LIVRE 1, GUATITRE III
iiieniciit mis ji mort. » C'est ainsi que les lois' de tous les peuples que nous connaissons, déclarent innocent celui qui s'est servi des armes contre un agresseur, pour délendre sa vie menacée. Un consentement si manifeste est la preuve qu'il n'y a rien en cela de contraire au droit naturel ' .
III. — 1 . En ce ([ui concerne le droit divin volontaire, plus parlait (jue le droit naturel, je veux dire le droit de l'Évangile, il y a plus de dilliculté. Que Dieu, qui a sur notre propre vie plus de droit que nous n'en avons nousmêmes, ait pu exiger de nous une patience telle, qu'exposés individuellement à un danger nous dussions accepter la mort plutôt ([ue de la donner, je ne saurais en douter. Mais a-t-il voulu nous lier à ce point? C'est là l'objet de la question. On a coutume pour établir l'aflirmalive d'alléguer deux passages que nous avons cités plus haut, quand nous traitions la question générale : « Et moi je vous dis, ne résistez point à celui qui vous lait injure» (Math, v, 39); «Ne vous vengez pas vousmêmes, mes bien-aimés » , ce que la version latine traduit: « Ne vous défendez pas» (Rom. xii, 19). Un troisième argument se trouve dans les paroles de Jésus-Christ à Pierre : « Remets ton épée dans le fourreau, car tous ceux qui auront tiré l'épée, périront par l'épée. » Quelques-uns ajoutent aussi l'exemple du Christ qui est mort pour ses ennemis (Rom. v, 8, 10).
2. Il ne maïKiue pas non plus d'anciens chrétiens qui n'ont pas, à la vérité, désapprouvé les guerres publiques, mais ([ui ont considéré comme interdite la défense de particulier à particulier. Nous avons reproduit plus haut les passages d'Ambroise sur la guerre. Ceux d'Augustin sont beaucoup plus nombreux et plus clairs; tout le monde les connaît. Le même Ambroise a dit : « La rai-
« Voir infrà, liv. II, cliap. i", g 3, une note sur les comlitions constitutives de la légitime défense. P. I». F.
182 LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA l'AIX.
son pour laquelle à Pierre qui lui offrait deux épées, Jésus-Christ répond : Ccst assez,, est sans doute ([u'il voulait faire entendre ])ar là que la défense privée avait été permise jusqu'à l'Évangile; de sorte (jue l'ancienne loi aurait enseigné ce qui est juste, et l'Évangile ce qui est vrai (lib. X, in Lucain). Le même Père dit ailleurs « qu'un chrétien, (juand bien même il tomberait entre les mains de brigands armés, ne peut frapper celui ((ui le frappe, de peur ([u'en défendant sa vie il ne blesse la piété n [De offic. III, c. iv). m Je ne blâme pas, dit Augustin, la loi qui permet de mettre à mort de telles gens (il parle des brigands et autres agresseurs), mais je ne trouve pas comment justifier ceux qui les tuent » (lib. I, de lib. arbil.., c. v). Dans un autre endroit: «la maxime, dit-il, qu'on peut tuer des honnncs pour éviter d'être tué par eux, ne me plaît pas, à moins qu'on ne soit soldat, ou qu'on ne soit lié par une fonction publicjue, en sorte qu'on n'agisse pas pour soi-même, mais pour les autres, en vertu du pouvoir légitime dont on est revêtu» [Episl. 154, ad Plublicolani). Il paraît jiar la seconde lettre de Basile à Amphilocliius, <[ue ce Père de l'Église était du même sentiment (cap. xlih et lv (*).
3. Mais de même (jue l'opinion contraire, qui n'admet pas qu'une telle patience soit obligatoire, est la plus reçue, elle nous paraît aussi la plus vraie. L'Évangile nous ordonne, en effet, d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, mais non pas de le préférera nous-mêmes. Bien plus, lorsqu'un mal égal nous menace, il ne nous est pas défendu de pourvoir à notre salut plutôt cpi'à celui des autres ("), ainsi que nous l'avons démontré plus
{*) Ajoutez le canon du concile d'Orléans, cité par Gratien, C. ult., Catis. XIII, Quccst. II. GnOTius.
(") Gassiodore (De Amicilid) (a) dit « (lu'ii n'y a aucun commandement,
(a) Co li-uilc i|uc Ckotius cite csl du Picno de lilois, an jiigunioiit dus ciiliqm-i.. (IUrd).