LIVRE m, CHAFITRE r
prête, Andronîc de Rhodes, s'exprime-t-il ainsi au sujet liu médeciD qui ment auprès d'un malade : « 11 trompe, il est vrai, mais î] n'est pas un trompeur, n II en ajoute la raison : a C'est qu'il n'a pas le dessein de tromper, mais de sauver le malade, n
4. Quintilicn, dont j'ai parlé, soutenant ce môme {>arti, dit que la plupart des choses sont de telle nature, qu'elles deviennent honnêtes ou déshonnâles, non tant ii raiMin des faits, qu'à raison de leurs motifs, a Le mensonge, dit Dîphilus, fait en vue de sa conservation, ne peut avoir, à mon avis, aucun inconvénient. » A. Néoptolème qui, dans Sophocle, fait cette question : a Le menionge ne te parait-il pas honteux ? » Ulysse répond : a Non, n le salul Jiait du viensonge. » Des iieusées semblables il celles-là sont citées, de Pisandre et d'Euripide. Je lis anssi dans Quinlilien : a II est quelquefois permis, même au sage, de mentir, d Eustathe, métropolitain de Tliessalonique, dit, sur le second chant de l'Odyssée : a Le saf^e mentira dans un cas d'urgence [') ; q et il cite à cette occasion des témoignages tirés d'Hérodote et d'isocrate.
X. — 1. Une conciliation d'opinions si différentes, pourra |>cul-étre résulter de l'acception plus large, ou plus restreinte, du mensonge. Et d'aboid nous ne prenons pas ici pour un mensonge ce qui est dit de taux
Ml bien comprit, i Tivre d'une manière eanrornie i ce qu'ils eKpii- ■nl. > La XoToU d'AritloU, lir. X, chap. i[, Iradacl. de Thnrat, éiliL FirmîD Diilol, 1S*23, p. 450. Barbeyrac Tall remarquer que les paingw cités par Grotius sanl inexactemeiil indiqués. Dans ces passagm, b phikuopiie grec parlant des vices O|ipo>is i la tèrilé, donnerail (lour mtbaet, d'uoe pari la jaclanee ou le charlatan iiine ) d'autre pari la itUaiiiKilatioD ou modeslie aiïeclée. Voir ta Moralt d'Aristole, lir. Il, tbp. «II. iiit. citée, p. 7! el suiv. P. P. F.
{*) < In temport, > suivant l'expresuon de Donat, sur les Adelphti, itl. IV, scén. 111 : (Quelques maralisles pen..ent qu'il est permis de InMnpvr il firopoi, n Cicéran dil > qu'il y a dta uicnsuT^iies honnélus et (keribblei ■ iOral.pro. Q. Lig-irioj. Chutils.
30 LE DROIT DE LA GrERRE ET DE LA PAIX.
par celui qm parle sans savoir [*) (Thom., h, 3, Qusut., ex, art. I) in Resf.) ; c'est ainsi qae dire un mensonge et mentir, sont deux choses présentées comme distinctes dans Aulu-Gelle (Lib. XI, cap. xi] ; mais nous parlons de ce qui est énoncé sciemment, avec une signification qui n'est pas conforme à la conception de notre esprit, soit comme pensée, soit comme volonté. Car ce qu'on donne à entendre premièrement et immédiatement par les paroles, et autres semblables signes, ce sont les conceptions de l'esprit : aussi celui-là ne ment point, qui dit une chose fausse qu'il estime vraie; mais celui-là ment, qui dit une chose vraie sans doute, mais qu'il pense fausse. Lia fausseté de la déclaration est donc ce que nous requérons, pour constituer la nature commune du mensonge. Il s'ensuit que lorsqu'un terme, ou lorsqu'une phrase ont plusieurs sens, c'est-à-dire admettent plus d'une signification, soit d'après l'usage vulgaire, soit selon la pratique d'un art, soit par quelque figure aisée à entendre, alors si la conception de l'esprit est conforme à l'une de ces significations, il n'y a point de mensonge, encore même que Ton pense que celui qui écoute le doive prendre dans Tautre sens (*^.
2. Il est assurément \Tai que l'emploi sans sujet d'une telle façon de parler ne doit pas être approuvé; mais il peut être rendu honnête par les causes accidentelles : si, par hasard, cela peut servir à instruire celui qui a
(*) « II n'y a que rintention coupable qui rende la langue eriminelle. » Et : « Personne ne doit être condamné comme menteur, qui dit une choie fausse en la croyant vraie ; car en tant que cela dépend de lui-même, il ne trompe pas, mais il est trompé. » Ces passages sont d*Augustio, De verb. Apost., Serm, xxviii, et Enehirid.t cap. xviii ; ils sont rapportés par Gratikx, Cau^. XXII, Quxst, II. Grotius.
(**) C'est ainsi qu'Abraham parlait d'une manière ambiguë à ses serviteurs; tel est l'avis d'Ambroise, qui l'approuve en cela, et dont Topi* nion est suivie par Gratien {poit Can. Si quxlibet.., Caus. XXII, déjà citée, Quxst. II). Grotius.
