LIVRE I, CHAPITRE
pas subordonnée au peuple. Telle était l'autorité des Aiiiiiéiuones ' chez les Gnydiens, et dans les premiers Icnips, à Rome, celle des dictateurs, lorsque l'on n'appelait pas encore d'eux au peuple. Aussi Tite-Live dit-il, que l'édit d'un dictateur était observé comme l'oracle d'une divinité, et qu'on ne trouvait d'autre voie de salut que dans l'obéissance (Plutarq., Marcel. — Denys (THalicani., liv. V. — TiTE-LivE, liv. II). Suivant Gicéron, la dictature s'était emparée de toute la force de la puissance royale '^. 13. 11 n'est pas diflicile de résoudre les arguments invoffués à l'appui de l'opinion contraire. Car, en premier lieu, l'assertion que celui (jui établit est supérieur à celui (|ui est établi, n'est vraie seulement qu'à propos d'une institution dont l'eiret dépend sans interruption de la volonté de son auteur. Il n'en est pas de même d'une chose établie, qui dans son début a été le résultat d'une volonté, mais qui dans la suite devient une nécessité» C'est ainsi qu'une i'emme se donne un mari auquel elle devra toujours obéir. Valentinien (*) répondit aux soldats
ception d'une seule, et montra ainsi ([u'il exerçait un droit de puissance sur tout le peuple. Gkotius.
• « Talis eral potestas Amymonum apùd Cnidios, » dit Grotius. « L'auteur, et d'autres avec lui, font observer Gronovius et Barbeyrac, écrivent mal ce mot; car il faut dire Amnémones.n « C'est Plutarque qui rapporte le fait. Mais je suis surpris, ajoute Barbeyrac, qu'on n'ait pas remarqué que l'exemple est mal appiitiué. Car ces soixante liommes choisis, qui gouvernaient les affaires les plus importantes avec une autorité absolui^,, étaient à vie; ainsi on ne peut point alléguer cela comme une souveraineté à temps. » Grotius, suivant Barbeyrac, venant délire Bodin, qui fait la même faute dans son Traité de la Ilépublique, liv. J, chap. VIII, p. 12G de l'édition latine, Francf, IG'22, s'en est sans doute rapporté à lui, sans consulter l'auteur même d'où celui-ci avait tiré le fait. . P. P. F.
'^ Cicéron ne parle point du pouvoir propre et ordinaire des dictateurs, mais de la manière dont Jules César l'avait exercé, en trouvant moyen de le rendre perpétuel, et par là de l'ériger en une vraie royauté à tous égards. {Philippic. l, cap. i.) (Barbeyrac.)
{*) Voici comment les paroles de cet empereur sont rapportées par
220 LE DROIT DE LA (UlERUE ET DE LA PAIX.
qui l'avaient fait empereur et lui demandaient une chose qu'il n'approuvait pas : « Il dépendait de vous, soldats, de me choisir pour vous commander; mais depuis que vous m'avez élu, ce que vous sollicitez de moi est devenu mon affaire et non la vôtre. Il vous aj)partientàvous, comme sujets, d'obéir; et à moi, d'examiner ce que j'ai à faire » (Sozomène, Hist. Ecclèsiast., liv. VI). Mais il n'est pas vrai de prétendre que tous les rois soient établis par le peuple. Le contraire paraît suflisamment par les exemples que nous avons cités plus haut, d'un père de famille <|ui reçoit des étrangers à la condition de lui^béir, et des nations (jue l'on a vaincues à la guerre.
14. On tire un autre argument de la parole des philosophes, que tout pouvoir est établi en faveur de ceux qui sont gouvernés et non de ceux qui gouvernent : d'où la conséquence, à ce qu'on prétend, (pie vu la noblesse du but, ceux (jui sont gouvernés sont supérieurs à celui qui gouverne. Mais il n'est pas non plus généralement vrai que tout gouvernement ne soit établi que pour l'intérêt de celui qui est gouverné, car il y a certains pouvoirs qui, par eux-mêmes, existent au prolit de < chu (jui les, exerce : le pouvoir dominical, par exenq)le, l'avantage de l'esclave n'étant ici (pi'élranger et accidentel; de la même manière ([ue le gain fait parmi médecin ne regarde pas la médecine en elle-même. Il y a d'autres pouvoirs qui existent en vue d'une utilité réciproque, tels (jue le pouvoir marital. Ainsi certains gouvernements peuventavoir été établis pour l'avantage des rois : ceux, par exemple, qui sont le fruit de la victoire; et l'on ne doit pas les appeler pour cela tyraimi-
Ttiéodoret (liv. IV, cli. vi) : « Il a dôiicndii de vous, soldats, lors(iii'il n'y Hvail p.is d'cmpertur, de me livrer les rênes de cet empire. Uu moment où je les ai reçues, il ne vous appaitieiit plus à vous, mais c'est mon ofTice, d'examiner ce i|ui convient à l'Etal. » Ghotius.