LIVRE 1, CllAriTRE
(les plaisirs, l'autre par l'avarice, l'autre par la trop grande passion des honneurs ou du commandement. » Justin, ai)rès avoir loué les mœurs des Scythes, s'écrie : « Plût à Uieu (pie les autres mortels imitassent leur modération et leur respect pour le bien d'autrui 1 On ne verrait pas, sans doute, dans tous les siècles et sur tout l'univers, se
de la passion des richesses, de la gloire ou des plaisirs.» «Nous faisons un Ici usage de celle terre domptée, ditl'Iine(/ytst. nat., lib. II, cap. lxiii), que tous les résultats de cette opulence nous conduLsenl aux crimes, aux meurtres et aux combats; nous l'arrosons de notre sang, et nous la couvrons de nos ossements sans sépulture » (a). Diogcne, au rapport de Jérôme (Adversûs Joviniunum, lib. Il) disait ([ue « les tyrans et que les destructeurs de villes (6), que les guerres publiques et civiles n'étaient point suscités par le besoin de trouver de (juoi vivre simplement avec des légumes et des fruits, mais par l'appût des viandes et des festins. » Clirysostônie (/ ad Corinlli., xiii, 3) remanpie que « si les hommes s'aimaient mutuellement, personne ne ferait d'injure à autrui, on rejetterait au loin les meurtres, les combats, les guerres, les séditions, les vols accompagnés (le violence, les fraudes et tous les fléaux. » Le même au cur [Ad patrem fidelis), parlant des riches, s'écrie : « N'est-ce. pas d'eux que viennent les séditions, les guerres, les batailles, le sac des villes, le rapt, l'esclavage, la captivité, les meurtres et les innombrables fléaux de la vie ? » « Si cela était connu (c), dit Claudien, nous jouirions d'un genre de vie simple, le clairon ne retentirait pas, le javelot aigu ne fendrait pas l'air, le vent ne frapperait jias la poupe des vaisseaux, et les machines ne battraient pas les murailles, n « Les esprits des hommes, dit Agathias {Ilislor. I), portés eux-mêmes aux passions excessives et à l'injustice, remplissent le monde de guerres et de désordres, » Je terminerai ces nombreuses et excellentes citations par un mot de Polybe: « « Un esprit qui se contente de ce qui est nécessaire à la vie, n'a pas besoin d'un autre maître pour marcher à la sagesse. » Grotius.
(a) Ce passage de Pline n'est pas rapporté tout à fait exaciement par Grotius.
« Placatîore lamen Dea... clc dit l'auteur latin ; « Placaliore lamen eâ
terra. . . etc., » dit Grotius. Le passage de Pline se trouve au livre II, chap. LXiii, et Grotius l'avait rapporté au livre II, chap. m. p, p, F.
(6) L'édition de Gronovius portt; : subversores ; celle de Barbeyrac : subver-
stones.
(c) « Si cela était connu ;.. . » ces mots se rapportent aux deux vers qui précèdent dans le poëme : « On vit mieux de peu; la nature a donné à tout le monde le moyen d'6trc heureux; il ne s'agit que de savoir en faire usaRC.. . . »
IGU LE DROIT DE LA UUlilUlE ET DE LA TALK.
succéder tant de guerres ; ni le fer et les armes enlever plus d'hommes que ne le lait la condition naturelle des destins. » On trouve dans Gicéron, au chapitre i" de son traité De Finibus : « Les haines, les dillérends, les discordes, les séditions, les guerres naissent des passions. » « Tout est maintenant plein de guerres, dit Maxime de TjT. Les passions circulent de tous côtés, et elles aiguisent à travers le monde la convoitise des choses d'autrui. » « C'est le corps, dit Jambliijue, et les passions du corps qui enfantent les guerres, les combats, les séditions. Car les guerres ont pour cause efficiente la possession des choses profitables. »
17. Quant à ce (\m a été dit à Pierre : « Celui qui frappe de l'épée périra par l'épée; » cette parole n'ayant pas traita la guerre considérée en général, mais regardant proprement la guerre privée, — c.ar le Christ luimême expli(iue pourcpioi il a empêché (ju'on ne vhit à son secours, ou pourquoi il a négligé de se défendre, en disant que son royaume n'était pas de ce monde (Joan. xviii, 36) — il en sera parlé plus à propos en son lieu.
IX. — I. Toutes les fois ([u'il est ([uestion d'interpréter un écrit, l'usage reçu depuis, et l'autorité des persoimes éclairées, sont habituellement d'un grand poids. C'est une règle à laquelle il faut se coidormer, lors même qu'il s'agit du sens des Écritures sacrées. Il n'est pas probable, en effet, que les églises établies i)ar les apôtres se soicjit, ou subitement, ou toutes écartées des maximes qu'ils leur avaient expluiuées par écrit en peu de mots, plus au long de vive voix, ou dont ils avaient même introduit la pratique. Or, ceux qui condamnent les guerres ont coutume de citer certaines ])aroles des anciens chrétiens, sur lesquelles j'ai trois choses à dire.
2. Je remarque d'abord que tout ce qu'on peut conclure de ces passages, c'est (|u'ils exjjrimaicnt roi)iiiion privée de (iuel([ues particuli(;rs, cl non le sentiment pu-