‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 127 sur 294 · LIVRE 1, GILVriTRE III · texte numérisé non relu

LIVRE 1, GILVriTRE III

Eschyle fait ainsi parler le peuple au roi : « Tu es l'État lui-même, tu es la ville entière, tu n'as pas de juges audessus de toi, du haut du trône où, placé comme sur un autel, tu gouvernes toutes choses au gré de ta seule volonté ' . »

1 1 . Le roi Thésée, dans Euripide, parle lui-môme tout autrement de la république des Athéniens. « Cette cité indépendante, dit-il, refuse d'obéir à un seul maître. Roi lui-même, le peuple confie annuellement à tel ou tel les charges et les honneurs. » Thésée, en effet, comme rcxpli(iuc Plutaniue, n'était qu'un chef de. guerre et ([u'un gardien des lois; du reste il était l'égal des autres citoyens [Vie de Clcorncnc, vie d'Agcsilas) {*). C'est ainsi

cliides étaient Pélasges, c'est-à-dire de* ^ens bannis de leur pays, d'un mot syrien. Les^)remiers iiabitants de Lacédémone étaient aussi Péiasges, aussi les Lacédémoniens se disaient -ils descendants d'Abraham, comme il parait par l'histoire des Machabées. Or, comme les rois d'Argos étaient absolus, à l'imitation de ceux de l'Orient, d'où ils étaient venus, ceux de Thèbes l'étaient aussi, parce qu'ils étaient descendus des Phéniciens. Cela parait par les discours que Sophocle fait tenir à C.réon, et Euripide au héraut de Thèbes, dans ses Suppliantes. Grotius.

' 11 est inutile d'insister pour faire remarquer combien les idées de Grotius ont vieilli. Aujourd'hui les monarques gouvernent, non suivant leur bon plaisir, mais selon l'intérêt de leurs peuples. Qu'ils se croient encore rois de droit divin, ou qu'ils tirent leur légitimité de la volonté nationale, il n'en sentent pas moins que la royauté est le plus grand des devoirs, au lieu d'être simplement le plus élevé des honneurs Sauf en Russie et en Turquie, les peuples sont consultés; leurs représentants votent, chaque année, les impôts (jue doit percevoir le gouvernement, et en contrôlent l'emploi. Dans les siècles précédents, les rois ne songeaient au sort de leurs peuples que dans les intervalles de leurs guerres ou de leurs plaisirs; aujourd'hui ce doit être leur préoccupation constante, car les peuples font remonter directement à celui qui les gouverne leur prospérité ou leur misère, leurs revers ou leurs triomphes. De nos jours on ne tolérerait pas plus un roi fainéant qu'un roi despote. Voir, G. Ducoui)R\Y, Histoire contemporaine, 3* partie, 18 i8 à 18G3, chap. xxvi, p. 346. - P. p. F.

(") Voici comment parle Dcmopbon, lils de Thésée, dans les Héraclides d'Euripide : « Je n'ai pas un pouvoir souverain comme les rois

qu'après Lycuryue, et surtout après l'établissement des Epliores, les rois des Lacédéniouiens, au dire de Polybe, de Plutarque, de Cornélius Népos f), ont été rois de nom, et pas de fait. Cet exemple l'ut suivi par d'autres peuples dans la Grèce, pausanias dit dans les Gorinthiaques, que « depuis les, temps les plus reculés, les Argiens, amis de l'égalité et de la liberté, réduisirent à presque rien la loyauté, au point de ne laisser aux lils de Gisus et à sa postérité ([uc le simple titre de roi. » Plutarque remarque de même (juc chez les Guniéens le sénat était le juge des rois [Quxsl. Grec). Aristote nie (pie de pareilles royautés constituent une l'orme particulière de gouvernement, parce ([u'elles ne sont dans une république qu'une portion de l'aristocratie ou du peuple {Polil. 1?) '. 12. Bien plus, chez les peuples méme(pii ne sont pas continuellement soumis à des rois , nous voyons des exemples d'une sorte de royauté temporaire ("jcjui n'est

des barbiircs; mais si je {,'ouveriio avec jiislice, on ayiia aussi jiislenicnl avec moi. » Ghotius.

(•) Voici les paroles de Cornélius Népos, ou de l'anlcur, ([ucl qu'il soil, i)ui a écrit les vies des hommes illustres : « Ann (|u'ils aieiU deux rois plutôt de nom que de fait... » et dans un autre endroit : « Agésilas fut roi de nom parmi les Lacédémoniens, et n'exerça pas la puissance royale, comme cela avait eu lieu pour les autres rois de Sjiarte. » Ghotius.

' Aristote n'a pas dit que ces sortes de rois fassent partie d'un Élat aristocratique ou démocratique, mais seulement qu'il jieut y avoir dans un Élat aristocrati(iue ou démocralifiue des ciicfs (jui aient autant d'autorité qu'eux dans la guerre. « Il s'agit maintenant, dit le pliiiosoplie de Stagyre, de considérer la condition du monarque qui peut tout faire, au gré de son caprice, et dont nous n'avons jias encore parlé; car la royauté fondée sur la loi, n'est pas proprement une forme de gouvernement, comme on l'a déjà dit, puisque dans toutes il peut y avoir des chefs qui soient revêtus à perpétuité du connuimilenicnl des armées, comme dans la démocratie et l'aristocratie » {FoUl., liv. III, cliap. xr, Traduclionde Thurol, édit. Firmin Didol, J8'2i, p. 217). C'est à tort que Uarbevrac a rapporté ce passage an chap. xvi, (pii n'existe pas dans le liv. I|[. t». I>. F.

(") Livius Salinalor, pendant sa censure, cassa toutes les tribus, à l'ex-

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