UTBB 111, CHAPITRE 1. 'i\
été confié à do6 soins, ou h éluder une question incommoile. Le Clirisl lui-mëiue a donné un exemple du premier cas, lorsqu'il disait: « Lazare, notre ami, dort a I^KÀS XI, 11), ce que les apôtres acceptaient comtni; 1*1! avait été parlé d'un vrai sommeil. Et il savait que te qu'il avait dit lui-même de la reconstruction du temple, entendant cela de sou corps, les Juifs le prenaient pour le temple proprement dit (Jkjln u, 20, 21 1. C'est ainsi, également, que lorsqu'il promettait aux apAtres douze ùéges choisis et proches du roi, à l'instar des Pliylarfues', parmi les Hébreux (Luc x\ii, 30); et, ailleurs, qu'ils boiraient avec lui du vin nouveau dans le roj'aume de son père [Maith., kxvi, 29), il parait avoir £uffisamaieal su qu'ils ne l'entendaient pas autrement que de quelque royaume de cette vie, de l'espérance duquel ils ^îent remplis jusqu'au moment même où le Christ Est prêt de monter au ciel (Act., i, Gj. Le même, ailleurs, s'adresse au peuple par les détours des purabt^les, iJÎD que ceux qui l'écoutaient n'entendissent point et; qu'il voulait dire, s'ils n'apportaient l'application d'esprit et la docilité qui devaient être apportées. — Un utcniple du second cas peut être tiré de l'bistoirc profane, dans la personne de L. Vitellius, que Narcisse pressait avec instances d'expliquer l'énigme de ses paroles, et d'énoncer francbemeut sa pensée; mais il n'eu put irracber que des réponses ambiguës, et susceptibles de w prêter au sens qu'on y voudrait donner [Tacite, Annal., I%.\I} (*|. A cela se rapporte ce mot des Hébreux ("):
' U* Pl*iilargue* tiiiitnl àet clivr» ile irtbua. I'. I'. F.
i')Um«iiKTuciIc(lil(£ti(l.. lib. Ulj : a 11 s'est expriiiié June ouiirrt uibigiid, |iDur pouvoir cnsuile eiiiliquer te» pirolei, scIod que aon ' Mail II ikmanderail. • Il parle auiti de • parolei irraDgéci de telle "xitri, qu'il fut jiDEÙble, BUivsnt l'ivéhcnicnl, de te aouUraife i li luniiu MDlra^rf. ou ik se Wirt linnneur du iurcèi. * (Ihutiik.
<" Duul «oici eacore une œ^ixime : ■ Il eal |)crmls de. tut^n-iaier d'une
(( Si quelqu'un sait se servir d'un langage à double sens, c'est bien; sinon, qu'il se taise. »
3. Il peut arriver, au contraire, que non-seulement il ne soit pas louable, mais même qu'il soit criminel de faire usage de cette manière de parler : lorsque, par exemple, la gloire de Dieu (*], ou l'amour dû au prochain (**), ou le respect envers un supérieur, ou la nature de la chose dotit il s'agit, exigent que ce qui est pensé par l'esprit soit entièrement mis à découvert ; de même que, dans les contrats, nous avons dit qu'il faut s'expliquer ouvertement sur ce que la nature du contrat est censée exiger. G est dans ce sens que peut être reçue cette pensée de Gicéron, « qu'il faut bannir tout mensonge des affaires que Ton contracte; » maxime tirée d'une ancienne loi de l'Âttique, qui défend a de mentir au marché » (Démosthèmes, in Leptinem). Dans ces deux endroits le mot de mensonge parait être pris dans un sens si étendu, que même il renferme toute façon de parler obscure. Mais nous avons déjà, proprement parlant, exclu cela même de la notion du mensonge.
manière ambiguë, pour procurer par là quelque bien. » CSette maxime est citée par le très-docte Manassé, Fils d'Israël, dans son Conciliai.^ Quœst, XXX VII. ChrysQstôme dit {De sacerdot., lib. I) que celui-là est appelé à bon droit trompeur, qui se sert de telles ambiguTlés pour faire du tort à quelqu*un; mais non celui qui en use à bon dessein. »
Grotids.
n II y a ceci dans Philon, sur la Vie de Moïse : c Je dis qu*en matière des choses qui se rapportent à la religion, ceux même qui ont d'ailleurs pris l'habitude de mentir, ne peuvent s'empêcher de dire la vérité. La v;!rité, en effet, est la compagne de Dieu. » Augustin dit {Epist, VIII) : « Autre est la question de savoir si un- homme de bien peut mentir quelquefois; autre celle de dire si un écrivain sacré a dû mentir. » Voyez ce qui sera dit plus bas, l xv. Grotius.
* (**) Eschyle dit, dans Prométhée : « Je dirai ouvertement tout ce qne tu désires entendre; je le dirai en termes clairs, sans embarrasser ma pensée par des détours; je parlerai comme il est juste et bon de parler à ses ami8. « Grotius.
XL - 1 . Pour la notion générale du mensonge, il est donc requis que ce qui est dit, écrit, figuré par des caractères, exprimé par gestes, ne puisse être compris autrement que dans un sens différent de la pensée de celui qui s'exprime ainsi. Mais il est nécessaire qu'une signification plus étroite du mensonge, en tant qu'il est naturellement illicite, ajoute quelque différence propre à cette notion trop large; laquelle différence, si la chose est bien considérée, ne semble, du moins suivant l'opinion commune des nations, pouvoir être autre qu'une contradiction avec le droit existant et persistant de celui à qui le discours ou le signe sont adressés : car il est suffisamment constant que personne ne se ment à soimême, quelque mensonger que soit son dire. J'entends ici par droit, non un droit quelconque et ne se rattachant pas à la chose, mais un droit propre à cette affaire, et qui ait du rapport avec elle. Or ce droit n'est rien autre que la. liberté de juger (*), que les hommes qui parlent entre eux sont censés devoir, comme en vertu d'une sorte de pacte tacite, à ceux avec qui ils s'abouchent. C'est là, en effet, cette obligation mutuelle, et non pas une autre, que les hommes avaient voulu introduire, en même temps qu'ils résolurent de se servir du langage et de signes semblables; car sans une pareille obligation, une telle invention eut été vaine.
