LIVRE I, CIIAJ'ITRE II
blic (les églises. Ajoutez à cela que les auteurs de qui émanent ces autorités, sont au nombre de ceux qui se plaisent à suivre un chemin dilFérent de celui des autres, et à donner un enseignement plus pompeux : tels sont Origène et TertuUien, qui ne sont pas assez d'accord avec e,ux-mémes. Origène, en effet, dit que les abeilles ont été données par Dieu connue modèles, pour qu'il n'y ait entre les hommes (|ue des guerres justes et régulières, dans les cas où la nécessité l'ordonne. Quant à TertuUien, (|ui, dans un autre endroit, paraît moins approuver les peines capitales, il a déclaré que « personne ne nie l'avantage des punitions iidligées aux criminels » {*]. 11 hésite sur la question du service militaire ; car, dans son livre sur l'idolâtrie : « On demande, dit-il, si les fidèles peuvent être dirigés vers la carrière des armes, et si les gens de guerre peuvent être admis à la foi. » Pour lui, il semble pencher dans cet endroit vers l'opinion contraire à l'art militaire. Mais dans le livre sur la Couronne du Soldai, après avoir formulé quelques réflexions contrQle service des armes, il distingue aussitôt entre ceux qui avaient pris du service avant le baptême, et ceux qui s'enrôlent après avoir été baptisés. « En effet, dit-il, la condition de ceux qui reçoivent la foi pendant qu'ils sont engagés dans la milice, est toute différente de celle des autres, car ils sont comme ceux que Jean admettait au baptême ; ils ressemblent à ces centurions fidèles dont Jésus-Christ loue l'un, et Pierre catéchise l'autre;
(*) « Qui ne préférera, dit le même TertuUien (de Anima) la justice du siècle ; justice qui, selon l'apôtre, n'est pas en vain ceinte du glaive, et i|ui est sainte, en sévissant dans l'intérêt de l'iiomme? » Voici encore comment il parle au proconsul Scapula : « Nous ne pensons pas à t'elTrayer, nous qui ne te craignons pas. Mais je voudrais sauver toul le monde, en exiiorlant à ne pas combattre contre Dieu. Tu peux remplir les devoirs de la charge, sans oublier l'humanité, ne fut-ce que parce que vous élcs vous aussi sous le glaive. » Grotius.
162 LE DROIT DE L.V GUERRE ET DE LA l'ALX.
pourvu toutefois qu'après avoir reçu la foi (*) et s'y être confirmés, ils quittent aussitôt le métier de la guerre, comme quelques-uns l'ont fait, ou ([u'ils prennent garde • de toute manière de ne commettre aucune action qni olfense Dieu '. » Il a donc reconnu que ces individus ont continué la profession des armes après leur baptême, ce que, certes, ils n'auraient pas dutout fait s'ils avaient compris (juelc service militaire était interdit par le Gin'ist. Ils n'auraient pas été plus ([ue les aruspices, les magiciens et tous autres faiseurs de métiers défendus (**), autorisés à demeurer dans leur profession après avoir revu
(') La distinction qu'il fait à propos du service militaire, il rappli(|tie ailleurs au mariage, soit dans le traité de la mono}.'amie, suit dans son exhortation à la chasteté. Giunius.
' Voici le texte : « Plané, inquit, si quos militia prasvenlos fides poslerior invenit, alia conditio est, ut illorum ([uos Joannes admittehat ad lavacrum ; ut cenlurionum (idelissimoriim, ([uem Christus probat, et quem Petrus catechizat: diim tamcn susceplû fide al([uc signala, aut dcserendum statim sil, ut mollis actum, aut omnilnis modis cavillandum (cela signifie cavcndum).-. » Mais Gronovius croit avec raison ([u'ilTaul lire cavitandum, parce ([ue ce Père (Tertullicn) ipii se sort souvent du mol cavillari, ne l'emploie ailleurs que pour tromper, chicaner. Il faut encore dans ce passage mettre cenlurionem fidelissimum, au lieu de cenlurionum fidelissimorum, comme l'a remarqué M. Le Clerc, dans son Histoire ecclésiastique des deux premiers siècles, p. 751
(BAnDEYRAC.)
■ (*') Tertullien [De Idôlatrid) dit « qu'on ne reçoit pas dans l'Lglisc ceux qui exercent des professions condamnées par les lois divines (a). » Suivant Augustin (/)/■ fide et operihus), « les courtisanes et les histrions, et tous gens faisant profession de honte publique, ne peuvent approcher des sacrements de Jésus-Christ, iiu'à la condition d'avoir rompu et hiisé de semblables liens (b). » On en voit un exeni|ilc au sujet d'un comédien dans Cyprien (Lpist. lxi) ; à propos de gladiateurs, d'entremetteurs, d'individus faisant trafic de victimes, dans Tertullien (c) ; à propos d'un cocher du cirque, dans Augustin. GiiOTius.
la) C'est au chap. v. De idoldlriû. Les paroles ne sont pas i)réciséniciU conçues de celle manière, quoi(pic le sens s'y trouve. (Baudeyrac).
(b) Cap. xvii((B.).
(c) De idolâtriâ, cap. xi (B.).