LIVRE I, Cll.VPlTKJi
le baptême. Voulant, dans le même livre, louer un soldat qui était chrétien, Tertullien s'écrie: « 0 soldat glorieux devant Dieu 1 »
:J. Ma seconde observation consiste à dire que souvent les chrétiens ont désapprouvé ou évité Ifi profession des armes, à cause des circonstances des temps, qui permettaient à peine d'exercer l'art de la guerre sans se rendre coupable de certains actes en opposition avec la loi cliréticiinc. Nous voyons dans les lettres de Dolabella aux E|)liésicns, conservées par Josèphe, que les Juifs avaient domandé d'être exemptés des expéditions militaires, parce <|uc, mêlés avec les étrangers, ils ne pouvaient point assez observer les rites de leur loi, et parce qu'ils étaient forcés de prendre les armes et de faire de longues étapes les jours du sabbat. Le même Josèphe nous apprend que les Juifs obtinrent de Lentulus leur congé pour les mêmes raisons. Il raconte ailleurs que lorsque les Juifs eurent reçu 1 ordre de sortir de Rome, quelques-uns d'entre eux lurent enrôlés, et qu'on en punit d'autres parce qu'ils avaient refusé de servir par respect pour les lois de leur patrie, c'est-à-dire pour les motifs que nous avons indiqués. Une troisième raison venait parfois s'ajouter aux deux premières : c'est qu'ils avaient à combattre contre leurs nationaux; or, c'était un crime à leurs yeux de prendre les armes contre les membres de leur nation, alors surtout que leurs compatriotes étaient en danger pour vouloir observer la loi de leur patrie. Mais toutes les lois que les Juifs pouvaient éviter ces inconvénients, ils prenaient du service même sous les rois étrangers, « persistant toutefois dans les mœurs de leur pays, et vivant selon leurs statuts {*) » : ce qu'ils avaient la coutume de stipuler avant toute chose, ainsi que Josèphe le témoigne. Les
(*) Ce sont les termes de Josèplie, llistor. antiq. ,\ib. XI (a). Grotius, (a) Cap. un. (B.).
dangers aux<iuels étaient exposés les Juifs resseiiiblaient beaucoup à ceux auxquels TertuUicn l'ail allusion dans les reproches ([u'il adi-esse aux gens de guerre de son temps. Dans le livre sur VIdoldtric, par exemple : « Le serment fait à Dieu, dit-il, et celui fait aux hommes, l'étendard du Christ et celui du diable, ne s'accordent pas ensemble. » On faisait, en ellct, jurer les soldats |)ar les dieux des nations, par Jupiter, par Mars et par d'autres divinités. TertuUien s'écrie, dans le livre sur la Couronne du Soldai : « Et (juoi ? Il veillera devant les temples auxquels il a renoncé? 11 S()Ui)cra dans le lieu (pii ne convient pas à l'apôtre ? 11 défendra i)endant les imits les mêmes démons que dans le jour il a chassés par ses exorcismes ? » Un moment après TertuUien ajoute : « Combien d'autres devoirs attachés aux fonctions militaires doivent être tenus pour une infraction ' 1 »
4. La troisième remar([uc(iue nous faisons, est que les chrétiens des premiers temps ont été endn'asés d'une si gi'ande ardeur pour la pratique des choses les plus parfaites, que souvent ils ont pris des conseils divins pour des règles rigoureuses. « Les chrétiens, dit Athénagoras, ne plaident pas contre ceux (jui leur ravissent leur bien. » Salvianus prétend que c'est un commandement de Jésus-Christ de renoncer aux choses qu'on nous conteste, pourvu que par ce moyen nous nous délivrions des procès. Mais cette maxime prise ainsi d'une manière générale (*), est précisément du domaine du conseil, en vue
' « Quanta aliaindelictis circumspici possiint caslrensium munium, transgressioni interpretanda, n dit le lexlc ilc Gkotius. Dahbeyuac (ail remar(iuer que c'est « in debilis » (|u'il faut lire, selon la correction ilc Gronovius. « Coslrensium munium dcbila suni, ajoute Gronovius, quœ Livius vocat militoria justa, » lib. XXIV, 4S. P. P. F.
(*) Le quatrième Concile de Cartilage défcnil aux évè(|ucs de plaider pour des intérêts temporcJs, (^uand luciiie un les attaquerait en Justice. Joi}5nez-y Ambroise, lib. II, De offic, cap xxi, et Gréfçoire le Grand, lib. il, l.\b. XI, Épist. Lviii. GHurii's.