2. Nous exigeons, d'une autre part, que dans le temps où le discours a lieu, ce droit subsiste et demeure ; car il peut arriver que le droit ait, à la vérité, existé, mais qu'il ait été supprime, ou qu'il soit supprimé par suite d'un autre droit survenant, de-même qu'une dette s'é-
D C'esl de \à que celui qui enlève a quelqu'un les moyens de connaître feruines choses, est a|ipelé par les Hébreux un homme qui dérobe le fonir/Geiiès. xxxi, 56, 27, avec la paraphrase d'Onkelos. et la version àt% Septante, Voyez aussi le rabbin David, dans son livre des RacineSy ^Loio?i, dans son Commentaire, et Aben-Ezra. Grotius.
teint par VaccepUlation ^ ou par le défaut de la condition. Il est, de plus, nécessaire que le droit qui est lésé soit celui de la personne avec laquelle nous parlons, non d'une autre ; de même que dans les contrats l'injustice ne naît que de la violation du droit des contractants. A cela, peut-être, vous ne rapporterez pas mal à propos que Platon, après Simonide, rattache à la justice le fait de dire la vérité (L. I, De Rep.) ; que les Écritures sacrées désignent souvent le mensonge — celui qui est défendu — par un témoignage ou une parole contre le prochain ; et qu'Augustin lui-même place la volonté de tromper dans les éléments constitutifs de la nature du mensonge {*). Gicéron aussi veut que la question concernant la vérité à dire, soit rattachée aux fondements de la justice [De offic.^ lib. I).
Or, de même que le droit, dont nous avons parlé, paraît pouvoir être anéanti par le consentement exprès de celui avec qui nous avons affaire — si quelqu'un, par exemple» a déclaré par avance qu'il dira des choses fausses, et que l'autre Tait permis — de même il peut l'être par un consentement tacite, ou présumé en vertu d'une raison légitime, ou bien par l'opposition d'un droit d'autrui beaucoup plus considérable, au jugement commun de tous. Ces choses bien entendues nous fourniront beaucoup de conséquences, qui ne seront pas peu efficaces pour concilier les dissentiments des opinions indiquées plus haut.
* Nous avons dit, au T. I, p. 472 et suiv.» que VaccepUlation était un moyen tictif de paiement. Il se réalisait à l'aide d*une formule qui n'était que la contre-partie de la stipulation, et qui consistait dans une interrogation du débiteur demandant au créancier si ce qui lui avait été promis, il le tenait pour reçu, et dans la réponse affirmative que faisait le créancier. Voir Gaius, Instit., lib. III, § 169 etsuiv. P. P. F.
C) Lactance dit aussi {Instit., lib. Yl, cap. xviii) : « Qu'il ne mente jamais pour tromper les autres, ou pour leur nuire. » G.
Xlf. — La première est, qu'encore que Ton dise quelque chose qui ait une fausse signification à un enfant ou à un insensé, en cela il n'y a pas la faute du mensonge. Il semble, en effet, du sentiment commun de tous les hommes, qu'il soit permis « que Vâge imprévoyant des enfants soit trompé » (Lucrèce). Et Quintilien parlant des enfants : & Noits simulons, dit-il, beauwup de choses pour leur utilité. » La raison la plus prochaine, c'est que comme la liberté du jugement n'existe point dans les enfants et dans les insensés, on ne peut leur faire injure au sujet de cette liberté.
XIIL — 1 . La seconde est, que toutes les fois que le discours est adressé à celui qui n'est pas trompé, quand bien même un tiers en tire une fausse croyance, il n'y a aucun mensonge. Il n'y en a pas par rapport à celui à qui le discours s'adresse, parce que la liberté lui demeure entière, tout à fait comme à ceux à qui une fable est racontée, eux le comprenant, ou auxquels s'adresse un discours figuré, par ironie, ou par hyperbole, figurequi, suivant l'expression de Sénèque, arrive à la vérité parle mensonge (*) (De Benefic., lib. VII, cap. xxiii), et qui est définie par Quintilien, une exagération men- Uxtse. Il n'y en a pas par rapport à celui qui entend cela en passant, parce que Ton ne traite point avec lui, et que par conséquent aucune obligation n'existe à son profit. Bien plus, si lui-même se forme une opinion Urée de ce qui est dit, non à lui mais à un autre, il a à se l'imputer à lui-même, non à autrui. En effet, si nous voulons bien juger, à son égard le discours n'est pas un discours, mais une chose qui peut signifier tout ce que l'ou veut.
') « il affirme des choses incroyables, pour arriver à des choses croytbies. » Sénèque, ibid. G.
