qu'on fait entendre dans la douleur, et qui elle-même tombe plutôt sous la dénomination d^action que de parole. Que si l'on dit que la nature de l'homme a ceci de particulier sur les autres êtres animés, qu'il peut faire connaître aux autres les • conceptions de son esprit, et que les paroles ont été inventées pour cela, on dit assurément vrai ; mais il faut ajouter qu'une pareille communication n'a pas lieu au moyen des paroles seules, mais encore à l'aide de signes {**), comme chez les muets (L. Labeo, § ult,^ Dig., De

(*) «I II voulut cacher la vérité, et non pas mentir, d dit Augustin, Quœtt. XXVIl, In Gènes. Ce passage est cité dans Gratien, dict. Caxis. XXH, Qviaesi. II. G.

(**) Pline dit de la nation des Ethiopiens (lib. VI, cap. xxx) : « Cliez

sapelL légat. *] : soit que ces gestes aient de leur nature elle-même quelque chose de commun avec ce que 1*011 donne à entendre, soit q\ie leur signification soit seulement arbitraire. Pareils à ces gestes sont ces caractères qui ne représentent pas les paroles articulées par la langue, suivant l'expression du jurisconsulte Paul (L. Non figura .., Dig., De Oblig. etAcL^) (*), mais les choses mêmes, soit par quelque convenance, comme les signes hiéroglyphiques, soit par une signification purement arbitraire, comme chez les Chinois *.

2. Il faut donc apporter ici une autre distinction, semblable à celle que nous avons employée pour faire disparaître l'ambiguïté dans le terme de droit des gens. Nous avons dit, en effet, qu'on appelle droit des gens, et ce qui a été accepté par chaque nation, sans obligation mutuelle, et ce qui contient en soi une mutuelle obligation. Les paroles, donc, et les gestes, et les signes dont nous avons parlé, ont été inventés pour signifier certaines choses, avec une mutuelle obligation ; ce qu'Aristote a appelé : a d'un commun accord » (De interpr,, cap. iv). Il n'en est pas de même des autres choses. Il en résulte qu'il est permis de faire usage des autres

quelques-uns, le langage est renoplacé par des signes de tête et des mouvements des membres. » Voyez le canon Tuae fratemitaU.,,^ De Sponsalih.

1 Dig., lib. XXXIU, tit. X, L. 7. P. P. F.

2 Dig., lib. XLIX, tit. VII, L. 38. P. P. F.

(*) « Ce n*e8t pas, dit-il, la figure des lettres, mais ce sont les paroles qu'elles représentent, qui font que nous contractons par là quelque obligation, en tant que Ton a jugé à propos d'établir que récriture aurait la même force que les mots formés et peints par la langue. » Le jurisconsulte s*est exprimé d'une manière très-philosopbique , en disant qu'on a jugé à propos, voulant indiquer par là qbe tout cela existe en Yertu d'une convention. Grotius.

3 « Soit qu'il n'y ait aucun rapport, dit Barbeyrae, et que la signification dépende entièrement d'une volonté arbitraire, comme cela se voit dans les caractères des Chinois. » P. P. F.

choses, encore même que nous prévoyions qu'autrui doive en concevoir une opinion fausse (*). Je parle de ce qui est intrinsèque, non de ce qui est accidentels Ainsi donc, il faut poser un exemple où aucun dommage ne s'en suive (**) ; ou bien, où le dommage l\iimême, toute considération de dol mise de côté, soit licite.

3. L'exemple du premier cas se trouve dans le Christ, qui, devant les compagnons de route d'Emmaûs, feignit d'aller plus loin, c'est-à-dire fit semblant d'aller plus loin (Luc XXIV, 28) ; à moins que nous n'aimions mieux dire qu'il avait voulu vraiment aller plus loin, sous la condition toutefois qu'il ne serait pas rétenu par de pressantes sollicitations. De même que Dieu est dit vouloir bien des choses qui ne se réalisent pas, et que, dans un autre endroit, le Christ lui-môme est dit avoir voulu devancer les apôtres qui naviguaient, si, apparemment, il n'était instamment prié de monter dans la barque (Marc vi, 48). Un second exemple peut être donné dans la personne de Paul, qui a circoncis Timothée, sachant parfaitement que les Juifs accepteraient cela comme si le précepte de la circoncision — qui effectivement était aboli déjà — devait encore obliger les descendants d'Israël, et comme si tel était le sentiment de Paul et de Timothée; quoique cependant ce ne fût nullement l'intention de Paul, et qu'il voulût seulement se procurer par là, à lui et à Timothée, la faculté de vivre plus familièrement avec les Juifs (Act., xvi, 3). Et, en effet, la circoncision — la loi divine qui la concernait étant abrogée — ne signifiait plus, par un effet de l'institution,

n Voyez Al'Gcstix, Pe Doelrin. Christ.^ lib. U, cap. xxiv.

G. * c J*eDtends à considérer l'usage en lof-même, et non pas les suites accidentelles qu*il peut avoir. » P. P. F.

(•*) Comme dans ce que fit Michol ^ï Sam., xix, 16). G.

une nécessité pareille; et le* mal que l'erreur pouvait produire pour un temps, mais qu'on devait détruire ensuite, n'était pas si considérable que le bien auquel tendait Paul : savoir, l'insinuation de la vérité évangélique. Les Pères Grecs appellent souvent cette feinte « un ménagement (*). » Il y a à son sujet une excellente pensée de Clément d'Alexandrie qui, parlant de Thomme de bien, s'exprime ainsi : a II fera certaines choses pour l'utilité du prochain, qu'il ne ferait pas sans cela de luimême, et d'une première intention. » Telle fut, dans une guerre, cette action des Romains, qui jetèrent du Gapitole du pain dans les avant-postes des ennemis, pour qu'on ne crût point qu ils étaient pressés par la faim (TiTE-LivE, lib. V).

