LIVRE I, (lllAriTRE III
Les villes qui étaient sous la puissance d'Eumènes, dit Tite- Live, n'eussent pas voulu changer leur condition pour celle de tout autre État libre (*) (lib. XLll). La situation des aflaires publiques est quelquefois aussi telle, que l'État semble ne pouvoir être sauvé que sous la libre clomination d'un seul (**). C'est ce que plusieurs personnes judicieuses ont jugé de la république romaine, telle qu'elle se comportait à l'époque de César Auguste. C'est donc pour ces raisons, et pour de semblables, que non-seulement il peut arriver, mais même (ju'il arrive ordinairement, que U'H hommes se soumettent à l'empiré et à la puissance (['autrui, comme Cicéron le remarciue dans le livre second de son traité des devoirs. ,
0. De même que l'on peut, ainsi que nous l'avons dit auparavant, acquérir dans une guerre légitime ' la pro-
m.Tilre... » {a) Voyez aussi Bizarr.. Ilisl. Genuens., lib. XIV, p. 329.
Grotius.
(•) C'est ainsi que plusieurs citoyens des républiques de la Grèce, quittèrent autrefois leur pays pour aller demeurer à Salamine, ville de Cbypre, où régnait Kvagoras, comme le raconte Isocrate. Grotius.
("*) Philostratc fait dire à Dion (lib. V, cap. xi), qu'il craignait que les Romains, plies sous le joug d'une longue domination, ne pussent souffrir aucun changement dans la forme de leur gouvernement [b). Grotius.
' Barbeyrac qui paraphrase plutôt qu'il ne traduit ce passage, fait à ce sujp.t l'observation suivante: « Il y a dans l'original : Jàm vero hello juslo, u( anlè diximus, sicnt acquiri potest dnniiiiium privatum, ità et dominium civile... — Ainsi, il semble d'abord que cette petite parenthèse, ut antè diximus, tombe sur toute la période et sur la proposition qu'elle renferme. Mais comme notre auteur n'a encore rien dit juscju'ici sur celle matière, j'ai cru qu'il fallait rapporter le renvoi au seul mot de juslo dont il- a explicpié le sens ci-dessus. » — Voici donc la version très-libre de Barbeyrac : « Il peut arriver, et il arrive ordinairement que les hommes se soumettent d'eux-mêmes à l'empire de. quelqu'un, comme Cicéron l'a remarqué il y a longtemps; mais ils y sont aussi quelquefois réduits, bon gré mal gré qu'ils en aient, ce qui a lieu
(a) Tradnrtinn de J. Baillard, édit. Hachette, 1860, l. I, p. P. P. F.
(6) Fie d'Âppoll. de Tyan, liv. V, oh. xxxiv, édit. Lips. (Barb.).
priété des biens appartenant à des particuliers, on peut de même acquérir la propriété civile, ou le pouvoir de gouverner un État indépendamment de toute autre puissance '. Il ne faut pas croire, d'ailleurs, que, ce qui vient d'être dit, ne l'ait été ([ue pour maintenir le pouvoir mo- ' narchi(iue, dans les lieux où il est en usage, car le même » droit et les mêmes raisons servent j)our les principaux d'entre les citoyens, ([ui gouvernent l'État à l'exclusion du peuple. Que dirai-je de ce (ju'il ne s'est jamais trouvé de république tellement populaire, où l'on n'ait pas exclu des conseils publics ([uclciues personnes, soit très-pauvres, soit étrangères, en même temps que les femmes et les jeunes gens^?
diins une guerre légitime, à prendre le mot de légitime au sens que noua avons dit ci-dessus; car comme on peut acquérir par les armes la propriété des biens de l'ennemi, on peut aussi acquérir par la même voie le domaine civil... » P. P. F.
< Donner pour source à la souveraineté la conquête, c'est exalter la force matérielle Or, céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourrait-ce être un devoir, et qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse? Mais Grotius vivait à une époque où la force brutale étouffait la notion du droit. P. P. F.
^ Gronovius explique ainsi cette pensée : H y a des personnes qui sont ordinairement exclues des délibérations publiques; donc il n'est pas permis au peuple entier, ou à la grande et à la plus saine partie du peuple, de résister, dans une extrême nécessité, à un prince manifestement tyrannique. Mais telle n'a pas été la pensée de (Jrotius, et l'interprétation donnée jiar Harbeyrac parait évidemment préférable. « La réflexion de Grotius, dit-il, tend à faire voir ([u'il n'est pas contraire au but de la société civile en général, que le peuple soit soumis à un pouvoir indépendant; puisque dans les républiques les plus populaires, il y a toujours un assez grand nombre de personnes de l'un et de l'autre sexe, qui n'ont aucune part au gouvernement de l'Étal, et qui dépendent de rassemblée du peuple, entre les mains de laquelle c.-t le pouvoir souverain, autant «lue les sujets d'une monarcbie dépendent de leur prince, ou les sujets d'un gouvernement aristocratique du conseil des principaux de l'État. »