‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 119 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE

VI. — 1. La faculté morale de gouverner un État, j qu'on désigne encore par le terme de puissance civile, I est représentée par trois choses, dans Thucydide, lorsque parlant d'un État, véritablement tel, il l'appella : « un corps qui a ses lois, ses tribunaux, ses inayislrals » {*) '. Aristole distingue trois parties dans le gouvernement d'une république : la délibération sur les affaires communes, le soin d'élire les magistrats et la reddition de la justice (lib. IV, Polit., c. iv). Il rapporte à la première partie la délibération sur la guerre, la paix, les alliances à former ou à rompre, les lois à promulguer; il y ajoute la délibération sur la peine de mort k infliger, sur l'exil, la conliscation des biens, la peine réservée aux concussionnaires, c'est-à-dire, suivant moi, les jugements publics, ayant désigné auparavant par la « reddition de la justice ))ce qui concerne \gs jugements particuliers'^. Denys

In nation, qui tacitement ou ostensiblement imprime la suprême impulsion. On peut voir dans quelles contradictions, dans quels désordres d'idées et de jirincipes, cette confusion du souverain et du gouvernement a jeté ces puhlicisles, et en particulier Grotius (Houzel, Constitution sociale, p. 241 ctsuiv.)., ' P- P- ^'^

(•) On pourrait aussi^traduirc par: ayant ses propres intérêts, ainsi que l'entend le scoliaste de Thucydide. Le terme «utoteXeiç est, en cITcl, un terme équivoque. Grotius.

• Le passage auquel fait allusion Grotius, se trouve dans le traité de paix conclu entre Athènes et Lacédémone, jiendant la dixième année de la guerre du Péloponèse (liv. V, |i 18). « En ce qui concerne l'enceinte et le lenqile d'Apollon à Delphes, dit ce traité, ainsi que les habitants de Delphes, ils seront indéjiendants, aiïranchis de tout tribut et de toute juridiction étrangère, eux et leur territoire, conformément aux usages de nos pères. » Voir )a traduction nouvelle de Vllistoire de la guerre du Péloponèse de Thucydide, par M. A. Bêlant, 18G3, p. '273, édit. Hachette. On voit que Thucydide ne s'exprime pas d'une manière aussi dogmaticpie que le ferait supposer Grotius. !'• P- ^•

2 Le jiassage d'ARisTOTE ne se Irouve point, comme l'indique Grotius au livre IV, chap. iv; ni, comme l'indique Barbetrac, -liv. IV, chap. xiv, mais au livre IV, chap. xi. «11 y a, dit le philosophe deStagyre, dans tout gouvernement trois parties, dont un sage législateur doit con-

d'Halycarnasse cite trois cliels principaux : le droit de créer des magistrats, celui de faire les lois (*) et de les abroger, celui de décider la guerre et la paix (liv. IV). Il ajoute ailleurs un quatrième chef: le droit de juger (lib. VII), et dans un autre endroit encore, celui de régler les sacrifices et de convoquer les assemblées du jjcuple (lib. II) '.

2. Si quelqu'un veut faire une division exacte, il trouvera facilement tout ce (pii se rattache à la souveraineté, sans que rien n'y manque, ou ne soit surabondant. Car celui ([ui gouverne un État, exerce le pouvoir en partie par lui-même, en partie par autrui. 11 gouverne par luimême, en s'applitpiant ou aux affaires générales, ou aux ailaires particulières. Aux aifaires générales, lorscpi'il s'occujje de faire ou d'abroger les lois relatives, soit aux choses qui regardent la religion — autant ((ue cette attribution se rapporte à la direction des intérêts de l'État, — soit aux choses profanes. C'est ce qu'Aristote appelle la science archilccluniqus du gouvernement'^. Les aifaires

suller l'intérêt cl la convenance iiarliculière. Quand elles sont Itien constituées, le gouvcniomenl est nécessairement lion, et ce sont précisément les dilTérences ([ui se trouvent entre ces parties, qui constituent les gouvernements divers. L'une est la partie chargée de délibérer sur les alTaires pul)li(|ues, la seconde est celle ([ui exerce les magistratures, à l'occasion de quoi il faut régler quelles sont celles (ju'on doit établir, quelle doit cire leur autorité, et comment il faut élire les magisirats. La troisième est celle qui est chargée de rendre la justice. La partie délibérante décide de la guerre et de la paix, des alliances et des traités, fait les lois, et prononce la peine de mort, ou l'exil, ou la confiscation, et reçoit les comptes des agents comptables. » Voir la traduction de la Politique d'Aristote, par M. Thurot, édit. Firniin Didot, I8Z4, p. 282. P. P. F.

(*) Servius ^7. Ad. Aencid.j s'exprime ainsi : « Omni ditione. lleclius omni quam omnis : ut significet omni poleslatc, pace, legibns, bellii. I) GnoTius.

' Denys u'HAbicAn>iASSE, Antiquit. Homan., lib. iV,cap. xx; lib VU, cap. i,vi ; lib. Il, cap. xiv. P. P. F.

- « La prudence et la jtolitifjue, dit Ahistote, sont, à vrai dire, une même habitude ou disposition d'esprit; mais elles n'ont pas la même

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