2. Ils ne commirent donc aucune faute, ou Caton IS censeur, qui promit faussement des secours aux alliés (Tite- LiVE, lib. XXXIV), ou Fl^ccus,qui raconta à d'autres qu'une ville des ennemis avait été prise d'assaut par ^milius (Appian., Bell. Hispan.), bien que les ennemis aient été trompés par cela ; Plutarque raconte quelque chose de semblable d'Agélisas. Rien, en effet, dans cette circonstance, n'avait été dit aux ennemis, et le dommage qui s'en est suivi est quelque chose venant du dehors, et qu'en soi-même il n'est pas illicite de souhaiter ou de procurer. Chrysostôme et Jérôme (*) ont rapporté à cette espèce le discours de Paul, par lequel, à Antioche, il réprimanda Pierre comme trop judaïsant. Ils pensent, en effet, que Pierre avait suffisamment compris que cela n'était pas fait sérieusement, mais seulement pour condescendre à la faiblesse des assistants.
XIV. — 1. La troisième est, que toutes les fois qu'il est certain que celui à qui le discours s'adresse ne s'offensera pas de l'atteinte portée à la liberté de son jugement, et qu'au contraire il en saura bon gré à cause de quelque avantage qu'il en obtient, alors aussi il n'est pas commis de mensonge strictement dit, c'est-à-dire injurieux; de même que celui-là ne commettrait pas de vol, qui, d'après la volonté présumée d'un propriétaire, consommerait une chose de peu d'importance appartenant à ce dernier, pour lui procurer par là un grand profit. Car dans les choses qui sont à ce point certaines, la volonté présumée est tenue pour exprimée. Or il est constant qu'on ne fait point d'injure à autrui de son consentement *. Ainsi donc celui-là paraît ne pas commettre
(*} Ajoutez Cyrille, dans son ouvrage contre Julien (lib. IX, vers la fin). Tertullien ne pense pas beaucoup autrement (lib. I et III, Contr. Marcion. G
* La maxime c Voltnli non fit injuria a comporte-t-elle des excep-
de faute, qui ou bien console un ami malade en chercliant à lui faire croire des choses qui ne sont pas vraies, comme fit Arria à Tégard de Paetus après la mort de leur fils, laquelle histoire se trouve dans les lettres de Pline (*) ; ou qui relève le courage de celui qui faiblit dans le combat, au moyen d'une fausse nouvelle, afin que, stimulé par là, il se procure la victoire et le salut, et qu'étant ainsi surpris il ne soit pas pris *, suivant l'expression de Lucrèce.
2. Démocrite a dit a qu'il faut toujours user d*un langage véridique^ lorsque c'est le parti le plus avantageux, » « // est permis^ ditXénophon, de tromper ses amis, pour leur bien. » Clément d'Alexandrie permet aussi « de se servir du mensonge en guise de remède, » « Le médecin, dit Maxime de Tyr, trompe le malade, le général Varmèe, le pilote les matelots, et en cela il ny a point de mal, » Proclus, sur Platon, en donne la raison : « Car ce qui est avantageux vaut mieux que ce qui est vrai. » Telle est, dans Xénophon {Socrat., lib. IV) (**), celte nouvelle que les alliés étaient sur le point d'arriver; et cette déclara-
lions? Certains philosophes Tont nié. Cependant il y a des choses incessibles sur lesquelles la volonté de Thomme ne peut concéder de droit à autrui : telles que sa vie, sa liberté. Mais à quel caractère reconnaître les droits cessibles et les droits incessibles? La philosophie allemande a cherché à formuler une règle rationnelle qui puisse guider la loi à cet égard. Suivant Fichte, sont incessibles les droits aux choses que la loi morale commande ; sont cessibles, les droits aux choses que la loi morale permet. Voir Michelet (de Berlin), Histoire des derniers systèmes de Philosophie en Allemagne, t. I, p. 498, Berlin, 1837, cité par Bélime, Philosophie du Droit, 1856, 1. 1, p. 225 et suiv. P. P. F.
n Pline, lib. IH, Epist. xvi. G.
* «... Ae sic deceptus non capiatur, > porte le texte. P. P. F.
(**) c Agésilas étant arrivé en Béotie, et ayant appris que Pisandre avait été vaincu dans un combat naval, par Pharnabaze et Conon, fit dire le contraire à ses soldats, et se présentant à eux couronné, il fit des sacrifices solennels pour cette victoire. » Plltarque, Vie d* Agésilas,
Grotics.
tion de TuUus Hostilius, que c'était par son ordre que l'armée albaine était ramenée en arrière ; et, suivant le langage des histoires, le salutaire mensonge du consul Quinctius, que les ennemis étaient en fuite à l'autre aile (TiTE-LiVE, lib. II, cap. lxiv); et d'autres exemples semblables répandus chez les historiens. Or, il faut remarquer que l'atteinte portée au jugement est d'autant moins considérable dans ce cas-là, parce qu'elle est d'ordinaire momentanée, et que peu après la vérité se découvre.
XV. — 1 . La quatrième conséquence, et qui a du rapport avec la précédente, a lieu toutes les fois que quelqu'un qui a un droit dominant sur tous les droits d'un autre {*), fait usage de ce droit pour le bien soit particulier, soit public de celui-ci *. Et Platon semble avoir au cela surtout en vue, lorsqu'à ceux qui ont le pouvoir il permet de mentir [De Rep,. lib. III). Quand d'un côté il paraît donner le même privilège aux médecins (**), et de l'autre le leur enlever, il semble que cette distinction doive être mise, que, dans le premier cas, il a en vue les médecins appelés au nom de l'État à cette profession, dans le second cas, ceux qui s'arrogent ce titre en leur propre nom. Le même Platon reconnaît avec raison que le mensonge nq convient cependant pas à Dieu, bien qu'il ait un droit suprême sur les hommes, parce que c'est une marque de faiblesse que de recourir à de tels moyens.
