‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 112 sur 294 · LIVRE I, CllAriTIVE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CllAriTIVE III

à tous ceux qui demandent. » Cette dernière proposition comporte comme exception, la restriction qu'en donnant nous ne nous imposions pas un trop lourd sacrifice. Bien plus, ce précepte de donner n'est accompagné de rien qui insinue la restriction dont il s'agit, laquelle se déduit uniquement des règles de l'équité; au lieu que le ])réccpte de ne point résister porte son explication dans l'exemple du soul'tlet. Cet exemple nous fait voir qu'on n'est indispcnsablcment tenu de souffrir sans résistance, <iue l'injure qui consiste dans un soufflet, ou quelque autre semblable outrage; car s'il en avait été autrement, il aurait mieux valu dire : «Ne résistez pas à celui qui vous fait injure, mais donnez votre vie plutôt que de faire usage des armes. »

G. Dans les paroles de Paul aux Romains, le mot de l'original ne signifie pas se défendre, mais .se venger. Tel est le sens qu'il a dans le livre de Judith (i, 12 et II, 1), dans Luc (xviii, 7, 8; xxi, 22), dans la seconde épître aux Tlicssaloniciens (i, 8), dans la première épître de Pierre (ii, 14), dans l'épître aux Romains (xiii, 4), dans la première épitre aux Tlicssaloniciens (iv, 6). La liaison du discours le démontre manifestement aussi, car il avait été dit précédenuiient : «Ne rendez à personne le mal pour le mal, » ce qui définit la vengeance et non la défense de soi-même. Paul appuie son exhortation sur un passage du Deutéronome : « A moi la vengeance; c'est moi qui rendrai la pareille, » où l'hébreu dit : « A moi aussi la vengeance. « La signification propre du terme, et le sens même du passage ([ui ne permet pas ([u'oii rentende de la défense individuelle, indiquent qu'il s'agit dans ces textes du fait de se venger.

7. Ce qui a été dit à Pierre contient à la vérité une interdiction (le se servir de l'épée, mais non au, point de vue de la défense. Cet apôtre n'avait pas besoin, en elfet, de se défendre; Jésus-Christ n'avait-il pas déjà dit en

parlant de ses disciples : « Laissez-les s'en aller, » afin que cette parole qu'il avait dite lïit accomplie :« Je n'ai perdu fiucun de ceux que vous m'avez donnés» (Joan. xvui, 8, 9). Il n'y avait pas non plus à défendre le Christ, car il ne voulait pas être défendu. Aussi dans Jean, Jésus- Christ ajoute-t-il le motif de l'interdiction faite à Pierre : «Ne boirai-jc pas, dit-il, la coupe que m'a donnée mon père? » (§ 11); et dans Mathieu : « Comment donc s'accompliraient les Écritures ([ui disent (jue cela doit arriver ainsi?» Pierre ((ui était l)ouillant, était entraîné par le désir de la ven{^'cance et non ])ar le soin de la défense. Ajoutez à cela (ju'il prenait les aruies contre ceux qui se présentaient au nom de l'autorité publicpie. La question de savoir s'il est ([uchjues cas où il soit permis de résister aux agents de cette autorité, est une thèse particulière, ([ue nous traiterons spécialement plus bas. Ce (|u'ajoute le Seigneur: «Tous ceux qui auront pris le glaive périront par le glaive, » est ou bien un proverbe tiré de l'usage ordinaire, qui signifie ([ue le sang se paie par le sang, et que ])ar consécjuent l'emploi des armes n'est jamais exenq)t de péril; ou bien, telle est l'opinion d'Origène, de Théophylacte, de Tileet d'Euthymius, cela veut dire que nous ne devons pas dérober à Dieu la vengeance, qu'il exercera suffisamment lui-même en son temps. C'est évidemment dans ce sens ([u'il est dit dans l'Apocalypse (xiii, 10) : «Celui qui tue avec l'épée, doit être tué lui-même avec ré[)ée; en cela repose l'espérance et la patience des saints. » A cela se rapporte ce passage de Tertullien : « Dieu est un dépositaire de i)atiencc (jui suffit à tout. Si vous lui remettez entre les mains une injure, il en est le vengeur; si c'est une douleur physique, il en est le médecin; si c'est la mort, c'est lui (|ui ressuscite : cpie ne doit donc pas faire la patience, afin d'avoir Dieu pour son débiteur? » Il semble aussi ([ue les paroles du Christ renferment en même tenips une i)ré-

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