‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 118 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

romain, et par conséquent, ils n'avaient pas à se plaindre qu'on leur ait t'ait injure; en supposant toutefois que le peuple romain ait eu un juste sujet de faire la guerre aux Gaulois. Quant à César il aurait dû se contenter d'avoir chassé les Germains des Gaules, province qui lui avait été conliée, et il ne devait pas poursuivre ces peuples sur leur propre territoire; surtout lorsqu'il n'y avait plus de péril à redouter, sans avoir consulté auparavant le peuple romain. Les Germains n'avaient donc pas le droit de demander qu'on leur livrât César, mais le peujile romain îivait celui do le punir ; par la même raison dont les Carthaginois se servirent dans leur réponse aux Romains : « Pour moi, je ne suis pas d'avis qu'on doive rechercher si c'est d'après une décision privée ou publique (jue Sagonte a été attaquée; mais si elle l'a été avec justice ou non. C'est, en etret, notre affaire de rechercher si notre concitoyen a agi de notre consentement, ou de son autorité privée, et de le punir. Entre vous et nous il n'y a qu'une chose à discuter, c'est de savoir si notre alliance permettait ounonde le faire» (Tit.-Liv., lib.XXI). 5. Marc. Tullius Cicéron défend l'action d'Octave et de Decimus Brutus, qui de leur propre autorité avaient pris les armes contre Antoine. Cependant, quand même il eût été constant ([u'Antoine eût mérité d'être traité en ennemi, il fallait attendre la résolution du sénat et du peuple romain, pour savoir s'il était de l'intérêt de la République de passer sous silence l'action d'Antoine, de se venger, d'en venir à des conditions de paix, ou de courir aux armes. Personne, en effet, n'est contraint d'user de son droit, quand à ce droit est attaché souvent le danger de quekiue préjudice (App. Cl, iv). Antoine, enfin, étant une fois déclaré ennemi, il fallait laisser au sénat, et au peuple romain, le soin de décider à qui ils voudraient de préférence conftcr la direction de cette guerre. C'est ainsi (jue Cassius ayant demandé des secours aux

198 LE KUUIT DE LA GUERRE ET iiE LA TAIX.

Rhodiens, en vertu d'un traité, ils répondirent qu'ils lui en enverraient si le sénat l'ordonnait.

6. Avertis par cet exemple, — et nous en rencontrerons plusieurs autres encore, — nous devons nous souvenir de ne pas accepter tout ce cjue peuvent dire les auteurs, (juclque éclatante que soit leur réputation. Souvent, en elfet, ils se conforment aux circonstances du temps, souvent ils obéissent à leurs propres inq)ressions, et pour eux la pierre règle le niveaic. Ainsi l'aut-il tâcher d'apporter dans ces sortes de choses un jui^emont net, et ne pas se laisser entraîner à prendre témérairement, comme un précédent, ce qui mérite i)lutôt d'être excusé (jue loué. C'est là un point sur le<iu(îl on se trouq)c ordinairement d'une manière dangereuse.

7. Puisqu'il a été dit (jue la guerre publi(iue ne doit se l'aire (|ue par l'autorité de celui (jui possède la souveraine puissance, il sera nécessaire, tant pour conq)rendre ce principe, que pour l'inlelligencc de la (juestion relative à la guerre solennelle, ainsi <[ue pour l'éclaircissement de beaucoup d'autres détails, de savoir exactement ce que c'est que la souveraineté, cl en ((uelles i)ersojmes elle, réside. Gela est d'autant plus important, (juc les savants de notre siècle, traitant cette matière plutôt selon l'état des choses présentes, que selon les véritables principes, n'ont l'ait que rendre plus confuse une matière qui n'était déjà pas claire d'elle-même '.

' Presque tous les publicistes des derniers siècles, suivant en cela l'opinion erronée de Ilobbes (De cive, cap. v, vi et sniv.), ont confondu le souverain .ivec le goiiverncniciit. Telle est la source d'un grand nombre de leurs erreurs. C'est comme si l'on conTondait la Force avec le mouvement, le moteur avec les rouages. De ce (pic le corps en ap|)arence est investi de la force et des mouvements, est-ce une raison pour <lirc (pie toute force, tout mouvement proviennent de lui et sont à lui ? Il en est (le miime du gouvernement et des mcndjrcs (pii l'exercent. Ils sont investis de toute force et de tous mouvements apparents; mais la cause de celte force et de ces mouvements, c'est la volonté du souverain ou de

Page 1