{*) Au second chant de Tiliade, Agamemnon, chef des Grecs, dit : « Auparavant, toutefois, j'éprouverai les Grecs —cela m'est légitimement permis— et je leur ordonnerai de fuir sur leur flotte armée d'airain. » G.
* C'est-à-dire, suivant le développement donné par Gronovius, pour ce qui lui est utile, soit à lui individuellement parlant, soit à lui considéré comme faisant partie du corps auquel Texercicc de ce droit est utile. »
(**) Cbrysostôme (lib. I, cité déjà, De Sacerdotio), allègue l'exemple des médecins. G.
2. Un exemple peut-ôtre de mensonge innocent, approuvé même par Philon, pourra être donné dans la personne de Joseph (*), qui, gouvernant en qualité de vice-roi, accuse ses frères par feinte, et contre son sentiment, d* abord d'être des espions, ensuite d'être des voleurs. Et dans la personne de Salomon « qui donna une preuve de la sagesse que Dieu lui avait inspirée, lorsque, devant les femmes se disputant un enfant, il proféra des paroles qui exprimaient la volonté de couper l'enfant en deux, tandis que son esprit était très-éloigné d'une telle volonté, et qu'il voulait atlHbuer son lils à la véritable mère. C'est un mot de Quintilien, que « quelquefois VutUité générale exige que même des choses fausses soient soutenues » (Lib. II, cap. xvii).
XVI. — La cinquième conséquence peut avoir lieu toutes les lois que la vie d'un innocent (**), ou quelque chose d'équivalent, ne peut être sauvée autrement^ et qu'autrui ne peut être autrement détourné de l'accomplissement d'une action mauvaise; tel fut l'acte d'Hypermnestre qui, à ce titre, est Ordinairement louée : « Noblement parjure (***), et vierge illustre dans tous les siècles n (Horace, lib. III, Od, xi).
(*) « Lorsque, dit Cassiodore {De amicitiâ), par une sage feinte de sévérité, il flétrissait ses frères d'une accusation d'espionnage. » G.
(**) Augustfn {In Psalm. ?, passage qui est rapporté par Ciratien, Caus, XXII, Quœst. H, Ne quis,..) dit : « Qu'il y a deux sortes de mensonges^ dans lesquels il n'y a pas une grande culpabilité, mais qui, cependant, ne laissent pas que de constituer une faute : c'est lorsque nous mentons pour plaisanter, ou pour rendre service à notre prochain. Le mensonge ' en plaisantant n'est pas dangereux, parce qu'il ne trompe personne. Celui i qai on le dit sait, en effet, que ce mensonge a été dit par plaisanterie. Qnant an second, il est d'autant moins funeste, qu'il contient en luimême quelque bienveillance. » Tertullien (lib. Depudicitiâ), met au rang des fautes journalières, auxquelles nous sommes tous sujets, les mensonges qu'on dit par nécessité. » Grotius.
{***) Sur quoi lescholiaste dit: uavec bienséance. Il est beau, en effet, de mentir pour la justice. » Semblable est cette pensée de Ghrysostôme,
XVII. — 1. Ce que les sages décident en maint endroit, qu'il est permis de se servir d'un discours faux auprès de l'ennemi, s'étend plus loin que ce que nous venons de dire. C'est ainsi que Platon (Lib. II, De Republ.}^ Xénophon (Lib. I, De Cyri instit. , et lib. IV, SocraL)^ Philon parmi les Juifs [De migrai. Ahrah.]^ parmi les chrétiens, Chrysostôme (Lib. I, De Sacerdot.) (*), ajoutent à la règle qui défend de mentir, l'exception : à moins que ce ne soit contre les ennemis. Vous pouvez rapporter ici, non mal à propos, le mensonge des Jabésites assiégés, qui se trouve dans les Écritures sacrées (I Sam.^ x),etun fait non dissemblable du prophète Elisée (**) (II Rey,, vi, 18 et seq,)^ et de Valerius Levinus, qui se vantait que Pyrrhus avait été tué par lui.
au sujet de Rabab : « 0 beau mensonge ! 0 tromperie louable^ d'une personne qui ne trahit pas la religion, mais qui se rend la gardienne de la vérité, » ou, comme le portent d'autres éditions, cl delà vraie piété! » Parlant des sages-femmes d'Egypte, Augustin dit : « 0 sentiment profond d'humanité 1 0 pieux naensonge pour sauver des êtres I » Jérôme loue les mêmes sages-femmes, et croit qu'elles auront des récompenses même éternelles {in Ézéehiel^ cap. xxviii, et in Isaïam, cap. Lxv). Ambroise (Ad Syagrium,\\h. Yl) et Augustin lui-même {Ad Consentium, contra mendacium, cap. xv), variant ici, à son ordinaire, sont dans la même pensée, testai nie qu'elles aient péché en cela Sont hésitants : Augustin (Quœst, sup. Exod,, lib. H), Thomas d'Aquin {Summ. Theol., H, 2, Quœst, CX, art. iv, Resp. ad 4), sur quoi Ton peut consulter Cajetan. Voyez aussi, si vous en avez le loisir, Erasme, dans son Encomium Moriœ, et le très- savant Masius, sur Josué, ehap. Il, vers. 5. Grotius.
(*) Qui s'exprime ainsi : « Si vous examinez les actions des plus célèbres capitaines, vous trouverez que la plupart de leurs victoires sont l'effet de quelque ruse de guerre, et que ceux qui ont agi de la sorte, sont plus loués que ceux qui ont été victorieux à l'aide d'une force ouverte. »
Grotius.
