LIVRE I, CHAriTRE III
et Immains (*); » si, ce que raconte Appien, certains peuples voulant se soumettre à la domination des Romains, n'ont pas même été reçus à l'aire cette soumission (**), quel obstacle s'oppose à ce qu'un peuple puisse aussi se donner de la même manière à un seul individu puissant? Nous lisons dans Virgile : « Quand lié par les conditions d'une paix inique, il se sera livré au pouvoir...'.» 11 peut arriver aussi qu'un père de famille possédant une grande étendue de terres, ne veuille à aucune autre condition recevoir d'habitants sur ses domaines, ou que le propriétaire d'un grand nombre d'esclaves, les alVranchisse à la condition de subir son autorité, et de lui payer le cens. Ces situations ne sont pas sans
à la cliarge par chaque génération de conserver celte liberté à la génération qui la suivra, et de l'améliorer sans cesse 'en suivant la voie du progrès. » (Court d'histoire du Droit constitutionnel, de 1833, p. 73.) « Quand chacun, dit J.-J. Rousseau, pourrait s'aliéner lui-naéme, il n© peut aliéner ses enfants ; ils naissent hornmes libres, leur liberté leur appartient, nul n'a droit d'en disposer qu'eux...» {Contrat social, liv. I, chap. iv.).Voir Vattel, le Droit des gens, édit. Guillaumin, t. I", p. 239, note 1. P. P. F.
(') Comme les Falisques [Tite-Live, liv. V), les Samnites (liv. IX). C'est ainsi que les Épidamniens, abandonnés par les habitants de Corcyre, se donnèrent aux Corinthiens pour qu'ils les protégeassent contre les Taulanliens et les exilés qui s'étaient joints à eux. (Thucydide, liv. I.)
Grotius.
('*) Et des Vénitiens (Benib., lib. VI). Grotius.
' Il s'agit des deux vers suivants de Virgile :
i< Nec, quum se sub leges pacis iniques Tradiderit, regno aul oplatû liice fruatur . »
(Enéide, liv. IV, v. 618, 619).
C'est Didon qui parle. Elle souhaite, au milieu de ses imprécations, qu'Énée, après avoir fait une paix désavantageuse, ne jouisse ni du royaume, ni de la lumière, ou de la vie. Mais Grotius, qui cite de mémoire, a changé ainsi la ponctuation et le sens :
» Nec, quum se sub leges pacis iniquœ Tradiderit regno, aul oplatû liice fruatur. . . »
2)0 LE DROIT 1)E LA OUERIIK ET HE LA TAlX.
exemples. On lit dans Tacite sur les esclaves des Germains : « Chacun gouverne sa demeure, ses pénates. Le maître lui impose une certaine (juantité de blé, de bétail, de vêtements, comme on le i'erait à un fermier, et l'esclave obéit dans celte limite '. »
4. Ajoutez à cela (lue comme, selon ce (ju'a dit Aristote, il y a des hommes naturellement esclaves, c'està-dire nés pour la servitude, de même il y a des peuples dont le naturel est de savoir mieux obéir^ (jue gouverner. Tel est le témoignage que les habitants de la Cappadoce paraissent avoir rendu d'eux-mêmes. Ils préférèrent vivre sous un roi, à jouir de la liberté ((ue leur offraient les Romains, et déclarèrent ([u'ils ne |)ouvaicnl se jiasser d'un roi (Strauo, xii. — .I.ustin., lib. XXXVlil). C'est ainsi que Pliilostrate, dans la vie d'Apollonius, dit qu'il serait insensé de vouloir procurer la liberté aux Thraces, aux Mysiens et aux Gètes, puisqu'ils ne la goûteraient pas (lib. VII).
5. On a pu aussi être touché par l'exemple de nations, qui, pendant de nombreux siècles, ont vécu assez heureuses sous un gouvernement tout à fait monarchique (*]:
' « Les autres esclaves, dit Tacite, ne sont pas classes comme chez nous, et attachés aux différents emplois du service domestique. Chacun a son habitation, ses pénates, qu'il régit à son gré. Le maitre leur impose-, comme à des fermiers, une certaine redevance en blé, en bétail, en vêtements ; là se borne la servitude. » {Mœurs des Germains, traduction de J.-L. Burnouf, édit. Hachette, 18G3, p. G35.) P. P. F.
(•) Séncque s'exprime ainsi en parlant de Brutus [De benef., lib. Il, c. XX) : « En ceci toutefois cet homme, grand dans le reste de sa vie, s'abusa fort, ce me semble, et n'agit point selon les principes du stoïcisme, soit que le nom de roi l'ait effarouché, tandis (jue le meilleur gouvernement est celui d'un roi juste; soit qu'il cs[iéràt rétablir la liberté dans une ville où l'on trouvait tant de profit et à commander cl à servir; soil qu'il s'imaginât pouvoir rajipeler à sa forme première cette république dont les anciennes mœurs n'étaient plus, cl faire refleurir l'égalité entre citoyens et la stabilité des lois, là où il avait vu tant de milliers d'hommes combattre, non pour repousser l'esclavage, mais pour le choix d'un