LIVRE HT, CHAPITRE XX
raeut toutes les fois qu'il s'agit d'une chose sur laquelle nous avons un plein droit de propriété. Car un État est trop étroitement obligé à défendre la vie de ses sujets, leur pudeur et autres choses semblables, et un roi à protéger le bien de l'État, pour pouvoir omettre les moyens qui sont les plus naturels pour la défense de soi-même et des autres. Cependant si, tout bien compté, celui qui est assailli par une guerre injuste, est tellement inférieur qu'il n'ait aucune espérance de résister, il semble qu'il puisse offrir la voie du sort, afin d'échapper à un péril certain par un péril incertain : ce qui, en effet, de deux maux est le moindre.
XLIII. — 1 . Suit la question fort agitée des combats convenus pour mettre lin h la guen*e, entre un nombre déterminé d'hommes : un seul, par exemple, de part et d'autre, comme entre Énée et Turnus, Ménélas et Paris; deux contre deux, comme entre les Étoliens et les Éléens (Pausanias, lib. V) ; trois contre trois, comme entre les Horaces romains et les Guriaces albains; trois cents des deux côtés, comme entre les Lacédémoniens et les Argiens. •
2. Si nous ne regardons que le droit des gens externe, il n'y a pas à douter que de tels combats ne soient permis par ce droit même; ce droit, en effet, permet indistinctement le meurtre des ennemis. Que si l'opinion des anciens Grecs, des Romains et d'autres nations était vraie, que chacun est le maître absolu de sa vie, la justice intérieure ne ferait pas non plus défaut à ces sortes de combats. Mais nous avons déjà dit plusieurs fois que cette opinion est en opposition avec la droite raison et les préceptes de Dieu (Livre II, chap. xix, § v, et chap. XXI, § xi). Nous avons démontré ailleurs, et par la raison et par l'autorité des Oracles sacrés *, que celui-là pèche
• Les Saintes Écritures. I*. P. F.
contre ramour du prochain, qui tue un homme pour conserver des biens, dont nous pouvons nous passer (Livre II, chap. i, § xii et suiv.).
3. Nous ajouterons maintenant que celui-là pèche et contre lui et contre Dieu, qui estime si bas la vie que Dieu lui a accordée comme un grand bienfait. S'il s'agit d'une chose qui mérite de faire la guerre, comme serait le salut d'un grand nombre d'innocents, il faut alors s'y employer de toutes ses forces. Faire usage du combat convenu, comme d'un témoignage de la bonne cause, ou comme d'un instrument du jugement divin, c'est une chose vaine et étrangère à la vraie piété (Thom., ii, 2, Quxst, 95, art. 8; et iôi, CajetAxN.).
4. Il y a une seule chose qui puisse rendre un tel combat légitime et juste, du côté seulement de l'une des parties, c'est s'il faut absolument s'attendre, en agissant autrement, à ce que celui qui soutient la cause injuste, soit vainqueur au prix d'un grand carnage d'innocents. Il n'y a, en efTet, rien à imputer à celui qui préfère combattre parce moyen, qui lui fait entrevoir une espérance on ne peut plus probable. Mais ceci est aussi ^rai, que certaines choses qu'il n'est pas bon de faire, ne sont pas, avec raison, approuvées par d'autres, mais sont permises pour éviter des maux plus graves qui autrement sont inévitables (Gajet., dict, /oc). C'est ainsi que dans beaucoup de lieux, l'usure et les femmes qui font métier d'impudicité sont tolérées.
5. Ainsi donc ce que nous avons dit plus haut, lorsqu'il était question des moyens de prévenir la guerre (Lib. II, chap. xxiii, § x), que si deux princes entre lesquels il y a contestation pour la couronne, sont prêts à vider entre eux leur différend par les armes, le peuple peut le souffrir, pour éviter un plus grand malheur, sans cela imminent; la même chose devra être dite lorsqu'il s'agit de mettre fin à la guerre (ifksiD. Reg.,
lIVlli; JJ1, CUAPITKJ:; \N. 407
Dup., xxxii; Uub., ii; ii. IS). G'ust ainsi que Cyrus provoqu» le roi d'Assyrie (') ; et que dans Denys ti'HalycainaâSG Metiusâilqu'il ne serait pas injuste que lespriuces des peuples vidassent eux-inéoies leurs différends par les armes ("), s'il s'agissait de leur puissance ou de leur dTgnité, et non pas de celle de leurs peuples [Lîb. IIIj. Cest ainsi que nous Usons que l'empereur Héraclius ("*j tvait combatlu en combat singulier avec le Gis de ChostoSs, roi de Perse.
XLIV. — Au resie, ceux qui remellent ainsi la décision de leur différend à l'issue d'un coiubat, peuvent, à la vérité, s'ils ont quelque droit, s'en dépouiller euxmêmes, mais ils ne peuvent en donner un à l'autre partie, qui n'eu a pas. dans les Étals du moins qui ne sont pas patrimoniaux. C'est pourquoi, pour que l'acconl ait de l'effet, il est nécessaire qu'il s'y joigne le consentement du peuple et de ceux, s'ils sont déjà nés, qui ont an droit à la succession; dans les liefs non francs, le consentement même du maître ou sei^ieur '.
XLV. — I. Souvent, dans de tels combats, on demande lequel des deux doit être tenu pour vain-
0 El n»t, bien aupnravant, Il jllu» provo(|iia Euryslhée. Vayri Ecni tiBE (fleracl ). G.
(") Cul CE que les hDliilanls d'AnilrinopIc répondaient à Habomet, « parUiil de lui et de Muia Zeleb; Lev^cutius, lib. XI. Cul ainti fM Caniberi, roi dcF Lombariie, |>rovDque Ahrbisi Paul Wab.iafhid, Sb. T- C'eil ainsi que Pharnacut voulail te battre itcc le cher des Saunuiule*, pour la poucuion du ttàtenu de Cberun, alln que il luulliliide te Ht paa uposée aux périls i cause de leur djapaie; Conalantin Pdrnnoc., cap. De caitru Cherionir. Vojei un «lemple d'un combat tingalier, au «ujet du royaume, dant Ponta^us, Hiitairtdt Danemark; K ee que leo hialoriens racontent des défla qui eurent lieu enlr« l'empe- RHr Chariet.Quin(. et Frantoia 1". roi de Krancc. Chotiu».
r**l Vojei AiHali, lib. IV, iui|i, xxl; el FntuËGAinE, cap. Liiv. Crotius.
' 5alre anleur emploii! ici cette diBlinctiun de fitft (nmet et n«n IVoMJ. àiTii un Mn> impropre, comme il a dvjà fait ailleurt. fit.)
queur (*) ? Ne peuvent paraître vaincus, que ceux qui ou bien ont tous succombé, ou bien ont été mis en fuite. Ainsi, dans Tite-Live, se retirer dans ses frontières ou dans ses places fortes, c'est le signe qu'on est vaincu
(Lib.III)n.