(**) Il y a un autre exemple semblable du même Elisée, II, Reg,^ cap. VIII, 10, selon la correction des Massoréthes, c'est-à-dire suivtnt ^1 1 *9 que suit la Vulgate. Grotiua.
2. Un passage d'Eustrate, métropolitain de Nicée, sur le sixième livre de la Morale nicomachcenne, se rapporte à la troisième, la quatrième et la cinquième des observations que nous venons de formuler. « Celui qui délibère bien, ne dit pas dans tous les cas la vérité. Il peut arriver ^ en effet, que celui qui délibère convenablement , examine de quelle manière il mentira à dessein , soit à V ennemi^ pour le tromper^ soit à un ami, pour le préserver d*un mal : les histoires sont pleines d'exemples de ces choses. » Quintilien dit aussi que s'il faut détourner un brigand de tuer un bomme, ou si un ennemi doit être trompé pour le salut de la patrie, cette action qui, dans d'autres rencontres, serait blâmable dans des esclaves, serait louable dans la personne du sage lui-même.
3. Ces choses-là ne plaisent pas à l'École * des derniers siècles, comme s'étant proposée de ne suivre presque en tout qu'Augustin seul parmi les anciens (*] (Teom., Summ. TheoL, ii, 2, Quœst. ex, art. 1 et 3; CovARRUV., in cap, Quamvis,.., De Pactis^ in vi, Part. I, § 1, n. 15; — SoTO, De Justitid, v, Quxst. vi, art. 2; — ToLET., lib. IV, cap. xxi, et lib. V, cap. lviii; — Less., lib. II, De Instit,, cap. xlii, Dub. 9). Mais la même École admet des interprétations tacites si éloignées de tout usage, qu'il peut être mis en doute s'il ne vaut pas mjeux admettre le mensonge contre certaines personnes, dans les cas dont nous avons parlé, ou dans quelques-uns d'entre eux — car je ne prends sur moi de rien déterminer — que d'excepter si indistinctement du mensonge ces interprétations; comme lorsqu'ils disent que « jc ne sais pas, » peut être compris : « je ne sais pas pour le dire ; fi que a je n'ai pas^ » peut être entendu :
' C'està^ire aux scbolastiques. P. P. F.
*) L'abbc Rupert a écrit contre la dernière opinion de ce Père, sur w point. G.
a pour te donner; » et autres semblables réserves que répudie le sens commun, et qui, étant admises, rien n'empêchera désormais que celui qui affirme une chose soit considéré comme niant cette chose miême, celui qui la nie, comme Taffirmant.
4. Il est, en effet, très vrai, qu'il n'y a absolument aucun mot qui ne reçoive un sens ambigu (*), puisque tous, outre la signilication qu'on appelle de première notion, en ont une autre de seconde (**), et qu'elle varie suivant les arts différents (***); avec cela qu'ils en ont aussi d'autres par métaphore ou ligures semblables. Je n'approuve pas plus la fiction de ceux qui, comme s'ils avaient horreur du mot, non de la chose, appellent railleries des discours qu'ils profèrent avec un visage et un ton tout à fait sérieux.
XVIII. — Mais il faut savoir que ce que nous avons dit du mensonge doit se rapporter à un discours affirmatif, et tel, en effet, qu'il ne nuise à personne si ce n'est il un ennemi public; et non pas à un discours contenant une promesse (**"). Car, comme nous avons déjà commencé de le dire tout à l'heure, par l'effet de la promesse un droit spécial et nouveau est conféré à celui à qui la promesse «si faite; et nous montrerons que cela a
(') C'est ce que soutient Chrysippe, dans AvlU'Gelle, lib IX, cap. xii. Et Sé^iÈQCE^au livre 11 du traité des Bienfaits^ chap. xxxiv, dit « qu'il y a un grand nombre de choses sans nom que nous désignons par des dénominations qui ne leur sont pas propres, mais qui sont étrangères et d'emprunt. » Grotius.
(**) Augustin dit {De Magistro) « Nous n'avons point trouvé de signe qui, outre les choses qu'il signifie, ne réveille l'idée de lui-même. »
{***} Voyez ce qui a été observé plus haut, sur le g x. G,
(****) Agésilas, et avec lui Plutarque, font cette distinction : «Violer les traités, c'est mépriser les dieux. Mais en dehors de cela, tromper l'ennemi 4>ar des paroles, non-seulement c'est just4% mais cela est même glorieux, et cela procure quelque plaisir, avec du profit. » GROiirs.
UVR£ m, GUAPITIIË I. 43
lieu, mc^me entre ennemis, sans aucune distinction d'hostilité déjà existante, non-seulement dans les promesses expresses, mais aussi dans les tacites, comme dans la demande d'une entrevue, lorsqu'on sera arrivé à celte partie qui traite de la foi à garder dans la guerre.
