LIVRE II, CHANTEE XII
que cela suffit pour notre sujet, parcourons quelques questions spéciales qui regardent les contrats.
XIV. — 1. La mesure la plus naturelle de la valeur de chaque chose est le besoin qu'on en a, comme Aristote l'a bien démontré [Ethic. v, 8) !; cela s'observe surtout chez les peuples barbares, dans les échanges. Mais cependant ce n'est pas là l'unique mesure. Car la volonté des hommes, qui est maîtresse des choses, désire beaucoup de choses, plus qu'elles ne sont nécessaires. « C'est le luxe, dit Pline, qui a mis le prix aux perles » (*) (ix, 35); et selon Gicéron [In Vcrr. de Si guis.), « la mesure de la passion qu'on a pour ces choses est la mesure de leur valeur. » Il arrive même, au contraire, que les choses les plus nécessaires sont de valeur moindre, à cause de leur abondance. C'est ce que Sénèque a démontré par beaucoup d'exemples dans son Traité des Bienfaits, lib. VI, cap. xv, où il ajoute ceci : « Le prix des choses dépend des temps. Vantez-les tant que vous voudrez, leur taux est celui au delà duquel elles ne se vendent plus. » Le jurisconsulte Paul a dit : a Les prix des choses ne se rè-
1 Voir la Morale d'Arislolc, livre V, chap. v, édit. de Firmin Didot, 1823, p. 21G et suiv. P. P. F.
(*) Le même dit des pierres précieuses, que c'est la passion de chacun, et surtout des rois, qui en fait le prix (lib. XXXVII). Et, livre XXXII : « Les perles indiennes ont autant de prix chez nous que chez les Indiens le corail ; car ces objets n'ont de valeur que dans l'opinion des nations. » Augustin dit dans la Cité de Dieu, lib. XI, cap. xvi : « Mais pourquoi s'étonner, lorsque d'après l'estimation des hommes eux-mêmes, dont cerlainement la nature est si relevée en dignité, la plupart du temps un cheval se paie plus cher qu'un esclave; une pierre précieuse, qu'une servante. Aussi, dans une telle liberté d'appréciation, la raison de celui qui considère diffère considérablement du besoin de celui qui est dépourvu, ou du plaisir de celui qui convoite : puisque la raison examine ce que l'objet vaut en lui-même dans la gradation des choses, et le besoin ce que vaut la chose par rapport à celui qui le ressent; puisque celle-là recherche ce qui parait vrai à la lumièrede l'esprit, et le plaisir ce qui flatte agréablement les sens du corps. » Grotius.
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(**N Augustin nimpi P| . i \Y M ,., |c marchand
lui-même dit : J'apporte de loin des marcha:, demande pour ma
peine une récompense qui me fasse \ivre. Le mercenaire mérite, en riïtt, son salaire. Il s'agit du mensonge et du parjure, non du négoce. »
Gaorros.