4. L'exemple du second cas est dans une fuite simulée, telle que celle que Josué ordonna aux siens pour s'emparer d'Haï (JosrÉ, viii; Sylvest., in verbo Beilum^ P. I, n*8), et que d'autres généraux ont souvent pratiquée. Car ici nous supposons, d'après la justice de la guerre, que le dommage qui est la suite de cette feinte est juste; «or, la fuite n'a aucune signification de convention, quoique l'ennemi la reçoive comme un signe de frayeur, ce sur quoi l'autre adversaire n'est pas tenu de le détromper, usant en cela de sa liberté d'aller ici ou là, plus ou moins vite, avec telle ou telle allure ou contenance. L'acte de ceux qui sont vus, en maint end^oit,

(*) Chrysostdme dit, dans le livre déjà cité. De sacerdot., lib. I, que c'est le nom qu'il faut lui donner, et non C4i\m d'aicaTfj, c'est-à-dire de tromperie. Le même dit, sur la première Ëpitre aux Corinthiens, IV, 6 : « Il n'y eut pas là de la fraude, mais une sorte de condescendance et de prudente administration. » Et sur le chap ix, 20 : « Pour rendre semblables à lui ceux qu'il voulait faire changer, il était devenu tel qu'eux, non pas en réalité; et il avait fait les mêmes choses qu'eux, mais non pas avec la même intention et les mêmes dispositions. » On peut rapporter ici la fulie simulée de David. Grotuts.

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s*étre servU des armes, de» drapeaux, des vêtements, des pavillons des ennemis, doit être rapporté au même cas.

5. Toutes ces choses, en effet, sont de telle nature, que chacun peut en faire usage comme bon lui semble, même contre la coutume ; parce que la coutume ellemême étant .introduite par la volonté des particuliers, non par une espèce de consentement commun, une semblable coutume n'oblige personne.

IX. — 1. Le débat est plus grave à Tégard de ces signes qui, pour ainsi dire, sont dans le commerce des hommes, et dans le faux usage desquels consiste proprement le mensonge. Il y a beaucoup de choses, en effet, contre le mensonge, dans les Écritures sacrées, a Le juste,» c'est-à-dire l'homme de bien, «détestera toute parole mensongère » (Provërb , xiii, 5). «Éloigne de moi le mensonge et toute parole fausse » (Proverb., XXX, 8). a Tu perdras ceux qui parlent pour mentir » (PsALM., V, 7). « N'usez pas de mensonge les uns envers les autres» (Goloss., m, 9). C'est aussi le parti qu'Augustin soutient rigoureusement ; et de plus, parmi les philosophes et les poètes, il y en a qui paraissent partager son sentiment. Ce vers d Homère est connu : a Celui-là m'est odieux comme les portes de l'enfer, dont la pensée recèle autre chose que ce que sa langue profère.. » « Il ne sied jamais, dit Sophocle, d'énoncer des choses qui ne sont pas dans la vérité ; mais si la vérité entraîne pour quelqu'un une ruine certaine, il faut pardonner à cet homme, s'il fait ce qui ne sied point. » Suivant Cléobule, « quiconque est vertueux dans le fond de l^me, hait le mensonge. » Aristote a dit : « De soimême le mensonge est honteux et blâmable, la vérité belle et louable. »

2. Les autorités, cependant, ne manquent pas non plus en faveur de l'autre parti. Premièrement il a pour

lui, dans les Écritures sacrées, des exemples de personnages célèbres, qui n'ont été l'objet d'aucun blâme f) > il a en outre le sentiment d'anciens chrétiens, d'Origène, de Clément, de TertuUien, de Lactance, de Chrysostôme, de Jérôme, de Cassîen, presque de tous, même, comme Augustin lui-même l'avoue; en sorte que s'il est d'un avis différent, c'est en reconnaissant cependant que a la question est grande, que c'est un sujet plein de ténèbres, une dispute sur laquelle les avis des docteurs sont partagés » : ce sont, en, effet, ses propres paroles*.

3. Parmi les philosophes, sont ouvertement de ce parti Socrate et ses disciples, Platon, Xénophon, Cicéron aussi dans quelques endroits, et, si nou^en croyons Plutarque et Quintilien, les stoïciens, qui .placent au nombre des vertus du sage celle de savoir mentir où il faut, et de la manière qu'il faut (Platon, lib. I et II, et v, De Rep. ; Xénophon, 5ocr., lib. IV ; Plutarque, De Stoïçorum contract.; Quintilien, lib. XII, cap. i). Aristote même ne semble pas s'en éloigner en quelques passages, car le mot « de soi-même, » qu'il dit, et que nous avons cité, peut être entendu d'une manière générale, c'est-à-dire la chose considérée abstraction faite des circonstances [Elh, Nicom,^ vu, 3, iv, 8^). Ajussi son inter-

(*) Irénée a appris d*un vieux prêtre, et a enseigné cette maxime, € qu'on ne doit point blâmer les choses que l'Écriture rapporte tout simplement, sans les condamner. » Le passage se trouve au liv. IV, chap l. G.

< Notre auteur lui-même, depuis la première édition de son livre, dan» une lettre où il demande au célèbre Gérard Jean Vossius des avis iiour une nouvelle édition qu'il prépare, avoue que la question du mensonge est encore une de celles qui le font suer (I Part., Epist. 218).

(Darbeyrac.)

3 Aristote, cependant, n*a-t-il pas dit que « la vérité, dans le langage, est très-utile, non-seulement pour la science, mais même pour la conduite de la vie; car les discours inspirent de la confiance, quand ils sont d'accord avec les fails; et, par cette raison, ils déterminent ceux i|ui les

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