XIX. — Il faut aussi se rappeler ceci de la dissertation précédente qui a été faite sur le serment, soit afiirmatif, soit portant promesse, qu'il a la force d'exclure toutes les exceptions qui pourraient être tirées de la personne avec laquelle nous agissons, parce que Taffairc ne se passe pas seulement avec un homme, mais aussi avec Dieu, envers qui nous nous obligeons par le serment, alors même qu'aucun droit ne puisse naître en faveur d'un homme. Dans le même endroit nous avons également dit ceci, que, dans le serment, toutes interprétations de termes non complètement inusitées ne sont pas admises, comme dans un autre discours, pour nous disculper de mensonge ; mais que la vérité est absolument requise, dans le sens que l'homme qui écoute est censé, avec bonne foi, comprendre ; de sorte qu'il faut détester tout à fait l'impiété de ceux qui n'hésitaient pas de prétendre, qu'on peut tromper les hommes avec un serment, comme les enfants avec des dés.
XX. — 1 . Nous savons aussi que certains genres de fraudes que nous avons dit être naturellement permises, sont rejetées par quelques peuples ou quelques individus; mais cela ne vient pas de l'opinion qu'elles soient injustes : cela provient d'une remarquable grandeur d'âme, et quelquefois de la confiance dans ses forces. Il y a dans EUen ce mot de Pythagore, que par deux choses l'homme se rapproche le plus près de Dieu : en disant toujours la vérité, et en faisant du bien aux autres; et, dans Jamblique, la véracité est dite être le O^nde vers tous les biens divins cl humains. Pour Aristole, a l'homme magnanime aime à dire vrai cl à parler
librement V) (Ethic. Nicom., lib. IV, cap, vu). Suivant Plutarque, « il est servile de mentir (*). » Arrien parlant de Ptolémée, dit v^qu'il lui eût été plus honteux démentir^ étant roiy qu'à toute autre personne » (Lib. I). Dans le même auteur, Alexandre déclarait a qyi^un roi ne doit dire à ses sujets autre chose que la vérité » (Lib. Vil). Mamertin dit de Julien : « Il y a dans notre prince une étonnante concorde entre Tesprit et la langue. Il sait que le mensonge est non-seulement le vice d'une âme basse et petite, mais que c'est encore un vice servile; et vraiment, comme c'est la misère ou la crainte qui rendent les hommes menteurs, le prince qui ment ne connaît pas l'élévation de sa fortune. » Dans Plutarque, des éloges, sont donnés au naturel d'Aristide: c< ferme et constant dans ses mœurs, inébranlable daiis ses principes de justice, et qui fuyait le mensonge^ même dans laplai-santerie, » Probus dit d'Épaminondas, qu'il était « si attentif à la vérité^ qu'il ne mentait pas, même en badi^ nant. »
2. Gela doit, assurément, être d'autant plus obsei*vé par les Chrétiens, que non-seulement la simplicité leur est commandée (Matth., x, 16), mais encore qu'il leur est défendu de dire des paroles vaines (Matth., xii, 36), et que celui-là leur a été proposé comme exemple, en la bouche duquel il ne s*est point trouvé de tromperie, a Aussi^ dit Lactance, le vorjageur ' véridique et juste ^ ne dira pas ce vers de Lucilius : « Ce n'est pas mon fait de mentir à un homme ami et connu. » Mais il pensera que ce n'est pas son fait de mentir même à un ennemi et à un inconnu^ et il ne se commettra jamais à rien dire où la langue^ qui est r interprète de Vdme^ soit en désaccord avec
(•) Philon (lib. Omnem rirum probum esse liberum) dit : « C'çsl de là qu'on a coutume d'appeler gens qui n'agissent pas en hommes libres, et personnes d'un esprit servile, ceux qui sont faux et trompeurs. » G.
* Le voyageur, c'est-à-dire le Chrétien. P. P. F.
UVBE III, CHAPITRE I. 45
k sentiment et la pensée, » Tel est, dans le Philoctète de Sophocle, Néoptolème, « avrdessus de toïcs par sa généreuse droiture^ » comme Ta bien remarqué Dion de Pnise, et qui répond ainsi à Ulysse, l'engageant à user d'artifice: aPournwi, fUsde Laérte, les conseils que f ai peine à entendre^ f aurais aussi bien plus d'horreur de les suivre; je ne suis pas né pour viser aux artifices, ni moi, ni celui qui, dit-on, me donna le jour (*); mais je suis prît à emmener Philoctète, en employant la force, et non la ru^e. » Euripide dit dans Rhésus : a Un cœur généreux ne sait pas donner furtivement la mort à ses ennemis, »
3. C'est ainsi qu'Alexandre disait qu'il ne voulait pas voler la victoire. Et Poiybe raconte que les Achéens avaient horreur de toute fraude accomplie contre les ennemis (Lib. XII), parce qu'ils croyaient qu'il n'y avait de victoire solide que celle qui — pour exprimer cette pensée par les paroles de Claudien — « subjugue les ennemis après avoir abattu aussi leur courage, » Tels furent les Romains, presque jusqu'à la fin de la seconde guerre punique, a Les Romains, dit Elien,07U un courage qui leur est propre; ils ne recherchent pas la victoire par le moyen de r astuce et de V adresse, » De là vient que lorsque Persée, roi des Macédoniens, eut été trompé par une espérance de paix, les sénateurs âgés déclaraient qu'ils ne reconnaissaient point les procédés romains;
/) Achille, dont parle Horace {Od , lib. IV, od. vi) : a Ce n'est pas lai qa on aurait vu s'enfermer dans les flancs du cheval, vœu imposteur fait à Minerve, pour surprendre les Troyens au milieu de leurs fêtes ioaensées, et la cour de Priam au milieu des danses; mais à la clarté du jour, terrible aux vaincus. . ; » et ce qui suit. Sur quoi le scholiaste remarque « qu'Achille n'avait jamais frauduleusement ugi, mais qu'il avait toujours ouvertement combattu, avec confiance dans sa valeur.» Notez ces mots : avec confiance dans sa valeur, qui sont parfaitement (l'dccord avec ce que nous avons dit au commencement de ce paragra- |»he, (tans le texte. * Grotiis.
