LIVRE 1, GUAriTRE
tirer ù lui, sous le prétexte qu'une action paraîtrait bonne ou mauvaise, et en vertu de son pouvoir, Ijj connaissance de la même affaire •. 11 n'est venu, que je saclic, dans l'esprit d'aucun peuple, la pensée d'introduire un tel désordre.
X. — 1 . Après avoir détruit les fausses opinions, il nous reste à prendre quelques précautions qui puissent nous mettre sur la voie, pour bien discerner à qui appartient la souveraineté dans chaque nation. La première est de ne pas se laisser surprendre par l'ambiguïté d'un mot, ou par l'ajjparence des choses extérieures.- En voici un exemple : Chez les Latins on opposait habituellenient le princjpat à la royauté, comme lorsque César dit ([uc le père de Vercingétorix ayant obtenu le principat de la Gaule, fut mis à mort parce qu'il aspirait à la royauté ; lorsque Pison dit dans Tacite que Germanicus était le lils d'un prince des Romains, et non du roi
' « C'esl-à-dire, ajoute Barbeyrac, pour interpréter ce passage, que si le peuple était en droit de se regarder comme indépendant du roi, et d'agir avec autorité par rapporta lui, toutes les fois que le roi ferait quelque chose qui paraîtrait injuste, ce serait une source perpétuelle de querelles et de désordres...... Le roi croyant alors n'avoir point abusé de
son pouvoir, et le peuple croyant le contraire, sans qu'il y eut aucun juge pour terminer le différend, il faudrait qu'ils en vinssent à une guerre déclarée, il vaut donc mieux que le souverain puisse quebiuefois faire impunément des cboses véritablement mauvaises : l'inconvénient est moindre de ce coté que de l'autre... . » Telle est, en effet, la pensée de
Grotius. « Mais il ne s'ensuit pas de là, fait observer Barbeyrac, que le deuplencpuisscjamais juger des actions du roi, etqu'il doive tout souffrir. Cela est contraire au but naturel de toute société, et à l'obligation où les peuples sont naturellement, aussi bien que chaque particulier, de se conserver eux-mêmes. » Sur ce point encore l'annotateur est supérieur à l'auteur origmal. Le système politique moderne de nos gouvernements représentatifs, où les actes des dépositaires du pouvoir peuvent être sans cesse traduits a la barre de la nation, et l'essor de la presse qui signale à l'opinion les moindres démarches des gouvernants, laissent toin derrière eux la théorie singulière de Grotius, et la légitime susceptibilité de son interprèle. P- P- F-
des Partlies ; lorsque Suétone rapporte qu'il s'en fallut de pe« que Cali<j;ula ne convertît le principat en royauté; et lorsque Marobodus est cité parYelleius, comme ayant convoité, non le principat, qui repose sur la volonté de ceux qui obéissent, mais la puissance royale.
2. Nous voyons cependant que ces deux mots se confondent souvent; car les chefs lacédémoniens descendants d'Hercule, depuis qu'ils furent soumis aux Épliores, n'en étaient pas moins appelés rois, comme nous venons de le voir ' ; et dans l'ancieime Germanie il y avait des rois ([ui, d'après Tacite, ^gouvernaient par l'autorité de la persuasion plutôt ([ue i)ar celle du commandement. Tite-Live dit du roi Évandre, qu'il régnait plutôt par le respect qu'il inspirait, ([ue par le droit de commander (liv. I) ; Aristote et Polybe api)ellent roi le suffète des Carthaginois (liv. XV); comme Diodore, Solin a qualifié Hannon du titre de roi des Carthaginois (*). Strabon raconte de Scepse en Troade, que cette ville s'étant incorporé les Milésiens, et s'éUmt érigée en démocratie, le titre royal et quelques honneurs furent conservés aux descendants des anciens rois (liv. XIII).
3. Les empereurs romains, au contraire, après s'être ouvertement, et sans aucune dissimulation, emparés du pouvoir le moins entravé, étaient cependant appelés princes. On a coutume aussi d'accorder les marques
• Gronovius fait remarquer que les rois de Laccdémone ne dépendaient pas des Ëphores, mais que les Ëpliores étaient établis pour s'opposer à la puissance des rois, si elle venait à dégénérer en tyrannie. Voir Valère- Maxime, liv. IV, ch l,n. 8. P. P. F.
(*) C'est ainsi que, suivant l'auteur de la vie d'Annibal, a de même qu'à Rome on nommait chaque année des consuls, de même à Carlhage chaque année on créait deux rois annuels. » On peut mellre au rang de ces rois improprement ainsi nommés, les princes auxquels leur père, véritablement roi, donnait le nom de roi, sans se dépouiller lui-même du pouvoir souverain. Tel fut ce Darius, que son père Artaxcrcès fit condaiimer et mellre à mort. Plulanjue, Vie d'Arlaxcnùs. (Jhotius.