‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 105 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

rence, et qui ont pensé que le fait seul d'entrer dans une église leur suffisait pour leur constituer une conversion, qu'ils achèvent complètement tout le temps déterminé. » Le terme même de treize années indiciue suffisamment qu'il UQ s'agit point d'une faute légère ou douteuse, mais de quekiue crime grave et avéré.

8. Or, il .est indubitablement question ici de l'idolâtrie (*), car ia mention faite des temps de Licinius dans le canon XI (jui avait précédé, doit être censée tacitement-reproduite dans le canon qui nous occupe; comme il arrive souvent que le sens des canons suivants dépend de ceux (jui le précèdent. Voyez par exemple le XI" canon du concile d'Eliberis. Licinius donc, — ce sont les termes d'Eusèbe —« dégradait delà milice les soldats qui ne voulaient point sacrifier aux dieux (**). » Son exenqile fut imité dans la suite par Julien, et c'est la raison pour laquelle on lit (pic Yictncius, ainsi ({ue d'autres, répudièrent pour le Christ les insignes de leur profession militaire. La même chose autrefois, sous Dioclétien, avait été faite en Arménie par onze cent quatre soldats, dont il est mention dans les martyrologes, et en Egypte par Menna et Hésychius. Ainsi donc, du temps de Licinius, plusieurs renoncèrent au service des armes,

(*) Ce crime majeur) est appelé « la grande inculpation du siècle » jiar Tcrlullien [De idolalriâ, cap. i). Cyprien le qualilie de « crime trèsgrave», et l'appelle « le dernier des crimes» (Epist. xii) {a).

Grotius.

(V) « Licinius, dit Sulpice Sévère, se disposant à disputer l'empire à Constantin, avait ordonné à ses soldais de sacrifier aux dieux. Il rejetait de la milice ceux qui s'y rel'usaienl. » C'est pour ce motif que Valentinicn, qui devint empereur dans la suite, quitta le service militaire sous Julien il y a quelque cliose de semblable dans ce que raconte Victor d'Utique, au rapport duquel, sous le roi Huneric, plusieurs avaient quitté le service, parce que la profession militaire les liait à l'arianisme.

Grotius.

(a) XV, édit. Fell (B.).

au nonibre desquels l'ut Arsace, (;ilc [)ariiii les conrcsscurs, et Auxence qui devint depuis évèque de Monsucste. C'est pourquoi, sous Liciuius, ceux (jui tourmentés par leur conscience avaient déposé la ceinture militaire, ne pouvaient plus revenir à la prolession des armes (ju'en abjurant la loi chrétienne; et comme cette abjuration était d'autant plus criminelle, ([ue ^ceux ([ui la Taisaient avaient témoigné par leur abdication précédente une plus grande connaissance de la loi de Dieu, ces apostats étaient punis plus sévèrement par l'Église que ceux dont il est parlé dans le canon précédent, les- (|uels avaient renoncé au christianisme sans y être contraints i)ar le danger de perdre leur vie ou leur fortune. 11 est tout à fait hors de raison d'expliquer le canon que nous avons cité, comme s'il condanmait généralement tout usage des armes. L'histoire atteste, en eflet, d'une manière évidente, que Constantin avait donné le choix à ceux qui avaient quitté le service militaire sous Licinius, et qui n'y étaient point rentrés sous son gouvernement, de peurdc violer la foi chrétienne, de s'exenqiter, s'ils voulaient, de la milice, ou d'y revenir : ce (jue plusieurs firent, à n'en pas douter.

9. On objecte aussi la lettre de Léon, qui porte que « retourner à une milice séculière après avoir fait pénitence, c'est commettre un acte contraire aux règles ecclésiastiques. » Mais il faut savoir qu'on exigeait des pénitents, non moins que des clercs et des religieux, un genre. de vie non-seulement chrétien, mais encore d'une sainteté éminentc, afin ({ue, par leur exenq)le, ils servissent autant à la correction qu'ils avaient servi au scandale (*). De même, dans les plus anciennes coutumes de

(*) Le pape Léon dil diiiis sa lettre XC à Ruslicus, «luc « pour obtenir le p.ir(lon des fautes qu'on a commises, il faut s'al)sleiiir de plusieurs choses permises. » Nous lisons dans les lettres des évr(|iics au roi

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