que leurs ancêtres n'avaient jamais fait de guerres pour retirer plus de gloire de leur astuce que de leur courage; qu'ils ne s'étaient jamais servis des supercheries puniques, ni de la ruse des Grecs, chez lesquels tromper un ennemi paraissait plus glorieux que de triompher de lui par la force. Puis ils ajoutaient ceci : a Quelquefois, dans le temps présent, la ruse est plus profitable que la valeur ; mais celui-là seul se croit définitivement vaincu, qui est forcé d'avouer que la victoire remportée sur lui est due, non pas à l'artifice et au hasard, mais à la supériorité des forces, dans une guerre juste et légitime. » Nous lisons dans Tacite* (i4nna/., lib. II), que, même plus tard, « le peuple romain ne se vengeait pas de ses ennemis par la fraude et les complots, mais ouvertement et à main armée. » Tels étaient encore les Tibarénicns, qui assignaient même aux ennemis le lieu et le moment du combat [le Sckoliaste^ ad lib. IX d'Apollonhis). Mardonius, dans Hérodote, raconte cela aussi des Grecs de son temps.
XXI. — Ceci se rapporte également ù la manière d'agir ' : c'est qu'il n'est pas permis de pousser ou de solliciter quelqu'un à une chose quelconque (*) qu'il lui est défendu de faire. Que ce qui va suivre serve d'exemple : il n'est pas permis à un sujet de tuer son roi, ni de livrer (les places fortes sans unç délibération publique, ni de dépouiller des concitoyens. Il n'est donc pas permis (Vexciler à ces choses un citoyen, qui demeure tel. Toujours, en etfct, celui qui donne ii autrui une occasion de
* Voici encore une règle, dit Barbeyraé, qui regarde la nrianicre dont on peut agir contre un ennemi. » P. P. F.
n (Vest ce qu'enseigne aussi le fils de Maimon, dans « Haîakot touhal (a), » cap. v, sect. X. G.
(a) i'ai irunscrit ces mots hébreux en lettres latine;:, d'après Burbcyrac.
pécher, pèche aosâ hiMiiêfiie. 11 n'y a p» à nêpbqnm' que pour celui qui poosse aa crime m lel indiTidu. on acte semblable, par extrmple le meurîne d'an rnoemi. est licite. 11 loi est permis, en effet, de ['aon>mplir. mais DOD de cette manière. Aasnsîin dii avvc raison. ç*j. s;' n importe pas, si tous coMmt::tz r5'îi*-n^>"'.< .V r'^îr.i. -:- . n vous voulez qu^wt aurn? U comfiuiU. iK-ur r-r-^-i ". •»
XXII. — n en est antremen!. si quelqu'un emploie. pour une chose qui lui est permise, le senrîce d'un homme qui s'offre à lui volontairement, et qui pèche saiis qu'il ïy pousse. Nous avons prouve ailleurs, par l'exemple de Dieu lui-même * , que cela n'est pas inique. € Xous recevons un iransfwpe i-^ar le droii de la guerre^ » dit Gelsus X. 51 , Digest.. De acquir, rer. dotnin. ; c'est-à-dire que ce n'est pas contre le droit de la guerre,
I II est iseoDlcsUble qae, soÎTait ks priacipe» de Sa iBoraie, ie droit
de b guerre Goodamiie les slratagènkes qui eMKÎsteiit dam U Tiotatioii
de la foi jurée, dans Faïusftiiiat et dans la proTocatios à rmawhiat,
dam reicitatioo à la réToite des sujets enDemis eootre leur sooTeraîo,
dans la eorraptioo et l'excitation à la trahison ; et Grotius, sur ce point,
téffloigne d*une susceptibilité qai loi fait hoDoecr. Le siècle an milieu
duquel écriTait Grotius. T influence de la philosophie politique de Ma-
chiavely qui dominait dans presque toutes les cours de l'Europe» rendaient
encore plus généreuse la protestation de notre auteur. Certains publi-
cistes modernes v ont mis moins de riîrueur. Suirant Vatlel, la séduction
d*an sujet pour, servir d'espion, celle d'un commandant pour livrer sa
place, sont des moyens qui ne sont peu contraires au droit des gens
externe dans la guerre ; et Vennemi nest point (onde à s'en plaindre,
comme d'un attentat odieux {le Dr. des gens, liv. 111, chap. x, | 160,
édit. Guillaumin, 1863, t. 111, p. 59 et suiv.). « L'honneur, dit Ueffter,
ainsi que le propre intérêt, repoussent Tassassinal, la provocation à ce
erioie, Texciiation des sujets ennemis à la révolte contre leur souverain
légitime. La nécessité toutefois d'épargner l'etfusion inutile de sang, ou
d'atteindre plus promptement le but de la guerre, doit, en quelque sorte,
légitimer l'emploi de moyens de corruption et les pratiques mises en
ftuvre pour corrompre certains individus et provoquer la trahison... »
{U Dr. internat, publ. de VEur., g 125, édit. IbGti, p. 238;. P. \\ F.
;•) Livre 11, chap. xxvi, g v. G.
d'admettre celui qui, abandonnant le parti des ennemis, choisit le nôtre (*) ».